‹ Traité de thérapeutique chirurgicale et de technique opératoire. Tome quatrièmeChapitre 95 sur 221 · D. — ACTION DE LA BILE SUR LA DIGESTION STOMACALE · texte numérisé non relu

D. — ACTION DE LA BILE SUR LA DIGESTION STOMACALE

Un dernier point nous reste à déterminer : est-il vrai, comme le prétend Beaunis, que la pénétration de la bile dans l’estomac arrête immédiatement la digestion des albuminoïdes P

Dastre (i 880-1 883) a démontré que l’introduction dans l’estomac du chien, au moyen d’une sonde œsophagienne ou par la canule gastrique, d’une certaine quantité de hile de bœuf (5o à 3oo grammes), ne déterminait chez l’animal aucun malaise : cette introduction de bile a été faite avant le repas, après le repas et à des périodes variables de la digestion. L’appétit a paru augmenté ; les fortes doses n’ont produit qu’un effet purgatif.

La constatation, faite par la plupart des observateurs, que les albuminoïdes sont loin d’être complètement transformés dans l’estomac, et que bien des substances ne font que le traverser pour n’être véritablement digérées que dans l’intestin, confirme cette opinion que les albuminoïdes peuvent être parfaitement élaborés dans l’estomac comme dans l’intestin grêle en présence de la bile.

Il est au contraire probable que l’action du suc gastrique se continue dans l’intestin grêle et le docteur Frémont a observé, chez des malades atteints de torpidité hépatique, que l’ingestion vers la fin du repas, dans le but d’exciter la sécrétion du foie, d’une certaine quantité de bile de bœuf, améliorait, au lieu de l’entraver, la digestion stomacale.

Les chiens atteints de fistule biliaire dépérissent si on recueille la totalité de la bile excrétée. C’est ainsi qu’un chien, auquel Frémont, dans ses expériences de physiologie pathologique, avait fait une fistule biliaire, se mit à maigrir et présenta un poil sec et cassant tant que l’on prit soin de recueillir par la fistule la totalité de la bile sécrétée.

Dans l’intervalle des expériences, ce chien redevenait gras et bien portant, et son poil reprenait l’aspect normal, parce qu’il léchait presque constamment sa fistule et avalait la bile par instinct, au fur et à mesure de sa production.

Loin d’admettre, comme l’a prétendu Leven, que l’estomac ne possède aucune action digestive réelle, et que son rôle se réduit à des phénomènes mécaniques et préparatoires de dissolution et de dissocia-

tion, nous pensons au contraire que les sucs de l’estomac demeurent actifs dans l'intestin grêle. L'expérience de Dastre concorde d’ailleurs avec les phénomènes que nous avons observés sur les sujets dont nous avons supprimé le pylore, et chez lesquels, bien que les aliments ne séjournent plus dans l’estomac, la digestion des albuminoïdes se fait beaucoup mieux qu’avant l’opération. S’il était prouvé que le suc gastrique est absolument inactif dans l’intestin, il faudrait outrepasser l’opinion de Leven, et arriver à cette déduction absurde que l’estomac est un viscère inutile.

Czerny en 1878, puis Carvallo et Pachon en i8g3 ( Soc . Biol., 25 nov., p. 929), ont cru démontrer que la digestion et la nutrition peuvent s’opérer d’une façon satisfaisante chez le chien privé d’estomac.

L’animal opéré par Carvallo et Pachon fut d’abord nourri de lait. La digestion du lait se montra très imparfaite; l’animal vomissait alors tout aliment solide. Trois semaines après l’opération, on lui donna de la bouillie. Le poids, qui était descendu de 10 kgr. 100 (jour de l’opération) à 8 kgr. 600, remonta en quatre semaines à 9 kgr. A partir de la septième semaine, on put donner une alimentation solide : des soupes composées de viande hachée et de pain. L’animal mangeait lentement, et il mâchait les morceaux de viande d’un certain volume, au lieu de les avaler gloutonnement.

La digestion de la viande cuite était parfaite : la viande crue, même hachée, au contraire, n’était pas assimilée. Il en était de même des tendons et aponévroses qui, chez un chien témoin, sont bien digérés.

Il est impossible, selon nous, de conclure, d’après cette observation, que la digestion peut être parfaite sans estomac, et nos résultats thérapeutiques nous inclinent à pencher vers cette hypothèse que, chez nos opérés, les sucs de l’estomac continuent dans l’intestin l’action qu’ils n’ont pu terminer dans le réservoir gastrique, largement anastomosé avec le jéjunum.

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