INJECTIONS IODÉES DANS LE GOITRE
plus lâche. La régression n'atteint ainsi que le tissu hyperplasique entourant les nodosités, tandis que les nodosités persistent sans diminution. S'il ne subsiste que de petits restes, on peut dire que le résultat est presque complet. Mais les malades éprouvent toujours du soulagement même quand le résultat est moins complet, et que les phénomènes de compression disparaissent. Cette médication permet souvent d'éviter la trachéotomie. Quant à la durée des résultats, les trois quarts des cas de goitre recommencent à grossir après la cessation du traitement, en général au bout de quelques mois. On peut éviter les récidives en donnant de petites doses à des intervalles déterminés. Ces résultats ne laissent aucun doute sur l'efficacité du traitement thyroïdien, qu'on peut rapprocher du traitement iodé, mais ce dernier ne protège pas contre les récidives. La différence est que Tiodure de potassium doit être donné à de hautes doses et que l'organisme doit transformer ce produit en une combinaison organique efficace.
§3. Injections iodées interstitielles. — La méthode des injections interstitielles de teinture d'iode survivait à la ruine des anciens procédés — le séton, les caustiques, l'électricité — et continuait même durant l'ère antiseptique, ainsi que le montrent le mémoire de Terrillon paru en 1884 et le travail écrit par Duguet en 1886, à se poser, en France, comme rivale de lathyroïdectomie, qui florissait alors en Allemagne et en Suisse. Actuellement, elle perd chez nous ses derniers défenseurs. C'est le goitre hypertrophique simple des jeunes sujets qui constituait sa meilleure indication et a fourni ses plus beaux triomphes; or, à ces formes convient, avec autant d'efficacité et plus de bénignité, la médication thyroïdienne. Car la méthode n'est point sans périls. Les chirurgiens suisses et lyonnais ont signalé la fréquence des strumites consécutives aux injections parenchymateuses d'iode, les hémorragies secondaires intrakystiques. La syncope est un incident très fréquent. Chez les goitreux qui ont des troubles respiratoires, il est indiscutable que l'injection iodée peut provoquer, par l'hyperémie qu'elle entraîne, des accidents d'asphyxie immédiate ou consécutive. Dans le goitre exophtalmique, les symptômes s'exacerbent. Les faits de Schwalbe et de Lùcke montrent le péril de l'embolie cérébrale; et la méthode est à bannir dans les formes très vasculaires. Kocher, Demme, Schmidt ont vu des morts rapides après une injection iodée; Huguet a observé une mort foudroyante ; Le Fort, cité par Thierry, évoquait dans une leçon le souvenir d'une jeune femme traitée à Rome pour un goitre kystique et tuée par une injection d'iode; un cas semblable attrista les derniers jours de Bonnet. A en croire Mosetig, Garré et Rapper, les injections d'éthêr iodoformé seraient plus bénignes et plus sûres ; Garré, se servant d'éther huileux iodoformé, en injections de 2 à 4 centimètres cubes, à des intervalles de quelques jours à trois semaines, pratiqua ainsi mille injections sans accident; les malades reçurent de trois à seize injections.
Nous pensons que cette méthode ne conservera plus que de rares applications. Il faut supposer, pour lui trouver des indications, un ensemble de Forgue et Reclus. — II. 31
conditions exceptionnelles et parfois contradictoires : un goitre hypertrophique simple, en voie de développement, non modifié par la médication thyroïdienne, de moyen volume, ne s'accompagnant d'aucun trouble laryngé ou trachéal, chez un sujet jeune. En tous cas, si l'on veut y recourir, il faut se conformer à des précautions strictes : éviter les vaisseaux reconnus préalablement; plonger l'aiguille en pleine masse; la séparer de la seringue, pour s'assurer que du sang ne s'écoule point et qu'on n'a pas pénétré dans un vaisseau ; commencer par des doses de 12 à 15 gouttes et aller jusqu'au contenu d'une seringue de Pravaz ; compter sur une série d'injections nécessaires et les espacer, suivant l'intensité de la réaction, de cinq à dix jours.
2° Indications opératoires. — Lorsqu'en dépit du traitement médical, — iodure et surtout médication thyroïdienne, - — un goitre montre un accroissement rapide ou un accroissement lent mais continu, une accentuation ou une persistance des phénomènes douloureux, et par-dessus tout, des tendances suffocantes, l'intervention chirurgicale, comme le formule Reverdin, est indiquée.
§ 1er. Quand faut-il intervenir ? — Mais son urgence se subordonne à la forme clinique des cas.
I. Goitres parenchymateux et goitres kystiques. — S'il est possible, dans le cas de goitres charnus récents, chez un sujet jeune, sans phénomènes basedowiens, de poursuivre plus longtemps l'essai médical et, peut-être, de lui adjoindre, comme certains continuent à le pratiquer, des injections d'éther iodoformé à la façon de Garré, nous savons au contraire, que sur les goitres fibreux des sujets vieux, sur ceux dont la vascularité est grande, sur les goitres kystiques colloïdes à poches épaisses, le traitement thyroïdien n'a aucune prise et que l'indication opératoire est plus précoce. Les injections iodées sont trop souvent impuissantes ou périlleuses dans les kystes thyroïdiens : il en est aux parois raides et dures incapables de s'accoler ; d'autres ont des parois très vasculaires, à vaisseaux friables, où les ponctions déterminent facilement des hémorragies, susceptibles de s'infecter.
II. Goitres à tendances suffocantes. — Dans les goitres à tendances suffocantes, il faut savoir se décider à l'opération avant que la compression ait amené la dyspnée permanente, les accès graves de suffocation, ou la paralysie des cordes vocales ; avant que la trachée soit déformée et ramollie, avant que se soient produites ces altérations cardiaques secondaires, étudiées par Schrantz, qui prétend que « le goitreux meurt plus souvent par le cœur que par la trachée ». Sans doute, il faut connaître ces poussées congestives passagères qui peuvent se produire au moment des règles, de la puberté, des fluxions complémentaires chez les hémorroïdaires et les arthritiques : ce sont des orages qu'il convient, comme l'indique Bérard, de laisser passer, quitte, si on en voit l'indication, à opérer plus tard, « à froid », ce qui est préférable. On choisira aussi son temps quand les symptômes fonctionnels sont peu pressants, limités à l'asthme nocturne, à la dyspnée d'efforts, à la dysphonie ; chez les femmes,