TRAITÉ DE THÉRAPEU TIQUE CHIRURGICALE
La coïncidence habituelle de l’ulcère simple avec l’hyperchlorhydrie, sa localisation dans les points du tube digestif en contact habituel avec le suc gastrique, ont fait entrevoir depuis longtemps comme lun des facteurs étiologiques de l’ulcère rond la digestion des parois de l’estomac. Les analyses chimiques, en démontrant la coïncidence de l’hyperchlorhydrie et de l’ulcère simple, ont corroboré cette théorie. Toutefois, la fréquence de la maladie de Reichmann sans coïncidence d’ulcère permet de croire que l’hyperchlorhydrie n’en est pas la cause occasionnelle, mais que la présence d’un suc gastrique très actif vient simplement s’ajouter dans l’étiologie de l’ulcère rond aux troubles circulatoires et aux lésions traumatiques ou phlegmasiques qui sont généralement invoquées.
Les infarctus microbiens doivent entrer en ligne de compte quand il existe parmi les antécédents des maladies infectieuses. Chantemesse et Widal ont déterminé la production expérimentale d’ulcérations de la muqueuse gastrique en nourrissant des cobayes avec des cultures virulentes de leur bacille de la dysenterie. L’action de ces microbes était plus énergique après l’alcalinisation du contenu de l’estomac. La dilatation de l’estomac paraît également favoriser chez les animaux l’ apparition des ulcères d’origine infectieuse.
L’hyperacidité du suc gastrique semble jouer un rôle remarquable dans la persistance des ulcères de l’estomac. Nous devons toutefois réserver ce fait, qu’elle ne doit pas entrer seule en cause, puisque les plaies expérimentales de la muqueuse gastrique, chez les animaux, de même que les opérations faites sur l’estomac de l’homme, sont suivies en général d’une cicatrisation rapide.
Que l’ulcère soit ou non consécutif à l’hyperchlorhydrie ou à une destruction locale de la muqueuse gastrique (traumatisme, embolie, infarctus bactériens), il est bien évident que les alternatives de distension et de vacuité de 1 estomac sont la cause principale de la durée de la maladie.
Le spasme du pylore, exagéré par l’irritabilité de la muqueuse ulcérée, vient s ajouter à 1 intolérance de i’estomac. L’étroite zone cicatricielle qui tend à se former dans l’état de repos de l’organe qui se distend lors de l’ingestion des aliments, se déchire pendant les efforts de vomissement, et 1 on a peine à concevoir comment certains ulcères peuvent se cicatriser complètement, malgré ces alternatives de vacuité et de distension de l’organe et malgré le contact nocif des sucs digestifs.
La douleur elle-même de l’ulcère est due à l’irritabilité de l’esto-
OPÉRATIONS SUR L’ESTOMAC ET SUR L’INTESTIN. a55
mac, qui, sous l’influence du spasme pylorique, ne peut évacuer son contenu que par le vomissement.
Les crises gastralgiques disparaissent en effet aussitôt après l’opération, de même que les hématémèses et tous les autres symptômes alarmants .
Ces résultats sont inappréciables, si l’on songe à la gravité de cette affection et à la fréquence des complications les plus imprévues telles que les hémorragies foudroyantes, la péritonite par perforation, l’ouverture de l’estomac dans la plèvre, le péricarde, le ventricule gauche, etc.
La mortalité de l’ulcère de l’estomac traité médicalement atteint en effet le chiffre énorme de 5o p. ioo (Debove); et ce chiffre est encore bien inférieur à la réalité si l’on considère que, dans un grand nombre de cas, il produit tôt ou tard une dégénérescence cancéreuse des bords de l’ulcère ou de la cicatrice.
Brinton, Dittrich, Lebert, Haeberlin, Rosenheim, Hauser, Stiénon ont démontré la fréquence de la transformation cancéreuse de l’ulcère simple. Nos observations personnelles de transformation maligne (sarcome, épithélioma cylindrique ou pavimenteux) de tumeurs primitivement bénignes du sein, des ovaires ou de l’utérus, et l’examen histologique de plusieurs des tumeurs pyloriques que nous avons enlevées sur le vivant confirment cette manière de voir.