CASTRATION
aucun inconvénient à pratiquer l'épidideclomie : après large incision du scrotum, on arrive sur l'épididyme que Ton sépare du testicule par une dissection attentive ; on laisse celui-ci clans les bourses et l'on suture. Si l'épididyme est seul atteint, si l'état général est bon, une guérison durable est le résultat de cette facile opération.
Castration. — Elle reste notre dernière ressource; elle a de nombreux partisans ; un testicule tuberculeux, même lorsque les foyers sont hmités, est un testicule perdu au point de vue fonctionnel : en effet, la masse caséeuse oblitère l'unique canal dont l'enroulement forme l'épididyme. Ce n'est pas tout ; un foyer tuberculeux n'est-il pas pour l'organisme une menace permanente et, de ce point, des nuées de bacilles n'ont-elles pas le loisir de s'abattre sur les autres tissus pour les infecter ? Pourquoi donc ne pas enlever cette glande inutile et dangereuse, d'autant qu'elle est douloureuse, suppurante et que l'individu qui la porte est un malade qui doit se soigner ?
Nous acceptons cette pratique, dans les cas où le testicule proprement dit est atteint. En effet, les foyers tuberculeux ne se vident pas facilement au dehors ; de nombreuses poussées aiguës, de longues douleurs sont nécessaires avant que l'albuginée s'ouvre pour livrer passage au pus. Pour peu que les abcès se succèdent, on conçoit ce qu'il faut de souffrance avant que le patient ait évacué sa glande. Aussi, lorsque le testicule volumineux est bosselé, ce qui indique l'existence de foyers nombreux qu'échauffera le moindre traumatisme, nous n'hésitons pas à conseiller la castration. A une évacuation lente nous substituons un débarras rapide et nous supprimons les inconvénients qu'entraînent une longue suppuration, de vives douleurs et une inaction prolongée. On le voit, nous n'invoquons pas un instant le bénéfice de supprimer un foyer morbide d'où partiront des colonies nouvellespour inoculer d'autres régions de l'organisme. Nous pensons en effet que les modes d'infection sont si nombreux et si fréquents, que tout tissu apte à cultiver les bacilles en trouve toujours quelques-uns à portée pour s'ensemencer à loisir.
Aussi ne pratiquons-nous pas la castration hâtive pour la tuberculose comme on enlève un sein atteint de cancer. Toutes les fois qu'on peut espérer l'évacuation assez rapide du foyer ou son enkystement par une membrane scléreuse épaisse, nous nous abstenons. El cela pour deux raisons : la première, on la connaît : nous ne pensons pas que ce testicule soit dangereux pour son congénère intact et nous pourrions citer un grand nombre d'observations où un individu, tuberculeux d'un épididyme, a pu guérir et vieillir sans que l'autre glande se prenne ; nous connaissons, d'autre part, des malheureux dont on a enlevé un testicule et qui n'en ont pas moins vu la seconde glande envahie et nécessiter la castration. La seconde raison qui nous fait hésiter devant l'opération radicale, c'est que les malades préfèrent un moignon de glande à une bourse vide, ne fût-ce que d'un seul côté, et qu'il ne faut les pousser à ce sacrifice que lorsqu'il est vraiment nécessaire. Telle est aussi l'opinion défendue par Guyon.
C'est surtoutlà ce qui nous éloigne de l'opération radicale lorsqu'elle n'est
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pas légitimée par la douleur et les suppurations intarissables. Car nous n'admettons guère les autres objections : on parle de la gravité de la castration, argument sans valeur depuis l'antisepsie : la mortalité opératoire est réduite à zéro ; on parle encore de la nécessité de donner le chloroforme, mais, avec la cocaïne, on enlève la glande sans douleur et sans danger ; le réveil de la diathèse par l'intervention, et Verneuil a publié quelques cas où une méningite tuberculeuse, une poussée aiguë du côté des poumons a été la conséquence delà castration. D'abord, ces faits sont exceptionnels ; rien ne prouve que l'opération doive être incriminée. Nous avons vu mourir d'une méningite tuberculeuse un individu de cinquante-trofe ans dont le testicule était farci de noyaux caséeux qui, à l'autopsie, nous parurent éteints. D'ailleurs Lannelongue n'a-t-ilpas publié des statistiques d'après lesquelles ces réveils inattendus de la diathèse seraient aussi fréquents pour les tuberculeux non opérés que pour ceux chez lesquels on intervient ?
La castration reste donc une ultime ressource et, dans les cas de suppuration intarissable, elle rend de réels services. Nous y avons eu recours et jamais nous n'avons vu apparaître ou s'accroître les accidents pulmonaires ; jamais nous n'avons observé de méningite ou une poussée aiguë vers l'autre testicule, les vésicules séminales ou la prostate, du moins pendant les trente ou quarante jours qui suivent l'opération, laps de temps où le traumatisme pourrait être incriminé. Au contraire, l'état général se relève ; on voit même parfois une amélioration notable survenir dans l'évolution d'autres manifestations tuberculeuses. Nous avons publié des observations où des lésions commençantes du côté du poumon ont disparu ; Richet et Tillaux, avant nous, en avaient produit où, loin d'avoir activé la diathèse, cette opération semblait avoir enrayé le mal, grâce à la destruction d'un foyer sep tique.
Reste l'hypocondrie : c'est un argument de valeur ; depuis Dupuytren, plusieurs chirurgiens racontent que des malades sont morts de chagrin ou se sont tués après l'ablation de leurs testicules. Mais on n'enlève pas les deux glandes et on peut persuader au malade qu' « un testicule en vaut deux ». Ce qui attriste l'existence, bien plus que la perte d'un organe à moitié fondu et sans valeur fonctionnelle, ce sont les suppurations sans fin, les douleurs continues, les soins incessants qu'entraîne la présence du foyer ramolli. On se préoccupe de ses testicules en raison du besoin qu'on en a : or, lorsque la glande est envahie tout entière, que les foyers s'ulcèrent, les désirs sont bien affaiblis. Aussi répétons-nous qu'un testicule qui suppure ne nous paraît pas « un testicule moral» bien « consolant », et nous nous demandons avec Deville « ce que peut avoir de séduisant un scrotum entouré de cataplasmes ».
Prothèse testiculaire. — D'autant qu'après l'ablation de l'un des deux testiculesà lasuite de tuberculose ou de castration pour hypertrophie prostatique, on peut remplacer des glandes absentes par l'inclusion dans les bourses de boules de métal, ainsi que Tuffier l'a pratiqué plusieurs fois. Il s'est servi de testicules d'argent; d'autres ont eu recours à l'aluminium,