INFLAMMATIONS DES ANNEXES : TRAITEMENT MÉDICAL
ovaro-salpingite non invétérée, nous commençons toujours par instituer un traitement médical dont la base consiste dans le repos au lit, la désinfection vaginale et utérine et l'application d'eau chaude à la température de 50 à 55° centigrades. L'eau chaude en gynécologie nous semble avoir été préconisée tout d'abord par Emmet. Pour notre part, nous la prescrivons depuis 1880 et nous avons imaginé un injecteur vaginal commode. Pour prendre ces injections, la femme doit se mettre, dit-on, sur un bidet et l'eau qui entre dans le vagin en sort au fur et à mesure. Chez les malades qu'une grande faiblesse retient au lit ou chez qui les hémorragies utérines éclatent à tout mouvement, la séance d'irrigation est toujours fatigante. Aussi, pour éviter ces inconvénients, nous nous servons d'un spéculum en bois, l'orifice en est oblitéré par un bouchon en caoutchouc que traversent deux tubulures en verre; l'une de ces tubulures reçoit l'eau chaude d'un réservoir, ordinairement un simple seau, suspendu au-dessus du lit, et la fait pénétrer dans le vagin; l'autre tubulure prend cette eau dans le vagin et la conduit jusqu'à un récipient placé au pied du lit.
Cet appareil, que sans doute d'autres ont inventé avant nous et réinventeront après, permet aux femmes de prendre sans fatigue, au lit, dans l'immobilité la plus complète et avec la plus grande facilité, des injections continues. Il en est qui s'endorment pendant l'injection. Et cependant nous ne conseillons plus ce moyen si pratique, car, depuis plusieurs années déjà, l'irrigation nous semble être, ou à peu près, l'application d'une erreur anatomique. On a pensé que le plus court chemin pour atteindre l'utérus malade est la voie vaginale : la chose est vraie pour le col, la partie la moins importante de l'organe, mais elle est inexacte pour le corps et pour les vaisseaux qui l'abordent: on n'a qu'à pratiquer le toucher rectal pour savoir quelle est la saillie de la matrice qui bombe dans l'ampoule ; l'eau chaude que nous accumulons dans le rectum par un lavement baignera la surface postérieure, les deux bords et le fond de l'utérus. Certes, nous ne bannissons pas les irrigations vaginales, indispensables pour l'asepsie de l'organe, mais, au point de vue de l'effet de l'eau chaude sur les tissus enflammés, son importance est bien intérieure à celle du lavement.
La technique en est simple : tous les matins, une demi-heure avant de se lever, la malade doit avoir, sur sa table de nuit, un injecteur pouvant contenir au moins un litre de liquide. On l'emplit avec de l'eau dont la température, une fois le récipient réchauffé, doit être encore de oo degrés. Il serait même bon, par des essais successifs, de savoir quelle est la température de l'eau, non dans l'irrigateur lui-même, mais lorsqu'elle arrive à l'extrémité de la canule. La malade introduit la canule dans l'anus et ouvre le robinet, mais peu à peu, de façon que l'intestin ne se révolte pas si des contractions trop énergiques se faisaient, ou même si on éprouvait une sensation de plénitude trop accentuée, on arrêterait l'écoulement, car il faut conserver le lavement au moins une demi-heure. Lorsque «esse la réaction de la paroi intestinale, on recommence, toujours avec les
plus grands ménagements, et l'on s'arrête lorsqu'on sent qu'on ne saurait dépasser, sans l'expulser, la quantité introduite déjà dans le rectum. Puis la malade demeure immobile et, au bout d'une demi-heure, se lève, rend son lavement, et la séance est terminée par une irrigation vaginale. On recommencera ainsi chaque matin, et parfois même chaque soir, jusqu'à l'apparition des règles, pendant lesquelles la suspension des lavements est de rigueur. Nos collègues Budin et Routier, qui ont reconnu la valeur de ces lavements chauds, ont imaginé l'un et l'autre une canule ingénieuse pour en faciliter l'application.
Cette méthode si simple que nous combinons toujours avec le repos, l'antisepsie vaginale et utérine, dilatation et drainage du col, curettage de la cavité, nous a donné de beaux succès. Sous son influence on voit les souffrances s'atténuer, la sensation de pesanteur, les douleurs de rein disparaître et peu à peu les signes physiques s'amendent d'une façon appréciable; l'empâtement devient moindre, des tumeurs très nettes que l'on circonscrivait par le toucher bimanuel finiront par fondre à tel point que les malades ne sentent plus le besoin d'une opération et que, venues avec le désir et la décision de subir une laparotomie, elles demandent à reprendre leur travail. Ce n'est guère qu'une fois sur trois que leurs souffrances persistent, et que la tumeur, révélée par la palpation, s'accuseou reste aussi volumineuse. Nous avons bien vu quelques-unes de nos malades nous revenir; avec le travail et la cessation de la cure les accidents reparaissent parfois, et en somme l'opération n'a été que retardée. Mais souvent la guérison est durable et nous pouvons citer à l'actif de la méthode nombre de personnes de notre clientèle que nous connaissons et que nous avons pu suivre. Nous avons publié ailleurs, dans quelque clinique ou dans la thèse de notre élève Ducosté, plusieurs observations de ce genre (Reclus^.
2° Indications du traitement opératoire. — Jusqu'à quel moment ou quelle gravité de lésions peut-on modifier les annexes malades : voilà qui est impossible à formuler, en l'état actuel du diagnostic. Exclure de cette action les salpingites purulentes, c'est rester dans le vague : combien de suppurations tubaires ou péri-utérines sont méconnues! Et, par contre, combien de fois a-t-on pris pour un pyosalpinx, un hémato ou un hydrosalpinx, une salpingite parenchymateuse, un ovaire polykystique? C'est donc une chance à courir que l'assainissement préalable de l'utérus, surtout dans la clientèle aisée, où les femmes peuvent prolonger la cure et le repos utérin. Savoir attendre, c'est le secret du succès : il faut « faire crédit » à la douleur et laisser aux lésions secondaires qu'alimentait le foyer utérin le temps de s'amender. Pendant quelquesmois on verra persister une sensibilité des organes, au moment des règles, à l'occasion d'une fatigue ou d'une impression nerveuse, la douleur sera très atténuée, séparée par des accalmies de plus en plus longues; puis la malade finira par ne plus souffrir. Dans la classe pauvre, c'est une autre affaire : une ouvrière a besoin d'un secours prompt ; le temps et l'hygiène lui manquent; la fatigue mûrit ses lésions que les soins