‹ Traité de thérapeutique des maladies articulairesChapitre 20 sur 101 · ENTORSE RÉCENTE · texte numérisé non relu

ENTORSE RÉCENTE

et lloflammation, ils en favorisent la marche ascendanie et concourent à produire cette stase passive, souvent si difficile à détruire après les entorses.

Ces inconvénients ne disparaissent même point, par Tapplication d'un grand nombre de sangsues sur les parties ma* lades. Les sangsues, en effet, déterminent une congestion sanguine, dont les désavantages ne sont pas toujours compensés par Técoulement local du sang. Quoi qu'il en soit, Texpérience me parait démontrer le danger de cette méthode émolliente et antiphlogistique généralement suivie. Un ou deux mois de traitement sont, en général, nécessaires dans les hôpitaux, pour que les malades puissent sortir, et encore les vott-oo généralement, à cette époque, avec un pied gonflé, incapable de servir librement, et ne reprenant ses fonctions qu après une attente souvent très longue.

A toutes ces raisons, il faut en ajouter de plus concluantes encore, et qui résultent de l'observation prolongée des malades. Noos les empruntons à M. Baudens (1).

• Que chaque praticien, dit cet auteur , publie le relevé des amputations par lui faites à la suite d'entorses, et force sera de reconnaître rimperfeclton des traitements ayant pour base les sangsues et les cataplasmes. Sur un chiffre de 7 S amputations de jambe ou du pied en totalité , composant notre propre sta* tistique , non compris celles que nous avons pratiquées dans les ambulances pour blessures de guerre, 60 avaient pour ori* gine une entorse, 18 seulement étaient étrangères à cette cause. Et tandis que des faits si intéressants passaient, pour ainsi dire, inaperçus dans la science, ils attiraient vivement Tattention du Conseil d'État , auquel incombe l'examen des pensions de retraite des militaires amputés.

• En effet, dès 18&8, le Conseil d'État adressait au ministre de la guerre une lettre contenant les réflexions suivantes : ft En de nombreuses circonstances , les entorses éprouvées » dans les événements de guerre, ou dans un service com-

• mandé, entorses qui, dans les premiers moments, avaient

• paru n'avoir que peu de gravité , ont plus tard nécessité un

(i) Mémoirt sur Centone, lu à TAcadt^mie des iciêoces, le 34 mai 1 flS»,

78 SMTOBSB.

» long séjour dans les hôpitaux , et enfin rendu nécesiaire de » recourir à 1 amputation d'un membre pour conserver la vie » des militaires qui les avaient éprouvées, et les documents » produits ont fait connaître que dans la plupart des cas, ces » militaires n'avaient point été aussitôt après laccident transit portés dans les infirmeries y ou qu'ils avaient trop prompte* » ment repris leur service. »

Ces malades , comme le remarque M. Baudens, avaient été traités par les cataplasmes émollients, dont les inconvénients sont, du reste, déjà appréciés par un grand nombre de médecins.

B. Répercussifs. — L'inflammation qui suit les entorses , étant accidentelle, et constituant la conséquence la plus fàcheuse des violences exercées sur la jointure, l'indication évidente est de la prévenir, si elle n'est point encore développée ; et de la répercuter, si elle existe déjà. Pour atteindre ce but , les applications froides et astringentes sont évidemment indiquées.

Parmi celles que mettent en pratique des médecins convaincus de l'utilité des répercussil's , il en est qui vont directement à l'enconti^e du but qu'on se propose.

De ce nombre sont les compresses trempées dans de l'eau blanche, et que l'on emploie suivant les procédés vicieux généralement en usage dans les hôpitaux. Après avoir entouré les articulations de ces compresses, on recouvre celles-ci d un linge sec, et l'on maintient le tout avec une bande. Ce pansement est changé matin et soir. En agissant ainsi, l'action du froid est momentanée , l'augmentation de la chaleur est perinanente; et la preuve c'est qu'il sulfit de pratiquer un sem* blable enveloppement autour des pieds, qui sont le siège d'uu sentiment habituel de froid , pour y rameuer la chaleur , ainsi que le savent tous ceux qui ont pratiqué les procédés hydrotliérapiques. Les mêmes inconvénients se trouvent, mais à un plus haut degré, dans l'emploi des compresses trempées dans l'alcool camphré. Cette substance, échauffante par elle-même, et rendue plus active par le procédé suivi dans son application, ne saurait convenir dans les entorses récentes.

