‹ Traité de thérapeutique chirurgicaleChapitre 200 sur 372 · TUMEURS ET FIBROMES DE LA PAROI · texte numérisé non relu

TUMEURS ET FIBROMES DE LA PAROI

détruire ce pédicule pour atrophier la tumeur, proposition d'autant plus favorablement acceptée, que la terreur du péritoine dominait alors la chirurgie abdominale. Mais cette méthode, qui excita bientôt une vive opposition, n'a été que rarement appliquée, assez du reste pour que l'inefficacité en soit reconnue : la section sous-cutanée du pédicule trois fois pratiquée a compté trois insuccès ; sa ligature sous-cutanée a été pour Richet l'occasion d'un bel échec. — A l'heure actuelle, les travaux de Guyon (1), de Suadicani (2), le mémoire de Terrillon (3), l'excellente monographie de Labbé et Remy (4) ont revisé l'erreur anatomo-pathologique de Huguier : les fibromes intrapariétaux naissent du système aponévrotique, et non du squelette; quand ils se rattachent à l'os, c'est par des adhérences secondaires et non par un pédicule d'origine et de nutrition. Donc, toute action sur ce pédicule est illusoire : l'extirpation complète est le traitement obligé.

Et, d'autre part, elle est un traitement efficace et radical : les tumeurs fibreuses de l'abdomen, quand elles sont pures de tout mélange sarcomateux, sont une affection très bénigne. « La durée et le volume de la tumeur, disent Labbé et Remy, ne rendent pas le pronostic plus grave, si l'opération réussit; dans les cas d'opération tardive, de tumeur énorme, d'état général altéré, les chances d'infection n'ont pas été généralement augmentées, et le chirurgien, après avoir surmonté les périls d'une opération plus grave à cause du volume, a enregistré des succès définitifs. » Il importe d'insister là-dessus : Labbé, en 1883, a enlevé un fibrome de 40 centimètres sur 45 centimètres : en huit jours la guérison survint, et, jusqu'à présent, il n'y a pas eu de récidive. L'accroissement rapide d'un fibrome ne doit point être considéré comme un signe absolu de malignité et comme une contre-indication opératoire : ce n'est point par multiplication, par « foisonnement » des éléments figurés du néoplasme que ces tumeurs grandissent promptement, mais par l'interposition d'une substance liquide ou gélatineuse : cela ne les rend pas plus mauvaises. — Toutefois, attendre, pour intervenir, que la tumeur ait beaucoup grossi, serait s'exposer aux difficultés de la chloroformisation, aux pertes de sang copieuses, au choc opératoire, aux éventrations : il vaut mieux opérer ces fibromes de bonne heure, dès qu'il progressent nettement.

Il est prudent de tout préparer comme pour une laparotomie : sait-on si l'on n'ouvrira pas le péritoine ? Ne faut-il point d'ailleurs se méfier des surprises diagnostiques? Labbé croit opérer un fibrome de la paroi et tombe sur un cancer du foie. L'erreur inverse s'est produite : en 1880, Rokitanski (S) enleva une tumeur fibreuse pariétale qu'il avait prise pour un kyste de l'ovaire : en 1883, Weinlechner (6) commit la même méprise ,et ne fut détrompé que par l'opération. L'incision, orientée suivant le

(1) Guyon, Bull, de l'Acad. de méd., 22 mai 1877.

(2) Suadicani, Thèse de Kiel, 1875.

(3) Terbillon, Bull, de thérap., I88G.

(4) Labbé et Remy, Traité des fibromes de la paroi abdominale, 1888.

(5) Rokitanski, Wien. med. Presse, 1880, p. 104 et 140.

(6) Weinlechner, Wien. med. Blatte?', n° I, 1883.

Page 1