LARYNX
bord libre des replis aryténo-épiglottiques. Le pharynx ne communiquait avec la plaie que par le contour de l'orifice supérieur du larynx, tandis qu'en bas la trachée subsistait tout entière, n'offrant qu'une seule ouverture, son orifice supérieur, en ce moment surmonté par la canule. « Après hémostase définitive, au moyen de quelques ligatures au catgut, la trachée, débarrassée de sa canule, fut suturée directement à la peau. La demi-circonférence antérieure fut réunie à la lèvre inférieure de l'incision transversale pratiquée au commencement de l'opération à ce
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Fig. 144. — Laryngeetomie (Périer).
niveau; la demi-circonférence postérieure fut suturée à la lèvre supérieure de cette même incision. L'ouverture du pharynx fut suturée de la même manière par moitié aux lèvres de l'incision transversale supérieure. Enfin, les lèvres de l'incision médiane verticale furent suturées directement l'une à l'autre ; même chose fut faite aux extrémités des incisions transversales à droite et à gauche des orifices de la trachée et du pharynx. » Après l'ablation du larynx, la préservation des voies respiratoires contre l'entrée des parcelles alimentaires ou des produits septiques issus de la bouche ou de la plaie doit être le soin dominant. On y peut réussir, à l'instar de Périer, par l'abouchement de la trachée à la peau. D'autres précautions y concourent: l'asepsie et surtout le procédé employé par Bardenheuer pour isoler le pharynx de la plaie laryngée. Quand il est possible de conserver l'épiglotte, le chirurgien de Cologne en dissèque la muqueuse qui tapisse sa face postérieure, récline ce lambeau muqueux
vers le bas et le suture aux parois antéro-latérales de l'œsophage. Quand on n'abouche pas la trachée à la peau, il faut, avec un très grand soin, tamponner à la gaze iodoformée l'extrémité supérieure de la trachée au-dessus de la canule. Un tube de Faucher introduit à demeure dans l'œsophage assure l'alimentation de l'opéré : ce n'est guère avant le quinzième jour qu'on pourra s'en passer.
La suture à plein canal de la trachée à la peau crée des difficultés au placement d'un appareil phonétique, puisque toute communication est interrompue entre les poumons et les cavités buccale et nasale ; il faut alors prendre au dehors le courant d'air destiné à faire vibrer l'appareil phonétique : Hochenegg employait un soufflet fixé sur la poitrine, Périer une soufflerie avec poire en caoutchouc. Quelques malades — témoin l'opéré de Jeannel — parlant des lèvres à la manière des ventriloques, réussissent à se faire comprendre et même entendre suffisamment. Quand on ne fait point cet abouchement trachéo-cutané, il se forme, ainsi qu'en témoigne la pièce curieuse présentée parVirchow, en 1894, à la Société de médecine berlinoise, une sorte d'infundibulum cicatriciel, commençant à la base de la langue, aboutissant à une fente qui donne accès dans la trachée. Depuis que Gussenbauer a fait construire le premier larynx artificiel, on s'est ingénié à perfectionner cette prothèse : mais ces appareils sont mal tolérés en général, s'engorgent de mucosités, de parcelles alimentaires, ont un timbre désagréable, et la plupart des opérés préfèrent la voix chuchotée à ces incommodités. D'ailleurs, la conservation du langage articulé — non pas seulement la voix chuchotée qui se passe en dehors du larynx, mais le langage avec émission sonore, plus ou moins rauque — est un des faits les plus curieux après la suppression de l'organe phonétique. Plusieurs chirurgiens ont rapporté des cas où, sans appareils, les opérés parlaient de façon compréhensible. Il est probable, comme le pense Lavisé, que cette persistance de la phonation est due à l'existence de brides cicatricielles dans le canal aérien néoformé, véritables pseudo-cordes vocales, mises en vibration par le courant d'air expiré.