Les répercussifs capables de remplir le bue auquel ils sont

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destinés, doivent être d'une température conslammeût fraîche, eteoDteoir des substances qui ne soient point irritantes. Ceux <|Qi font vraiment utiles et que i on emploie de préférence, sont les bains locaux dans de Teau froide, les cataplasmes préparés avec la pulpe de plantes fraîches, les compresses trempées daosd^s liquides froids et souvent renouvelés, enfin les irrigaiioQS d'eau froide.

Bains locaux dans teau froide, — C'est un conseil donné par un grand nombre d auteurs, et généralement mis en usage dans ia pratique ordinaire, que l'emploi du bain local froid lossitôt qu'une articulation a éprouvé une distension violente, fiavaton (1) et Boyer (2) indiquent ce moyen comme le premier de ceux qu'on doit mettre en usage. M. Baudens en a signalé les avantages dans [dusieurs mémoires publiés depuis 18^0. UntravaildeM. Poulain, sur le même sujet, publié en 18^2 (3), a été le point de départ des études que j'ai faites moi«méme sur la question, et que j'ai consignées en 18&5 dans mon Traité dts maladies des articulations.

Le procédé ordinairement suivi, dans les entorses du pied , consiste à placer le membre inférieur jusqu'au mollet dans un baquet rempli d eau froide, le malade étant assis et, par suite « la jambe étant placée verticalement.

M. Baudens suit un procédé qui me parait préférable.

> Dès que le malade atteint d'entorse est au lit , on place ^ dit-il , sur l'un des côtés une grande terrine remplie d'eau froide, élevée sur une chaise à la hauteur voulue. La hauteur doit être calculée de façon que la jambe étant pendante hors du lit, et le talon portant sur le fond du vase , la direction du meoibre pelvien soit aussi horizontale que possible. Pour cela, il faut que le malade se couche un peu en diagonale, et que la terrine soit maintenue à laide d'une cale, légèrement inclinée. On évite ainsi la compression du mollet par le rebord de ce récipient. Deux autres détails ne doivent pas être perdus de vue. L'un consiste à placer sous le talon, entre lui et le ibnc du vase, une grosse éponge, pour prévenir à la fois une pres^

(0 Pratîiiue moderne de chirurgie, {i) Mûiaéiet ehirurgiealei, i. IV, p. 13. (3) JwÊmai ém médtàne d^ Lyw^,

80 EMTOnSE.

sion douloureuse, et maintenir la plante du pied en lui prêtant un point d'appui; Fautre à soutenir, à laide d*un coussin, le côté externe de la cuisse pour Tempécher de glisser hors du lit.

L eau de fontaine ou de puits , à la température ordinaire , suffit pour les cas simples. On pourrait, s'il y avait indication, obtenir une température plus basse, par l'addition de quelques morceaux de glace. Quand Teau se réchauffe, on la renouvelle pour la maintenir au degré où le malade en éprouve du soulagement.

Quelle doit être la durée de ce bain froid? L usage est d'y laisser le malade pendant deux ou trois heures, et de revenir ensuite à son emploi une ou deux fois le jour même on le lendemain, si une chaleur incommode continue à se faire sentir dans la partie lésée : M. Baudens recommande une pratique différente. Il veut que le bain soit continué et prolongé pandant plusieurs jours; il veut qu'où en fesse usage tant que le malade en éprouve du bien-être, et l'on voit dans le résumé de trente-quatre observations que contient son mémoire de 1852, que la durée de l'immersion n'a jamais été moindre de cinq jours, et qu'elle a été portée jusqu'à quatorze et quinze jours; la moyenne en a été de huit à neuf jours. * S'il s'agissait du bain froid pris suivant le procédé ordinaire, c'est-à-dire la jambe placée verticalement, je n'hésiterais pas à blâmer cette longue immersion, et je m'appuierais sur des feits aussi bien que sur des raisonnements. La direction du membre rapproché de la ligne horizontale, et quadopte M. Baudens, doit«elle modifier cette manière de voir ? Je suis porté à penser qu'elle se borne à en diminuer les inconvénients; et la nécessité de prolonger l'immersion pendant neuf jours pour que le malade n'éprouve point, au sortir de Teau, une chaleur et une douleur qui la lui font redemander avec instance, est une preuve convaincante, à mes yeux, de l'im' perfection du procédé.

