‹ Traité de thérapeutique chirurgicaleChapitre 242 sur 372 · TRAITEMENT MÉDICAL DES OBSTRUCTIONS INTESTINALES · texte numérisé non relu

TRAITEMENT MÉDICAL DES OBSTRUCTIONS INTESTINALES

faible intensité, 12 à 15 milliampères, développe, aux points de contact de l'électrode métallique surla muqueuse, une action électrolytique pouvant aller jusqu'à l'escarre. Boudet a tourné cette difficulté : il représente le pôle intestinal par une masse d'eau salée introduite dans le rectum au moyen d'un irrigateur ordinaire et d'une sonde en gomme munie d'un mandrin métallique qu'un fil conducteur relie à la batterie galvanique. « On place sur Tabdomen, nous dit Doumer, une très large électrode, bien mouillée d'eau salée. L'électrode rectale est reliée au pôle positif et l'électrode abdominale au pôle négatif de la pile. On ouvre le robinet de l'irrigateur de façon à obtenir une introduction très lente du lavement. Lorsque la moitié environ du lavement est introduite, on donne le courant et on l'augmente graduellement d'intensité jusqu'à ce qu'il atteigne de 15 à -40 milliampères. On laisse le robinet de l'irrigateur ouvert pendant toute la durée de l'opération. Le courant passe pendant cinq minutes. On ramène au zéro. On renverse le commutateur de sorte que l'électrode rectale soit reliée au pôle négatif et l'électrode abdominale au pôle positif; on introduit de nouveau le courant jusqu'à ce que son intensité ait atteint celle qu'il avait tout à l'heure, et on fait des interruptions toutes les vingt secondes. Des contractions énergiques se produisent et amènent la débâcle. Lorsque le malade ne peut plus résister aux impérieux besoins qui se font sentir, on enlève la sonde. L'opération est terminée. »

4° Lavage de l'estomac. — C'est en 1884 que Kussmaul fit connaître les bons effets du lavage stomacal dans l'étranglement intestinal ; Senator, Hasenclever, vantèrent le procédé, qui parut alors une arme excellente contre l'iléus, sans distinction d'espèce clinique. Actuellement, le siphonnage gastrique est en discrédit : dans sa patrie originelle, Bardeleben, Hahnet Kiister le combattent. Ses indications et son action se restreignent. C'est un bon anti-émétique, un excellent moyen de vider l'estomac des matières fécaloïdes qui entretiennent la nausée et le vomissement. Il évacue non seulement la poche gastrique, mais encore la partie d'intestin grêle voisine; les observations de Rehn (1) le démontrent : au cours de la laparotomie, il fit le pompage stomacal et vit les matières refluer de l'intestin vers l'estomac, en même temps que s'affaissaient les anses météorisées. On y aura donc recours pour diminuer le météorisme abdominal. Par l'évacuation des produits putrides stagnant dans l'estomac et le tronçon intestinal adjacent, ce lavage permet aussi de combattre l'auto-intoxication septique qui termine si souvent les obstructions à marche lente. On peut lui accorder encore, avec Nicaise et Ewald, la propriété de déterminer des contractions intestinales réflexes.

Voilà de bonnes raisons pour essayer le siphonnage gastrique dans l'obstruction vraie, où doniine l'engouement. Dans l'étranglement intestinal, c'est une autre affaire. Duret (2) croit cependant qu'il peut alors être employé : 1° avant l'opération, pour favoriser la chloroformisation et pré-

(1) Rehn, Ueber die operative Behandlung des Darmverschlusses. Cenlralblatt fur Chirurgie, XIV, 30, 1887.

(2) Duret, Congres de chirurgie, 1889.

venir l'irruption dans l'arbre respiratoire des matières fécaloïdes septiques qui pourraient être vomies ; 2° pendant la laparotomie, pour diminuer la distension des anses et faciliter les recherches, ainsi que Rehn l'a soutenu ; 3° après la laparotomie, pour supprimer les vomissements et prévenir les résorptions putrides. Nous ne retenons que cette dernière indication : à la rigueur, dans les cas de vomissements répétés, nous accepterions avec Routier la première. Mais il convient de ne point oublier que le lavage de l'estomac a une action hyposthénisante grave et qu'il a maintes fois déterminé un collapsus mortel. Il est donc absolument contre-indiqué dans l'étranglement interne vrai et chez les sujets à cœur affaibli.

