‹ Traité de thérapeutique chirurgicaleChapitre 73 sur 372 · MALADIES INFLAMMATOIRES DE LA CONJONCTIVE · texte numérisé non relu

MALADIES INFLAMMATOIRES DE LA CONJONCTIVE

A. — Conjonctivite catarrhale.

1° Hyperémie de la conjonctive ; catarrhe sec. — La conjonctivite catarrhale simple , avec hyperémie muqueuse vive et quelques traînées glaireuses de mucus dans les culs-de-sac, n'est très souvent que le résultat d'infractions à l'hygiène oculaire. Proscrire le séjour dans un air confiné et vicié, l'application prolongée des yeux, les efforts d'accommodation soutenus et abusifs ; ordonner des lunettes appropriées à la correction de l'état amétropique de l'œil : cela suffira déjà pour pâlir fortement la conjonctive injectée. On prescrit, par surcroît, l'application de compresses chaudes matin et soir : l'affection rétrocède rapidement. Les collyres astringents ne valent absolument rien dans la forme sèche de l'hyperémie conjonctivale : seul, l'inoffensif et traditionnel collyre composé par parties égales de laudanum et d'eau distillée, peut rendre quelques services. Le bord palpébral est parfois rouge et irrité: le soir, on passera au pinceau, entre les deux paupières, un peu de pommade faible au précipité rouge ou jaune, à la dose de 5 centigrammes pour 5 à 8 grammes de vaseline.

2° Conjonctivite avec sécrétion. — Quand la conjonctive sécrète copieusement, quand les sinus montrent des paquets muco-purulents glaireux, l'indication est de tarir cette exsudation de ia muqueuse. L'eau chaude, en applications locales, en lotions, en douches même, continue toutefois à être le fond du traitement. Dans les formes catarrhales simples, peu douloureuses, en voie de décroissance, on peut hâter l'assèchement de la conjonctive en prescrivant un collyre à l'alun ou au sulfate de zinc ainsi formulé : sulfate de zinc, 5 à 15 centigrammes; teinture d'opium, 10 gouttes; eau bouillie, 25 grammes, par instillations répétées matin et soir de quelques gouttes. Mais si la forme est abondamment sécrétante, le malade peu intelligent, ou peu surveillé, il faut, à l'action aveugle et diffuse du collyre, préférer les applications que le chirurgien précise et localise lui-même : pour cela, on ectropionne les paupières ; sur leur face conjonctivale éversée, il est facile, après l'avoir nettoyée et lotionnée avec un tamponnet d'ouate mouillée d'eau boriquée chaude et après l'avoir anesthésiée par quelques gouttes d'une solution de cocaïne à 3 p. 100, de passer un pinceau trempé dans une solution de nitrate d'argent à 2 ou 3 pour 100; on neutralise l'excès de caustique en pinceautaut la conjonctive à l'eau salée.

Même avec ces précautions et précisions de technique, les applications caustiques sur la conjonctive demandent à être maniées avec plus de prudence et de réserve qu'on ne le voit en pratique courante. Nous pensons qu'on doit abandonner le crayon de nitrate d'argent, même mitigé,

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qui a causé maints désastres. Il faut, avant tout, examiner soigneusement la cornée, observer à l'éclairage oblique la région du limbe, siège fréquent d'exulcérations, de pustulettes érodées, de poussées vésiculaires fines. En pareil cas, toute cautérisation conjonctivale est inopportune, irritante : si quelques cautérisations pratiquées toutes les vingt-quatre heures mettent à sec une conjonctive hyperémiée et sécrétante qu'aucune lésion cornéenne ne complique, l'insuccès ou l'aggravation sont la règle quand la cornée est prise. Il convient alors de renoncer à toute cautérisation, à toute application de collyre métallique ou irritant; la lésion cornéenne devient la lésion intéressante et dominante : c'est aux fomentations antiseptiques chaudes qu'il faut s'en tenir. — Combien encore d'iritis, baptisées conjonctivites, auxquelles des praticiens distraits ou ignorants ont infligé le classique collyre argentique ! Cette lourde faute est plus fréquente qu'on ne pense : elle est à rappeler et à éviter. — Que de conjonctives de vieillards, hyperémiées et sécrétantes, on s'obstine à modifier par d'infructueux collyres ! Un médecin plus avisé arrive qui examine les voies lacrymales, trouve une dacryocystite chronique, un rétrécissement, une éversion des conduits lacrymaux, surtout de l'inférieur, ectropionné par la sénilité de l'orbiculaire : il rétablit les conditions d'élimination régulière des larmes et guérit du coup cette conjonctivite tenace, longtemps collyrée sans résultat.