Lorsque l'on se contente de faire prendre, matin et soir, un bain de deux à trois heures, que dans l'intervalle on place le pied dans une gouttière, recouvert de compresses réfrigérantes, la chaleur est complètement abattue au bout de quatre

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oa einq jours, et Ton peut passer, à cette époque, à l*emploi des bandages inamovibles qui doivent continuer le traitement*

Qnoi qn^il en soit, la cessation de la douleur est un des preimers effets de Fimmersion dans Teau froide; ordinaire^ ment instantanée, cette sensation se fait quelquefois attendre oneou deux heures. M.Baudens n a jamais vu,et j ai rarement observé Fangmentation de douleur signalée par M. Poulain, pendant la première heure de l'immersion. Arrêté dans son évolution sous Tiofluence du froid, le gonflement, stationnaire d abord, rétrograde bientôt, ainsi que la chaleur et la rougeur, qui disparaissent graduellement.

Ces effets favorables s'observent-ils seulement, comme pense Larrey, immédiatement après lentorse? Un ou deux jours après que celle-ci a été faite, le bain froid peut-il être nuisible, peut-il exposer à la répercussion et à la gangrène? On ne saurait plus l'admettre. L'expérience m'a démontré, ainsi qu^à MM. Baudens et Poulain, que l'immersion dans l'eau froide était encore utile dans les premiers jours qui suivent l'accident. Ces effets favorables sont cependant alors moins prompts et moins évidents que lorsque son emploi n'a pas été retardé.

G. Des cataplasmes préparés avec la pulpe de plantes fraîches » «^ Il est des articulations, comme celles du genou et de la hanche, pour lesquelles on ne peut employer les bains froids ; les pieds et les mains eux-mêmes ne peuvent y rester très longtemps. Il peut donc être nécessaire, pour prévenir Tinflam* mation, de recourir à d'autres moyens de réfrigération. Parmi ces derniers, nous devons signaler les cataplasmes préparés avec des plantes fraîches, telles que le persil , les racines jaunes ou les pommes de terre. Les pommes de terre, qu'il est facile de se procurer, qu'on peut renouveler aisément, et qui produisent un froid intense, me paraissent préférables à tous les autres végétaux. Après les avoir râpées, on en place la pulpe entre deux linges ; on les applique tout autour de l'arti'» culation malade, et on les renouvelle avant qu'elles soient chaudes. Quant au persil haché, remède vulgaire dans les entorses, beaucoup d'observations ne laissent aucun doute sur

gf ENTORSE.

fion Utilité. La réfrigération qu il produit, jointe à sa propriété astringente, le rend très utile.

Le temps pendant lequel on peut continuer ces applications est beaucoup plus long que celui qu on peut donner aux liains froids, il peut aller à plusieurs jours de suite. Lorsque leur action est ainsi prolongée, il faut diminuer graduellement l'intensité du froid; à mesure que l'on s'éloigne de l'accident, fm met une distance de plus en plus considérable dans Je ninouvellement des cataplasmes, et Ion a soin de laisser wuirci perdre de plus en plus de leur froid, avant de les appliquer*

Employés avec toutes les précautions convenables, ils préviennent merveilieuseinent l'inflammation, et font disparaître promptement la tension inflammatoire et la rougeur, lorsque celles-ci sont déjà développées. On voit alors la peau se rider 0t blanchir, et je n'ai pas remarqué qu'à la suppression des cataplasmes, l'inflammation et la rougeur fussent revenues, eomme on pouvait le craindre,

D. Des applications de compresses trempées dans des liquides réfrigémnts, — Parmi ces liquides , les plus usités sont : l'eau froide, l'çau salée ou vinaigrée, l'eau-de-vie camphrée, Teau blanche, le mélange d'eau-de-vie camphrée et d'éther, conseillé par Astley Cooper, sous le nom de lotion évaporante, etc.

