MANOEUVRE DE 1,’ INSTRUMENTATION ÉLECTRIQUE
Les fraises et la scie que j’emploie pour la craniectomie doivent être actionnées par un moteur électrique de 1/2 cheval environ (35 à 40 kilogrammètres) tournant à la vitesse de a5oo tours à la minute. J’ai fait construire également en 1895, en raison de l’insuffisance des transmissions flexibles alors en usage, un arbre flexible d’une grande puissance et qui permet d opérer avec une sécurité parfaite, c’est-àdire sans crainte d’une rupture inopinée de la transmission ou d’un arrêt subit de fonctionnement. (Y. t. I, fig. 38g.)
Toute cette instrumentation a été étudiée avec un très grand soin et je recommande de suivre en tous points mes indications. Il faut, pour pratiquer la craniectomie avec l’instrumentation électrique, un moteur de 1/2 cheval environ, avec une transmission flexible de im,5o de longueur, terminée par une pièce à double recouvrement, où viennent s adapter les nez-porte-outils. On fixe à l’extrémité de ce flexible un manche spécial à inclinaison variable ; la construction de ce manche spécial permet de maintenir à la fois les fraises et les scies dans deux diiections, la direction longitudinale et une direction perpendiculaire ou oblique. Pour la craniectomie, le manche mobile doit être fixé perpendiculairement à l’axe de rotation.
Support muni de deux moteurs électriques : en bas, un moteur à courant actionnant par une courroie une poulie supérieure qui commande flexible. Au commandement : halte! un levier pousse la courroie sur folle. En haut et à droite, moteur à courant continu sur lequel est mo flexible muni du manche à inclinaison variable et d une scie de 35 m
Réduction au quinzième.
Les moteurs à courant continu de t/a cheval tournent presque tous à la vitesse de 2000 à 2600 tours, Les moteurs à courant alternatif tournent à la vitesse de 1 100 tours environ. Il faut donc leur adjoindre, si l’on se sert du courant alternatif, une multiplication d’un peu plus de deux unités. Comme les moteurs à courant alternatif doivent être mis en action avant l’opération et ne peuvent pas être arrêtés tant qu’elle n’est pas terminée, j’ai imaginé un embrayage à frein automatique qui permet d’obtenir, au commandement, l’arrêt instantané de la fraise ou de la scie. Cet arrêt est réalisé par un sabot à ressort, venant bloquer la poulie de commande du flexible au moment précis où la courroie de transmission passe sur la poulie folle.
L’arbre sur lequel est adapté le flexible doit être situé à une hauteur de im,5o environ. Lorsque le flexible est monté et muni de son manche fixé à angle droit, il faut préparer plusieurs nez-porte-outils chargés l’un d’une fraise sphérique de 12 millimètres, le second, d’une scie à dents alternes de 45 millimètres, deux autres, de deux scies fines de 35 millimètres munies des disques n° 4 et n° 5, par exemple, pour un crâne d épaisseur moyenne, et qui pourront entamer l'os à une profondeur maximum de 4 ou de 5 millimètres.
Le maniement de ces instruments sur les pièces anatomiques osseuses est identique à ce qu'il est sur le vivant. On peut s y exercer sur des fémurs et sur des crânes fixés dans un élau de bois.
PERFORATION DU CRANE
Pour percer un orifice avec la fraise, il faut, avant de commander la mise en marche, appuyer fortement les deux mains, qui tiennent la
Fig. 61. — Inclinaison de la fraise au moment où elle attaque la table externe par son équateur.
b ig. 62. — La fraise pivote sur le bord de l’orifice et perfore la table interne, en refoulant la dure-mère.
gauche, le flexible, la droite, le manche à an champ opératoire. Les coudes sont serrés au
glc droit, au voisinage du corps, le buste demi-fléchi
OPÉRATIONS SUR LA TÊTE
et bien campé. La fraise est solidement maintenue à i centimètre du point qu’elle doit entamer. On commande : « Allez ! » La fraise est approchée doucement de 1 os qu’elle doit entamer d’abord non loin de
Fig. 63. — Perforation du crâne avec la fraise sphérique de 12 millimètres.
son pôle pour agir ensuite par son équateur. Les muscles du chirurgien sont contractés puissamment, de manière à prévenir toute échappée. L’os est entamé. La fraise est aussitôt inclinée de manière à mordre
Fig. 64. — La fraise peut ensuite être placée verticalement ou presque verticalement. Il faut la maintenir avec vigueur pour prévenir toute échappée à l’intérieur du crâne.
par son équateur et, à mesure qu elle pénètre vers la table interne, le chirurgien prend soin de prendre un point d appui sur la périphérie de l’orifice avec l’axe de l’instrument, ce qui lui permet d éviter à coup sûr une échappée dans la profondeur.
