‹ Traité de thérapeutique chirurgicaleChapitre 167 sur 372 · CORPS ÉTRANGERS DE L'ŒSOPHAGE · texte numérisé non relu

CORPS ÉTRANGERS DE L'ŒSOPHAGE

Dès 1870, Terrier, dans sa thèse, a donné ici l'exacte formule : « De même que le chirurgien ne doit quitter un malade atteint de hernie étranglée qu'après avoir réduit ou opéré la hernie, de même il ne doit quitter celui qui a un corps étranger dans l'œsophage qu'après l'en avoir débarrassé, soit en enlevant ce corps par la bouche, soit en le poussant dans l'estomac, soit enfin en pratiquant l'œsophagotomie externe. »

Le choix entre ces moyens se subordonne: 1° à la nature du corps, à ses qualités de surface et de volume ; 2° à sa durée de séjour, c'est-à-dire aux lésions qu'il a déjàeule temps de produire dans la paroi œsophagienne.

1° Extraction par les voies naturelles. — S'agit-il d'un corps régulier, bien accessible, récemment enclavé, on tentera d'abord l'extraction. Il n'y a point à compter beaucoup sur un vomitif. Utilisable lorsque le corps étranger est pâteux, arrondi, régulier, il peut devenir pernicieux quand le corps a des arêtes saillantes que les efforts de vomissement enfoncent en pleine paroi. Si le corps étranger peut être saisi par une pince, si l'outillage du chirurgien ou la proximité de l'objet permettent cette préhension, l'enlèvement est aisé et rapide. Si, au contraire, le corps étranger est hors de portée, si le chirurgien ne dispose point des pinces œsophagiennes de Collin ou de Mathieu, on a la ressource de

(1) Consulter : Bégin-Menu, Recueil de mémoires de médecine militaire, Paris, 1833, t. XX, p. 375. — Mondière (J.-T.), Archives générales de médecine, 1836, t. XXX, p. 481. — Duplay, Archives générales de médecine, 1871, t. I, p. 206. — Terrier, De l'œsophagotomie externe. Th. de Paris, 1870.— Fischer, Die OEsophagotomie bei Freindkôrperu. Deutsche Zeitschrift fur Chirurgie, 1887, t. XXV, p. 565 et 1888, t. XXVII, p. 273. — OEsophagotomie und Pleuraschnitt wegens eines Fremdkôrpers. Deutsche Zeitschrift fiir Chirurgie, 1888, t. XXIX, p. 96. — Gross, De l'œsophagotomie externe pour corps étrangers de l'œsophage. Semaine médicale, 1891, p. 45. — Egloff, Beit.ràge zur klinische Chirurgie, 1894, Bd. XII, p. 150. — Froelich, Archives provinciales de chirurgie, 1894, p. 698, 708. — Cahier, Archives de médecine militaire, 1894, p. 99, 109. — Chavier, Archives provinciales de chirurgie, 1895, p. 117. — Fedoroff, Chirourg. Liétopiss, 1895, vol. V, p. 10.

l'extraire par un de ces instruments dont le meilleur est le panier de Grsefe et qui permettent d'aller accrocher par-dessous et de « cueillir», en remontant, le corps étranger enclavé. Un « ramoneur », improvisé avec des anses courtes de fil solide nouées « en balai » au bout d'une sonde, peut aussi le cramponner et le ramener. Le panier de Greefe, après avoir chargé le corps, est parfois retenu par la résistance de ses ailettes, butant contre un bourrelet de muqueuse ; l'artifice de Félizet est alors utilisable: l'introduction d'une grosse éponge, bien huilée, montée sur une tige de baleine, servit à Félizet à distendre et à effacer, devant le panier, la muqueuse œsophagienne et à permettre la sortie de l'appareil.

2° Propulsion. — Mais voici un corps étranger qui obture le tube œsophagien, qui échappe à toute préhension directe et au-dessous duquel on ne peut glisser de crochet extracteur. Il n'y a que deux partis à prendre : ou bien propulser le corps étranger, le faire, suivant la pittoresque expression de Habicot, « dévaler » dans l'estomac d'où il continuera la migration alimentaire normale, ou bien inciser l'œsophage à son niveau et l'extraire par l'œsophagotomie. — On comprend à priori quelles sont les indications des deux méthodes. La propulsion sera l'intervention de choix si le corps étranger est régulier, s'il s'est arrêté à la région thoracique ou cervicale inférieure, s'il ne s'est point « ancré» dans la paroi œsophagienne par des angles saillants et des aspérités. Le plus simple des instruments propulseurs est la sonde œsophagienne ; le meilleur est l'éponge qui termine l'un des bouts de l'instrument de Grœfe modifié par Dupuytren : faute de plus correcte instrumentation, la tige de poireau, célèbre en médecine populaire, servira de propulseur improvisé.

3° Œsophagotomie externe. — § 1er. Ses indications. — L'œsophagotomie externe est indiquée : 1° lorsque l'extraction d'un corps étranger par la bouche ou sa propulsion ont échoué ; 2° lorsqu'elles sont de prime abord impossibles ou imprudentes, ce qui est le cas de fragments d'os ou de râteliers, aux saillies vulnérantes et irrégulières, accrochés dans l'œsophage depuis quelques jours, chez un malade ayant la voix rauque, le cou douloureux à la palpation, des accès de suffocation, crachant une abondante quantité de salive, ce qui indique l'obstruction du conduit, parfois teintée de sang, ce qui témoigne des lésions de sa paroi.

De plus, l'œsophagotomie, comme la kélotomie, doit être aussi précoce que possible, pour prévenir l'ulcération et le sphacèle des tuniques œsophagiennes, la périœsophagite, l'infiltration septique vers le médiastin, tous accidents qui sont prompts à se produire. A l'heure actuelle, grâce à l'antisepsie, l'œsophagotomie, bien réglée, devient bénigne ; sa gravité ne vient que des lésions pariétales dues à la prolongation de séjour du corps ou aux vaines tentatives d'extraction, et de l'affaiblissement lié aux difficultés d'alimentation que crée la dysphagie. La statistique montre la léthalité opératoire croissant avec les délais : les relevés de Fischer, complétés par ceux de Gross et d'Egloff, indiquent une mortalité de 20 p. 100 pour les opérations faites dans les trois premiers jours, de 38 p. 100 Forgue et Reclus. — II. 3

Page 1