Pour que les applications de compresses trempées dans ces liquides produisent une réfrigération permanente, il fiiut les changer à chaque instant, tous les quarts d'heure au plus tard. Je dis changer, car si l'on se contente de verser de nouvelles portions de liquide sur les compresses encore chaudes, on ne produit aucun froid réel, et l'on s'expose à mouiller le lit, comme dans le cas où l'on pratique les irrigations continues sans précautions convenables.

E. Des irrigations d'eau froide. — Ces irrigations peuvent être faites pendant quelques heures, interrompues ensuite, et reprises tous les jours et même plusieurs fois par jour, ou bien on peut les employer d'une manière continue.

La première méthode, c'est-à-dire celle des irrigations de lemps en temps répétées, peut se pratiquer en plaçant larti-

ENTORSE RliCENTE. g|

eulatîon malade au-dessous d'un filet d eau s'échappant par un jet plus ou moios volumineux, et s'écoulant ensuite pan un conduit. Cette méthode, pouvant se pratiquer pendant que Je malade est levé et en préservant de Thumidité toutes les auu^s parties du corps, peut être remarquablement utile.

Les irrigations continues et pratiquées au lit ont été très vantées por MM. Josse (d Amiens), A. Bérard, Mayor, etc. Après avoir reçu de nombreuses applications, elles ont été géoéralemeni abandonnées, et Texpérience justifie cette sorte de proscription.

Dans les procédés ordinairement suivis, larticulation sur laquelle on veut faire Tirrigation est placée sur un morceau de taffetas ciré que Ion dispose de manière à conduire le liquide au pied ou sur le côté du lit. Dans le premier cas, le membre doit être maintenu incliné, ce qui tend à y amener la congestion* et dès lors à détruire en partie les bons effets de la réfrigération; dans le second, cest-à-dire lorsque le liquide se déverse sur les côtés du lit, il glisse le long des oiembres^ entre la peau et le taffetas ciré, et va mouiller les draps à une profondeur plus ou moins grande. Les malades sont exposés alors à toutes les conséquences graves que que peut entraîner le contact de l'humidité chez des blessés, tels que le rhumatisme articulaire et même le tétanos.

Il est peu de cas dans lesquels l'emploi des réfrigérants soit contre-indiqué dans Tentorse récente. Que faire toutefois, si le malade est sujet à des hémoptysies, si les règles coulent^ sil existe une disposition rhumatismale? Plusieurs auteurs* Boyer entre autres, conseillent, dans ces cas, de s abstenir des répercussifs. M.Baudensciie au contraire des faits qui démontrent que le bain froid a été sans inconvénient. Je suis convaincu de la possibilité de cette innocuité; mais elle ne saurait éu-e constante. Elle a pu tenir à quelques circonstances, telles que la chaleur de la saisonou de 1 appartement, conditions qui préviennent la déperdition du calorique par d autres voies que la partie malade, et, par suite, empêchent les refroidissements ; elle ne doit pas donner une sécurité absolue, et le praticien doit toujours réfléchir, dans ces cas, avant de se décider sur

Sk ENTOnSE.

lopportuDicé du moyen; Temploi des méthodes qui assurent le repos peut être alors immédiatement indiqué.

S 3. Hepof des aiiîeaUtioiu.

Dès que, par l'emploi du bain froid, la chaleur et Tinflammatiou ont été calmées, il faut assurer le repos de larticu* lation ; ce repos est, du reste, indispensable (que Ton adopte ou non la réfrigération préalable), dès qu'il existe des déchirements dans les ligaments, les synoviales et les capsules fibreuses.