5° Ponctions capillaires de l'intestin. — Quelques-uns ont proposé de vider l'intestin de ses gaz par des ponctions capillaires : Démons avait vanté laméthode, Rosenbach (1) l'arécemment recommandée, Trêves (2) lui fait l'honneur d'une longue description. — Trousseau (3) en avait déjà indiqué le mode d'action : ces évacuations gazeuses rendent la contractilité au plan musculaire paralysé par la distension même. — Nous estimons ce procédé peu utilisable. Pour des raisons qu'ont développées Guéneau de Mussy et Folet (4), les anses intestinales météorisées se coudent en tronçons qui se vident isolément : il faudrait donc, pour un effet utile, multiplier les coups de trocart capillaire. Et, si fine que soit la canule aspiratrice, aiguille de Dieulafoy ou, comme le conseille Rosenbach, aiguille de Pravaz, si capillaire que soit l'orifice, peut-on répondre que les gaz en haute tension ne feront point sourdre un peu de liquide septique? Aussi concluons-nous avec Le Dentu (5) que les risques d'infection péritonéale doivent faire proscrire ce moyen, s'il faut agir à travers la paroi du ventre. Au cours d'une laparotomie, quand on a sous la main les anses distendues, ces ponctions peuvent rendre service.

6° Indications et résultats du traitement médical. — En résumé, tous ces procédés de médecine ou de petite chirurgie ont surtout pour résultat de solliciter la contraction intestinale. Cela fixe leur rôle et leurs indications. Ils ont chance de réussir dans les obstructions par engouement ou par inertie, et non dans les occlusions par étranglement. Leurs malades de choix sont ces constipés chroniques, qui font de la coprostase progressive et lente, dont le ventre se météorise uniformément, et chez qui on peut sentir, soit, par le toucher rectal, l'ampoule encombrée, soit, par la palpation, un point du côlon ou le caecum engoués. — Mais, là même, que de mécomptes possibles! Il est de ces obstructions alimentaires ou fécales qui s'accompagnent d'une si vive symptomatologie qu'elles semblent réclamer une intervention chirurgicale urgente. L'interne observé par Routier (6) se croyait atteint d'étranglement et demandait à être laparotomisé : le lavement électrique suffît

(1) Rosenbach, Berlin, /clin. Wochenschrift, n° 21, 1889.

(2) Trêves, Intestinal obstructions, 1884, p. 445.

(3) Trousseau, Cliniques de l'Hôtel-Dieu, t. III, p. 211.

(4) Folet, Revue générale de clinique el de thérapeutique, 1887, p. 405.

(5) Le Dentu, Bull, de ÏAcud. de méd., 13 mai 1890.

(6) Routier, Occlusion intestinale aiguë. Semaine médicale, 14 mai 1890.

à désobstruer son intestin d'un amas d'os de mauviettes mal mastiqués. Périer, Duguet et Berger (1) allaient pratiquer la laparotomie chez un jeune malade, lorsque, le matin même, l'électrisation intestinale, longtemps infructueuse, finit par amener l'issue de quelques gaz. Comme le fait remarquer Madelung, n'a-t-on pas vu maintes fois des malades, paraissant trop faibles pour supporter la laparotomie oul'entérostomie, guérir, contre toute attente, parles seuls moyensmédicaux?Etles médecins n'ont-ils pas voulu tirer de ces faits un argument en faveur de la temporisation? Goldtdammer, à la Société médicale de Berlin, a relaté loguérisons spontanées sur 50 cas d'iléus; Curschmann, pour 105 observations d'obstruction intestinale, sans distinction de nuances, en a trouvé 37. Senator et Fùrbringer, appuyant ces résultats, déclaraient à la même Société avoir, par les seules ressources médicales, sauvé un tiers de leurs malades atteints d'iléus grave.

Page 1