THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE DES INFLAMMATIONS OCULAIRES
Il est un répertoire thérapeutique commun à toutes les inflammations oculaires : le rééditer à propos de chaque cas serait un pléonasme. Une fois pour toutes, il doit être entendu qu'un œil enflammé
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en l'une ou l'autre de' ses parties sera mis dans des conditions : 1° de repos absolu ; 2° de propreté rigoureuse ; 3° de médication antiphlogistique appropriée.
1° Repos de l'organe. — Le repos, pour l'œil, c'est sa protection contre toutes les causes irritantes. Poussières ; lumière crue et blessante ; atmospbère enfumée ou chargée de gaz irritants ; variations thermométriques brusques; fatigues d'accommodation : voilà les agents excitants et les causes secondes des phlegmasies oculaires. Il est simple de les supprimer : si l'affection n'empêche point le malade de s'extériorer, les voiles gris ou noirs, les lunettes de verre fumé, en larges coquilles, garnies au besoin sur les côtés de la monture de petites ailettes de soie noire, réalisent la protection de l'œil contre les excès ou les surprises de la lumière.
Dans la majorité des inflammations aiguës, il faut condamner l'œil à l'obscurité et à l'occlusion absolues : des rondelles d'ouate, découpées en ovale dans un paquet d'asepsie non suspecte, sont méthodiquement disposées sur l'œil ; deux centimètres en sont une épaisseur suffisante ; la dernière rondelle doit déborder assez largement le pourtour orbitaire. Si l'inflammation se complique d'une abondante suppuration, il est bon d'interposer entre la première plaquette d'ouate et l'œil une petite pièce de gaze salicylée ou boriquée. Les premières rondelles d'ouate sont mouillées de solution boriquée, réserve antiseptique ; elles forment, en se desséchant, une véritable coque modelée sur le relief bulbo-orbitaire : avec une bande de flanelle aseptisée, roulée à convenable pression en un monocle, on a un bandage occlusif et de compression graduée dont l'action est parfaite. Quand il faut supprimer absolument toute excitation lumineuse de l'œil, on enferme aussi l'œil non malade sous l'ouate, afin d'abolir toute provocation fonctionnelle sympathique. Le bandeau a ses inconvénients, sur lesquels a insisté Trousseau. Soustrayant l'œil à l'air et à la lumière, il finit par le rendre intolérant « pour son milieu naturel » ; il est telle kératite pour laquelle la photophobie et le blépharospasme s'exaspèrent par l'abus du bandeau, telle ophtalmie purulente où il cause de la rétention, telle hyperémie conjonctivale qu'il entretient: l'emploi intermittent de compresses antiseptiques supprime ces complications.
2° Asepsie de l'organe. — L'œil a, plus qu'aucun autre organe, besoin de propreté et d'asepsie; et cela, parce que, à ses voisinages se trouvent de dangereux réceptacles à germes pathogènes. Les fosses nasales, les voies lacrymales, les culs-de-sac conjonctivaux sont hospitaliers aux microbes et l'inoculation se fait trop souvent par eux. Remettre les voies lacrymales en état de perméabilité normale, traiter les vieux catarrhes des fosses nasales, est parfois l'indispensable moyen d'assurer l'asepsie oculaire. Quant aux culs-de-sac conjonctivaux, il en faut toujours pratiquer le plus scrupuleux nettoyage. Les lavages antiseptiques de leurs recoins se réalisent soit à l'aide de la seringue, soit avec des éponges ou des petits tamponnets d'ouate, mouillés de la solution désinfectante chaude et
exprimés sur l'œ.il, tandis qu'on fait bâiller les paupières. Les compresses ou les rondelles d'ouate, imbibées de liqueur antiseptique et maintenues à demeure sur l'œil, sont un moyen de faire l'antisepsie continue : les pulvérisations se recommandent par leur plus grande puissance de pénétration, on pourrait dire d' « insinuation ».
3° Médication antiphlogistique. — En thérapeutique oculaire, le plus sur, le plus simplement maniable des antiphlogistiques, le plus applicable à la majorité des phlegmasies, c'est l'eau chaude en applications locales. Par surcroît, et pour garanties antiseptiques, on additionne l'eau d'un désinfectant bien toléré: la solution boriquée à 3 p. 100 constitue le liquide banalement prescrit ; mais c'est par leur température, plus encore que par leurs qualités microbicides, que ces topiques agissent. De l'eau chaude simplement aseptique, suffirait à la rigueur ; en thérapeutique pauvre et économique, on pourra prescrire de l'eau maintenue à l'ébullition pendant quelque temps et revenue par refroidissement à la température utile ; les infusions de thé vert, de camomille, de fleurs de sureau, appartiennent à la pharmacopée populaire et méritent d'être utilisées ; mais ce n'est que de l'eau chaude avec quelques principes émollients ou aromatiques en plus, sur l'action desquels on a quelque droit de rester sceptique. C'est entre 35° et 45° que se trouve la « zone maniable » de l'eau chaude comme antiphlogistique. C'est à ces conditions thermométriques qu'elle produit ses effets sédatifs maxima.
En pratique, il est plusieurs moyens d'utiliser cette action de l'eau ou des lotions antiseptiques chaudes. Les cataplasmes d'abord, qu'on peut faire de fécule délayée en la solution boriquée : ils excellent à « décroûter » les bords ciliaires que la blépharite engorge de sa chassie, à calmer les orgelets douloureux, les irritants petits furoncles des paupières. On préfère, dans la généralité des cas, employer les compresses ou les plaquettes d'ouate, mouillées incessamment de lotions chaudes ; une veilleuse qui entretient la solution au point voulu, quelques rondelles d'ouate propre, une petite lame de tissu imperméable qui empêche la trop rapide déperdition du calorique humide, et le malade est outillé. Les « œillères », ces petites baignoires oculaires, offrent moins d'avantages. La douche chaude peut trouver ses indications lorsqu'à l'action antiphlogistique du chaud humide il f aut j oindre l'effet percutant du j et liquide , lorsqu'il s'agit surtout de donner du ton à la cornée, de relever sa nutrition dans les kératites parenchymateuses torpides, dans les ulcères asthéniques, ou si des flocons muco-purulents adhérents et tenaces stagnent dans des culs-de-sac conjonctivaux. On utilise, dans ce but, un petit pulvérisateur à main ou un vaporisateur à vapeur de petit modèle : l'appareil de Lourenço n'en est qu'un type plus commode. On recommandera au malade de ne point s'éloigner trop des tubes de pulvérisation : la gerbe se refroidit vite à ses parties éloignées, où elle forme un brouillard visible.
Reste enfin lasérie des moyens antiphlogistiques indirects, où, à côté de méthodes vraiment utiles et rationnelles, se rencontrent maintes inutilités thérapeutiques, des préjugés routiniers, des recettes populaires. Il faut