TRAITEMENT LOCAL
Nous donnons, aussi bien l'été que l'hiver, une petite quantité d'iodure de sodium ; chaque matin, notre malade doit prendre, dans une tasse de lait bouilli, une cuillerée à café d'une solution qui contient, pour 100 grammes d'eau, 10 grammes de bromure de sodium, 10 grammes de chlorure de sodium, et 1 ou 2 grammes d'iodure de sodium. L'usage doit en être longtemps continué ; cette tasse de lait salé n'a rien de désagréable et tient lieu de premier déjeuner ; il est indispensable, en effet, pour que cette petite dose agisse sur l'organisme, de l'absorber à jeun. Pour peu que notre malade ait maigri, qu'il mange peu, mal, ou avec dégoût, nous employons la poudre de viande selon la méthode de Debove ; le commerce en livre qui est à peu près sans odeur. La préparation est simple, et les patients apprennent à mettre 25 grammes de poudre délayée avec un peu d'eau froide dans une tasse de lait chaud ; on ajoute une cuillerée de rhum ou de curaçao, de cognac, de kirsch, de sucre vanillé, et on prend cette mixture au milieu du repas, comme entremets. On peut encore masquer la poudre de viande dans le lait par un verre à liqueur de punch au rhum et deux verres à liqueur de thé. Nous insistons aussi sur le beurre, les œufs frais gobés presque crus en dehors des repas. Et ce régime rend la force et l'embonpoint primitifs.
Matin et soir, frictions sèches sur le corps avec le gant et la ceinture de crin ; le malade doit se frotter pendant cinq ou dix minutes ; la marche, l'équitation même nous semblent bonnes, mais il faut soutenir les testicules pour éviter tout froissement, le moindre heurt qui pourrait être cause d'une poussée tuberculeuse nouvelle. Nous avons la plus grande confiance dans les eaux chlorurées sodiques, et en particulier dans celles de Salies-de-Béarn dont on connaît la richesse exceptionnelle. Nous y envoyons nos malades de préférence en mai et en septembre, laissant entre les deux voyages un intervalle de deux à trois mois. Sous l'influence de ce traitement, nous avons obtenu un grand nombre de guérisons et l'un de nous en a publié de remarquables exemples. Nous disons « guérisons », malgré la persistance des noyaux de l'épididyme : il y a, en effet, une cause d'erreur fréquente, et il nous est arrivé d'examiner des malades que nous envoyaient des confrères sous prétexte de tuberculose génitale et qui, pour nous, étaient en état de guérison complète. Il ne faut pas oublier que les masses caséeuses s'entourent d'une coque de tissu fibreux résistante qui demeure après la résorption du foyer morbide enkysté. Cette sclérose ne disparaît pas, quoi qu'on fasse, et on la prendrait pour des tubercules en activité. L'absence de réaction, la complète indolence et la dureté ligneuse prouvent bien qu'il s'agit d'un noyau cicatriciel, vestige d'un processus éteint.
Traitement local. — Le traitement général, à lui seul, sera parfois suffisant; mais il est des circonstances où l'on doit agir d'une manière plus radicale. Nous supposerons un premier cas : l'épididyme seul est atteint; il existe un ou plusieurs noyaux vers le corps, la tête ou la queue, ou même l'infiltration est diffuse. Mais le testicule proprement dit est sain; ici, nous n'intervenons guère ; on traitera les manifestations aiguës par le
1102 TUBERCULOSE TESTICULAIRE.
repos et les antiphlogistiques, on ouvrira les abcès et l'on cautérisera les fistules pour provoquer la rapide évacuation du foyer. Une action plus énergique est rarement nécessaire, et sous l'influence d'une hygiène rigoureuse, d'une bonne nourriture et de bains salés, on verra les dépôts caséeux s'éliminer. Cette évolution est lente, il faut le reconnaître, et des chirurgiens ont essayé de la hâter. Malgaigne avait préconisé l'extirpation au bistouri du noyau caséeux ; Delpech, Boyer, Velpeau et Bouisson ont vanté les caustiques chimiques, le minium, lechlorure de zinc, la potasse, la poudre de Vienne ; Verneuil a proposé le thermocautère. Cette pratique paraît excellente lorsqu'il existe une masse circonscrite; la substance dégénérée, au lieu de mettre des mois à s'éliminer, s'évacue en quelques jours. Mais si les dépôts sont diffus, si le testicule commence à être atteint, l'usage du thermocautère ne semble pas indiqué ; il ne détruira qu'une petite partie du tissu morbide, et l'on s'expose à voir bientôt se former un abcès nouveau avec les parties avoisinantes. Il faudra recourir encore au platine rougi, au grand déplaisir du malade qui se croyait débarrassé par la première intervention. Du moins l'avons-nous observé dans la plupart de nos cas. Mais Verneuil aurait été plus heureux ; sous l'influence de ces cautérisations, il aurait vu guérir non seulement des foyers épididymaires, mais la prostate bosselée aurait, à distance, recueilli les bénéfices de cette intervention.
Éther iodoformé. — Nous préférons, dans ces cas, les injections d'éther iodoformé qui, depuis leur vulgarisation par Verneuil, ont donné de nombreux succès. On poussera avec la seringue de Pravaz, dont l'aiguille sera conduite en plein foyer caséeux, quelques gouttes d'éther iodoformé à 10 p. 100. On retirera l'aiguille et on oblitérera la petite piqûre avec du collodion iodoformé ; une réaction assez vive a parfois lieu les premiers jours et provoque une légère douleur ; mais elle s'apaise vite et parfois on voit régresser lentement le foyer qui laisse à sa place un nodule d'une dureté ligneuse. Depuis on a injecté nombre d'autres substances parasiticides ; le naphtol camphré nous a réussi une fois ; on a cité quelques améliorations à la suite d'injection de lymphe de Koch; Poncet, dans une communication orale, nous a dit avoir vu le mal rétrocéder. La solution de chlorure de zinc au vingtième, préconisée par Lannelongue et injectée, non plus en plein foyer selon la méthode des chirurgiens anciens, mais au pourtour du foyer que l'on entoure ainsi d'une « zone sclérogène », a donné quelques beaux succès.
Épididectomie. — Mais nous ferons une remarque générale sur toutes ces méthodes : elles amènent parfois, dit-on, et disons-nous nous-mêmes, une guérison complète. Guérison, nous le voulons bien, en ce sens que le foyer est éteint et que les bacilles sont morts ou encapsulés. Mais, dans tous les cas, la fonction de la glande atteinte reste perdue, et c'est ce que ne disent pas les auteurs. Le tube unique, dont le pelotonnement constitue l'épididyme, est détruit en un point de son trajet; les spermatozoïdes ne pourront franchir cet obstacle et l'on ne trouve jamais d'animalcules dans les cas de double épididymite caséeuse guérie. Aussi ne voyons-nous