On s'habitue généralement à prescrire le séjour au lit comme moyen d'assurer Fimmobilité. Dans les dictionnaires ou dans les traités généraux de chirurgie, on répète jusqu a satiété : le malade sera soumis au repos le plus absolu; il gardera le lit; et comme Ion n ajoute rien de plus sur cette question, le séjour au lit est considéré comme synonyme de repos d'une articulation.

Il n'en est point ainsi; la plupart des positions qu'adoptent les malades entraînent la distension des ligaments, et un effort pénible est nécessaire pour les rendre stables.

Les coussins de balle d'avoine avec des atelles solides ne remédient point à ces inconvénients, car la compression qu'exercent ces appareils est souvent insupportable, et dans les entorses tibio-tarsiennes, qui sont les plus fréquentes, ils ne soutiennent pas assez bien le pied pour prévenir toute distension des ligaments.

Les seuls moyens d'assurer l'immobilité d'une manière convenable, sont les bandages dont les divers éléments sont unis entre eux par une substance agglutinative, ou les goût* tières convenablement disposées.

Les développements que j'ai consacrés à la description et à l'examen de ces deux ordres de moyens lorsque j ai traité du repos des articulations, me dispensent d'entrer dans de longs développements sur ce sujet : je renvoie donc à ce qui a été dit page 12, et je me borne aux réflexions suivantes.

Les bandages inamovibles dans les entorses sont tellement

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Utiles» quiU ont été conseillés à toutes les époques. Les uns emploient Tétoupade de Moscati préparée avec des étoupes imbibées de blanc d'œuf; les autres, à l'exemple de Larrey, Tétoupe imbibée d'un mélange d'alun, de blanc d'œuf et d eaude-vie campbrée; M. Baudens se sert d'une solution de gomme; M. Velpeau, de dextrine; j'ai dit ailleurs comment agit M. Seutin, en formant un bandage amidonné, dans la composition duquel entrent des coussins et des cartons artistement disposés.

Toutes ces méthodes, la dernière surtout, peuvent réussir, si elles sont convenablement employées ; l'immobilité étant obtenue à leur aide, les douleurs se calment, l'inflammation décn^c, et le malade peut même se lever sans inconvénient» Ces avantages ne s'obtiennent toutefois que lorsque Finflammation n'est pas très intense; si celle-ci est assez vive pour que toute compression soit insupportable, si Ton a besoin de prolonger les applications réfrigérantes pour achever de la dissiper» les gouttières sont de beaucoup préférables ; elles permettent d'assurer l'immobilité dans une bonne position, tout en laissant les articulations à découvert et en permettant les pansements que l'on juge convenables.

Les gouttières de M. Mayor satisfont à cette exigence ; je préfère cependant celles dont on trouvera la description dans les articles consacrés à chaque articulation , et que j ai fait construire ; ces dernières se moulent plus exactement sur les membres, et ne peuvent se renverser dans aucun sens. Je les emploie et les conseille dans la période consécutive à la sortie dn bain froid ; je les réunis d'abord à l'action des compresses réfrigérantes, et, après quelques jours, je passe aux bandages amidonnés. Cette pratique ne difiere que par quelques points accessoires de celle que vantent MM. Seutin et fiaudens.

Le temps pendant lequel une articulation est maintenue immobile et horizontalement placée dans les gouttières doit étfe aussi court que possible. Dès que l'inflammation aiguë est dissipée, il faut, si ou ne l'a pas encore fait, entourer le membre d'un bandage amidonné solide, et dès que celui-ci est sec, permettre au malade de se lever et de marcher avec des béquilles pendant un temps progrç^sjvçment croissant.

Sd ENTORSE.

Lorsque les douleurs paraissent complètement calmées^ on passe au massage et aux mouvements artificiels, sur lesquels nous allons insister dans Fun des paragraphes suivants.

Eu résumé, le traitement de Tentorse grave récente, du moins celle du pied et de la main, doit se composer successivement des bains froids, des compresses froides et astringentes, et deTimmobilité^ d'abord dans une gouttière qui ne comprime pas, et plus tard dans un bandage amidonné.

