‹ Traité de thérapeutique chirurgicaleChapitre 80 sur 372 · TRAITEMENT LOCAL DES KÉRATITES · texte numérisé non relu

TRAITEMENT LOCAL DES KÉRATITES

admirables: à priori, d'ailleurs, le raisonnement n'indique-t-il point que le couvercle épidermique de la phlyctène a droit à tous les égards, qu'il faut se garder de tout topique offensif pouvant l'éroder et mettre à vif le ramuscule nerveux terminal? Et quel pansement plus doux, moins agressif pour l'épithélium protecteur, que ces applications de rondelles ouatées, mouillées de solutions boriquées chaudes, qui réalisent en même temps une excellente occlusion antiseptique? Mais si, sur la foi des traités et des formulaires, on inflige à l'infiltratsous-épithélial le rude contact de la poudre de calomel ou l'action irritante de la pommade au précipité rouge ou jaune, la cornée s'érode, et l'affection est inopportunément suractivée.

La même et simple thérapeutique s'applique à merveille aux formes vésiculeuses. herpétiques, en bandelettes, si communes chez les enfants; elle est le traitement de choix des ulcères cornéens simples, sans hypopion, de ceux surtout dont le fond trouble gris ou grisâtre, ne se déterge que difficilement des éléments cellulaires qui le recouvre et dont le pourtour s'auréole d'un nimbe opaque infiltré : la chaleur remplit fort bien le double but poursuivi : favoriser la détersion des surfaces et la formation d'un revêtement épithélial.

§ 2. Irritation substitutive pour activer la résorption. — La pratique est différente quand sont tombés les symptômes irritatifs, trop souvent provoqués par l'usage intempestif des collyres caustiques. Voici une kératite phlycténulaire que les lotions chaudes ont apaisée ; puis le progrès thérapeutique s'arrête, et l'affection tend à s'éterniser. Il peut être indiqué alors de stimuler le processus de guérison et de provoquer une irritation substitutive à dose modérée ; mais il s'agit de « tâter » la susceptibilité de la cornée et de ne point « jeter de l'huile sur le feu ». On ne l'oubliera jamais et de Wecker y insiste, la méthode irritante n'est de mise que pour faire disparaître les « résidus » de l'affection, les infiltrations sclérosantes quilaissent d'indélébiles cicatrices. Aussi le précepte est-il bon de ne point se contenter de prescrire la banale pommade au précipité rouge et jaune, dont on abandonne aux parents ou au malade l'emploi et les doses : le médecin lui-même doit faire les applications, et les mesurer à l'intensité de l'effet produit : 25 centigrammes d'oxyde jaune pour 5 à 8 grammes de vaseline sont la formule moyenne ; une fois par jour on portera, avec un pinceau, gros comme un grain de blé de cette pommade. Les applications boriquées chaudes seront renouvelées à plusieurs reprises dans la journée : on n'oubliera point que l'abus du bandeau entretient parfois le blépharospasme. Quelques malades, et en particulier ceux qui prennent du sirop d'iodure de fer, supportent mat la pommade au précipité jaune : il sera bon alors de suspendre le sirop. Tel est le traitement de la kératite phlycténulaire à ses phases de douleur et d'ulcération.

§ 3. De la péritomie dans le traitement du pannus. — Dans la kératite

panneuse, letravailde prolifération épisclérale, lavascularisation extrême

de la cornée et son bourgeonnement actif dans la variété « pannus crassus »

créent d'autres indications que le simple infiltrât cellulaire. Nous y avons

Forgue et Reclus. — II. 13

insisté, on guérit le pannus surtout en s'adressant à ses causes, en combattant la tendance récidivante de la kératite phlycténulaire, en redressant les paupières, en corrigeant ou supprimant les déviations ciliaires, en guérissant les granulations. Ne peut-on toutefois agir directement sur l'infiltrat cornéen, dense et vascuïaire? La pommade au bioxyde de mercure, les insufflations de calomel arrivent à éclaircir des nappes panniformes peu épaisses. Quand il s'agit de couches bourgeonnantes denses, peu modifiées par le traitement causal, il est raisonnable de « couper les vivres » à l'infiltrat panneux, en oblitérant les vaisseaux qui l'alimentent : c'est ce que réalise la section d'un anneau de conjonctive tout autour de la cornée, proposée par Furnari sous le nom de tonsure conjonctivale. A un demi-centimètre de la cornée une pince saisit un pli de la conj onctive : les ciseaux, engagés par une branche au-dessous de la muqueuse, circoncisent autour de la cornée une couronne d'un demi-centimètre : cette collerette périkératique est sectionnée, en haut, au-dessus du diamètre vertical cornéen, jusqu'au bord de la cornée ; il reste à détacher par de petits coups de ciseaux cette bandelette conjonctivale périkératique, et à la séparer du tissu scierai. Sous les fomentations antiseptiques chaudes, cette circoncision conjonctivale est bien tolérée : elle ne laisse comme trace, au pourtour cornéen, qu'une teinte bleu nacré, « rappelant le reflet des coques d'émail des yeux artificiels ».

Cette tonsure conjonctivale a souvent, sur les pannus opaques, des effets éclaircissants remarquables. Mais il est à observer que ce résultat se produit à longue échéance, trois ou quatre mois parfois, après l'excision conjonctivale, et qu'il s'accentue à mesure que se rétracte l'anneau cicatriciel résultant de l'ablation. La circoncision conjonctivale de Furnari sera, probablement, remplacée avec avantage par une cautérisation circulaire péricornéenne: Vacher a fort recommandé d'employer, à cet usage une petite anse de galvanocautère dont on augmente la chaleur à volonté. — Quand aux inoculations blennorragiques appliquées au traitement des vieux pannus trachomateux, le procédé est à rayer de la thérapeutique oculaire. Si l'on veut allumer une ophtalmie souvent substitutive contre les trachomes rebelles, lejéquirity est d'un dosage plus maniable que le pus de la blennorragie. — Au reste, le pannus, comme les autres infiltrats kératiques, demande à être traité patiemment : si l'inflammation est très aiguë, il faut attendre avec des applications chaudes que l'orage soit passé ; plus tard on reprendra l'intervention active.

2° Traitement des ulcères de la cornée. — § 1er. Pansement antiseptique de l'ulcère. — Les règles fondamentales du traitement des plaies sont ici applicables. Par l'antisepsie, on s'efforce de préserver l'ulcère cornéen contre les infections septiques surajoutées, habituellement causées par le streptocoque et les staphylocoques. D'autre part, quand cette antiseptisation primitive n'a pu être réalisée ou quand l'ulcère est d'emblée gravement infectieux, les procédés de traitement ne sont point autres que ceux mis en usage dans le traitement des plaies infectées. L'antisepsie primaire est obtenue aisément, dans les ulcères récents superficiels par les irrigations et

Page 1