MOYENS MÉCANIQUES
Le traitement général à mettre en usage dans ces cas est ceini du rhumatisme aigu. Ce n'est pas ici le lieu de le fairç ronnaitre avec détail ; je me bornerai à dire qu'il est beaucoup moins efficace dans le rhumatisme localisé que dans le rhu^ matisme qui affecte plusieurs articulations. Cette opinion est celle de M. Gendrin Tun des auteurs qui ont le plus vanté le nitrate de potasse; celle de M. Bouillaud, dont on connaît les opinions sur les avantages des saignées coup sur coup; de M. Briquet , qui attribue au suliate de quinine à haute dose ane influence si grande sur la guérison du rhumatisme général; enfin, celle de M. Chomel, qui emploie « comme on le sait, un traitement éclectique basé sur les indications.
Le traitement local se compose 1*^ de moyens propres à assurer le repos et la bonne direction des jointures , Z^ d'agents pharmacetitiques.
Ait. I*'. — MoTBHs «^cakioueb Dismiis a asbijub lb bkpob st la bohiis*
DiftBcnoN DES JonfruiES.
Le repos de toutes les Fonctions propres aux jointures constitue Tune des conditions essentielles du traitement d^s arthrites aiguës.
Lorsque ces inflammations sont légères , comipe on le voit en général dans le rhumatisme généralisé , le séjour au lit réalise des conditions suffisantes de repos. Mais si finflammationest intense; si elle a un caractère phlegmoneux; si les iDoindres ébranlements font éprouver des douleqrs , et que des luxations spontanées soient à craindre, le séjour au lit est insuffisant : des moyens mécaniques deviennent indispensables.
Ce n est qu à laide de ces derniers et surtout aq moyen des gouttières construites d après les modèles que jai donnés, qu'il est possible de réaliser un repos complet. Là seulement les membres ne tendent à tourner en aucun sens; là seulement toutes les contractions volontaires ou instinctives sont prévenues ; là seulement ou évite les pressions nuisibles et les tiraîlleraents , soit de la synoviale , soit des ligaments sur l'un des côtés de la jointure.
160 ARTHRITE ÂIGUE.
Cependant, ce traitement simple ne peut s appliquer que dans les cas où les os ont une direction convenable; dans ceux, par exemple, où le genou médiocrement étendu néprouve aucune distension fâcheuse, et où le membre, quoi* que enraidi, pourrait remplir ses fonctions aussi bien que possible. Mais si les membres sont très fléchis , faut-il maintenir la position qu a choisie le malade? Ou Faut-il l'y arracher, même pendant la durée des phénomènes inflammatoires?
La première opinion est celle que Ion trouve dans les auteurs. Tous ont supposé que les malades choisissaient instinctivement la direction et la position qui leur était la plus iavo* rable, et qu il fallait respecter lattitude qu'ils choisissaient. Cette opinion est encore répandue dans la science malgré les preuves par lesquelles j ai cherché à en démontrer les dangers , dans mes Mémoires sur les positions (1).
La nécessité de redresser les membres fléchis le plus tàt possible, par conséquent dans la période inflammatoire, peut être démontrée par le raisonnement et par les faits.
Dans la plupart des arthrites les malades prennent une position , qui en causant , sur Tun des côtés de la jointure , la distension continue des parties molles , tend à produire des luxations spontanées, et qui, si rankylose a lieu , empêche ou rend difficile la mobilité des membres. Ainsi, dans les inflammations aiguës de l'articulation tibio^tarsienne, le pied , reposant d'ordinaire sur son bord externe et se renversant en dedans, les ligaments et la membrane synoviale sont distendus du côté externe; ainsi, dans les phlegmasies de 1 articulation de la hanche , les malades , croyant soulager leurs douleurs , fléchissent la cuisse et la portent dans la rotation en dedans ; dès ce moment , la capsule articulaire est tiraillée en dehors, et le fémuréprouve un mouvement de rotation h la faveur duquel une partie de sa tète tend à abandonner la cavité cotyloïde.
Si on laisse le membre dans les positions nuisibles que nous venons d'examiner, les douleurs persistent avec obstination, malgré tous les remèdes que Ton peut employer; et lorsque
(i) Gazette médicale^ 1839; et Traite des maladies des atiieuiationSf i845.
