‹ Traité de thérapeutique des maladies articulairesChapitre 35 sur 101 · IIÉDICATIOTCS EN RAPPORT AVEC LES CAUSES · texte numérisé non relu

IIÉDICATIOTCS EN RAPPORT AVEC LES CAUSES

Lorsqu'un malade éprouve habituellement dans les articulations des douleurs produites |)ar un dérangement dans les foDctions cutanées , exaspérées par le Froid et par l'humidité , fixes ou se dépla^nt avec facilité , on dit qu^il est affecté d'un rhumatisme chronique.

II importe de distinguer les cas où ces douleurs ne sont accompagnées d'aucune lésion matérielle, où il n'y a ni gonflement ni craquement des jointures, de ceux où des lésions plus ou moins graves, telles que des hydarlhroses ou des ulcérations des cartilages, viennent compliquer les douleurs. Cette combinaison de lésions matérielles avec TafFection rhumatismale sera étudiée dans le chapitre suivant. Actuellement, je n ai en vue que les cas simples où les douleurs ressenties dans les jointures coexistent avec une structure normale ou en apparence normale.

Air. I*', — Médications en rappokt avec les causes.

La première indication à remplir est Téloignement des causes productrices du mal. Si Ton trouve celles-ci dans des iuflnences extérieures, telles que le séjour clans des lieux humides et mal aérés, l'exposition à des cotirants d'air, etc., il faut Y soustraire le malade. Si, au contraire, ce sont ses habitudes auxquelles on peut attribuer les douleurs; si la vie sédentaire, le soin d'éviter toutes les variations de température paraissent être la cause de l'inertie des fonctions cutanées . H circulatoires, la conclusion est facile à déduire. Enfin, lorsqu'un vice constitutionnel , tel que l'infection syphilitique on la suppression de quelque évacuation habituelle on députaiive, u été le point de départ des douleurs, l'indication n'est |ias moius nettement tracée. Suivant Bartliez, dans uu cas où le rhumatisme succédait à ce qu'il appelle une gale rentrée, Hirâchel fit dissiper les douleurs au moyen de frictions générales avec la teinture de cautharides camphrée; et des bains

156 JIHUMATISM£ CHRONIQUE.

chauds ont été très utiles dans des douleurs rebelles succédant aux fièvres exauthématiques et surtout à la scarlatine.

Cependant, quelque bien indiqués que soient les traitements étiologiques » ils sont loin de suffire. Des médications en rapport avec la nature du mal sont nécessaires : les unes sont générales^ les autres locales.

Ait. II* — Traiîehent ci&ifiéiAL,

On concevra l'importance d'agir sur l'économie tout enttèi'e si Ton considère quels sont le siège et les causes du rhumatisme chronique, à quel point, pendant son existence, les fonctions générales sont altérées , et si Ton tient compte des résultats de Texpérience. En effet, ce n'est point une afïectioQ locale que Ton a à combattre. Lors même que les douleurs se font sentir surtout dans les jointures, elles se manifestent simultanément ou successivement dans les muscles, dans les nerfs, dans les organes intérieurs; des catarrhes alternent avec ces souffrances mobiles, et l'on ne peut douter dès lors que l'affection ne soit générale , quoique localisée.

L'humidité, les refroidissements, l'absence d'insolation, l'inertie des fonctions musculaires, en un mot toutes les causes ordinaires du rhumatisme, agissent sur lensemble de la constitution.

Le même caractère de généralité s'observe dans le ralentissement de la circulation capillaire et dans l'aHaiblissement de la calorification , qui coïncident si fréquemment avec les dou« leurs rhumatismales.

Cependant s'il faut agir sur toute la constirution,dans quelle pensée doit-on le faire? A quels moyens doit-on avoir recours? Ce sont là des questions très difficiles à résoudre. Pour les discuter et exposer convenablement l'état de la science , j'établirai des divisions qui me permettront peut-être d'exposer avec clarté le sujet vaste et difficile que j'aborde. Je m'occuperai successivement : t^ de la méthode fonctionnelle par la peau ; 2^ de la méthode éliminatrice ; 3* de la méthode spécifique; k^de la méthode basée sur les indications.

S ]. Ilélliode IbogtîoBiieMa par rÎBtermédMirtt de la peau.

Sous ce nom je comprends les traitements qui ont pour ca^ ractère commun d activer les fbnctions normales de la peau , telles que la transpiration , la production de la chaleur, et la circulation capillaire. L'idée d'agir par Fintermédiaire de la peau se présente d'autant plus facilement à la pensée que les causes du rhumatisme ne modifient l'économie entière qu'après avoir primitivement porté leur action sur cette membrane, et Ion conçoit toute l'importance d'agir sur les sueurs, la circulation capillaire , et sur la calorification , dès que l'on se rappelle à quel point ces fonctions sont modifiées, soit dans la production, soit dans le cours du rhumatisme chronique.

