DES CELLULES CANCÉREUSES ET DES CELLULES SAINES
Ces observations m’ont conduit à déterminer avec précision la résistance relative des cellules cancéreuses et des cellules saines. J’ai pris comme étalon un thermomètre centigrade très sensible et j’ai cherché à quelle température les unes et les autres étaient frappées de mort. J’ai constaté que les cellules saines ne sont généralement frappées de mort qu’ au-dessus de 60°, tandis que les cellules cancéreuses perdent leur virulence dès qu’elles sont tenues à la température de 55°, et même à une température, entre 55“ et 5o“.
Cette moindre vitalité des cellules cancéreuses domine toute la question du traitement local du cancer.
Une voie nouvelle était toute tracée ; faire pénétrer la chaleur dans la profondeur des tissus vivants de manière à soumettre les tissus pathologiques à une température supérieure à 5o“. Le problème était difficile.
J ai constaté dès mes premières expériences, en août 1907 h 1 insuffisance de 1 eau chaude et de la vapeur surchauffée. L’air chaud agit un peu plus profondément, mais l’élévation thermique qu’il
1. Pli cacheté n“ 7 288. (Acad, des Sciences et Soc. de l’Internat, 25 juin 1908).
produit ne pénètre pas, dans les ‘tissus vivants et où la circulation est intense, à plus de 4 ou 5 millimètres de profondeur. La température de 1 air surchauffé, qui dépasse 600° au sortir du tube conducteur, carbonise les tissus sur une profondeur d’un ou deux miUimètres, et la coagulation sous-jacente ne pénètre qu à 2 ou 3 millimètres plus loin. Les étincelles de haute fréquence ont une action à peu près iden¬
tique à celle de l’air chaud. La zone carbonisée et la zone coagulée présentent dans le même temps (2 ou 3 minutes) une épaisseur sensiblement identique. L’aéro-cautérisation a toutefois une action beaucoup plus étendue, et elle présente l’avantage de pouvoir cautériser toute la surface interne des cavités pathologiques, où les étincelles de haute fréquence ne sont pas applicables. Ces particularités sont évidentes si l’on prend soin d’étudier méthodiquement ces deux agents physiques. Les expériences sur F aéro-cautérisation sont déj à très anciennes et remontent à 1896. J’avais alors fait construire par M. Collin des
ajutages spéciaux de forme tubulaire qui s’adaptaient au couteau du thermo-cautère de Paquelin. Les gaz chauds qui sortent par les orifices latéraux venaient se réchauffer au contact extérieur du platine incandes-
Coupe des effets produits sur un Morceau de Viande en 1 minute par les différents procédés
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eent et atteignaient une température suffisante pour carboniser les tissus. Le dispositif actuel est analogue aux nombreux modèles de chauffe-fer ; la source de chaleur est une spirale métallique rendue incandescente par une source d’électricité.
G est au moment où les étincelles de haute fréquence furent en
honneur, en août 1907, que j’ai découvert la méthode de la voltaïsation bipolaire et de l’électro-coagulation thermique.
Lorsque le Pozzi fit connaître à l’Académie de médecine, le 3o juillet 1907, les résultats merveilleux qu’il attribuait aux étincelles de haute fréquence et a la méthode à laquelle il donna le nom de fulguration, je fis installer immédiatement à ma clinique le transformateur le plus puissant que construisait la maison Gaifie et un résonateur de Oudin h
Il m’a suffi d’une expérience de quelques jours et de plusieurs examens microscopiques pour constater que les étincelles employées dans la fulguration n’avaient d’action qu’à une profondeur de 3 ou 4 millimètres et que cette action était exclusivement une action thermique.
J’ai constaté en effet, en multipliant les préparations histologiques, qu’il suffisait de refroidir par un courant d’air très vif la surface des tissus cancéreux soumis à la fulguration pour diminuer sensiblement l’épaisseur de la zone d’action.
La méthode recommandée par M. Pozzi étant manifestement insuffisante pour les tumeurs d’une certaine étendue, j’ai étudié immédiatement les autres utilisations qui pouvaient être faites de l’étincelle électrique pour obtenir la destruction des tumeurs malignes jusqu’à une certaine profondeur.