MOYENS MÉCANIQUES. I&l
les |)bénoroènes inflammatoires viennent enfin à céder, des flexioos permanentes et des luxations spontanées sont accomplies, des adhérences solides les maintiennent, et le malade estropié ne peut être guéri que par des méthodes de tnitement d*une application difficile et d'un succès incertain.
Pour éviter ces funestes conséquences, (|uelle que soit Facoité de l'inflammation, il faut étendre le genou s'il est flé« chi, redresser la cuisse si elle est portée en dedans ou en dehors, relever le pied s'il est abaissé, puis, après ce redressement, déposer le membre dans une gouttière qui assure Timmobilité.
Ces redressements peuvent être opérés soit d'une manière lente, au moyen d'appareils qui agissent graduellement, soit brusquement, à l'aide d'efForts exercés avec les mains.
Cette dernière méthode, toujours suffisante, est celle que je préfère. Elle a l'avantage de n'exiger l'emploi d'aucun auti*e appareil que la gouttière dans laquelle le membre doit être placé après son redressement; et ce redressement peut être opéré dans un temps très court. Lorsque les inflammations sont récentes, qu'elles datent de quelques semaines, et même d'un mois ou deux, le seul elïbrt des mains suffit pour rétablir la rectitude. Aucune section de tendon n'est indispea» sable.
ne vives douleurs sont la suite nécessaire des tractions et des mouvements que le redressement exige ; et l'on comprend uns peine qu'à l'époque où l'on ne possédait point l'édbiérisa- ^Qf la crainte de provoquer des souffrances intolérables ait fait reculer devant l'opération que je conseillais et que je pra- ^uais déjà à cette époque. Mais aujourd'hui que l'on peut rendre les malades insensibles à la douleur, ce motif d'hésita- ^n a cessé d'exister, et l'application de l'anesthésie au redressement des articulations enflammées est devenue une des plus uûles entre celles que l'on fait chaque jour de cette méthode nouvelle.
Uirsque le redressement est opéré et que le membre repose dans une gouttière convenable , des douleurs assez vives se font seotir encore pendant un jour à peu près ; mais à partir de ce moment elles cessent presque entièrement, et tous les
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symptômes locaux et généraux de rinflammation s^amendent d une manière graduelle.
Cette amélioration est tellement certaine , qu on peut lacnOnoer d'avance. Je ne Tai jamais vu manquer dans les arthrites aiguës du genou et de la hanche. L'influence du traitement est beaucoup moins évidente lorsque le membre étafat déjà droit, on substitue le repos dans une gouttière au repos dans le lit. Souvent, dans ce dernier cas, le changement favorable n'est pas d'une évidence incontestable, lin en est pas de même lorsque le redressement a dû précéder rimmobilisation.
Les avantages que j'ai reconnus aux gouttières constntiies luivant les modèles que j'ai imaginés, ne leur sont peut-éire point exclusifs. Suivant M. Seutin , on retire des avantages exactement semblables du bandage amidonné, appliqué avec toutes les précautions qu'il recommande.
J'avais craint que la compression exei*cée par ces bandages ne iùt quelquefois insupportable , et qu'ils n'eussent trop peu d'action sur les jointures voisines du tronc, comme celles delà faanche ou de l'épaule. D'après M. Seuiin , ces craintes sont exagérées, et quoique je demeure couvaincu qu'en général le système des gouttières est préférable à celui des bandages amidonnés, je n'hésite point, dans le cas où les gouttières sont d'un emploi impossible^ à recommander le bandage Seuiin comme très propre à assurer le repos des articulations et à ealmer Tinilammation et la douleur.
Quoi qu'il en soit des avantages comparés des deux ordres d'appareils que nous adoptons, l'immobilité qu'ils assurent ne doit pas être prolongée indéfiniment ; il faut y mettre un terme dès que les symptômes d'inflammation s'apaisent, et passer aux mouvements ai*tificiels qui sont aussi nécessaires pour dissiper les douleurs que pour prévenir l'ankylose.