Parmi les rhumatisants, les uns ont la peau sèche et aride, les autres transpirent avec une abondance et une facilité extraordinaires. Chez les uns et les autres, la sécrétion cutanée est anormale ; car les sueurs de ceux qui transpirent dès qu'ils s'endorment ou qu*ils font quelques pas sont maladives, comme il est aisé de le prouver si l'on tient compte de la composition de ces sueurs aqueuses, de la pâleur de la peau qui les produit, de leur inutilité pour la cure de la maladie, et de leur diminution dès que la santé s'améliore.

La circulation capillaire de la peau n'est pas moins troublée que la sécrétion de cette membrane. Celle-ci, en effet, est pâle, et ne rougit qu'avec difficulté sous l'influence des excitants.

Un allanguissement analogue s'observe dans la calorification. Les malades craignent le froid, surtout aux extrémités; ils ont besoin de se vêtir chaudement pour ne pas être péniblement influencés par les abaissements de température; et la chaleur soustraite ne se rétablit qu'avec difficulté.

D après ces observations, on prévoit toute l'utilité des mé-> thodes qui activent la circulation capillaire et la calorification, et de celles qui régularisent la transpiration.

Il est à remarquer qu'on ne peut modifier l'un de ces actes fonctionnels sans modifier les autres, activer la circulation capillaire ou la transpiration normale sans augmenter la calorification, et l'on sait parles expériences de M. Fourcault, qu'en

158 BHUUATUIIE CHBOKIQOB.

afiaiblissant les premières par des enduits sur la peau , on ralentit et Ton finit même par éteindre la production de la chaleur*

Pour établir un ordre, même arbitraire, entre ces méthodes, que je désignerai sous le nom de fonctionnelles « je décrirai successivement celles qui agissent : i* par la conservation de la chaleur; 2^ par la communication; 5^ par la production; A* par la soustraction du calorique; i^ par des substances excitantes; 6^ par la combinaison de ces divers modes.

1* ConservaHon de la chaleur normale. — L'homme perd sa chaleur par la respiration de l'air, Tintroduction des aliments, par l'excrétion des liquides ou des gas que renferment les voies respiratoires , digestives et urinaires : mais c^est surtout par la peau c|ue se fait cette déperdition. Pour diminuer cette p^rte incessante, il faut donc respirer un air tiède, prendre des aliments de même température, éviter les évacuations abondantes et surtout porter des vêtements peu conducteurs du calorique, comme ceux de laine, de coton , etc.

Cette conservation de la chaleur est indiquée chez les vieil* lards, et, en général, chez tous ceux dont il est impossible d'augmenter la calorification. De là Tutilité de la flanelle, du séjour dans des climats chauds. Mais cette utilité est bornée, elle éloigne les causes d'aggravation du mal, elle ne le guérit pas; bien plus, elle augmente Timpressionnabilité aux variations de température, qui est un des caractères du mal.

2^ Communication de la chaleur. — On peut communi(|ner la chaleur : par Teau , en boissons et en bains; par Tair, qui agit sur la peau et pénètre dans les voies respiratoires.

a. Les boissons chaudes font pénétrer intérieurement le calorique, en même temps qu'elles fournissent des éléments à la transpiration ; on peut y ajouter les fleurs de tilleul , île mélisse, d'oranger ; mais les fleurs aromatiquesajoutent moiuÀ aux effets sudorifiques de leau qu elles n'enlèvent le dégoût que celle-ci inspire à l'état de pureté.

b. Les bains chauds tiennent une grande place dans le traitement du rhumatisme chronique. Partout ou le sol fournit des eaux dont la température est élevée, on les emploie avec avantage , lors même qu'elles ne contiennent,

TRAITEMENT GBNÉRAU 159

comme ]es eaux de Plombières et de Gbaudes-Âiguea, que des principes minëralisateurs en si faible proportion qu'ils ne dépassent pas ceux des sources ou des rivières.

Le mode d'administration est toutefois d une grande importance dans les effets de ces bains chauds ; car si Von se con* tente de les prendre dans une baignoire, à la manière ordinaire, ils coDgestioni^ent la tête et ne produisent aucun soulage^ ment; des effets utiles ne sont obtenus qu'autant quon les administre avec les précautions en usage dans les établisse-! ments deaux minérales, et spécialement en doucbeseten vapeurs.

c. Dans la coiqmunication de la chaleur par lair, il faut bien distinguer l'emploi de lair çbî^ud et sec, et celui de l'air chargé de vapeurs d'eau.