Aat. II. — Ehtorsb après lb DivBLommKNT DBf PBiifomÈmts nrFLAinUTOiBEs.

Lorsque Tinflammation est développée, peut^l être encore utile de faire exécuter une ou deux fois à Tarticulation malade les mouvements qui lui appartiennent dans Tétat normal? Peut-il être utile, pui^ exemple, d'imprimer au coude et au genou un mouvement complet de flexion, afin de s'assurer que ces mouvements sont possibles, et de réduire, s'il est nécessaire, quelques déplacements inappréciables au toucher? Je crois que Ton peut répondre par laffirmative. Toutes les raisons anatomiques que j'ai données, page 7^, pour justifier les manipulations dans l'entorse récente, s'appliquent à Ten*tor$e plus ancienne; et la plupart des faits que j'ai recueillis en faveur de cette pratique appartiennent à des cas où Tacci* dent datait de plusieurs jours. Quant au massage, ce n'est pas à la période d'inflammation aiguë qu'il convient. Les fiEiits épars qui semblent contredire ce précepte ne sauraient en infirmer la valeur.

A la période de l'entorse que nous examinons, la méthode ordinairement employée dans les hôpitaux consiste à recou* vrir les jointures de cataplasmes tièdes de farine de graine de lin, à appliquer sur l'urticulaiion ou au-dessus un nombre de sangsues plus ou moins considérable, et à pratiquer une ou deux saignées. Quelques auteurs, M. Lallemand entre autres, conseillent l'usage intérieur du tartre stibié, suivant la méthode rasorienne.

Ce traitement antipblogistique et émollient paraît si bien indiqué parla nature des accidents à combattre, que Ton hésite à en proposer un autre. Cependant, celte médication

ENTORSE APRÈS LE DÉVELOPPEMENT DE l'iNFLAHMATION. JW

procure si peu de soulagfement aux malades ; leurs soufirances et le gonflement des jointures se prolongent si obstî^ nément, que Ion se demande si d'autres méthodes ne doivent pas être préférëes. La plus essentielle, celle qui peut rempla« cer toutes les autres, qui est applicable à toutes les jointures, et dont la négligence peut paralyser les efibrts les mieux dirigés, est Timmobilité dans une bonne position. Comme la compression est alors douloureuse, les gouttières suivant les modèles que j ai proposés , et que Ion trouvera décrits aux articles Pwrf, Genou ^ Hanche, etc., procurent des résultats stipérieurs à ceux que Ton peut attendre des autres moyens d'immobilisation.

Peat^on recourir encore aux réfrigérants? J'ai lieu de croire ceux-ci avantageux , du moins lorsqu'il n'existe aucune Aispo* sitioD rhomatismale. Le sentiment de cbaleur brûlante qu é« prouve le malade lin' fait désirer le froid , et si celui-ci est em-> ployé dans des conditions et avec des précautions convenà** blés, il peut diminuer beaucoup les douleurs et le gonflement* P&nni ces précautions, je signalerai : i^ le soin de maintenir tout le reste dn corps dans une température élevée, et sans doute c'est la facilité avec laquelle cette indication est remplie en été, qui fait qu'à cette époque l'emploi dn froid n'exaspère jamais les accidents, et les amende, au contraire, d'une manière évidente; 2* l'attention de ne pas prolonger trop longtemps les bains de pieds ou les irrigations d'eau froide. Une heure ou deux d'applications chaque jour sont suffisantes.

Si le fix>id est contre-indiqué, soit parce qu'il exagère les donletirs, soit pour d'autres motifs, les applications auxquelles on a recours doivent être tièdes et d'une température uni* forme. Maiscen'estpasdausla classe des émoUients proprement dits qu'ils me paraissent devoir être recherchés. De l'eau salée ou vinaigrée, tiède, est surtout convenable , et peut-être doiton employer, comme Ambroise Paré le conseille dans certaines meurtrissures , du vinaigre dans lequel on a fait bouillir de la camomille ou des roses de Provins. C'est aussi dans ces cas que les huiles, les graisses et les savons adoucissants peuvent trouver leur emploi. On doit choisir celles de ces substances qui n'ont aucune propriété irritante, les appliquer tièdes et les

M ENTOASE.

laisser avec les parties malades dans un contact prolonge. Les saisons de ces divers préceptes seront exposées dans le chapitre où, traitant de Tarthrite aiguë, je reviendrai sur toutes les questions que je me borne à soulever ici.

