‹ Traité de thérapeutique chirurgicaleChapitre 96 sur 372 · MALADIES DES MUSCLES DE L'ŒIL · texte numérisé non relu

MALADIES DES MUSCLES DE L'ŒIL

Strabisme.

1° Traitement optique du strabisme. — « Est-il avantageux à l'heure actuelle, disait Abadie, en 1888, devant le Congrès d'ophtalmologie, de

recourir aux moyens optiques ou orthoptiques pour guérir le strabisme? A cette question je réponds catégoriquement : non. Grâce à la cocaïne et aux fils de suture, nous sommes en état de faire à notre gré, le plus simplement du monde et instantanément, tel avancement ou reculement musculaire parfaitement dosé, et cela avec la plus grande précision. Dès lors, à quoi bon perdre son temps en exercices longs et fastidieux dont la réussite complète est loin d'être assurée ? »

Certes, la déclaration est radicale et trop absolue ; mais elle aura eu le mérite de combattre ce qu'il y a d'exagéré et d'abusivement prolongé dans les essais orthoptiques tenaces de quelques praticiens.

§ 1er. Correction de l'amétropie. — Cela n'empêche que le traitement optique du strabisme non paralytique ne conserve sa haute valeur, soit comme moyen thérapeutique suffisant en certains cas, soit, en quelques autres, comme auxiliaire de l'intervention opératoire. Trois fois sur quatre, les strabiques convergents sont des hypermétropes ; les myopes sont en forte majorité parmi les strabiques divergents ; voilà dès lors une première indication : corriger ce défaut amétropique par des verres bien choisis. Et il ne suffit point de prescrire, auxpremiers, le numéro approprié de la série convexe, aux seconds le verre concave nécessaire : on n'oubliera point qu'il peut coexister de l'astigmatisme, et que des verres combinés sont alors indiqués.

Un hypermétrope, louchant en dedans, a tout avantage à porter des verres qui corrigent la totalité de son hypermétropie : d'où la nécessité, avant l'examen subjectif de la réfraction, de paralyser l'accommodation par l'atropine. Si cette correction totale est intolérée, et cela s'observe, on commencera par des verres correcteurs de l'hypermétropie manifeste seule ; si l'enfant continue à loucher sous ses lunettes, lorsqu'il regarde de près, on fera porter, pendant l'étude, un verre plus fort, auquel on substituera successivement et par décroissance des numéros plus faibles. Les verres convexes doivent être donnés aussitôt que possible, même aux jeunes enfants : il est remarquable de les voir s'habituer, sans révoltes, au port des lunettes. Si, en raison de leur tout jeune âge et de leur bruyante indocilité, la détermination de leur amétropie n'a pu être faite ou si la correction n'en peut être prescrite, il faut, au moins, faire la surveillance des yeux, exercer le droit externe de l'œil qui a le plus de tendance à se dévier, éviter que l'enfant regarde de trop près, le laisser courir et jouer au dehors, et retarder l'époque du travail scolaire.

Si un œil est plus faible, c'est sur lui que se localise le strabisme convergent. Il faut donc le faire travailler isolément, en couvrant l'autre soit d'un bandeau, soit d'une coquille imperforée. Ces exercices dureront d'une demi-heure à une heure et peuvent être répétés plusieurs fois par jour : quand le droit externe de cet œil s'est renforcé, les verres correcteurs achèvent la guérison. C'est pendant des mois, pendant des années, et d'une façon continue, que les jeunes hypermétropes, louchant en dedans, doivent garder leurs verres convexes : si l'hypermétropie est d'un degré très élevé, ils sont même condamnés à porter indéfiniment les lunettes.

Page 1