ABCÈS DU CERVEAU
La recherche des abcès du cerveau non liés à une suppuration mastoïdienne est souvent très délicate. La collection suppurée peut, en effet, se développer assez loin du foyer infectieux qui lui a donné naissance et la symptomatologie est souvent très obscure.
J’ai observé un cas d’abcès profond du cerveau a marche suhaiguë, dont l’étiologie m’a paru devoir être rattachée à deux poussées antérieures d’ostéomyélite. Plusieurs cliniciens des plus autorisés avaient porté le diagnostic de tumeur du cerveau, de nature tuberculeuse probable. Il n’y avait aucun symptôme de localisation et le siège de la céphalalgie pouvait seul permettre de décider le coté où l’opération serait faite. Le malade fut opéré in extremis , sans anesthésie. Une large craniectomie décompressive lui permit de reprendre ses sens. La ponction du cerveau n’ayant pas réussi à ouvrir le foyer, un oiifice fut pratiqué à cet endroit dans le volet osseux, de manière à assurer le drainage profond par une mèche de gaze. Au bout de 48 heures, le
pansement se trouva tout à coup inondé de pus et le malade guérit.
Chez un autre malade, l’abcès, du volume d’un œuf de pigeon, avait pour point d’origine une nécrose traumatique du maxillaire inférieur. Le blessé fut atteint en quelques heures de maux de tête violents et présenta les symptômes classiques de l’agraphie, puis de l’aphasie. IJn volet osseux de 6 centimètres me permit de reconnaître et d’inciser un abcès profond, siégeant au niveau de la 2e circonvolution frontale.
Fig. 108. — Abcès sous-cortical de la deuxième circonvolution frontale.
Fig. 109. — Le foyer est reconnu par le toucher digital et évacué par ponction avec une pince mousse.
Voici deux cas d’abcès du cerveau, survenus à distance du foyer infectieux primitif, et où la symptomatologie s’est montrée tout à fait dissemblable. Le Ier foyer, très profond, n’a donné lieu à aucune localisation précise et le siège de la douleur a été le seul indice du côté de la lésion. Une opération large et décompressive pouvait seule sauver le malade, qui, au moment de l’intervention, ne présentait que 45 pulsations, avait les deux pupilles dilatées, et se trouvait dans le coma depuis 48 heures.
Le petit abcès sous-cortical signalé dans la seconde observation s’est, au contraire, manifesté par des symptômes caractéristiques de localisation. Le malade était en traitement à ma clinique pour une fracture suppurée de la branche montante du maxillaire inférieur, du côté gauche. Je lui ai proposé 1 opération et ie l’ai pratiquée séance tenante.
OPÉRATIONS SUR LA TÈTE
Lorsque l’abcès intracrânien se produit à une certaine distance du foyer infectieux primitif, le diagnostic est très difficile.
Il n’en est pas de même lorsque le foyer suppuré se produit par contiguïté, au voisinage d’un foyer traumatique ou inflammatoire. Dans cette catégorie se rangent les abcès consécutifs aux fractures du crâne compliquées de plaie, avec ou sans corps étranger, et les abcès consécutifs aux otites suppurées. Nous devons observer toutefois que le siège de l’abcès peut varier notablement et que le foyer peut se développer à une certaine distance du foyer osseux pariétal.
C est ainsi qu’après avoir recherché inutilement un abcès d’origine otitique au niveau du lobe sphénoïdal, qui était absolument intact, puis dans la loge cérébelleuse, nous avons trouvé, à l’autopsie, le pus collecté au-dessus de la tente du cervelet, à la partie postérieure du lobe occipital. Le cerveau avait ete soulevé, pendant l’opération, jusqu’au voisinage du foyer, et aucune trace d’inflammation n’existait au niveau de la région explorée. Cette observation démontre la nécessité de pousser l’exploration jusqu’aux dernières limites de l’étage dure-mérien où l’abcès est recherché, et de soulever le cerveau aussi loin que possible avec un écarteur mousse.
TECHNIQUE OPERATOIRE
La craniectomie, dans les cas d’abcès du cerveau, est habituellement réduite à un volet de 6 ou 8 centimètres. La ire observation qui a été citée page 7 3 est donc tout à fait exceptionnelle. Chez ce malade, en effet, il avait été décidé de pratiquer une opération largement décompressive et la nature de la lésion était indéterminée. Seule la marche rapide des accidents (3 semaines) m’avait porté à combattre, en faveur d’un abcès, le diagnostic erroné de tumeur cérébrale qui avait motivé ma présence.
Lorsque le diagnostic n’est pas déterminé et que la tension intracrânienne est considérable, la mobilisation d’un vaste lambeau pariétal présente le double avantage de permettre une large exploration de l’hémisphère mis à nu et une décompression suffisante, sans exposer à la hernie ou bien à l’étranglement du cerveau au travers d’une trop petite ouverture de la dure-mère.
S’il existe au contraire des signes de localisation précise, comme dans le deuxième cas précité, et si le malade ne présente pas les symptômes d’une augmentation considérable de la tension intracrânienne, il suffît de mobiliser un volet osseux de quelques centimètres de diamètre.