TUMEURS DU LARYNX
A. — Tumeurs béuignes : polypes.
Lorqu'en 1844 Ehrmann (1) se décida, après trachéotomie préalable, à inciser le larynx de sa malade pour faire l'extirpation d'un polype intraglottique révélé seulement par les symptômes subjectifs, il fit un beau diagnostic et une opération remarquable. Il faut, pour apprécier à sa juste valeur cette fameuse thyrotomie, songer aux obscurités diagnostiques et à l'indécision thérapeutique où se trouvait à cette époque un chirurgien qui, en face d'un malade dyspnéique, dysphonique, asphyxiant, avait à traiter, clans un organe inexplorable, une lésion inaccessible par les voies naturelles. La thyrotomie fut un grand progrès ; sans le miroir laryngé de Garcia et Czermack, elle serait même restée le traitement définitif. Tout change aveclalaryngoscopie : il est possible d'explorer la cavité laryngée ; il est logique d'en profiter pour introduire et conduire directement un instrument d'extirpation jusqu'à la tumeur cavitaire. Le laryngoscope était plus qu'un moyen de diagnostic, il ne tarda pas à devenir un moyen de traitement.
Ce fut le 21 juillet 1861 que Victor Von Briins, éclairé et guidé par le miroir de Czermack, fit sur son frère la première opération endolaryngée : en plusieurs séances, il parvint à débarrasser la corde vocale d'un polype pédicule qui s'y insérait à gauche. Depuis, dans toutes les cliniques on a arraché, écrasé, brûlé, ligaturé, cautérisé bien des polypes laryngés : cette méthode s'impose dans la majorité des cas. C'est elle qu'on devra toujours essayer d'emblée, à moins d'indications vitales urgentes ou de contre-indications précisées plus loin. Dès qu'un polype est diagnostiqué chez un malade enroué et dyspnéique, l'extirpation par les voies naturelles est commandée.
Le malade subira un traitement préparatoire, un véritable entraînement qui assurera sa docilité et sa tolérance : au reste, les examens laryngoscopiques préliminaires, nécessités par le diagnostic, auront déjà fortement émoussésa sensibilité pharyngo-laryngée; les badigeonnages à la cocaïne arrivent à la mater complètement à l'heure de l'intervention. Les polypes du larynx sont insensibles: si, au cours de l'opération, le sujet grimace ou s'agite, l'instrument vague à côté de la tumeur; c'est un indice qu'il ne faut point négliger. Le choix de la pince n'est point un détail secondaire : Fauvel (2) la veut appropriée à la variété du polype, découpée à jour et à larges cuillers dans le cas de tumeur volumineuse ; à ardillons et dents de brochet, quand il faut arracher un polype consistant et à base étalée, etc. La chose est subordonnée à la richesse de l'arsenal du
(1) Ehrmann, Histoire des polypes du larynx, 18Ô0, p. 23, obs. XXIX.
(2) Fauvel, Traité des mal. du larynx, p. 3U3.