‹ Traité de thérapeutique chirurgicaleChapitre 60 sur 372 · TRAITEMENT OPÉRATOIRE DES PARALYSIES POTTIQUES · texte numérisé non relu

TRAITEMENT OPÉRATOIRE DES PARALYSIES POTTIQUES

il faut pour cela, comme dans les faits de Duncan, de Lane, des lésions postérieures, limitées aux arcs et à la face adjacente des méninges, et comprimant la moelle d'arrière en avant, ce qui est l'exception. Des résultats favorables peuvent s'observer quand la lésion compressive est due à un abcès rachidien, avec diverticule intravertébral, comme on en peut observer à la région dorsale : les faits de Ménard en témoignent. On bien enfin — hypothèse exceptionnelle signalée dans les deux premières observations de Mac Ewen (1) — il paraît s'agir d'un reliquat de pachyméningite se présentant sous la forme d'un « néoplasme fibreux, situé entre l'os et la dure-mère, et comprimant la face postérieure de la moelle» : l'enfant paraplégique depuis dix-huit mois, opéré par Mac Ewen en 1883, est retrouvé guéri en 1888, « participant à tous les jeux, y compris le foot bail » ; même succès chez une jeune femme paraplégique qui, huit mois après, « pouvait marcher durant un quart de mille et vaquer aux^devoirs du ménage ».

La rareté de ces guérisons doit, jusqu'à nouvel ordre, restreindre de pareilles interventions. « On ne perd rien pour attendre », dit Thornburn, et Kraske est d'accord avec lui. Kirmisson, clans son rapport au Congrès de chirurgie de 1894, se déclarait « incapable d'apporter des conclusions précises ». Thornburn cherchant à préciser les indications de l'intervention, les tire : 1° d'une aggravation rapide des symptômes en dépit du traitement ; 2° de la présence de symptômes qui menacent directement l'existence, tels que les troubles respiratoires. Ce seront aussi nos conclusions; mais il est une variété de paraplégie pottique où nous serions plus facilement portés à l'intervention : c'est celle liée aux abcès du mal de Pott dorsal, sur le diagnostic desquels notre attention doit se porter particulièrement.

La thérapeutique chirurgicale actuelle peut donc beaucoup pour la tuberculose vertébrale. Étant donné un mal vertébral unique, cervical inférieur, dorsal ou lombaire, reconnu à temps et convenablement traité chez un sujet n'ayant pas de tubercules viscéraux, on peut dire, avec Verneuil, que la mortalité sera presque nulle, les accidents de la moelle passagers, la gibbosité à peine visible, les abcès rares, et capables de disparaître spontanément ou d'être guéris sans danger. « Je vais plus loin, dit Verneuil , et dans bien des cas qui jadis eussent été à peu près désespérés, on peut arriver aujourd'hui à de bons résultats, c'est-à-dire faire cesser les douleurs, améliorer la paralysie, arrêter les déformations en voie de progrès, guérir des abcès volumineux et fermer des fistules rebelles. »

Mais, pour enregistrer ces succès, ce n'est point pendant des mois, mais pendant des semestres et des années, qu'il faudra continuer l'immobilisation du malade et de sa colonne vertébrale. Il s'agit ici d'une affection à lente évolution et à guérison retardante; si le malade guérit, ce n'est que par réparation progressive du foyer osseux. Il faut donc ne pas, se désespérer avant l'heure, ne pas relâcher le traitement avant la

(1) Mac Ewen, JSrltis'i med. Journ., 18S8, t. II, p. 308.

période de sécurité. On résistera aux parents, aux malades qui aspirent à la liberté et à l'exercice, car un mouvement intempestif peut rallumer un foyer d'ostéite mal éteint.

Et quand le malade aura quitté le lit, on n'oubliera point que sa colonne a besoin de tuteurs ; on la raccoutumera à son rôle de sustentation par des mouvements gradués. Le traitement post-opératoire trouve ici une de ses plus opportunes applications. Le gibbeux, même guéri, n'est pas dans les conditions de résistance normales. Sa statique rachidienne est changée, son thorax est rétréci : c'est un candidat aux tuberculoses viscérales. De plus, il peut rester dans son cal fibreux un reliquat tuberculeux capable de se réveiller et de refaire du pus vingtcinq ans après la guérison, comme nous en observons actuellement un cas, quarante-trois ans après, comme l'a vu Verneuil. C'est dire que le sibbeux doit demeurer dans des conditions de vie modérément active.

Page 1