‹ Traité de thérapeutique des maladies articulairesChapitre 10 sur 101 · TRAITEMENT PHARMACEUTIQUE · texte numérisé non relu

TRAITEMENT PHARMACEUTIQUE

Xa varicté des applications est une condition puissante d excitation ; elle a été utilisée dans les douches écossaises et dans les bains russes, où Ton (ait succéder la percussion par Teaa froide à laction de la température élevée de Teau ou de la vapeur; et dans les compresses dites réchauffantes employées de telle sorte, qu'au froid passager produit par le contact de Teaa succède une chaleur durable, résultat de la réaction entretenue par Tenveloppement sec.

Je dois expliquer aussi l'expression de qualùés extrêmes comme condition de la puissance excitatrice. Cette expression se comprend sanspeine lorsqu'il est question de température : le firoîd et le chaud, à un degré plus ou moins éloigné de la température du corps, peuvent être ainsi excitants. Il en est de même de toutes les substances qui frappent vivement nos sens par leur odeur ou par leur sapidité : aucune de celles qui jouissent de qualités dominantes sous ce rapport n'est direc* tement sédative.

Partant des principes qui viennent d'être exposés, je suis arrivé à cette conclusion, que les applications locales qui peuvent le plus calmer des inflammations ou des douleurs articulaires, sont celles qui comportent l'uniformité de contact, de température, de conductibilité électrique, etc., etc., et j'ai établi ainsi à jmori Futilité de ces huiles, de ces graisses, de ces emplâtres laissés longtemps en place, qu'une première impression conduit à mépriser, mais que leur utilité, toute restreinte qu elle est, maintient obstinément dans la pratique.

La loi d'activité des modificateurs étant la variété et les qualités extrêmes des moyens employés, on prévoit de suite quelles sont les températures, les apparences extérieures des agents qui doivent servir à l'excitation : ce sont le chaud et le fîroid, le passage de Tune à l'autre de ces deux températures, les substances sapides ou odorantes, etc., etc. Cette étude générale des loîsdu repos et de l'activité des fonctions, celle de l'harmonie qui doit exister entre la nature des modificateurs et les actes personnels que le malade accomplit, m'ont permis, je crois, de jeter quelque jour sur les médications locales, et défaire unchoix, arbitraire peut-être, maisau moins raisonné, satisfaisant pour l'esprit, entre les ressources nombreuses que

Ton trouve répandues dans la pratique, ou confusément exposées dans les auteurs.

§ 2. ApplîoatMMif qnî aliénât !• ilfiftiif éë lapeca.

Parmi ces applications , les unes détachent 1 epiderme et produisentune sécrétion de sérosité plus ou moins purulente : ce sont les vésicatoires. Les autres sont suivies d'une éruption de pustules, comme Thuile de croton tiglium, les emplâtres ou les pommades stibiés. D'autres, enfin, détruisent la peau à une profondeur plus ou moins grande. Je moccuperai spé-ciaiement de ces dernières.

Les agents qui détruisent la peau agissent chimiquement : ce sont les caustiques; ou par la chaleur qu'ils contiennent, comme le fer rouge ou les moxas.

A. Des caustiques. — Les caustiques que Ton peut employer sont tapotasse, la pâte de Vienne, le chlorure de zinc, et l acide sulfurique.

De la cautérisation par la potasse et te caustique de Fienne. — Bien que ces deux agents de cautérisation présentent quelques différences, qqant A leurs effets immédiats et leur mode d application, le résultat qu'ils produisent est en définitive le même. Le lieu sur lequel on les applique doit être éloigné des os par quelques parties molles, et n'être le siège que de mouvements bornés. Ainsi, au genou, on évited'établir des cautères en avant et en arrière de Tarticulation, et Ton préfère les placer sur les côtés de la rotule et du ligament rotulien.

La potasse et le caustique de Vienne produisent des escarres assez profondes. Avec le caustiquede Vienne, ou peut leur donner toutes les variétés désirables de forme et d'étendue. L'un et l'autre déterminent des douleurs, qui cessent aussitôt que l'action du caustique est épuisée ; le travail inflammatoire qui doit amener la séparation de l'escarre ne s'établit qu'au bout de quatre ou cinq jours, quelquefois beaucoup plus tard. Pendant cet intervalle,1a peau qui entoure l'escarre conserve» en général, sa couleur naturelle ; il ne s'y manifeste, à de rares exceptions près, aucune rougeur ni aucune tuméfaction.