Chaque orifice demande, pour être percé jusqu cinq à quinze secondes, suivant l'épaisseur et la
’à la dure-mère, de dureté de la voûte
Fig. 65. — Schéma de la cranieetomie à volets avec l’instrumentation électrique. i-2-3, orifices creusés à la fraise. Les 3 doubles traits indiquent les 3 sections totales du crâne, faites avec la scie à guide intracrânien (fig. 69). Les traits minces indiquent les 2 sections de la table externe avec la scie à molette. La table interne sera fissurée aux mêmes points avec le ciseau à angle mousse, puis on éclatera la base du volet, i-3.
crânienne. Il suffit en général de percer trois ou quatre orifices, deux, par exemple aux deux extrémités de F incision, puis un ou deux à l’union de ses tiers antérieur et postérieur et du tiers moyen.
Fig. 66. — Sonde cannelée à grande courbure et à bec pour décoller la dure-mère de la voûte crânienne.
Fig. 67. — Décollateur de la dure-mère.
La dure-mère peut être écartée de la table interne à l’aide d’une sonde cannelée courbe dont l’extrémité est coudée à angle obtus, de telle sorte que le bec puisse suivre rigoureusement la paroi interne de
OPÉRATIONS SUR LA TÊTE
la cavité crânienne; cet instrument sert aussi à protéger le cerveau lorsqu’on incise la dure-mère. J’ai fait construire récemment par
Fig. 68. — La dure-mère est détachée de la table interne avec le décollateur de Doyen.
M. Collin, pour détacher la dure-mère de la table interne, l’instrument spécial représenté fig. 67 et 68, et qui présente sur la sonde cannelée courbe l’avantage d’être flexible.
Section des ponts osseux intermédiaires.
L’intervalle des orifices faits à la fraise est sectionné avec la scie à guide intracrânien, sur une longueur de quelques centimètres. Il faut ménager en effet, pour prévenir la chute du volet ostéo-cutané dans la profondeur, deux petits ponts osseux périphériques de 20 à 3o millimètres, au niveau desquels la section, faite avec la scie à disque, ne
Fig. 69. — Scie de 45 millimètres à dents alternes et porte-scie à curseur intracrânien, pour écarter et protéger la dure-mère.
devra entamer que la table externe et le diploé. La table interne sera fissurée en ces deux points avec le ciseau spécial et le maillet. Cet artifice sert à empêcher la chute du volet osseux vers la profondeur au moment où il sera remis en place.
La scie à curseur ou à guide intracrânien se manie de la manière suivante : Le manche porte-scie est saisi de la main droite, par exemple (il faut s’exercer aie manier de l’une et l’autre main), et le curseur est introduit dans le premier orifice, entre la dure-mere et la table interne. La scie est placée dans la rainure du porte-scie. Au moment où elle se trouve presque au contact de la table externe, on commande à l’ électricien : « Allez! )) La scie descend en entamant l’os et arrive au
4o TRAITÉ DE THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE.
fond de la rainure verticale. Le crâne est alors sectionné dans toute son épaisseur; il suffit de pousser en avant le flexible et le manche à cur-
FiG. -o. Section du crâne dans toute son épaisseur avec la scie à guide intracrânien.
seur, qui dirigent la scie circulaire par l’action énergique des deux mains, et Ton obtient une section correspondante de toute l’épaisseur de l’os.
de 35 millimètres, munie d’un disque qui en limite la pénétration.
Les points où l’on a ménagé les deux ponts osseux sont alors entamés avec une scie de 35 millimètres, munie d’une rondelle protectrice marquée d’un chiffre inférieur à l’épaisseur de l’os (fig. 71 et 72) ;
OPÉRATIONS SUR LA TÊTE
l’épaisseur du crâne doit être auparavant mesurée avec le mensurateur représenté fig. 52. Il suffit, pour un œil exercé, de l’évaluer approximativement en millimètres.
La scie est mise en mouvement et les deux dernières sections sont
Fig. 72. — Section de la table externe du crâne avec la scie à molette.
faites en quelques secondes. On commande : « Halte! » et le moteur est écarté.
Les deux petits ponts de la table interne qui ont été laissés intacts sont fissurés au ciseau et au maillet, comme il a été décrit plus haut à propos de l’opération faite à l’aide de 1 instrumentation à main.
Fracture du pédicule osseux.
La fracture du pédicule osseux est alors réalisée comme il a été décrit ci-dessus.