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CASTRATION DANS L'HYPERTROPHIE PROSTATIQUE

argumentation théorique qui invoque des faits anatomiques, tératologiques et expérimentaux ; en second lieu, sur le terrain clinique, qui pour nous est décisif.

Sur le premier point, en effet, tout a été dit et rien n'est absolument démonstratif : le remarquable mémoire de Bazy, Escat et Chailloux nous paraît clore le débat. L'assimilation établie entre l'hypertrophie prostatique et le fibro-myome utérin n'est qu'une comparaison contestable, non un argument. L'anatomie comparée montre que dans certaines espèces — ruminants — il y a un rapport inverse entre le volume du testicule et celui de la prostate. L'embryologie enseigne l'indépendance originelle de ces deux segments de l'appareil génital. Pendant la vie embryonnaire, il n'y a aucune solidarité entre le testicule et la prostate. A la période de croissance, cette solidarité n'est pas constante, puisque, chez les monorchides, l'asymétrie prostatique ne s'observe pas toujours. Donc l'embryologie et la tératologie n'apportent point d'argument décisif à la méthode de White. — Si l'on étudie maintenant l'influence de la castration, il faut distinguer absolument la suppression unilatérale et l'ablation des deux testicules. A l'état adulte, la castration unilatérale est loin d'entraîner, de façon habituelle, l'atrophie du lobe prostatique correspondant; les recherches de Gould, de Przewalsky, de Fenwick confirment ce point important. Après la castration double, si le sujet a été châtré dans l'enfance, la prostate reste petite et ne se développe pas. Si la castration double a été pratiquée après l'époque de la puberté, la prostate, ainsi qu'il appert des recherches deGodart, Bilhartz et Pélican, subit une régression manifeste et demeure aux dimensions de la prostate d'un enfant. Mais ces faits sont passibles d'une objection : c'est qu'alors la castration a pu être faite avant le développement complet de la prostate et l'on n'en saurait conclure ce qu'elle produit chez l'homme adulte ou surtout au déclin de son activité génitale.

La castration expérimentale chez les animaux apporte à la solution de la question des faits dont il ne faut pas exagérer la valeur. Chez le chien, qui est l'animal de choix pour ces recherches, il faut considérer une cause d'erreur signalée par Albarran et Bazy, dont n'ont point tenu compte les premiers expérimentateurs, Launois, White, Kirby : c'est la variabilité extrême de la prostate dans l'espèce canine. L'appréciation par le toucher rectal des modifications de volume prête, malgré la méthode des schémas de Legueu, à de nombreuses illusions. On ne saurait juger macroscopiquement les effets de la castration : il ne faut accorder de valeur qu'aux expériences contrôlées par l'examen microscopique. Or, cet examen montre, de façon indéniable, que la castration double détermine chez les animaux une atrophie rapide déjà très marquée un mois et demi à deux mois après l'opération et portant surtout sur le tissu glandulaire.

L'observation clinique confirme-t-elle que la prostate hypertrophiée, au déclin de la vie génitale, subisse, delà double castration, une influence analogue à celle qu'une prostate jeune et saine éprouve de la sup-

pression de deux testicules en pleine activité sexuelle ? — La chose n'est point absolument démontrée anatomiquement. Il n'existe que trois examens de prostate hypertrophiée, traitée par la castration : ceux de White, de Griffiths et de Kelsey; et, seul, le cas de Griffiths, observé au dix-huitième jour, a quelque valeur au point de vue des lésions glandulaires régressives. — La diminution de volume de l'organe, produite rapidement, quelques jours après l'intervention, ne saurait être attribuée à un processus d'atrophie : ce sont phénomènes de décongestion observés aussi après le cathétérisme, la ponction vésicale ou la cystostomie; seules, peuvent diminuer avec cette promptitude les prostates molles, rénitentes, turgescentes. Autre chose sont les faits de rétraction lente, progressive, de la prostate; ils sont conformes à l'évolution nécessaire du processus atrophique et ont une valeur indéniable, bien qu'il faille émettre des réserves sur l'estimation précise de ces réductions de volume, appréciées par le toucher rectal. Les statistiques méritent discussion ; et nous ne faisons point un fond solide sur celle de Bruns, qui, sur 148 cas, note l'atrophie de l'organe dans une proportion de 38 p. 100, non plus que sur celle de White, qui croit à la production de cette atrophie dans 87 p. 100 des cas.

Au surplus, une chose est très frappante : réduction anatomique de l'organe et améliorations symptomatiques sont deux résultats loin d'être connexes. Ce n'est point chez les malades dont la prostate a le plus diminué que la miction s'est le plus améliorée : il en est qui, gardant une prostate volumineuse, ont reconquis une évacuation normale ; chez d'autres, malgré la diminution de la glande, la miction est restée douloureuse, difficile et fréquente.

Au point de vue thérapeutique, d'ailleurs, ces modifications des symptômes nous intéressent bien autrement que les variations anatomiques de l'organe. Les malades opérés pour simple dysurie ou pour rétention aiguë sont rares ; le rétablissement de la miction spontanée, chez eux, ne prouve rien et la castration ne saurait ici apporter qu'une action décongestive, plus simplement acquise par d'autres procédés. — Les prostatiques atteints de rétention chronique incomplète forment une catégorie plus nombreuse et plus intéressante : quelques heureux ont regagné, par décongestion ou par action dynamogénique exercée sur la vessie, une miction spontanée; la grosse majorité n'est qu'amendée, voyant le cathétérisme ou la miction devenir plus facile, mais continuant en général à garder un résidu vésical. Comme l'indique Carlier, la plupart de ces observations sont mal rédigées, au point de vue de la constatation de l'urine résiduelle. — Un petit nombre de prostatiques avec rétention chronique complète a été amélioré et chez quelques-uns la miction spontanée et totale est revenue. — Enfin, chez des malades dont l'appareil urinaire était infecté, la castration a parfois amené la diminution ou même la disparition du pus dans les urines, peut-être en produisant une déturgescence et surtout en diminuant la rétention, si propice à l'infection. C'est aussi par évacuation et par diminution du résidu vésical qu'on

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