‹ Traité de thérapeutique chirurgicaleChapitre 158 sur 372 · TUMEURS MALIGNES DU LARYNX : LARYNGECTOMIE · texte numérisé non relu

TUMEURS MALIGNES DU LARYNX : LARYNGECTOMIE

tomie, nous paraissent applicables à tous les cas où l'on a des raisons sérieuses de soupçonner une néoplasie maligne endolaryngée. « L'opération que nous proposions n'était pas plus dangereuse qu'une trachéotomie ordinaire... Supposons maintenant que nous eussions fait erreur, et que, au lieu du cancer, nous eussions trouvé une tumeur bénigne : l'opération n'aurait été aucunement préjudiciable à l'illustre malade. »

Il y a bien cependant les troubles phonateurs qui accompagnent la thyrotomie. Mais, étant donné le péril vital du cancer, on passerait condamnation sur ces risques secondaires, s'il était démontré que la thyrotomie eût donné quelques résultats dans les néoplasmes malins du larynx. Pour un sarcome limité et circonscrit, Schwartz, à la rigueur, accepte la laryngofîssure ; le cas de Biirck (1) sans récidive après sept mois et demi, l'opération de Laroyenne (2) suivie de guérison après huit mois, celle de Bûrow (3) qui constate un succès thérapeutique un an et demi après une pharyngotomie sous-hyoïdienne, peuvent appuyer cette proposition. Mais il faudrait d'abord avoir assuré le diagnostic : c'est là le difficile et c'est là l'incertain. — Quant aux laryngotomies pour cancer vrai, la statistique de Von Bruns (4), réunissant 18 observations, montre qu'elles ne sont qu'une opération palliative, probablement pas supérieure à la trachéotomie : cinq fois, d'ailleurs, elle a présenté de telles difficultés qu'on n'a pu la mener abonne fin. Les faits ultérieurs sont aussi décourageants; à part les résultats de Billroth (5), dont le malade vivait encore deux ans et neuf mois après la thyrotomie, et l'opéré de Bœckel (6), dont la guérison se maintient sept ans (7) après l'intervention, la récidive suit rapidement la laryngofîssure. Donc, les statistiques actuelles sont peu favorables à la thyrotomie : pour obtenir tout son rendement thérapeutique de cette intervention, rationnelle en somme, facile et inoffensive, il faut désormais que l'opération soit précoce, qu'elle devance les infiltrations diffuses, qu'elle s'adresse à des tumeurs circonscrites et qu'elle réalise l'ablation totale du néoplasme. A ces conditions, la thyrotomie, qui peut aller jusqu'à un véritable curage de la coque cartilagineuse laryngée, a -des chances d'être efficace : l'invasion des cartilages en marque les limites. 3° Laryngectomie. — En 1870, Czerny enleva le larynx à des chiens

sans les tuer; le 31 décembre 1873, Billroth fil sur l'homme ce que Czerny avait fait chez ses chiens: son opéré mourut sept mois après.

Après Billroth, Allemands, Italiens, Anglais et Américains se mirent à

laryngectomiser les cancéreux.

• Labbé fut le premier Français qui les imita. Wolfenden (8), Bara-

I Bùrck, Med. chir. Transactions, LV, p. 61. (2) Laroyenne, Gaz. hebd., p. 780, 1873. (;5) BiiROw, Berlin, klin. Wochenschr., n° 8, p. 101, 1877. (4) Von Bruns, Die Laryngotomie, p. G4. (o) Billroth, in Salzer, Arch. /'. klin. Chir., XXXI, p. 848, 1885.

(6) Boeckel, in Thèse de Schwartz, p. 201.

(7) Boeckel, Congrès français de Chirurgie, 17 mars 1888.

' (8) Wolfenden, On extirpation of the larynx. Journal of Laryngol., 1887, n° 12, et 1888, n» I.

toux (1), Scheier (2), Tauber, Solis Cohen, Pinçonnat ont publié de bonnes revues critiques. Schwartz, en 1886, avait pu recueillir 119 extirpations, soit totales, soit partielles : la statistique de Wassermann (3) a rassemblé 121 laryngectomies totales pour carcinome, et 55 extirpations partielles. Celle toute récente de Lavisé (4) a réuni 178 laryngectomies totales pour carcinomes et 11 pour sarcomes. A l'heure actuelle, donc, assez de larynx cancéreux ont été extirpés pour qu'on puisse estimer cette intervention à sa juste valeur.

§ 1er. Résultats thérapeutiques de la laryngectomie. — En voici le bilan. La mortalité opératoire est considérable. Sur ce point, la statistique de Lavisé confirme les indications déjà fournies par Schwartz et Wassermann. Lavisé a colligé 74 décès, dus à l'acte opératoire ou à ses suites. Peut-on espérer réduire ce taux? Nous le pensons. Trois dangers menacent inégalement ces opérés. D'abord, le collapsus, qui a été, dans les chiffres de Lavisé, enregistré cinq fois comme cause de mort : c'est un péril évitable, si l'on opère avant l'heure de la déchéance, et si l'on opère vite. — Chez 4 malades, l'hémorragie secondaire a été mortelle : l'asepsie doit nous garantir contre cette éventualité. — Reste le gros danger des pneumonies post-opératoires, qui a été, dans la majorité des cas, la cause du décès. Mais il est permis d'espérer que les progrès de la technique opératoire et la précision actuelle de l'antisepsie en diminueront notablement la fréquence. Nous avons dépouillé les observations postérieures au travail de Wassermann et avons été frappé de la raréfaction progressive de ces complications broncho-pulmonaires., Bardenheuer, qui avait perdu par pneumonies septiques ses cinq premiers opérés, a sauvé les quatre malades auxquels il a appliqué son procédé. — Si l'on veut juger exactement la gravité actuelle de l'intervention, c'est sur ces opérations récentes seulement qu'il faut tabler : sinon, les statistiques continuent à être chargées de la mortalité élevée des premières laryngectomies, moins réglées et d'asepsie moins sûre.

La récidive est fréquente, plus encore que ne l'indiquent les chiffres publiés; et, très souvent, elle s'est montrée dans les six mois suivant l'intervention. Mais une minorité d'opérés survit sans récidive ; Lavisé compte 31 succès dépassant un an ; mais c'est là un stage insuffisant d'observations. Il signale onze malades, ayant franchi sans récidive la troisième année après la laryngectomie totale. Il est vrai que, comme le disait récemment Wolff (5), ces malades n'ont point eu de chances: sur onze, six ont succombé à des affections diverses. Mais, cinq vivent sans récidive : chez l'un d'eux, l'opération pratiquée par Giïssenbauer remonte à sept ans et demi; l'opéré de Bottini(6), en bonne santé dix ans après la

(1) Baratoux, Progrès médical, 1888, n°* XX, XXII, XXIIJ, XXV, XXVIII.

(2) Scheier, Der Kehlkopfkrebs. Deulsche med. Wochensc/ir., 1888, n05 XXIII, XL).

(3) Wassermann, Ueber die Extirpation des Larynx. Deutsche Zeilsckrift fur Chir., XXIX, 1889, p. 474-544.

(4) Lavisé, De la laryngectomie totale. Bruxelles, 1895.

(5) J. Wolff, Société de médecine berlinoise, 20 juin 1894.

^)Bottini, Giorn. délia R. Accademia di Torino,n° 14, 20 mai 1885 : Lettre à Solis Cohen.

Page 1