FRACTURES DE LA BASE DU CRANE. 2J
Dubrueil conseille sur le mollet nous paraissent avoir une favorable action stimulante. Il est rationnel de faire de la dérivation intestinale, mais sans tomber dans les excès de la méthode rasorienne. Le régime des selles sera assuré pour prévenir l'hyperémie de l'encéphale ; des lavements purgatifs et du calomel à doses fractionnées attireront le mouvement fluxionnaire vers l'intestin.
Voilà de quelles ressources le chirurgien est armé contre les complications inflammatoires qui menacent l'encéphale d'un blessé de tête : dans les fractures de la base, c'est à peu près tout ce qu'il peut. Mais l'antisepsie lui a fourni un détail nouveau de traitement : où il y a inflammation, il y a eu introduction de germes. Or, vers le foyer intracrânien, il n'est d'accès possible pour eux que parles fissures irradiées de la voûte avec plaie des parties molles, le conduit auditif externe avec fêlure du rocher, la trompe d'Eustache avec brisure au niveau de l'oreille moyenne, les fosses nasales avec fracture de la lame criblée, ou défoncement des sinus frontaux, ou effondrement du plafond orbitaire. Donc, il faut désinfecter ces voies de pénétration.
Irriguer au sublimé ou à l'acide borique le conduit auditif externe, le laver des caillots et du sang qui peuvent l'encombrer, y insuffler de la poudre d'iodoforme, compléter par un petit tampon d'ouate boriquée qui fait bouchon antiseptique : voilà pour la désinfection de l'oreille. Pour être complète, elle supposerait l'insufflation d'iodoforme dans la trompe d'Eustache : nous l'avons essayée, elle paraît intolérable au blessé. S'il y a eu hémorragie nasale, il est indiqué de nettoyer la cavité des fosses par une douche Weber à la solution boriquée ; une projection d'acide borique en poudre, mélangé à du sous-nitrate de bismuth augmentera l'antisepsie. Il demeure sous-entendu que le pansement antiseptique d'une fêlure concomitante de la voûte sera appliqué suivant les règles prescrites.
Ainsi traitées, les fractures de la base, simples, sans symptômes ou lésions encéphaliques graves, sont devenues d'un meilleur pronostic. Bergmann nous rappelle qu'au commencement du siècle on les regardait comme incurables ; actuellement, la liste serait longue des fractures basales guéries. Bruns, le premier, en a réuni sept dont l'autopsie ultérieure a pu être faite. Bergmann y joint vingt observations analogues, avec constatation démontrant la réalité de la consolidation osseuse : elles concernent, pour la plupart, des fissures irradiées de la voûte à la base. Quantauxfractures basales cliniquement reconnues et guéries, Schwartz(l), qui, jusqu'en 1872, en avait compté quarante-neuf observations, pourrait maintenant grossir sa liste de faits empruntés à toutes les cliniques. Pour nous, à une même séance du conseil de réforme, nous avons présenté deux blessés de l'hôpital Saint-Martin guéris de fractures de la base et conservant seulement une paralysie faciale.
(1) Schwartz, Zur Statistik der Fracturen der Schadelbasis. Dorpat, 1872.
C. — Fractures de la voûte et accidents cérébraux consécutifs
aux plaies de tête.
Reste à étudier les cas où la conduite chirurgicale est moins nette, et c'est le grand mérite de Le Fort d'avoir, dans l'indécise discussion de 1867 à la Société de chirurgie, formulé les distinctions cliniques suivantes : étant donné un traumatisme crânien, la question de l'opportunité d'une intervention peut être agitée dans des circonstances bien diverses. 1° Pas d'accidents primitifs, et il y a : fracture simple du crâne; fracture avec enfoncement. — 2° Des accidents primitifs, et il y a : absence de fracture ; fracture simple; fracture avec enfoncement. Mais nous tenons à établir qu'ici se présente une considération qui prime les conditions de variétés de fracture ; il faut avant tout distinguer les symptômes diffus et les symptômes en foyer. -, — 3° Des symptômes cérébraux tardifs surviennent plus ou moins longtemps après l'accident, et il y a : absence de fracture ; fracture simple ou fracture avec enfoncement; là encore, ce qui dirige la pratique, c'est la diffusion ou la localisation des symptômes, et il faut faire cette correction au groupement de Le Fort.
Établissons, dès l'abord, deux préceptes généraux, communs à tous les traumatismes de tête et qui ne sauraient, sans redites, être répétés à l'occasion dechaque variété clinique :
1° Dans les plaies des parties molles, régularisation, toilette, antisepsie srupuleuse ;
2° Comme thérapeutique médicale : indication stimulante contre les symptômes dépressifs ; médication dérivative, révulsive ou sédative contre les phénomènes d'hypéremie, d'excitation ou d'inflammation cérébrales.
Passons maintenant à l'analyse des cas.
1° Absence d'accidents cérébraux primitifs. — § 1er. Fracture simple de la voûte. — Soit une fracture simple de la voûte. Pas de symptômes, pas d'enfoncement, pas de plaie : triple raison pour garder l'expectative, mais armée de toute la médication stimulante ou antiphlogistique, suivant occurrence. La doctrine du trépan préventif de Quesnay, Ledran, J.-L. Petit, P. Pott, est en pareil cas ruinée sans retour, et la boutade de Stromeyer se justifie : Wer heut zu Tage noch trepanirt, ist selbst auf den Kopf gefallen : « Il faut avoir soi-même la tête fêlée pour proposer la trépanation. »
§2. Fissure avec plaie. — Dans le cas d'une fissure avec plaie, surtout de ces fissures étoilées ou curvilignes à court rayon, il faut savoir que ces traumas ont souvent pour effet de faire éclater la table interne : Bordenave en a rapporté un cas observé par Andouillé. On se déterminerait d'ailleurs à pareille intervention par une autre considération, admise par Albert et Wiesemann : à savoir, la nécessité d'agrandir cette fissure pour l'aseptiser.