Akt. III. — Lésions chboniques coMstfccnriYBfl aux ihtorsks.

Le traitement des lésions chroniques qui peuvent succéder aux entorses varie suivant la nature de chacune d'elles. Nous ne pouvons en exposer ici toutes les variétés. Ainsi, nous n'avons pas à nous occuper du traitement spécial des fongo* sites et des abcès qui peuvent survenir à la suite de mouvements forcés, chez les scrofuleux ou sur des sujets atteints de diathèse purulente. Nous circonscrirons la question aux cas qui s'observent chez les malades bien constitués, et qui se réduisent à des douleurs avec difficulté dans les mouvements , stfns lésion apparente, ou accompagnées d'inflammation chro* nique.

Les moyens que conseillent, pour ces cas, tous les auteurs classiques, sont l'immobilité, les frictions stimulantes, comme celles de baume de Fioraventi , de baume nerval, de baume opodeldoch, et les bains excitants dans des solutions alcalines, telles que la décoction de cendres, le sang de bœuf, Finfusion de plantes aromatiques.

Sans doute, il est des cas où ces divers excitants ont amélioré l'état des malades et contribué à leur guérison; mais il en est beaucoup d'autres où ils ont aggravé tous les accidents. Ils conviennent chez les malades d'un tempérament lympha* tique, lorsque les articulations ne sont le siège d'aucun élancement inflammatoire et d'aucune douleur; ils sont nuisibles quand il existe des symptômes tranchés d'inflammation chro* nique, et que les malades sont sanguins et vigoureux. Dans aucun cas ils ne constituent une méthode vraiment efficace, et ce n'est pas sur eux qu'il faut compter.

L'immobilité n'est pas moins nuisible dans l'immense ma» jorité des cas. Aussi, loin d'assujettir au repos les jointures depuis longtemps malades à la suite d'entorses, il faut leur imprimer chaque jour les mouvements qui appartiennent à

LÉSIONS CHLONIQUES CONSÉCUTIVES AlJX ENTORSES. 89

lelat Dormal, et même exercer sur elles les tractions qui seraient utiles pour Faire disparaître des déplacements insensibles. J. Hunter s'exprime ainsi à propos de ces mouve* ments : « Dans beaucoup de cas , les entorses restent douloureuses, après que les symptômes primitifs se sont dissipés. On bit souvent disparaître cette douleur en donnant du mouvement à la partie ; il semble que quelque chose se replace par ce mouvement (i). »

A ces exercices, on doit joindre un massage très longtemps prolongé et répété plusieurs fois au besoin.

M. Bruiet (de Dijon) a publié dans le journal de médecine de cette ville plusieurs observations d*entorses traitées par le massage, et dans lesquelles cette métbode a été suivie d'une amélioration et même d*une guérison très prompte.

Pour la mettre en pratique, on embrasse Tarticulation malade avec les deux mains, et l'on cherche les lieux les plus douloureux et la direction que suit la douleur. Lorsqu'on s est assuré de ces deux faits, on commence par frotter doucement avec les pouces sur le trajet des parties les plus sensibles, tantôt dans le sens vertical, tantôt en décrivant des lignes divergentes. Bientôt la friction est rendue plus énergique; elle accroît toujours, au moins momentanément, la douleur et la produit quelquefois avec une grande intensité. La conduite à tenir alors varie selon la nature du sujet, sou courage, les accidents que cause ce surcroît de douleur, et les effets locaux qui en résultent. On prolonge, on suspend ou Ton modère simplement les frictions, selon le caractère de tous ces phénomènes.