J’ai étudié successivement les effets des étincelles directes d’une bobine d’induction et ceux que me donnèrent tous les dispositifs réalisables par les courants de haute fréquence. Je me suis rendu compte, pendant ces premières expériences, au cours du mois d’août 1907, que le résultat le meilleur n’était pas fonction de la longueur des étincelles. Au contraire, des étincelles courtes obtenues en se branchant au primaire du résonateur de Oudin étaient plus efficaces que celles obtenues au secondaire.
J’ai remarqué aussi que, pour obtenir des effets puissants, il était
I. La faveur avec laquelle fut accueillie en 1907 par la Société de Chirurgie de Paris, la communication du D*’ Pozzi sur les résultats de la fulguration, démontre que les chirurgiens sont unanimes pour reconnaître les inconvénients des grandes opérations sanglantes dans le cancer et pour rechercher un mode efficace de destruction locale des tumeurs accessibles. On sait que la fulguration, qui a été expérimentée dans tous les grands services de chirurgie, a été universellement jugée comme une méthode insuffisante et inefficace dans tous les cas où la lésion dépasse quelques millimètres de profondeur, c’est-à-dire dans tous les cas de véritables cancers.
nécessaire de réunir le lit métallique sur lequel reposait le malade à l’une des extrémités de la self induction du circuit oscillant, tandis que l’électrode active était en rapport avec l’autre extrémité. Tantôt je maintenais l’électrode à une petite distance du malade (voltaïsation
Fig. 5. — Schéma indiquant la variation de l’intensité du courant quand on intercale dans le circuit un nombre plus ou moins grand de spires.
bipolaire), tantôt je les mettais en contact avec la plaie, de telle sorte que 1 étincelle se trouvait supprimée (électro-coagulation). Mais j’obtenais, particulièrement en éloignant l’électrode, des contractions musculaires tétaniques tellement violentes que cette méthode était presque
inapplicable en certaines régions, particulièrement au niveau des culsde-sac vaginaux, dans le cancer du col de lutérus.
Je réussis alors à diminuer les contractures musculaires en mettant en court-circuit la borne terminale du résonateur Oudin et la borne du curseur, de façon a obtenir, par cette réduction de la self induction, des courants oscillants de plus grande fréquence.
De cette manière, le circuit d’utilisation est traversé par une intensité beaucoup plus grande que dans la fulguration.
Ce dispositif, que j’ai imaginé en août 1907, présente également un autre avantage sur la technique de la fulguration, c’est qu’il n’utilise que de faibles tensions, ce qui n’expose ni le chirurgien ni ses aides à recevoir des décharges électriques.
J’ai fait par cette méthode, depuis le mois d’août 1907, de nombreuses destructions de cancers superficiels. Je me suis rendu compte qu’il était facile d’agir jusqu’à 6 ou 8 centimètres de profondeur et de varier le mode d’action du courant suivant que l’on employait une électrode étroite ou bien une électrode d’une certaine surface.
L’action sur les tissus cancéreux est tellement rapide qu’il devient possible d’obtenir en 3o secondes une destruction cent fois supérieure en volume à celle de la fulguration en plusieurs minutes.
L’action du courant diffère un peu lorsque l’on opère avec de courtes étincelles ou lorsque l’on opère en plaçant l’électrode active en contact direct avec les tissus. On obtient, dans le premier cas, une carbonisation superficielle suivie d’une coagulation de tissus (que l’on peut comparer à la coagulation du blanc d’œuf dans l’eau bouillante) jusqu’à une profondeur variable, suivant la durée de l’application des électrodes. La température atteint 5oo à 600° à la surface des tissus carbonisés.
Lorsqu’on place, au contraire, l’électrode au contact des tissus, la coagulation se produit sans carbonisation. Cette coagulation n’est obtenue que si la surface de contact est suffisamment petite pour que la densité du courant soit encore importante et pour que les effets thermiques ne soient pas trop disséminés.
Lorsqu’on emploie les électrodes en surface, la sérosité qui se produit autour de l’électrode entre en ébullition. La chaleur atteint 65 à 70“ à la limite de la zone coagulée et pénètre encore à une profondeur de 10 ou 1 5 millimètres dans les tissus non coagulés, c’est-à-dire non altérés en apparence, où l’on constate des températures décroissantes entre 65 et 38°.
J’avais institué, d’autre part, une série d’expériences qui m’avaient démontré que la ^nrulence des cellules cancéreuses est complètement