TUBERCULOSE DES VERTÈBRES
Le mal vertébral est une des tuberculoses qui profitent le plus d'une médication générale persévérante. De l'air, de la lumière, des habitations saines et bien exposées ; quand on peut le prescrire, le séjour aux plages marines, aux eaux chlorurées-sodiques : voilà la meilleure part du traitement médical. Mais il y a les gibbeux pauvres ou intransportables, les gibbeux condamnés à l'hôpital, à la réclusion en espaces confinés ou malsains ; et pour eux il ne reste que les prescriptions alimentaires et médicamenteuses. Le formulaire banal de toutes les tuberculoses est ici applicable.
L'hygiène et le régime peuvent beaucoup ; mais le traitement local conserve la place prépondérante. Le tout est qu'il arrive à temps : précocité diagnostique et efficacité thérapeutique sont ici corollaires. C'est parce que nous avons appris à reconnaître le mal de Pott en ses premières périodes ; parce que nous portons le diagnostic de meilleure heure, avant que la triade symptomatique soit au grand complet, avant les déformations, les paralysies et les abcès, que nous guérissons la tuberculose vertébrale dans des proportions inconnues aux vieilles statistiques.
A. — Traitement non opératoire des lésions vertébrales.
1° Principes de ce traitement : immobilisation et décompression des vertèbres malades. — Deux conditions aggravent les lésions et la déformation rachidiennes : d'une part, le travail d'ulcération qui ramollit et détruit ; d'autre part, les influences mécaniques qui dévient, compriment et affaissent la tige vertébrale. — Contre la lésion tuberculeuse elle-même, les anciens accordaient un haut crédit aux cautères appliqués de chaque côté des apophyses épineuses, aux vésicatoires successifs, aux peintures à la teinture d'iode ; les modernes ont perdu ces vieilles croyances. De l'antique médication révulsive, il ne reste que les pointes de feu, qui paraissent exercer quelque action sur la pachyméningite et la congestion médullaire. La technique en est simple : on ponctue avec le thermo les gouttières bilatérales d'un nombre de mouchetures proportionné à la résistance du malade. On procède par séances successives de trente à cinquante ignipunctures; en quelques jours, cette escharification est réparée, et l'on reprend le thermo. Par bonheur, la pratique de Hueter, qui injecte dans le corps vertébral même une solution phéniquée à 3 p. 100, n'a point encore franchi les Vosges. — En somme, le repos est le pansement par excellence des vertèbres malades de tuberculose.
Les causes mécaniques ont la plus fâcheuse influence sur la lésion ulcéreuse des vertèbres : le poids de la tête, celui des viscères thoraciques et des membres supérieurs tendent à infléchir le rachis en avant ; les masses musculaires spinales se contractent, « par appréhension », par cet « instinct de vigilance » qui immobilise le tronçon rachidien malade et le garde contre tout douloureux déplacement. Aussi, l'indication dominante est-elle d'alléger cette charge qui s'appesantit sur le segment vertébral malade avec d'autant plus de lourdeur que le mal occupe une région plus inférieure de la colonne; sinon, ce poids va comprimer le foyer tuberculeux et l'irriter : chaque mouvement sera l'occasion de heurts à ce niveau, d'autant que la contracture musculaire immobilise le segment vertébral en une tige rigide ; il n'y a plus la flexibilité des articles pour amortir et décomposer les chocs. Sur le point miné par l'ostéite va porter un incessant traumatisme qui presse, tasse et effondre le segment tuberculeux.
2° Procédés de ce traitement. — •§ 1er. Immobilisation du malade parle décubitus horizontal. — Mettre le rachis en repos, voilà l'indication. — Coucher le malade, voilà le moyen le plus simple. — Et, de fait, en cette position horizontale, les corps vertébraux ne pèsent plus l'un sur l'autre, et c'est sur le matelas que chacun s'appuie isolément. A.ussi, dès qu'un mal de Pott est soupçonné, il faut mettre le malade au lit. On l'y maintiendra pendant toute la période d'état, tant que la réparation osseuse ne sera pas complète et la solidité rachidienne restaurée.
On objecte au décubitus horizontal le séjour des malades au lit, la claustration ; les tuberculeux pâlissent, perdent l'appétit, s'ennuient et