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LUXATIONS DES VERTEBRES : REDUCTION

fut ensuite dirigée en avant pendant que la poitrine était repoussée vers la table. Pour nous, nous avons échoué dans un cas de luxation cervicale bilatérale, et Thornburn confesse aussi deux insuccès sur deux tentatives. Dans le cas de luxation unilatérale, l'apophyse articulaire luxée saute par-dessus l'apophyse oblique sous-jacente et s'enclave dans l'échancrure préapophysaire. Pour réduire, n'est-il pas évident qu'il faut, en un premier temps, décrocher, déclancher cette apophyse articulaire qui bute par sa face postérieure contre la face antérieure de l'apophyse sous-jacente,

Fig. 19. — Réduction d'une luxation cervicale unilatérale. — Schéma des manœuvres.

formant véritable « cran d'arrêt » ? Voici comment on réalise ce déclanchement: la tête est infléchie, sans que l'extension se relâche, du côté opposé à la luxation : cela permet à l'apophyse oblique luxée de s'élever au-dessus du bec antérieur de la sous-jacente ; puis, un mouvement de rotation du côté luxé achève de faire glisser l'apophyse sur le plan incliné de l'inférieure. Donc extension, inflexion latérale du côté sain, rotation du côté luxé : telle est la succession des temps.

§ 2. Maintien de la réduction. — 11 faut ensuite maintenir la correction obtenue si l'on ne veut s'exposer à la récidive du déplacement. Malgaigne, dans un cas, réduisit, ou crut avoir réduit; à l'autopsie, il vit que la luxation persistait et il admit qu'il y avait eu reproduction de la luxation. Schuls, après deux tentatives, parut avoir obtenu la réduction : la nécropsie montra la luxation incorrigée, et Schuls constata que l'extension suffisait à la réduire, mais qu'une pression légère la reproduisait. — L'extension continue par une fronde sous-maxillo-occipitale et des poids tracteurs serait assurément le meilleur moyen de parer à ce danger de récidive pour des luxations cervicales : dans le cas où le déplacement n'aur-ait point de tendance à se reproduire, une minerve improvisée, modelée en carton mouillé et en bandes silicatées, suffirait au maintien -de la tête.

§ 3. Difficultés particulières aux luxations de l'atlas. — Dupuytren déclarait les luxations de l'atlas au-dessus des ressources de l'art. Cela est incontestable pour les luxations occipito-atloïdiennes, qu'on ne constate d'ailleurs qu'à l'autopsie. Mais bien que Thornburn ait récemment déclaré « coupables » les essais de réduction portant sur l'atlas et l'axis, Forgce et Reclus. — II. 8

des faits bien étudiés démontrent que les déplacements de l'atlas sur l'axis, promptement mortels s'ils demeurent incorrigés, ont pu être heureusement réduits. Chez un vieillard qui reçut sur la tête une botte de foin, le père de Malgaigne diagnostiqua une luxation de l'atlas, « et déclara au blessé que, si l'on n'y remédiait, la mort était inévitable, mais que la réduction pouvant l'amener également, il fallait avant tout mettre ordre à ses affaires ; le blessé, homme de cœur, reçut les sacrements ; alors, le chirurgien le faisant asseoir par terre se plaça derrière lui, les genoux sur ses épaules pour faire la contre-extension ; une serviette nouée sur son cou et embrassant d'autre part le menton du blessé servit à l'extension que le chirurgien aidait et dirigeait de ses deux mains ; les tentatives furent longues et pénibles; enfin, dans un dernier effort, la tête, élevée autant que possible, fut vivement repoussée en arrière et reprit à l'instant sa direction naturelle ». Peabody (1) paraît aussi avoir réussi la réduction d'une luxation atloïdo-axoïdienne ; clans le cas de Uhde (2j, Hagemann et Bôttger, il s'agissait d'une luxation bilatérale « en sens opposé » comme Rlasius a dénommé cette variété : l'apophyse atloïdienne articulaire inférieure droite était luxée en avant de la surface articulaire correspondante de l'axis, et l'apophyse oblique gauche était portée en arrière de la sousjacente : l'extension, l'inflexion à gauche et, en dernier temps, la rotation à droite réduisirent le déplacement. En pareil cas, il est prudent de maintenir, pendant un délai de quelques semaines, la tête en extension continue. § 4. Luxations irréductibles. — Il y a des luxations unilatérales, irréductibles, qui laissent vivre le blessé, mais non point sans symptômes médullaires. Il faut bien alors s'en tenir à la thérapeutique des symptômes : l'électricité rendra des services contre les troubles paralytiques, mais on n'imitera pas la conduite du Dr Purple (3). Il eut à traiter une luxation des cinquième et sixième cervicales, qui, depuis plusieurs années, provoquait une paraplégie complète contre laquelle le blessé demanda une double désarticulation de la cuisse. Le point curieux de l'histoire est que le chirurgien américain accepta de transformer ce paralytique en culde-jatte ; le blessé survécut pour mourir plus tard d'excès alcooliques.

B. — Interventions chirurgicales pour luxations des vertèbres.

Dans le cas de luxation irréductible ou récidivante, il serait possible, à la condition d'intervenir précocement, de reprendre, à la faveur de l'antisepsie, l'opération conseillée, dès 1550, par Fabrice de Hilden. « On peut, disait-il, faire une incision allant jusqu'à l'apophyse descendante de la vertèbre, puis la prolonger sur ses faces pour, avec des griffes, tirer et réduire; l'extension de l'épine, pratiquée simultanément, favorisera le résultat ». Les faits n'en sont point nombreux jusqu'à présent : Lampiasi, en 1890, opérant à la façon de Fabrice de Hilden, a réduit une luxation de

(1) Peabody, Boston med. and surg. Journal, 1876, vol. II, p. 79.

(2) Uhde, Archiv fur klin. C/rir., 13d. XXII, p. 217.

(3) Purple, New-York med. Journ., mai 1853, p. 310.

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