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TRAITEMENT MÉDICAL DES OBSTRUCTIONS

constipation, à rectum paresseux, chez qui se sont établis graduellement les symptômes d'un engouement stercoral, il est prudent d'y renoncer dans les cas d'étranglements aigus, serrés, dont la marche rapide, les réflexes graves dans la sphère du sympathique, les symptômes généraux intenses traduisent la striction et la souffrance de l'intestin. Maintes observations témoignent du péril d'un purgatif inopportun. Au début d'une obstruction, un malade d'Auffret (1) se prescrit lui-même une pilule d'huile de croton : aussitôt les symptômes s'aggravent, les douleurs augmentent, le ventre se distend, la gêne respiratoire devient inquiétante.

Le malade de Nicaise (2) vivait depuis six ans avec un rétrécissement de l'intestin grêle, consécutif à un étranglement herniaire opéré, et produit par l'adhérence des deux portions d'une anse. Grâce à une action compensatrice du bout supérieur dilaté en ampoule, les matières franchissaient le coude, non sans quelques crises éloignées d'embarras intestinal. C'est clans ces conditions, « quand rien ne faisait prévoir ce qui allait arriver », qu'un purgatif est prescrit au malade : il le prend à six heures du matin, une selle a lieu à sept heures, puis toute évacuation anale cesse, et à midi se montrent rapidement des phénomènes graves d'occlusion. Sous l'influence du purgatif, le bout supérieur s'était rempli de liquide et comprimait par sa distension le bout inférieur, « comme la vessie distendue comprime l'embouchure de l'uretère » ; en même temps, des débris alimentaires, poussés par le péristaltisme, étaient venus former bouchon dans l'ampoule.

Qui prescrit de nos jours un purgatif dans l'étranglement herniaire ? — La situation et le danger sont les mêmes dans l'étranglement interne. Accroître l'engouement de l'anse incarcérée, comme le font les injections forcées dans l'expérience d'O'Beirne ; augmenter la stricture de l'intestin sur l'obstacle ; aggraver les symptômes péritonéaux et les réflexes du sympathique ; épuiser la contractilité intestinale : voilà ce que peut amener un malencontreux purgatif. — Même dans le cas d'invagination, la situation en est souvent empirée : Leroy d'Étiolles le soutenait déjà, Rafmesque (3) acceptait aussi que le purgatif arrivant sur l'invagination tend, comme un bol fécal massif, à l'accentuer. —De plus, s'il s'agit d'une péritonite, et l'on sait combien est difficile le diagnostic de l'occlusion vraie avec certaines formes d'inflammation péritonéale, le purgatif, surtout dans le cas de lésion perforante, peut accroître les symptômes: certaines observations le démontrent.

2° Grands lavements. — Les grands lavements ont leur valeur : poussés loin avec une sonde œsophagienne, ils peuvent désagréger une tumeur fécale, désencombrer une ampoule, une S iliaque ou un cœcum embarrassés par la coprostase, désobstruer le rectum engoué en amont d'un point rétréci par le cancer, stimuler le réflexe de la défécation chez un constipé invétéré. Mais c'est à peu près tout ; et, dans l'occlusion vraie,

(I) Auffret, Mémoire sur les occlusions intestinales, nov. 188.r>.

(2j Nicaise, Bulletins de la Société de chirurgie, 1880, p. 582.

(3) Rafinesque, Des invaginations intestinales chroniques. Thèse de Paris, 1878.

Forgue et Reclus.— II. 4o

ce moyen demeure impuissant. Il ne peut, au reste, s'adresser qu'aux obstructions du gros intestin : la valvule de Bauhin est là qui barre, dans la majorité des cas, aux liquides injectés la route de l'intestin grêle. — Les injections forcées d'huile paraissent surtout recommandables. Collignon a réglé ainsi la technique des lavages huileux de l'intestin : « Le malade étant placé sur un plan déclive, la tête basse, dans le décubitus dorsal, introduction aussi profondément que possible du tube de Faucher muni d'une sonde en gomme : verser dans l'entonnoir un litre d'huile comestible additionnée de 50 centigrammes de salol ou de napbtol. Élever le tube plus ou moins haut suivant la pression à obtenir. On débute par une pression de 20 centimètres ; on augmente mais sans aller au delà d'un mètre. L'introduction de l'huile étant achevée, prévenir son expulsion en comprimant le sphincter avec les doigts ou un tampon d'ouate. En même temps, massage de l'abdomen de bas en haut jusqu'à production de coliques. Quand celles-ci sont calmées, introduire une nouvelle quantité d'huile. Retirer la canule : l'effet thérapeutique se produit par l'expulsion de l'huile et des scybales. »

Si l'on veut savoir ce qui peut stagner en un rectum dans certains cas de constipation invétérée, qu'on lise l'observation de Groussin, communiquée à Dujardin-Beaumetz (1) : son jeune malade était en proie à des accidents d'obstruction aiguë, jouant les symptômes de l'étranglement interne. Suivant le précepte si vrai de Trélat, qu il faut toujours y mettre le doigt, le médecin put sentir dans le rectum une énorme masse fécale, dont il fit la vidange à la main. « Dire tout ce qui sortit de solide, de liquide et de gazeux de ce réservoir est indescriptible : comme quantité, on peut l'évaluer à cinq grandes cuvettes au moins. » Mollière a bien décrit ces « banquises stercorales ».

3° Traitementélectrique. — L'électricité a d'indiscutables succès àson avoir. Son action est claire dans les pseudo-étranglements par parésie intestinale ; pour les invaginations, il est rationnel encore d'admettre qu'elle puisse provoquer l'intestin à se dégager ; dans les étranglements vrais par brides, bandes ou anneaux, son rôle devient obscur et son utilité discutable : elle sollicite, dit-on, l'intestin à se libérer; il faudrait pour cela une anse incarcérante bien lâche et un effort péristaltique bien vigoureux.

Boudet et Larat (2) en ont récemment précisé la technique. Ceux qui, à l'exemple de Duchenne, ont faradisé l'intestin, ont eu de nombreux mécomptes. Et cela se comprend : les courants induits, qui produisent une si énergique contraction du muscle strié, n'émeuvent que plus faiblement les muscles lisses, ceux surtout qui président au péristaltisme intestinal. Les interruptions galvaniques, au contraire, provoquent d'énergiques contractions, quand un courant continu, assez intense, a, pendant quelques minutes, emmagasiné une certaine quantité d'énergie. — Là fut, pendant longtemps, l'écueil de la galvanisation intestinale : un courant, même de

(1) Bulletin général de thérapeutique, t. CXV, 1888, p. 28.

(2) Larat, Bull, de l'Acad. de méd., décembre 1888.

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