DES RÉTRÉCISSEMENTS DE L'ŒSOPHAGE
La question s'est ici bien simplifiée par les progrès récents réalisés dans la technique et dans la bénignité delà gastrostomie. Deux méthodes thérapeutiques restent désormais en parallèle. D'une part, la dilatation par les sondes qui convient et suffît aux spasmes de l'œsophage et aux rétrécissements fibreux perméables. D'autre part, la gastrostomie, indiquée dans les rétrécissements fibreux infranchissables, indilatables, et dans l'obstruction cancéreuse de l'œsophage. Les débats, soulevés jusqu'à ces dernières années, sur les indications de la gastrostomie et vidés dans
(1) Habicot, Question chirurgicale sur la bronchotomie, ch. xvi.
un sens peu favorable à cette intervention sont maintenant sans valeur ; les statistiques antérieures ont perdu leur intérêt.
Si cette solution a tardé à s'établir, si nous trouvons ici un des exemples de ces questions que l'antisepsie n'a point suffi à juger, c'est que, en outre de la suppression du danger de l'infection péritonéale, il y avait ici une complication spéciale à abolir; il fallait préserver la bouche stomacale contre l'auto-digestion de ses bords par la corrosion du suc gastrique ; et ce progrès nécessaire n'a pu venir que d'une technique améliorée.
Mais, du jour où ce pas a été franchi, les indications de la gastrostomie se sont posées sans contestes. Il faut la pratiquer dans les rétrécissements fibreux imperméables, parce qu'elle permet d'alimenter le malade et peut garder, si la dilatation devient possible, le caractère d'un secours temporaire, qu'on supprime dès qu'il est inutile. Il faut la pratiquer précocement dans le rétrécissement cancéreux, parce qu'ici la chirurgie ne peut offrir que des remèdes palliatifs, parce qu'elle vaut mieux que le tubage ou la sonde à demeure, parce que la résection de l'œsophage est rarement possible et pleine de périls, parce que l'œsophagostomie en aval de la sténose est irréalisable dans la presque totalité des cas et, d'ailleurs, moins bénigne que la gastrostomie.
A. — De la dilatation.
1° Dilatation dans les rétrécissements spasmodiques. — Il çst
sage, en clinique, de toujours songer à l'élément « spasme », à ces contractures de la musculeuse œsophagienne qui jettent dans la symptomatologie des rétrécissements leurs sensations décevantes, capables d'égarer la thérapeutique. Rien n'est plus démonstratif à ce sujet que la confession que vint faire Lacombe (1), en 1885, devant la Société des hôpitaux. Son premier malade, homme de cinquante ans, présente, au-dessous du larynx, un rétrécissement œsophagien que la sonde explore, reconnaît et finit par franchir avec l'olive de 7 millimètres ; le cathétérisme progressif amenait une amélioration progressive, lorsqu'un jour, après une séance, le patient frissonne, vomit; en trois jours, il était mort. On fait la nécropsie : l'œsophage est absolument sain; pas la moindre érosion de la muqueuse, pas le plus léger épaississement pariétal ; par contre, un superbe cancer de l'estomac. Autre déception diagnostique : le second malade ne pouvait même plus déglutir les liquides; dans la région sus-claviculaire, un ganglion isolé roulait sous le doigt ; la sonde rencontrait, à la portion cervicale, un premier rétrécissement et le « sautait » sans peine ; à la hauteur du cardia, second obstacle, impossible à franchir, celui-là ; le premier parut « négligeable », le second fut considéré comme un rétrécissement néoplasique. A huit jours de là, mort par inanition ; autopsie : le premier rétrécissement était une
(1) Lacombe, Société des hôpitaux, 13 février 1885.