‹ Traité de thérapeutique chirurgicale et de technique opératoire. Tome premierChapitre 3 sur 153 · I-NÏRODUCTION · texte numérisé non relu

I-NÏRODUCTION

avec une sécurité absolue, plusieurs mois de tâtonnements. Vous jugerez de 1 importance de certains des détails de technique qui sont exposés ans ce livre, lorsque vous les mettrez vous-même à exécution.

Suivez exactement mes descriptions et expérimentez tout d abord ma technique ; vous vous éviterez probablement bien des détours où je me sms attardé moi-même avant de pouvoir me déclarer satisfait.

Si apres avoir fait cette expérience avec impartialité, vous avez une idee originale, je serai le premier à la mettre à exécution.

La description des opérations principales sera précédée, pour taciliter à chacun la préparation de l’opération, d’une photographie des instruments indispensables, dans l’ordre où ils doivent être disposés pour se trouver directement à la portée de l’opérateur.

La situation de l’opéré, du chirurgien, de son assistant, des tables et des cuvettes est visible sur les photographies d’ensemble. Ces schémas serviront à préparer les opérations. J’ai trouvé les premiers schémas de l’ensemble des instruments nécessaires pour les principales opérations dans le livre de Dionis (1782), qui est assurément le livre de technique le plus parfait de cette époque.

Le succès des leçons de Dionis au jardin du Roi a été dû incontestablement a ce qu’il exposait les opérations avec une précision et une méthode qui les mettaient à la portée de tous.

Évolution parallèle de l’asepsie en chirurgie et des progrès de l’hygiène publique.

Il nous paraît intéressant, avant d’aborder la technique opératoire proprement dite, d’étudier l’influence réciproque qu’ont exercée l’une sur l’autre la découverte de l’antisepsie et l’amélioration des soins de propreté, c est-a-dire de l’hygiène publique.

Nous arriverons en effet à conclure que, si la découverte de l’antisepsie a été le point de départ de l’amélioration de l’hygiène publique, il est incontestable, d’autre part, que les progrès de l’hygiène publique ont été pour beaucoup dans l’amélioration des résultats chirurgicaux. En un mot, les opérations guérissent mieux qu’au début de l’antisepsie parce que les chirurgiens et les malades se lavent davantage; et l’on peut affirmer que les antiseptiques ne serviraient à rien sans la propreté, c est-à-dire sans l’asepsie.

^ Les progrès de la chirurgie ont été la conséquence directe de la découverte de la méthode antiseptique, sans laquelle la chirurgie-

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viscérale serait encore à voir le jour. Mais 1 antisepsie na pas tout fait, et il faut considérer comme de véritables précurseurs de Lister les premiers ovariotomistes, qui devaient exclusivement leur succès à ce qu’ils opéraient avec une propreté alors ineonnue en chirurgie générale.

On opérait salement, il y a cent ans, comme à la même époque la masse du peuple demeurait ignorante des soins les plus élémentaires de projireté. La plujDart des habitations étaient insalubres, les enfants vivaient dans la crasse, et l’eau chaude, chez les riches mêmes, était proscrite des soins de la toilette comme un raffinement inutile. Les médecins et les chirurgiens ne prenaient pas plus de bains que leurs clients et transportaient de malade en malade, avec leurs mains et avec leurs ongles, les germes pathogènes. La mortalité des femmes en couche, était à cette époque, aussi effrayante que celle des opérés des grands services de chirurgie, et n’avait d’autre cause que l’inoculation des germes infectieux, par les médecins et les sages-femmes, aux malheureuses qui se confiaient à leur incurie.

Je vois encore à l’Hôtel-Dieu de Reims, de 1877 à 1880, ces instruments mal nettoyés de la dernière opération, et que l’on sortait, couverts de poussière, d’une armoire tapissée de drap rouge, pour les déposer, avec des mains sales, à côté des fils cirés préparés par le garçon de la salle d’autopsie, sur d’ignobles plateaux métalliques oxydés. Le chirurgien grattait de l’ongle de l’index, qu’il conservait très long pour cet usage, les croûtes des plaies, et se lavait à peine le bout des doigts quand il venait d’examiner un cas de syphilis. Les élèves sages-femmes étaient conduites par le professeur d’accouchement dans la salle des morts, pour assister aux autopsies de fièvre puerpérale. Ces errements florissaient, il y a quinze ou vingt ans, dans plus d un service hospitalier de la capitale, où la septicémie était libéralement distribuée aux pauvres diables sous le contrôle éclairé de 1 administration de l’assistance publique.

