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TOME I

i54 traité de thérapeutiqee chirurgicale.

fut de vérifier si réellement le sang était tellement à craindre. C’était en i88C. Nous avions à pratiquer l’ablation de deux tumeurs de la cloison recto-vaginale. La première fut enlevée à l’anse galvanique, suivant la méthode de L. Labbé ; 3 ou 4 artères d’un certain calibre durent être pincées et liées. Aucun autre vaisseau appréciable ne se montrait béant.

Le surlendemain, décidé à trancher une fois pour toutes cette question de l’hémostase préventive, je saisis, dans un cas analogue, le néoplasme entre l’index et le médius, introduits dans le rectum, et le pouce appliqué dans le vagin, et je l’extirpai en quelques instants, de trois ou quatre vigoureux coups de ciseaux. Deux ou trois ligatures, et la plaie fut réunie au crin de Florence. Le périnée et la cloison rectovaginale avaient été réséqués jusqu’au voisinage du col.

En huit jours, la guérison était complète. La première malade suppurait encore et dut subir ultérieurement une opération plastique. Ces deux faits étaient démonstratifs : l’hémorragie n’était pas tellement à craindre. Ce principe établi, j’ai appliqué cette méthode à toute la chirurgie.

On a prétendu que mes procédés étaient dangereux et difficiles. Il n’en est rien. Ces critiques, établies pour les besoins d'une mauvaise cause, ont eu auprès des hommes de progrès le peu de fortune qui leur était dû.

La forcipressure préventive est une pratique aveugle et inutile. L’abus des pinces hémostatiques et des ligatures en masse qui contusionne les tissus sur une grande étendue, et exige la résorption ou l’élimination de volumineux pédicules, s’oppose à une guérison sûre et rapide.

Ma méthode, au contraire, est simple et rationnelle. Elle est, en effet, excluswement basée sur la connaissance de l’anatomie normale et pathologique : abord rapide de la tumeur, énucléation en masse, hémostase de ce qui saigne, réunion de la plaie.

Loin de moi la pensée de laisser rien au hasard ; l'hémostase doit etre parfaite. Mais je ne l’exécute le plus souvent qu’après l’ahlation de la tumeur, en pinçant et en liant les vaisseaux isolément. L’hémostase est ainsi beaucoup plus satisfaisante que lorsqu’on pratique préventivement des ligatures en masse. La ligature isolée des artères n’est-elle pas leconnue, depuis Desault, dans la chirurgie des membres, comme bien supérieure à la ligature médiate

Le t^ pe de 1 opération rapide est réalisé dans mon procédé d’hystélectomie abdominale totale: 1 utérus extirpé, les quelques artères qui

L’HÉMOSTASE ET LE MORCELLEMENT

donnent — en général quatre, les utérines et les utéro-ovariennes — sont, les premières, pincées et liées, les secondes, liées d’emblée audessous de l’ovaire et de ta trompe. Un surjet sur la tranche vaginopéritonéale postérieure, s’il y a de ce côté quelque suintement sanguin, et le péritoine est refermé. Loin de perdre plus de sang que parles autres procédés, l’hémorragie est bien moins abondante. En effet, pendant que nous attirons Tutérus en haut, la malade étant dans la position de Trendelenburg, le sang de la tumeur reflue vers les ligaments larges par les gros sinus veineux qui la sillonnent, et celle-ci est enlevée exsangue.

11 est facile de constater l’avantage de cette méthode d’hystérectomie sans hémostase préventive sur l’amputation supra-vaginale, par exemple, avec emploi du fd élastique, où la tumeur, gorgée de sang, laissait échapper, à l’incision du pédicule, i5o, 200 et même 3oo grammes de ce précieux liquide.

C’est donc avec raison que nous enseignons à nos collègues que <( le meilleur moyen de ne pas perdre de sang est de supprimer autant que possible toute hémostase préventive ». Je dis autant que possible, car le principe même de ma méthode étant d’opérer à la fois sûrement et simplement, je fais, en cas de nécessité et comme manœuvre d’exception, l’hémostase préventive. Existe-t-il une bride, une adhérence manifestement vasculaire, je lie et je pince avant de couper. Partout ailleurs, je ne pratique l’hémostase qu’ après l’ablation du néoplasme.

Dans les cas de résection de l’intestin, par exemple, après avoir fermé les bouts supérieur et inférieur par mon procédé habituel, j’écrase le mésentère avec ma pince à levier, et je lie dans le sillon de l’écraseur. Quelques fils de soie suffisent ainsi à 1 hémostase. La ligature est alors enfouie sous un surjet séro-séreux. Le mésentère, si redouté de bien des chirurgiens qui en font, avec la ligature en masse, un moignon volumineux et dangereux pour le malade, se trouve si bien réuni sur chacune de ses faces, de sereuse a sereuse, qu il est impossible de se douter, à l’issue de l’opération, de l’étendue du segment intestinal réséqué.

Dans le goitre, j’extirpe le plus souvent la tumeur sans hémostase préalable des artères thyroïdiennes.

Quelques veines superficielles béantes semblent-elles devoir saigner : vite une pince et un fil de soie, et l’opération est continuée sans retard. La tumeur attirée au dehors, je détache d’un coup de ciseaux ses attaches du côté gauche, et j’enfonce dans la plaie un paquet de compresses ; la masse est rapidement séparée delà trachée, puis libérée à

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