TRAITEMENT PAR LES INJECTIONS IRRITANTES
quelques succès réels et que, en Amérique, Dennis ait accusé jusqu'à 25 p. 100 de guérisons, chiffre contestable si nous en croyons les échecs observés en France, doivent être rejetées : d'abord elles ne sont pas sans danger ; en ouvrant la séreuse, on peut l'inoculer, et nous avons parlé de phlegmons des bourses provoqués par un coup de trocart dans une hydrocèle ; on peut aussi ouvrir un vaisseau important qui détermine soit un hématome pariétal, soit un épanchement dans la vaginale. Et puis la poche s'épaissit parfois sous l'influence de ces traumatismes répétés, et la vaginalite séreuse se transforme en pachyvaginalite ; enfin il faut revenir trop souvent à l'évacuation de la cavité. Vigo préconisait de la vider deux fois l'an, mais le prélat de Van Swieten dut y recourir tous les trois mois et pendant vingt ans. C'est dire que nous ne croyons guère à l'histoire d'un malade guéri par une seule ponction et qui put se marier trois jours après. Aussi nous n'accepterons la ponction simple qu'à titre de traitement palliatif, lorsque le sujet, trop affaibli, ne peut supporter une intervention radicale, ou lorsqu'il ne peut se soumettre au repos plus de vingt-quatre heures, et désire, pour un temps, être débarrassé du liquide qui encombre son scrotum.
V acupuncture et la discission sous-cutanée peuvent être rapprochées de la ponction simple. La première de ces méthodes consiste à percer, en plusieurs points, d'une aiguille ordinaire saisie de la main droite, le scrotum que tend la main gauche. Un jet peu abondant sourd au niveau de chaque piqûre; bientôt cet écoulement extérieur se tarit par oblitération rapide des trous de la peau, mais ceux de la vaginale restent ouverts ; la sérosité pénètre dans les enveloppes des bourses et s'y résorbe. Il faudrait que l'hydrocèle fût très peu volumineuse pour recourir à ce procédé lent et aveugle et qui ne vaut guère moins que la discission sous-cutanée de Gobert; dans celle-ci, un ténotome à lame étroite est insinué dans la vaginale qu'il divise de dedans en dehors : le liquide pénètre dans le tissu sous-dartoïque et s'y résorbe, mais on risque plus que par les autres procédés de piquer le testicule, de couper l'épididyme ou le canal déférent enroulés sur la séreuse loin de leur place normale, enfin de provoquer des hémorragies. Ces méthodes sont donc abandonnées, et, de même, Y électropuncture qui est douloureuse, d'un emploi délicat et d'une efficacité contestable. Le séton, le drain, condamnés autrefois à cause des suppurations profuses dont ils étaient responsables, ont reparu un instant avec l'antisepsie : l'un de nous y a eu recours, mais ce corps étranger n'amène qu'une adhérence limitée des deux feuillets de la séreuse; la plus grande partie de la cavité reste libre et l'hydrocèle se reforme. Il ne reste donc plus que la ponction suivie de l'injection d'une substance irritante — et l'incision large de la poche.
Injection irritante. — La première de ces méthodes est la plus usitée : la ponction se fait avec un trocart ; on prend de la main gauche le scrotum à son insertion au pubis et on énuclée, pour ainsi dire, la tumeur, soulevée et bien mise en lumière; on saisit de la main droite le trocart, sur lequel on limite, de l'index, les 2 ou 3 centimètres que l'on
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veut enfoncer dans la vaginale, puis, d'un coup sec, on le fait pénétrer a la partie antérieure et externe, point opposé à celui où se trouve d'ordinaire le testicule. D'ailleurs on aura déterminé à l'avance l'endroit exact où est la glande, afin d'éviter de la blesser. Nous n'insisterons pas sur ces manœuvres, simples, de pratique courante et décrites dans tous les manuels. On retire le trocart, et la canule, restée à demeure, donne passage à la sérosité ; la cavité est vide; il faut maintenant irriter la vaginale. Cette inflammation, ou légère ou intense, provoquera la guérison, soit en oblitérant la séreuse par adhérence de ses deux feuillets, soit en modifiant les conditions de sécrétion par un mécanisme à peu près inconnu.
Les procédés sont innombrables pour provoquer cette irritation de la séreuse : Gillette préconisait, après la ponction, les malaxations du testicule au travers des bourses et n'avait recours qu'à ce moyen; d'autres ont injecté de l'air, introduit des corps solides, tentes, sondes en gomme: Larrey promenait dans la vaginale la canule du trocart. Le procédé de Denfer (de Metz) est encore employé et compte d'ardents défenseurs : par la canule du trocart on fait pénétrer un stylet qui, à son extrémité, porte une petite cuvette où l'on a coulé quelques cristaux de nitrate d'argent fondu ; on promène ce caustique à la surface du testicule et cette manœuvre suffit; la guérison est de règle. Mais le plus souvent on injecte des liquides ; il n'en est guère qu'on n'ait proposé : eau alumineuse, eau salée, alcool étendu, chlorure de zinc, chloral, huile ou éther iodoformé, vin chaud et teinture d'iode. Jusqu'en 1834, le vin chaud était presque exclusivement employé par les chirurgiens français; mais lorsqu'on connut le succès qu'obtenait, depuis 1832, Martin (de Calcutta) qui, à l'hôpital des Natifs, opérait plus de 800 hydrocèles par an en injectant de la teinture d'iode, on eut recours, sous la vive impulsion de Velpeau, à cette méthode qui reste la plus employée : c'est par centaines de mille que se chiffrerait le nombre d'épanchements séreux qu'elle a guéris. Aussi la prendrons-nous comme type de la méthode des injections irritantes.
Peut-être devrions-nous aussi tirer hors de pair les injections d'acide phénique pur proposées par Lewis (de Philadelphie), et sur lesquelles Labat a publié une bonne thèse. D'après lui et d'après son maître Charles Monod, cette substance, qui ne présente pas les inconvénients de la teinture d'iode, est aussi efficace qu'elle, et semble, même dans les cas de séreuses un peu épaissies, assurer la guérison définitive. N'oublions pas toutefois que sur onze observations relevées par cet auteur, il n'y eut pas moins de trois récidives; on note encore des accidents phlegmoneux : aussi Heydenreich, dans un article récent, persiste-t-il « à considérer l'injection iodée comme la méthode de choix pour le traitement de l'hydrocèle ».
Lorsque la sérosité de la vaginale est bien évacuée, on injecte, à l'exemple de Burdel (de Vierzon), qui le premier, en 1884, eut recours à cet anesthésique, quelques centigrammes de cocaïne, 5 à 6 centigrammes en solution à 1 p. 100. Roger Spillmann (1) dit qu'on peut aller jusqu'à
(1) Spillmann, Thèse de Paris, 1SS0.