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PLAIES DES PARTIES MOLLES DU CRANE

Puis, vient le nettoyage de la plaie. Qu'elles soient rectilignes ou à lambeaux, les plaies par instruments tranchants, à taillant net, sont faciles à tenir aseptiques. Pour les piqûres, il faut se méfier, surtout quand le coup a été porté tangentiellement, et quand l'instrument est ténu : le trajet traumatique sera soigneusement exploré ; souvent des corps étrangers, des touffes de cheveux, des fragments brisés de la lame restent dans la blessure et en prolongent la suppuration : on les extraira, dût-on débrider la plaie dans sa longueur. Souvent aussi, ces piqûres souscutanées font des décollements, des déchirures vasculaires lointaines, des bosses sanguines : on fera, par douce pression, sortir le sang épanché dans la profondeur.

Les plaies confuses, nettes comme une coupure, sont, comme telles, d'antisepsie facile. Le traitement est identique de toutes ces plaies simples : irrigations delà plaie avec une solution phéniquée à 3 p. 100, ou sublimée à 1 p. 1000; s'il y a des corps étrangers ou des pinceaux de cheveux engagés, on les extraira à la pince ou on les balayera avec un tampon d'ouate hydrophile. Puis quelques points de suture uniront les bords. Pour ces plaies nettes, à moins qu'il n'y ait de grands lambeaux décollés et scalpés, on peut chercher la réunion sans drainage ; il suffira d'en iodoformer les bords et de les comprimer avec un peu de gaze iodoformée chiffonnée et quelques épaisseurs d'ouate boriquée, pour effacer la cavité, accoler ses parois et empêcher les stagnations. Du reste, au premier signe de rétention, aux premières douleurs du malade, on vérifierait le pansement, on ferait sauter la suture pour drainer et désinfecter.

Lorsqu'il s'agit de plaies à bords contus ou partiellement détruits; lorsque le cuir chevelu est scalpé en lambeaux meurtris et décollés par un coup tangentiel ; lorsque des corps étrangers se sont incrustés dans les tissus, faut-il s'abstenir de suturer? Cela dépend avant tout de la valeur du nettoyage qu'on a pu faire. Car, en somme, le cuir chevelu avec sa richesse vasculaire, se prête excellemment à la réunion immédiate, et il est permis ici de la tenter, même avec des bords mâchés et ecchymotiques : quelques coups de ciseaux peuvent toujours aviver et régulariser les lèvres delà plaie. Si donc on a désinfecté le foyer; s'il n'y reste ni corps étrangers, ni cheveux sales, ni terre; s'il n'y a point trop de tendance au déplacement; si les lambeaux peuvent être amenés au contact sans trop de traction, on suturera. Mais on aura soin de coucher un tube à la base du lambeau, ou de perforer cette base et d'y faire passer deux anses drainantes. S'il n'est point possible d'obtenir la réunion totale, si les téguments ont été arrachés ou détruits sur une plus ou moins grande étendue, il est cependant avantageux de fixer par quelques sutures ce qui peut être mis au contact : c'est le moyen d'empêcher cette rétraction primitive qui finirait par ratatiner le lambeau en un bourrelet cicatriciel irréductible ; Bergmann en a figuré un bel exemple, emprunté à Hilton (1).

Même dans les cas d'arrachement périostique, le recollement du lambeau

(I) Hilton, Médical Tunes, 1861, vol. I, p. '22G.

Forgue et Reclus. — H. 2

sur le plan osseux peut s'obtenir grâce à l'antisepsie, et les faits de Schneider, Bruns, Pirogoff (1), Joliclerc (2), Waren, Karst (3), sont démonstratifs à cet égard. Nous n'avons plus pour les os dépériostés les craintes de nécrose des anciens chirurgiens, et lorsqu'un point osseux est dénudé, il faut chercher, par une disposition appropriée des sutures, à le recouvrir le plus possible de parties molles ; les points restés dénudés seront enduits de vaseline iodoformée ou boriquée. Quand on ne peut faire la suture intégrale d'an lambeau, des lanières de gaze iodoformée fixées à l'aide du collodion, la suture de Dubrueil par deux bandelettes munies d'agrafes, aseptisées, collées au collodion sur les bords de la plaie et rapprochées par un lacet élastique bouilli qui se tend d'agrafe à agrafe, voilà de bons moyeus pour empêcher réversion et le retrait du lambeau. 3° Pansement. — Le pansement doit exercer une régulière compression, réaliser l'accole ment exact des surfaces et supprimer les espaces «morts». Quelques bouillonnes de gaze iodoformée font une masse élastique, sur laquelle on plaquera une lame d'ouate hydrophile mouillée qui, se modelant sur les reliefs sous-jacents, les coiffera d'une coque façonnée à leur mesure. Une nappe d'ouate ordinaire et des bandes de tarlatane apprêtées, légèrement amidonnées et mouillées, seront disposées sur le pansement à la façon de la capeline d'Hippocrate ; quand les bandes sont sèches, elles sont indurées par l'apprêt et tiennent bien. Si cet appareil se dérange, on le fixera par un tour ou deux d'une large bande en caoutchouc qui prend appui sur le front et l'occiput. Quand on n'emploie pas ce maintien élastique, le pansement ne pourra tenir qu'en embrassant le dessous du menton; or, les bandes raidies par l'apprêt d'amidon seront mal tolérées et gêneront les mouvements de mastication. Le plus simple, en pareil cas, est de fixer le pansement par le couvre-chef de Galien. La surveillance d une plaie de tête sera étroite, surtout dans le milieu hospitalier : si le malade souffre et si le pansement est traversé, si les ganglions lymphatiques s'engorgent, si l'état général s'altère et si la fièvre s'allume, il faut, au premier indice de complication septique, éventrer le pansement, désuturer, inciser et drainer les points où le pus stagne ; le spray continu, les larges débridements arrêteront le plus souvent l'érysipèle et le phlegmon.

Les bosses sanguines ont une tendance spontanée à la résorption, et le mieux est de ne pas leur infliger une thérapeutique trop hâtive. La compression avec des bandes de flanelle, des bandes élastiques, ou simplement des bandes de gaze mouillée qui se rétractent en séchant : voilà le moyen de les aider à se résorber; on les voit disparaître en moins de quinze jours. Mais si la tumeur augmente rapidement, si elle s'anime de pulsations, on soupçonnera la lésion d'un tronc artériel important, on incisera hâtivement pour lier le vaisseau ouvert. Lorsque la résorption s'attarde, il peut aussi être indiqué de faire l'évacuation secondaire d'une tumeur sanguine.

fl) Pirogoff, Arinalen der Doipaler Kllnlk, Ire part., p. C et 8.

(2) Joi.iclf.rc, Gazette des hôpitaux, l8G-2, p. 85.

(3) Katî-t. Berlin, /clin. Wochenschr., 1807, p. -2*0.

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