‹ Traité de thérapeutique chirurgicale et de technique opératoire. Tome quatrièmeChapitre 94 sur 221 · C. — SE PRODUIT-IL DANS L’ESTOMAC DES PHÉNOMÈNES D’ABSORPTION P · texte numérisé non relu

C. — SE PRODUIT-IL DANS L’ESTOMAC DES PHÉNOMÈNES D’ABSORPTION P

La muqueuse gastrique est-elle susceptible, comme le prétend Beaunis, de participer à l’absorption des liquides et des peptonesP

Beaunis admet en effet la résorption par la muqueuse de l’estomac, à mesure qu’elles sont produites, des peptones complètement élaborées .

Il accorde donc à l’estomac des propriétés absorbantes supérieures à celles du gros intestin, où les liquides et les substances solubles non albuminoïdes sont seules parfaitement absorbées, tandis que les peptones du commerce, même à l’état d’extrême dilution, ne peuvent franchir l’épithélium et se putréfient sur place, déterminant à la fois des selles fétides et une vive irritation de la muqueuse rectale.

L’opinion de Beaunis et de quelques autres physiologistes, que la muqueuse stomacale de l’homme absorbe les albuminoïdes, est absolument erronée.

La pathologie de l’homme nous fournit à cet égard des données indiscutables, qui ont été confirmées par les expériences de plusieurs auteurs sur les animaux.

Un malade est-il atteint de rétrécissement du pylore.

cancer

annulaire ou cicatrice, sans altération appréciable de la muqueuse gastrique, le dépérissement est assez lent tant que les liquides peuvent franchir le point sténosé: le malade maigrit et perd ses forces; l'alimentation est simplement insuffisante.

Le pylore devient-il imperméable aux liquides, le malade éprouve immédiatement les angoisses de la soif, qu il ignorait jusqu alors ; les tissus se dessèchent, la peau se ride, et si l’on ne vient à conjurer les accidents suraigus par de nombreux lavements aqueux, la mort survient en moins de huit jours. Nous avons observé ces phénomènes, quel que soit le degré de dilatation de l’estomac, chez certains malades qui pouvaient conserver pendant 12 ou 24 heures la quantité énorme de 3 à 5 litres d’eau ou d’autres liquides, sans réussir à calmer leur soif dévorante. Les opiacés eux-mêmes n’agissent plus, la muqueuse gastrique ne permettant pas leur absorption.

Les prétendus phénomènes d’absorption stomacale de Beaunis ne sont donc d’aucun intérêt, puisqu’on voit souffrir de la soif des malades au pylore rétréci, quand leur estomac contient plusieurs litres d’eau.

L’estomac de l’homme est comparable, au point de vue de l’absorption, à l’estomac du cheval. Cet animal, d’après les célèbres expériences de Colin, se montre absolument réfractaire, après la ligature du pylore, à l’action d’une dose considérable de strychnine introduite dans l’estomac, tandis que les phénomènes d’empoisonnement se manifestent immédiatement après l’enlèvement de la ligature.

D’après certains auteurs, l’estomac des herbivores seuls serait privé du pouvoir d absorption, et la muqueuse gastrique des carnivores absorberait pendant toute la digestion, comme le prétend Beaunis, 1 eau, les sels et les peptones. Cette opinion toute théorique n’est basée sur aucune constatation physiologique.

Gley et Langlois ( Dict . Encycl. Soc. méd., t. xxxvi, p. 122) ont observé au contraire, dès 1888, que l’estomac du chien n’absorbait aucunement les liquides. De nouvelles expériences ont été entreprises sur ce sujet en i8g3, par Gley et Rondeau, sur des chiens porteurs d’une fistule duodénale. Le duodénum étant fixé sur une canule extérieure, les chiens en expérience souffraient d’une soif extrême et ils buvaient à chaque instant sans pouvoir se désaltérer, quelle que fût la durée du séjour de l’eau dans f estomac. Le liquide s’écoulait en effet en totalité au dehors par le canal duodénal (C. R. Soc. Biol., i3 nov- i893)- Mering a communiqué des faits expérimentaux identiques au 12e Congrès allemand de médecine interne (Wiesbaden, in Semaine méd., 19 avril 1893, p. 191).

OPÉRATIONS -SUR L’ESTOMAC ET SUR L’INTESTIN. a39

Si l’estomac des carnivores n'absorbe pas l’eau pure, à plus forte raison ne saurait- il absorber les peptones.

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