Aux signes déduits du calme des phénotuènes inflammatoires, M. Malgai(jne ajoute la recommandation de pressersiu les parties les plus superficielles des jointures , au coude, sur la tête du radius, à la hanche, en iirriùre du gran I trochanier, à l'épaule, en avant de la tète humérale. Si la pression exer- 'Cée sur ces parties ne détermine aucune douleur, on peut
MOYENS PHAAMACEUTIQOES. lAS
affirmer, suivant M. Malgaîgne, que l'utilité (lit repos absolu a atteint ses limites, que le danger du mouvement s^est évanoui, et qu'il est temps de recolirrr aux matiCËUirres de là. mobilité artificielle.
Ait. II. — Moyens PHAtiiACBUTiQUES.
Lors même que Ton remplit toutes les indications du trai^ tement anatomique et physiologique, des applications raéJicamenteases sont indispensables sur les articulations enflammées. L'importance de cet ordre de moyens', déjà si grande roérae arec les combinaisons d^agents mécaniques stir lesquels Dons venons de disserter, est bien plus grande encore lorsque, à lexemple de tous les praticiens et de tous les auteurs, on laisse les articulations dans la direction vicieuse et avec les pf)ints d^appui fâcheux que choisissent les malades, et qu'on se borne à assurer Timmobilité par le séjour au lit. Quoi qu'il en soit, il est des arthrites aiguës si douloureuses, si obstinéeé^ qne Ton ne saurait posséder des moyens trop nombreu:^ et trop variés ponr les combattre. J'essaierai de classer ceux que Ton a proposés , en tenant compte de Tindication principale* qu'ils sont destinés à remplir. Ce sont :
1* Les applications émollientes, narcotiques et antipblogistiques, qui ont spécialement pour but de combattre la tension des parties^ les douleurs et là chaleur locales ; 2« Les éraenations sanguines , dont le but est éviderït; V Les vésicatoires , qu'indique si bien Tinfiltr^ttion on fépancbeftient de sérosité dans les tissus enflammés ;
ifi Les applications excitantes, acides, alcalines et salées, petr lesquelles on cherche surtout à activer la résolution des engorgements ;
5^ Enfin les ethératïts, tels que le ùiercure, le nitrate d ar« gfror , etc.
J. Les émollienU peai^m être employés sons forme de cataplasmes , de fomentations , et même de vapeur. Les snb-
ihti ARTHRITE AIGUË.
Stances que Ton fait dissoudre dans Teau pour les fomentations , ou que Ton y mélange pour les cataplasmes» sont spécialement les laitues , les mauves , la graine de lin , le riz, la mie de pain , etc.
Toutes ces applications doivent être employées tièdes, et renouvelées plusieurs fois par jour; leur emploi est extrêmement répandu; mais, en général, ils produisent très pea de soulagement , et souvent même, d après Scudamore, ils semblent augmenter les souffrances.
B. Les narcotiques dont ou fait le plus d'usage sont : Topium , la belladone , la jusquiame, Téther, le chloroforme. On les emploie sous toutes les formes ; fomentations avec de la flanelle ou des linges trempés dans la décoction de Tune de ces plantes ; cataplasmes de farine de lin ou de mie de pain délayés dans la même décoction , ou recouverts des teintures ou des extraits de belladone, ou d'opium; applications ou frictions avec des huiles calmantes, parmi lesquelles les plus employées sont celles de morphine et le baume tranquille, qui est formé parla macération dans Thuile, de la belladone, de la jusquiame et de la morelle; pommades, ou emplâtres contenant des extraits des diverses substances qui viennent d être énumérées.
Pour assurer l'absorption de ces narcotiques on peut les placer sur la peau dépouillée d'épiderme et employer de préférence dans ce but les vésicatoires ammoniacaux , saupou* drés de deux ou trois centigrammes d'hydrochlorate de morphine. Pour les appliquer, on recouvre la peau , dans une étendue égale à celle d'une pièce de deux francs, d'une couche épaisse de pommade de Gondret, et on la laisse en place de cinq à dix minutes , jusqu'à ce que l'on trouve au-dessous de l'épiderme une légère couche de sérosité. L'épiderme enlevé^ on saupoudre la surface de la peau mise à nu avec l'hydrochlorate de morphine , et l'on recouvre le tout d'un morceau de diachylon. Pendant deux jours , on peut faire absorber eo* core de la morphine par ce petit vésicatoire; mais, passé ce temps , l'absorption n'a plus lieu , et si l'on a besoin de continuer encore l'action de la morphine, de nouveaux vésica* toires deviennent nécessaires.