Mon interne d alors, le doeteur Bastard, un de mes amis, M. de la Vernède, et quelques collègues, se souviennent encore d’une ovariotomie fameuse, pratiquée en 1881, au milieu d’une salle puante de l’hôpital de la Charité, (( afin d’éviter, déclara le maître, les dangers du transport de la malade après l’opération ». L’opération était faite par le professeur de clinique assisté d’un de ses collègues, chirurgien de 1 hôpital et de quatre ou cinq internes. Les opérateurs étaient en nage, les cheveux sur le front, et la sueur tombait goutte à goutte dans le péritoine de la patiente. Quinze ou vingt spectateurs suivaient cette

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scène extraordinaire, montés sur des chaises et juchés sur le cadre de fer du ht d'hôpital.

La malade fut pemsée avec « un vésicatoire » afin, déclara Fopératem, de prévenir 1 éclosion d une péritonite, qui n'eut d'ailleurs pas le temps de se déclarer.

Quelques-uns des chirurgiens français qui prétendaient à cette époque connaître 1 antisepsie étaient aussi dangereux que ceux qui se faisciient une gloire de la mépriser, car ils en ignoraient la pratique. Ces opérateurs infectaient leurs opérés en employant des instruments malpropres et en négligeant de se purifier suffisamment les mains, qu'ils se contentaient de tremper un instant, mal lavées, dans une solution antiseptique.

C était l époque où on ne mourait plus, après les opérations, dans le service de Verneuil, que d une diathèse. Un accès pernicieux de fièvre paludéenne, dont on arrivait à imaginer de toutes pièces les antécédents en dehors de toute vraisemblance,- un rhumatisme articulaire suraigu, manifestation d’une diathèse hypothétique qu’aurait réveillée le traumatisme, emportait le malade. D’autres fois, la terminaison fatale était attribuée, lorsqu’on n’avait pas trouvé mieux, à des lésions viscérales, à une néphrite aiguë ou bien à la dégénérescence adipeuse et amyloïde du foie, qui n étaient réellement que la conséquence de la septicémie.

Ces erreurs grossières, où se comjDlaisaient nonchalamment des médecins qui n’avaient du chirurgien que le titre et les fonctions, furent longtemps préjudiciables à la chirurgie française, qui, selon l’expression un peu dure mais trop exacte de Billroth, « suivait la chirurgie allemande d’un pas lent et boiteux ».

Les chirurgiens français comptaient cependant parmi eux des hommes instruits et de bons cliniciens; mais ils ne savaient pas se laver les mains.

Il ne suffit pas, en effet, pour désinfecter l’épiderme, de se tremper les mains dans une solution antiseptique ; cette immersion est insuffisante, si elle n’a pas été précédée de plusieurs lavages à l’eau chaude et au savon.

Les chirurgiens de la période de transition ont été réfractaires à l’antisepsie parce qu’ils avaient été élevés à une époque où les soins de propreté étaient généralement négligés.

L’hygiène publique a considérablement bénéficié de la découverte d.e Lister, et 1 application des antiseptiques à la chirurgie a été le point de départ de l’évolution scientifique qui devait transformer, en moins de trente ans, l’hygiène et la salubrité publiques.

i8 TRAITÉ DE THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE.

Lister, le premier, a ouvert la voie au progrès en faisant une application pratique et rationnelle des découvertes de Pasteur.

L^adoption des antiseptiques en chirurgie fut suivie de lapplication des mêmes substances microbicides aux soins de la toilette et à la prophylaxie des maladies infectieuses.

Bientôt l’antisepsie eut ses détracteurs, et on lui opposa l’asepsie, en arguant que les antiseptiques étaient irritants et dangereux.

L’asepsie n’est autre chose que la propreté, réalisée jusqu’à la disparition des germes pathogènes. Nous ne voyons pas comment on pourrait la séparer de l’antisepsie, puisqu’elle ne peut être réalisée à la sui-face extérieure du corjis, sur les instruments et sur les objets de pansement, que par l’emploi de la méthode antiseptique, c’est-à-dire ai^ec l’aide des désinfectants chimiques ou physiques. Le progrès capital réalisé par la vulgarisation de la méthode aseptique sur la technique primitive de l’antisepsie a été la substitution, dans tous les cas où elle est applicable, de la désinfection par la chaleur sèche ou humide à la désinfection par les substances chimiques, et par conséquent, la suj)pression aussi complète que possible des antiseptiques chimiques, qui sont presque tous irritants, sinon toxiques.