B. — Conjonctivite phlycténulaire.

C'est le plus souvent une kérato-conjonctivite, et la thérapeutique en trouvera plus justement sa place aux kératites. Tout ce qui se formule pour l'une est applicable à l'autre : remonter l'état général des jeunes scrofuleux qu'elles affectionnent ; traiter la rhinite rebelle qui les complique souvent et les entretient ; guérir l'eczéma de la face, l'impétigo du cuir chevelu qui mérite les mêmes reproches ; couper les ongles et tenir propres les mains des jeunes malades : qui dira le nombre des poussées de kérato-conjonctivites inoculées par des ongles ou des doigts sales! Tant que la cornée n'est pas prise, tant que l'affection est et demeure conjonctivite, on aura soin d'éviter une occlusion trop prolongée qui par le blépharospasme et l'entropion spasmodique provoque les ulcérations cornéennes ; on se contentera le plus souvent d'une simple visière pour diminuer la photophobie ou de lunettes fumées. On aura recours aux deux agents de la médication traditionnelle : le calomel et l'oxyde jaune. Le calomel est saupoudré à l'aide d'un pinceau : vous couchez l'enfant, la tête prise entre vos genoux ; le pouce et l'index gauche écartent les paupières; le pinceau, chargé comme une houppe de poudre de calomel, est tenu par la main droite ; un coup sec de l'index de cette main le secoue et fait voler sur l'œil un nuage de cette poudre. Le calomel se roule dans les culs-de-sac conjonctivaux, se fait bichlorure, et agit ainsi comme irritant. Toutes les vingt-quatre heures, on peut recommencer, en subordonnant les séances à l'intensité de la phlegmasie produite. Mais il ne Forgue et Reclus. — II, 12

faut pas employer les insufflations de calomel quand le malade prend à l'intérieur des préparations iodées : l'iode, éliminé par les larmes, peut donner un iodure ou un iodate de mercure caustique.

La pommade au précipité jaune convient mieux au cas où la cornée présente déjà quelques rares phlycténules de son limbe ou quelques points infiltrés ; elle est plus maniable aussi pour les malades qu'un médecin ne peut voir tous les jours : les parents peuvent eux-mêmes en faire l'application ; il n'y a qu'à la formuler à dose réduite (25 centigrammes pour 6 à 8 grammes de vaseline). Au moyen d'un pinceau ou d'une barbe de plume qu'on essuie entre les paupières, on en insinue gros comme une tête d'épingle dans les culs-de-sac conjonctivaux : un massage exercé par l'index à travers les paupières étale et répand la pommade sur toute la conjonctive bulbaire; un petit linge essuie le bord ciliaire et nettoie la paupière inférieure éversée. Dans les cas où il existe une vive inflammation kérato-conjonctivale, on prescrira d'abord la pommade iodoformée, à 2 ou 3 p. 100, les lavages antiseptiques faibles, les applications chaudes continues : ce n'est que lorsque l'inflammation se sera apaisée qu'on en arrivera à la pommade jaune dont l'effet thérapeu tique est maintes fois surprenant. — On se gardera soigneusement de tracasser les jeunes malades avec d'impuissants vésicatoires au bras, de les affaiblir par les sangsues que consacre la routine, ou d'irriter fâcheusement la conjonctive par des cautérisations au nitrate d'argent.

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