La durée totale de cette opération est en général d'on quart d'heure à une demi-heure ; elle varie toutefois suivant Fétat des malades.

Généralement, on persévère jusqu'à la cessation entière de tonte douleur : c'est le cas le plus commun. Quelquefois on revient pendant deux ou trois jours à cette opération; chez un très petit nombre de sujets, on est forcé d'insister pendant cinq ou six jours.

(0 Œuvres complètes, t. I, Paris, i843, Leçons sur les principes de la ckimrigie^ art* Estomi^ p. SjS*

bO ENTORSE.

M. Brulet pense que le massage émousse en quelque sorte la sensibilité; ce qui, dit-il, est d'autant plus probable que Topératenr ne s'arrête que lorsque les pressions, d abord très pénibles à supporter, cessent de provoquer des souffrances. Peut-être aussi ces pressions longtemps exercées favorisentelles la résolution des liquides infiltrés. Quoi qu'il en soit, la méthode que nous venons d'exposer est précieuse, surtout dans les entorses du pied et du poignet. Lorsque j'en ai fait usage, j'ai toujours vu un certain soulagement en être la conséquence, et si je n'ai obtenu que des résultats bien inférieurs à ceux que fait connaître le Jottmal de médecine de Dijon, peut-être iiiut-il l'attribuera ce que je n'ai pas applique la méthode pendant le temps et avec la persévérance nécessaires.

Depuis l'invention des appareils de mouvements, on peut résoudre, dans le traitement des entorses chroniques, des difficultés jusque-là insurmontables.

L'inaptitude du membre à l'exercice de ses fDnctions for* mant le symptôme dominant, l'usage de certains exercices est parfaitement indiqué. Que Ton ne croie pas d'ailleurs trouver une contre-indication à ces mouvements artificiels dans la douleur qu'ils déterminent au moment des premières tentatives. î^es faits prouvent qu'il n'y a pas de meilleur moyen pour émousser la sensibilité normale désarticulations. Les jointures, sous ce rapport, sont semblables aux yeux qui, privés longtemps de la lumière et douloureux à son contact, ne peuvent la supporter qu'api*ès y avoir été graduellement habitués. Des faits nombreux qui seront cités aux arûcles Piedj Poignet, etc., mettront ces vérités dans tout leur jour.

L'eau froide peut encore trouver d'utiles applications dans les suites éloignées des entorses. Si l'artictdation est le siège d'une chaleur habituelle, les bains froids, prolongés, et pris de préférence dans le courant d'une rivière, peuvent être d'une grande utilité.

Mais si le membre est amaigri, qu'il soit le siège d'un sentiment de froid, que le malade ait besoin de l'envelopper plus chaudement que les autres parties du corps, les excitants sont surtout indiqués. C est dans ces cas que l'on fait usage dès

CONTUSIONS DES JOINTURES. 9t

frictions prolongées avec i alcool camphré, le baume de Fiora* rend et les baumes nerval ou opodeldoch. On peut aussi employer les liquides sous forme de compresses réchauffantes. .Voyez page 69.)Quels que soient les avantages de ces divers ex* citants, ils sont de beaucoup inférieurs aux douches de vapeur ou aux douches d'eau chaude, surtout à celles que Ton trouve dans les grands établissements d eaux minérales. Les douches froides peuvent être également très utiles. En les associant à remploi des appareils de mouvements, j ai réussi un grand ojmbre de fois à rendre la marche facile, lorsqu'elle ne pou* Tait «exécuter qu'avec une peine extrême depuis un grand nombre de mois et même depuis plus d'une année.

Il importe de ne pas confondre les cas qui réclament les calmants et ceux auxquels les excitants sont nécessaires. C'est iaotede iaire cette distinction, que Ton voit des entorses chroniques dans lesquelles le pied ou la main sont restés chauds, s'aggraver par des frictions excitantes dont lemploi doit être borné aox cas qui viennent d'être spécifiés. (Voyez, pour complément de ce travail et surtout pour les observations» 'es articles : Entorses du genou ^ de la lianche^ du piedj du

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