Les tissus, à l’état sain, sont dépourAms de microbes ; le péritoine, dans l’ovariotomie simple, est aseptique ; il y a donc avantage à ne pas les irriter par le contact des antiseptiques chimiques. L’expérience a démontré que l’emploi d’instruments et de fils rendus aseptiques par la chaleur donne de meilleurs résultats que leur immersion dans la solution phéniquée à 5 p. loo, jadis en honneur. Les saA^onnages répétés à l’eau très chaude sont le meilleur procédé de désinfection de la peau et préparent l’ablution dernière avec une solution antiseptique, qui ne suffirait pas à elle seule à purifier l’éjAiderme.

Les médecins et les chirurgiens sont donc devenus propres à mesure que s’est améliorée l’hygiène publique, et, sans cette habitude des soins de propreté autrefois inconnus, l’emploi des antiseptiques ne les conduirait encore qu’à des déceptions.

La vulgarisation de l’antisepsie en chirurgie et en obstétrique a exercé d’autre part une influence favorable sur l’amélioration des soins du corps dans toutes les classes de la société, et il est indiscutable que les personnes qui reçoivent un médecin ou un chirurgien seraient actuellement très étonnées si l’homme de l’art, avant de faire usage de la solution de sublimé, ne prenait pas le soin de se laver les maîiis à 1 eau chaude et au savon, pour renouveler cette ablution après l’examen du malade.

INTRODUCTION

Loin de diminner 1 œuvre de Lister, je viens donc démontrer que, grâce à sa grande découverte. Tasepsie est désormais entrée dans les habitudes journalières, et que les soins de propreté, qui ont pénétré au cours de ces dernières années jusque dans les campagnes, se sont développés et vulgarisés en même temps que Fantisepsie générale et spéciale.

On pourra donc écrire, à propos des conquêtes du xix® siècle : en Fan 1800, la masse des gens était malpropre et ignorait les soins d’hygiène les plus élémentaires; en Fan 1900, les habitations étaient devenues saines, la majorité du peuple avait appris à se laver et répugnait aux mauvaises odeurs.

La médecine tout entière, particulièrement l’obstétrique et la chirurgie, ont bénéficié de cette transformation : médecins et chirurgiens, infirmiers et malades sont aujourd’hui coutumiers des soins minutieux de propreté inconnus au commencement du xix“ siècle, et cette propreté est devenue un besoin, une habitude, sans laquelle la pratique de l’antisepsie aurait continué à donner lieu à bien des mécomptes.

Li’asepsie n’est pas tout en chirurgie.

Importance d’une bonne technique opératoire.

11 résulte logiquement de ce qui précède que l’asepsie et Fantisepsie ne doivent plus être considérées aujourd’hui comme des facteurs qui puissent entrer en ligne de compte dans les progrès de la chirurgie, puisque sans Fantisepsie la chirurgie n’existerait pas. L’antisepsie et 1 asepsie sont devenues en médecine et en chirurgie un besoin, une nécessité. Leur influence a été autrefois capitale, puisque d’elles dépendait la sécurité sans laquelle l’opérateur le plus habile se trouverait encore réduit à l’impuissance; mais il ne faut pas leur attribuer tous les progrès réalisés en chirurgie, et la découverte de Fantisepsie serait demeurée presque stérile si les chirurgiens, encouragés par les succès de la nouvelle méthode, n’avaient pas transformé la technique opératoire.

L’étude de l’asepsie et de Fantisepsie est FA B G de l’étudiant en médecine, et la pratique de la méthode antiseptique est à la portée de quiconque veut se donner la peine de l’étudier. Elle est le vade-mecum non seulement du chirurgien, mais aussi de ses aides, des infirmiers, de tous ceux qui l’approchent.

Bien opérer est tout auti-e chose. Il ne suffit plus de savoir jiratiquer Fantisepsie pour se prétendre chirurgien, et puisque nous admettons a priori que tout médecin doit être initié à la pratique rigoureuse de Fantisepsie, nous arrh'erons à cette conclusion, que les meilleurs résultats appartiendront au chirurgien le plus hahile, à celui qui jiossédera la meilleure technique.

Nous commencerons donc par décrire, dans tous ses détails, la pratique de Fantisepsie et de Fasepsie; nous étudierons ensuite, avec tous les développements nécessaires, le manuel opératoire qui, pour chaque intervention, place le patient dans les meilleures conditions pour guérir vite et sans complications.

C’est la bonne technique qui différencie l’artiste de ceux qui sont destinés à demeurer des manœuvres.

Janvier 190^.

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