‹ Traité de thérapeutique chirurgicaleChapitre 63 sur 372 · SCOLIOSE : DECHARGE DU RAC1IIS · texte numérisé non relu

SCOLIOSE : DECHARGE DU RAC1IIS

en connaît le principe général de construction. Un corset ordinaire, emboîtant les hanches, bordé en arrière, de charpie côté de la fente médiane, de solides ressorts d'acier verticaux ; deux tuteurs latéraux, incorporés au tissu, avec crosses et courroies d'embrasse pour les épaules ; et, comme agents de répulsion latérale, des ressorts transversaux dits barrettes, ou bien des plaques coussinées, destinés à appuyer sur les courbes scoliotkpies et disposés suivant l'espèce de déviation : voilà le schéma de tous les corsets d'attitude, dont le modèle de Ducresson demeure le type préférable. Une large ceinture pelvienne ; sur sa partie médiane, en arrière, un levier ou buse, mobile sur un cadran à crémaillère, et remontant aux épaules ; une grande courroie qui, attachée à ce levier, enveloppe le saillant de la courbure principale et va prendre appui sur le bassin en exerçant sur l'arc scoliotique une traction constante qui tend à le redresser : telle est la ceinture à inclinaison, dont le type ancien est l'appareil de Hossard, et dont on a construit des modèles meilleurs, utilisant la traction élastique , malheureusement sujette au relâchement.

Si l'on espère que ces appareils suffiront à redresser les courbures scoliotiques, on s'illusionne; si l'on y voit des auxiliaires du traitement gymnastique, des moyens de conserver les corrections obtenues, on est dans le vrai. Sans doute, on soutient bien le tronc avec les tuteurs latéraux ; par le soulèvement des épaules , et dans une certaine mesure, on exonère le rachis de la charge céphalique ; mais

la mobilité des épaules rend cette action insuffisante. — « Da mihi punclum », disait Archimède; or, comme l'exprime Delore, le point d'appui fait ici défaillance; la ceinture pelvienne glisse, et les épaules remontent. Compter sur le redressement de l'arc rachidien par l'appui de pelotes, de barrettes ou de bandes de traction pressant sur le sommet de la courbure, c'est leur demander plus qu'elles ne peuvent donner ; et c'est déjà beaucoup qu'elles maintiennent la correction en empêchant le rachis, entre deux séances de gymnastique, de revenir à sa position vicieuse. Ces appareils soulagent les muscles spinaux, qu'on évite ainsi « de tenir constamment en haleine », comme dit Bouvier ; et, comme dit encore ce dernier, ils servent au scoliotique « plutôt d'avertissement pour mettre ses muscles en action, que d'appui constant qui les dispense d'agir ».

2" Méthodes de redressement par l'action des muscles rachidiens. — § 1e''. Valeur correctrice de l'exercice des muscles vertébraux. — Bouvier s'étonnait déjà de voir « avec quelle puissance les muscles peuvent mouler le rachis » ; à la période contemporaine, sous l'impulsion féconde de Ling et de ses adeptes, et devant les résultats de la gymnastique suédoise, nous avons vu se développer le rôle prépondérant de

Corset à traction élastique.

l'exercice méthodique des muscles extenseurs de la colonne vertébrale. Ils sont les « haubans » qui fixent la colonne rachidienne, dans l'attitude verticale ; ils en maintiennent les pièces composantes quand le centre de gravité se déplace ; toutes les fois que leur action est défaillante, la tige vertébrale, insuffisamment soutenue par les ligaments, tend, sous la pesée verticale des parties hautes, à se fléchir ou à tourner sur elle-même.

De là, la valeur thérapeutique des méthodes qui fortifient ces muscles par l'exercice. Or, il s'agit de doser l'exercice et de le localiser. — Le doser, parce que, chez l'enfant scoliotique, tout effort intense risque de dépasser la force disponible, d'aggraver la situation, en achevant de lasser les muscles vertébraux. A ce titre, rien n'est pernicieux comme de prescrire banalement les exercices gymnastiques, tels que nous les entendons en France : le trapèze, les anneaux, la barre fixe, abusivement employés, ont aggravé maintes fois la déformation. — Pour que l'exercice ait une valeur thérapeutique et devienne applicable même aux sujets débiles, il faut que le travail se localise aux groupes musculaires atteints, se proportionne à leur énergie, agisse dans le sens inverse des déformations. Par exemple, en mettant en jeu les muscles sur le côté convexe de l'arc, on tend à comprimer cet arc et à redresser sa courbe ; l'on comprend que, bien mieux que les liens tracteurs de nos corsets, les muscles spinaux de la convexité, tirant sur leurs attaches épineuses et transversaires, les défléchissent et les rétablissent en leur axe normal.

§ 2. Redressement volontaire du sujet par lui-même. — Le sujet peut faire lui-même travailler ses muscles vertébraux, mais il faut l'intéresser au traitement, le rendre conscient de la défectuosité de sa statique; et ce n'est point chose toujours facile, surtout chez les jeunes, d'autant que, comme l'ont bien observé les Suédois, plus la déviation est prononcée, moins le malade, ayant perdu le sens musculaire, en a conscience. Donner au malade le sens de l'équilibre rachidien normal est un point de thérapeutique qui n'est pas négligeable : Kjôlstad et Roth ont donné de précieux conseils à ce sujet. Roth place le scoliotique les yeux fermés devant une glace, lui dit de se tenir droit ; quand le malade rouvre les yeux, il lui fait constater que sa tête est penchée, et régularise son attitude : peu à peu, le scoliotique arrive à se redresser. Kjulstad apprenait à ses malades à se figurer devant eux un schéma en croix, dont la branche transversale devait correspondre toujours à la ligne d'épaules : ne voulait-il point arriver à leur donner l'idée de leur nombril, et d'un fil aplomb idéal, suspendu à ce point et destiné à leur mesurer la verticalité! « En visitant l'institut orthopédique de Dollinger, nous dit Lagrange, nous fumes vivement intrigué de voir tous les murs de la salle presque entièrement revêtus de grandes glaces sur lesquelles venaient s'entrecroiser des fils noirs tendus en long et en travers : c'était là qu'à la fin de la leçon les enfants venaient durant un quart d'heure s'exercer au redressement spontané. »

Et, de fait, la rectification consciente de l'attitude réussit à enrayer bien des scolioses commençantes. A l'état de repos, la position assise sur

Page 1