EXPLORATION DE LA ZONE D’INNERVATION DU TRIJUMEAU
L’exploration objective des divers modes de sensibilité nous fit reconnaître que la sensibilité générale était abolie dans toute la sphère d’innervation cutanée du trijumeau.
La limite externe de cette zone d’insensibilité est figurée, sur la figure 139, par un fort pointillé, qui suit en avant la ligne médiane, en bas, le bord du maxillaire, passe au-devant de l’oreille, empiète quelque peu en arrière et, après un léger retrait, s’étend au delà du bregma sur la région pariétale.
Cette large zone d’ insensibilité présentait toutefois deux régions où il existait encore un certain degré de perception : vers l’angle de la mâchoire et, plus particulièrement encore, dans; une région qui comprenait le sourcil gauche, les deux paupières et le côté gauche du nez, les sensations douloureuses, les piqûres par exemple, étaient perçues très amoindries et avec un retard notable; quand on griffait légèrement dans cette région les téguments avec la pointe d’une épingle, la malade percevait une sensation analogue à celle d’un courant faradique léger.
Cette sensation est celle que j’ai perçue pendant plusieurs années, dans les mêmes conditions, au niveau de la dernière phalange d’un doigt dont le nerf collatéral avait été sectionné. Petit à petit la sensibilité s’est rétablie.
Il est vraisemblable que, pour ces deux zones où nous avons observé après la résection du trijumeau un certain degré de sensibilité, il s’agissait d’une simple sensibilité récurrente, due aux nombreuses anastomoses qui existent, pour la première des deux régions, avec le plexus cervical superficiel, et, pour la seconde, avec les branches de la cinquième paire du côté opposé.
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OPÉRATIONS SUR LA TÊTE
La malade témoignait elle-même que l’insensibilité était particulièrement complète aux environs de la cicatrice temporale.
La sensibilité de la muqueuse des parois de la cavité buccale était abolie dans toute la sphère d'innervation du trijumeau
Pour la langue, la sensibilité tactile était conservée dans le tiers postérieur et avait disparu dans les deux tiers antérieurs, au niveau desquels 1 excitation produite par deux aiguilles aboutissant aux deux
Fig. i /i t . — Même opération. Réapplication du volet ostéocutané. Suture de la peau à points séparés.
pôles d’une machine à courants continus, déterminait, sans aucune douleur, des contractions fibrillaires énergiques. Le même courant ne pouvait pas être supporté sur le point symétrique du côté droit, où il occasionnait une cuisson intolérable.
L’exploration du sens du goût démontrait, si l’on prenait soin de tenir la langue hors de la bouche, la malade faisant part de ses impressions par un geste et sans que les substances sapides aient pu se disséminer, que la région antérieure de la langue ne percevait aucune saveur du contact de la quinine et d’autres substances très amères.
Le tiers postérieur de la langue percevait au contraire les saveurs
des deux côtés; mais il existait un retard très marqué et très manifeste des sensations sapides pour la moitié gauche.
La malade avait constaté que sa narine gauche était plus sèche que la narine droite.
La muqueuse des cornets était insensible. Une prise de tabac ne donnait lieu à gauche à aucune sensation agréable, à ce point que la malade, qui aimait à priser, ne prisait plus que de la narine droite.
L’exploration de l’odorat à l’aide de diverses substances (menthol, camphre, ammoniaque^ dénotait du cote gauche un retard notable; ce retard de perception paraissait devoir être attribué à la sécheresse relative de la muqueuse de ce côté.
La guérison complète des phénomènes névralgiques douloureux avait donc persisté sans que la destruction complète du trijumeau et du ganglion de Gasser ait déterminé le moindre trouble trophique préjudiciable à la malade. Elle ne regrettait pas la perte de la sensibilité générale d’une moitié du visage et la perte unilatérale du sens du goût, puisque ses sens principaux, l’ouïe et la vision, étaient demeurés intacts.
Tout d’ailleurs, même la mort, paraît préférable aux souffrances atroces des malheureux atteints de névrite scléreuse du ganglion de Gasser, et les résultats obtenus jusqu’ici sont suffisants pour démontrer que l’opération deviendra inofïensive, quand les malades la réclameront avant d’être morphinomanes et cachectiques et d’avoir ainsi perdu toute résistance physique.
Je recommande l’extirpation du ganglion de Gasser par la voie inférieure, c’est-à-dire par la voie temporo-sphénoïdale après résection de l’arcade zygomatique, de l’apophyse coronoïde, des muscles masseter, temporal et ptérygoïdien externe, parce qu’elle permet d’extirper le ganglion de Gasser sans produire de graves désordres intracrâniens.
Cette opération, où le ganglion de Gasser est abordé par la voie inférieure, me paraît beaucoup moins grave que l’opération par la voie supérieure, telle qu’elle est représentée fig. i4o et i4i. Elle est aussi plus facile à exécuter, à la condition de bien mettre à découvert le champ opératoire.