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FRACTURES DE LA BASE DU CRANE

B. — Fractures de la base du crâne.

Lorsque la fracture de la base du crâne est simple, sans enfoncement de la voûte, sans symptôme encéphalique, la thérapeutique en est des mieux établies : le blessé sera couché, dans les conditions du plus grand silence et du plus profond repos cérébral.

Cette règle, au reste, est formelle pour toutes les blessures de la tête, et Bergmann (1) y insiste avec juste raison. Mettre le cerveau en plein repos est la meilleure façon de prévenir l'hyperémie et l'inflammation. C'est dans la chirurgie troublée des guerres, après les fatigants cahots des transports qu'on peut voir combien les blessés de tête ont besoin de calme. Bergmann rappelle que « lorsque, au mois de juillet et d'août, se firent les interminables transports des évacués de Plewna et Kara-Zom, c'est à peine si l'on put retirer des wagons un blessé de tête qui ne fût point en proie à une méningite suraiguë. Et les camarades de ces soldats disaient que, les premiers jours, le blessé était demeuré en bon état, capable de se lever dans le wagon, et que ce n'était que vers le quatrième ou le sixième jour de ce fatigant voyage qu'il avait présenté ces premiers symptômes. »

Cela enseigne que, lors des évacuations forcées, les blessés de tête auront droit à tous les ménagements : les compartiments de voyageurs et les trains sanitaires doivent leur être réservés. Beck, Liicke et Fischer ont fait le procès des évacuations hâtives et imprévoyantes des blessés de tête, durant la guerre de 1870; d'autre part, Bergmann a vu un seul malade mourir sur cinq graves fracturés de la voûte qui, des camps autour de Belfort, furent immédiatement renvoyés sur Carlsruhe par le train sanitaire badois. Donc, si l'on se décide à évacuer ces blessés, il faudra le faire sur des véhicules bien suspendus, dans de bonnes conditions de transport.

Des injections d'éther ou de sérum artificiel seront utiles pour combattre la syncope qui accompagne souvent ces traumatismes. Le malade, à face pâle, sera placé en tête basse. Des cataplasmes sinapiséssurles extrémités, sur les mollets, sont de vieux mais efficaces moyens d'aider au retour de l'activité cérébrale; des frictions sèches ou aromatiques sur les membres et la région précordiale, des cruches d'eau chaude, des lotions vinaigrées sur le front et les tempes, quelques inhalations d'ammoniaque pour exciter le centre respiratoire sont encore des secours à ne point négliger. Souvent on constatera, surtout après les chutes sur la tête, des troubles respiratoires qui traduisent le choc bulbaire de Duret : le malade fait quelques inspirations profondes, puis la respiration devient de plus en plus superficielle et s'arrête en une période d'apnée qui dure parfois plus d'une demiminute (phénomène de Cheyne-Stokes). Dans ces conditions, il peut être utile de venir au secours du centre bulbaire stupéfié : chez un dragon qui, après une chute de cheval, présentait ces troubles à un degré intense, et

(1) VonBgrgmann, Die Lehre von den Kopfverletzungen. Deutsche Chirurgie de Billrotii et Locke, Lief. XXX. Transport der Ropfvertetzten, p. 105.

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qui par reprises régulières semblait « oublier de respirer », nous avons dû, pendant plus de trois quarts d'heure, pratiquer la respiration artificielle. Peu à peu, dans les cas favorables, on verra la pâleur de la face disparaître, la respiration devenir plus libre, les faux pas respiratoires se supprimer, le pouls se relever et le blessé se réveiller de son étal soporeux. Le praticien se trouve alors embarrassé : doit-il infliger la vessie de glace sur la tête? Tout d'abord, on s'en abstiendra chez les blessés en plein coma; leur cerveau est assez stupéfié, sans qu'on aille encore l'anémier. Les symptômes dépressifs contre-indiquent la glace, et il est bon de s'en souvenir, alors que, pour beaucoup de médecins, coup sur la tête = glace sur le crâne.

Mais quand le cerveau du blessé se remet à fonctionner, il faut craindre l'inflammation; la*glace est d'autant mieux indiquée que le malade présente quelques signes de congestion cérébrale, qu'il se plaint de douleurs de tête, qu'on observe des battements des artères carotide et temporale, l'injection de la face et des yeux , l'insomnie, l'agitation, le délire. Dans ce cas, le vessie de glace, en permanence sur le crâne, est de rigueur. On cloue ou l'on fixe à la tête du lit une sorte de petite potence à laquelle est suspendue une vessie ou un bonnet de caoutchouc que l'on remplit de glace concassée; la vessie a l'inconvénient de ne pas tarder à perdre son imperméabilité et à laisser filtrer l'eau. Le bonnet en caoutchouc est bien préférable. Malheureusement, chez les blessés qui délirent, le bonnet se dérange et ces intermittences provoquent des réactions inflammatoires. C'est l'inconvénient de cette réfrigération qui doit être continue pour être efficace. Quand on a des aides attentifs, on peut employer des compresses imbibées d'eau glacée, régulièrement renouvelées. La glace, en tout cas, doit être continuée avec persévérance : on ne la supprimera que lorsque tout danger de réaction sera passé.

Un blessé vigoureux sera saigné avec avantage ; par contre, une saignée intempestive sur un blessé dont les fonctions sont déprimées, en plein « choc cérébral », peut achever d'éteindre la vie défaillante. On doit toujours interroger la couleur du visage et l'énergie du pouls. Face pâle, puuls ralenti, réclament les stimulants, les injections de sérum artificiel: face injectée, pouls relevé et fort, autorisent la thérapeutique dérivative. Et dans ce cas, de préférence à la saignée générale, nous recommandons, comme Gama, des sangsues appliquées au-dessous des apophyses mastoïdes, de façon à provoquer un écoulement continu ; on n'ira pas jusqu'aux anémiantes saignées d'autrefois, aux 30 ou 40 piqûres maintenues béantes tant que le malade résistait, et jusqu'à quinze jours de suite. Quatre sangsues aux mastoïdes, de chaque côté, sont renouvelées quotidiennement tant que subsiste l'indication, sans hémostase, mais avec application de compresses boriquées chaudes, sous lesquelles le sang continue à baver et dérive sans péril une partie de la congestion encéphalique.

Après une fracture ou un traumatisme grave de la tête, le blessé garde, parfois pendant des semaines, de la torpeur intellectuelle et une perte presque absolue de la mémoire. Dans ces cas, les larges vésicatoires que

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