LE BALLONNEMENT EST CONSIDÉRABLE
Si le ballonnement existe, et s’il est très accentué, on limitera l’intervention à la création d’un anus artificiel.
La création d’un anus artificiel comportant à peu près la même technique, quel que soit le segment de l’intestin grêle ou du gros intestin où on le pratique, nous renvoyons, pour cette opération, à la description de la création de l’anus iliaque. Nous déterminerons seu-
TRAITÉ DE THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE, lement, dans ce chapitre, quel est le point le plus favorable à la création de l’anus temporaire.
En présence des phénomènes d’obstruction grave, on commencera par pratiquer le toucher rectal ; on explorera ensuite, avec le rectoscope, la partie supérieure du rectum, afin de rechercher s il existe en ce point une sténose quelconque. Si la sténose siège sur le rectum, on fera un anus artificiel iliaque.
Si l’obstruction siège, au contraire, sur la partie supérieure du gros intestin ou sur l’intestin grêle, il faut pratiquer 1 anus artificiel sur l’iléon ou même sur le jéjunum. J’ai déjà signalé, a propos du traitement de la paralysie intestinale produite par la péritonite subaiguë, que, de deux anus artificiels créés simultanément, l’un à 1 extrémité terminale de l’iléon, dans la fosse iliaque droite, et l’autre sur une anse supérieure du jéjunum, dans le flanc gauche, ce dernier seul fonctionnait bien.
Cette prédominance des mouvements antipéristaltiques de l’intestin sur les mouvements péristaltiques est constante. Si le siège de l’étranglement est inconnu, j’estime que l’on doit faire une incision iliaque droite, pour examiner la terminaison de l’iléon. On attire au dehors l’iléon, s’il est distendu, et on perfore le mésentère avec une pince, pour fixer l’anse par transfixion de l’orifice mésentérique avec une compresse. On perfore ensuite l’intestin, et on place un gros tube de caoutchouc dans le bout supérieur, que l’on aura reconnu en repérant le segment qui aboutit au cæcum. Si l’iléon n’est pas considérablement distendu et si les mouvements antipéristaltiques sont nettement prédominants, on fait une seconde incision verticale dans le flanc gauche, sur la ligne axillaire antérieure, pour y attirer une anse supérieure du jéjunum. On la fixe au dehors, par transfixion du mésentère avec une compresse, et on place deux tubes pour l’écoulement des matières, l’un dans le bout supérieur, l’autre dans le bout inférieur. Ces tubes doivent pénétrer à 8 ou io centimètres de profondeur, afin de franchir la paroi musculo-aponévrotique de l’abdomen, où pourrait se produire une coudure de l’intestin.
Si l’on ne fait pas dans la même séance l’anus iliaque droit et l’anus jéjunal gauche, on devra se tenir prêt à faire le second dans le cas où le premier ne fonctionnerait pas d’une manière satisfaisante.
SUITES OPÉRATOIRES
On vérifie l’écoulement des matières. On préviendra la péritonite par des injections répétées de Mycolysine, soit sous-cutanées, soit intra-
OPÉRATIONS SUR L’ESTOMAC ET SUR L’INTESTIN. 36g
veineuses, et on soutiendra les forces du malade en lui faisant absorber du thé au rhum.
On couvrira le ventre de vessies de glace. On injectera de l’eau salée isotonique et de l’huile camphrée. Si l’évacuation des matières se fait bien et s’il ne survient aucun accident, on enlèvera la compresse qui perfore le mésentère au bout de 6 à 8 jours, et on se contentera de panser à plat. On fera plus tard la laparotomie pour remédier à l’obstruction, si la cause existe encore, et pour fermer la ou les fistules intestinales. Dans les cas compliqués, il est prudent de rétablir d’abord le cours des matières au niveau de l’obstruction et de remettre à une troisième intervention l’occlusion des fistules intestinales.
Ces differentes interventions varient avec chaque malade et il suffit, pour les pratiquer dans de bonnes conditions, de se rapporter à la technique générale des opérations sur l’intestin, que l’on adaptera au cas particulier.