La réaction est toujours faible et languissante, et la séparii-

TAAnEMl>.\T PHAHMACi^UTlQUE. 27

tioQ na lieu le plus souvent, qu après vingt ou trente jours, quelquefois plus tard encore.

Les ulcères qui succèdent à la chute des 'escarres participent du caractère de Finflamniation qui a précédé leur formaiioii ; ils sont indolents, et la matière organisable c|ui doit former la cicatrice ne s'y développe qu'avec lenteur.

De la cautérisation par le chlorure de zinc* — De toutes les substances caustiques, le chlorure de zinc est, sans contredit, celle qui déteroiine dans les parties voisines du point cautérisé la réaction inflammatoire le plus promptement suivie de Télittination des escarres. Pour remployer, on commence par limiter exactement, au moyen de deux bandelettes de diachy* Ion, la partie de peau sur laquelle doit agir le caustique. Pour le genou, on lui donne environ 15 centimètres dans le sens vertical sur 1 centimètre de largeur, de chaque côté de Tarti^ culation ; on applique sur la surface de peau circonscrite par les bandelettes agglutinatives une légère couche de pâte de Vienne qu^on laisse quatre ou cinq minutes, puis on enlève le tout, et Ion recouvre l'empreinte iàite par le caustique, d'une bandelette de pâte de chlorure de zinc, de 5 à 6 millimètres de largeur. Celle-ci ne doit être enlevée qu au bout de vingt-quatre heures. A lasuitqde cette cautérisation, la peau est ordinaire*, ment mortifiée dans toute son épaisseur.

La réaction inflammatoire déterminée par la pâte de chlorive de zinc est remarquable par la promptitude de son apparition et par son intensité. En général, au bout de sept ou huit jours, le travail d'élimination est achevé, et fescarre se détache; les plaies longitudinales, résultant de cette élimination, deviennent le siège d'un travail d'organisation des plus actifs; leur surlace est rouge, ferme, et fournit une suppuration de bonne nature; la cicatrice se forme, en général, très promptement; elle est le plus souvent complète au vingtième ou au vingt-cinquième jour.

Cautérisation par l'acide sulfurique. — Dans ï Union médicale de 1848, M. Legros a conseillédes cautérisations superficielles 9vec l'acide sulfurique. Le moyen de les pratiquer est très simple. On passe un pinceau imprégné d'acide concentré sur les points les plus douloureux de l'articulation. On fait sécher,

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et il reste à la place une escarre peu profonde d un jaune brunâtre, qui laisse rarement une cicatrice.

On peut se demander quelle influence les brûlures de la peau exercent sur les parties profondes. £n général» les modifications superficielle et interne sont identiques si 1 articulation est voisine de Fenveloppe cutanée, et elles sont difFérentes si la synoviale est profondément située. Sous ce rapport, les vives excitations produites à la peau sont plus applicables aux articulations profendes, comme la hancbe, qu'à celles qui sont placées plus superficiellement.

B. De remploi du feu. — CautérisMtton par te fer rouge, — La cautérisation par le fer rouge, dans les affections chroniques des articulations, a été la base de la thérapeutique des médecins de lantiquité. Hippocrate la conseille dans plusieurs de ses écrits, notamment dans les aphorismes(i).Gelse recommande expressément d'établir des ulcérations artificielles au moyen du fer roiige dans les maladies de la hanche et du genou. « Ultimum est, et in veteribus quoque morbis effica«> » cissimum , tribus aut quatuor locis super coxam , cutem » candentibus ferraroentis exulcerare. »

La plupart des médecins grecs et arabes imitèrent cette pratique et y apportèrent des modifications. On peut juger de l'importance qu'Avicenne attribuait à Temploi du feu, par ce passage : « Gauterisatio est medicamen valde utile, juvans ad » probibendum ne corruptio spargatur , ad confortandum • membranas, et ad resolvendum materias corruptas in mem- » bro retentas. •

La pratique des anciens se perpétua dans le moyen âge jusqu'au seizième siècle, époque i laquelle on commença à abandonner la cautérisation des jointures. Fabrice d'Aquapendente se plaint en ces termes de cet abandon :

« Aussi, je ne saurais estimer ceux de notre temps qui sont si timides et si délicats , qu'ils ne veulent pas donner lieu aux opérations supportables et nécessaires, comme est de cautériser les jointures. »

La cautérisation dans le traitement des maladies articulaires

(i) Œuvres d Hippocrate^ trad. par £. littré, Paris, l844> >• I^ï Apko^ rismes 69, 60, secl. vi, p. 679.

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