MOYENS PHAfiMACEUTlQUES. 1/15
Dans ces derniers temps, les applications locales propres à calmer les douleurs se sont enrichies de Fintroduction, dans la thérapeutique > du chloroforme et de Féthcr chIoi*hydrique chloré.
Le chloroforme est employé de la manière suivante : Oo en imbibe légèrement une compresse pliée en quatre; 00 en recouvre la partie malade y et par-dessus on place une ouate de coton et une compresse. Cette application peut être renouvelée matin et soir. Quoique son effet définitif soit de calmer les douleurs y le premier résultat qu'il produit est une rougeur, une irritation très vive de la peau , et quelquefois une vésication qui empêche d'en continuer l'emploi. On a cherché à affaiblir ces inconvénients en mélangeant le chloroforme avec des substances qui en diminuent l'activité , et en particulier avec l'alcool ou l'huile dans la proportion de la moitié ou d un tiers.
M. Aran a proposé dans ces derniers temps Téther chlorhydrique chlor^ y autrefois appelé liqueur des Hollandais. Il parait avoir les mêmes avantages que le chloroforme sans irri* ter la peau comme lui; mais son prix élevé ne permet pas d en multiplier les applications.
C. Comme antiphlogistique , et pour diminuer la chaleur plus ou moins intense qui se fait sentir dans la partie enflam* mée, on peut soustraire le calorique par des applications froides, ou employer des moyens propres à diminuer la production de la chaleur.
La soustraction du calorique peut se faire par tous les moyens exposés page 78, au sujet de l'entorse récente. Est^il convenable de les employer dans l'arthrite de cause interne? D accord en cela avec tous les praticiens , nous ne le pensons pas. Et si nous avons soutenu dans d'autres chapitres que les réfrigérants pouvaient trouver leur place, même dans des inflammations anciennes , lorsqu'elles avaient été produites et qu'elles étaient entretenues par des causer externes , nous De pouvons qu'en rejeter l'emploi dans les inflammations de cause interne 9 quil serait dangereux de répercuter ^ et qui sont fréquemment la suite d'un refroidissement. Si l'on ne peut, sans inconvénient, soustraire la chaleur,
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il est possible d'en diminuer la production locale. Deux ordres de moyens se présentent dans ce but : 1* Maintenir autour de Tarticulaiion une température moyenne et uniforme. Nous avons démontré ailleurs que c était dans un milieu de cet ordre que la calorification avait le moins dactivité : elle acquiert de l'énergie sous Tinfluence de toutes les températures extrêmes.
2° Recouvrir la peau dun enduit imperméable. On sait, depuis les expériences de M. Fourcault, couronnées par Tlnstitut, que la température d'un animal s abaisse rapidement lorsque son corps est recouvert de colle, d'huile, de graisse ou de tcMite autre substance qui ne se laisse point traverser par lair ou par leau. Une réFrigération partielle est obtenue lorsque Tenduit est partiel lui-même.
M. Amédée Latour a conclu de ces expériences que, pour diminuer la chaleur qui accompagne les érysipèles , on devait les recouvrir d'une couche de collodium. J'ai appris , par M. Fourcault, qu'il avait étendu au traitement des arthrites cette méthode.des vernis ; qu'il s'était servi de colle de Flandre, de coUodion ou d'autres enduits; les résultats ont été moins satisfaisants que dans les érysipèles.
Examen de ces diverses applications. — Des études gêné raies sur les lois qui président aux effets des modificateurs de l'organisme m'ont conduit à établir que, pour assurer le repos le plus complet des fonctions, ces modificateurs devaient réunir Cunifoimiték la douceur de leur action. Si l'on tire les conséquences de cette loi en ce qui regarde les inflammations articulaires, on arrivera aux conclusions saivantes, qui mettent en un parfait accord la théorie et l'expérience :
La température des applications ne doit être ni chaude ni froide, et lorsqu'elle a été faite au degré convenable, p|le ne doit subir ni élévation , ni abaissement, ni transition d'un degré à un autre.
Les applications dont l'eau est le véhicule, comme les fomentations et les cataplasmes, n'offrent point ces avantages ; ils se refroidissent plus ou moins rapidement ; on est obligé de les changer à de courts intervalles, d'exposer la partie ma-