1° Les bains d'air chaud et sec, tels qu'on peut les trouver dans des établissements spéciaux (voy. pag. 52), sont conseillés par un grand nombre d'auteurs. Jusqu'à présent je ne connais aucune série d'observations qui justifient ce cpuseil , et il n)*est impossible de les recommander,

Si la méthode est insuffisante lorsqu'on l'emploie avec de.s appareils perfectionnés , on ne peut espérer d'être plus heur reux en se servant des procédés commodes qu'offrent les lampes à esprit-de-vin, les chauFFe-lits remplis de charbons incandescents. Tous ces moyens ont pu suffire lorsqu'il fallait provoquer une transpiration passagère, à la suite d*un refroi dissemeut aigu ; mais jamais , à nia connaissance , ils n'ont eu un véritable succès , lorsque des douleurs , déjà anciennes , n avaient aucune tendance a dispaniUre , et rendaient nécessaire un traitement prolongé. Au contraire , ainsi que je lai déjà établi en traitant des effets immédiats de ces bains , la perte d appétit, l'accablement, et même la fièvre ensoqt la (onséquence habituelle. Des circonstances accessoires peuvent bien en masquer les mauvais efTiets ; par exemple, lorsque dans les établissements bydroihérapiques on fait prendre des bains froids à ceux que Ton a fait transpirer de la sorte : mais dans tous les cas , c'est un mode vicieux d'excitation de la sueur.

3* fies bains de vapeur à la russe et les bains de vapeur

t69 RHUMATISME CHRONIQUE.

simples (voyez pn^e 38) , sont, de tous les moyens que Ion peut employer clans les grandes villes, les plus efficaces contre les rhumatismes chroniques. Répétés chaque jour ou tous les deux jours, suivant la manière dont les malades les supportent, continués pendant un ou deux mois , au besoin , ils produisent des effets analogues à ceux des eaux minérales, quoique cependant avec une moindre puissance. Mais, comme tous les modes d'administrer la chaleur, ils exposent aux maux de tète, aux congestions cérébrales, et ne conviennent pas aux personnes qui sont disposées à ces accidents.

I3n avantage qui mérite d'être signalé, c'est que la douche froide qui succède, dans leur administration, à la vapeur chaude , développe la calorification , rend les malades moins impressionnables au froid, et permet, par conséquent, d'administrer ces bains même pendant l'hiver.

Les bains de vapeur simples sont très inférieurs aux bains russes, soit parce qu'ils exposent plus aux maux de tète, quils laissent les malades abattus, et les rendent plus sensibles au froid, soit parce que , ne développant point la calorification, ils ne détruisent pas l'un des éléments de l'afFection rhumatismale. Cependant on peut citer de nombreux exemples de succès par leur emploi, surtout au début du rhumatisme chronique, qui succède au rhumatisme aigu.

Nous avons vu que Ton pouvait donner à domicile des bains de vapeur par divers procédés qui n'exigent pas des appareils spéciaux, tels que des linges mouillés placés autour de briques chaudes ou de morceaux de chaux. Jusqu'ici je ne connais aucun fait qui dépose en faveur de ces moyens grossiers dans le rhumatisme chronique.

5* Actes qui augmentent ta jyroductîon de la chaleur, — Toute activité plus grande donnée à une fonction augmente la production de la chaleur. Ainsi, la^alorificalion s accroît par une alimentation abondante et substantielle, par la respiration rendue plus étendue et plus fréquente dans les efforts que nécessitent la parole, le chant, l'exercice, par l'activité de l'esprit, etc.

A c6lé de ces conditions actives du développement du calorique animal, doivent se placer celles où la peau et les articu*

iations jouent un rôle en quelque sorte passif. Tels sont les frictions, le massage, la percussion et les mouvements artificiels.

Les frictions sèches ont l'avantage d'exciter la peau et de produire de la chaleur, sans exiger des appareils spéciaux. Elles sont faites sur tout le corps ou sur quelque partie isolée, aa moyen de tissus , tels que la flanelle, souples et mauvais conducteurs du calorique.

On peut se servir avec avantage d'une brosse désignée sous le nom de brosse anglaise; des morceaux de flanelle roulés sur eux-mêmes forment des cylindres d'un demi-centimètre à peu près de diamètre, et sont unis entre eux de manière à toucher la peau , non par la surface du tissu , mais par le bord «le sa section.

Pour donner plus d'activité aux frictions sèches, divers auteurs ont conseillé de projeter sur des charbons ardents des résines telles que l'encens ou le benjoin ; d exposer à la vapeur de ces substances le tissu dont on se sert pour la friction, et il ajouter ainsi l'action de substances aromatiques et excitantes à celle des frictions elles-mêmes. Cette combinaison est certainement ntiie.

Au lieu d'employer des substances sèches , on peut se servir d'alcoolats de diverse nature, et, en particulier, d'ean de Cologne , de baume de Fioraventi , de teinture de mélisse , de quina, etc..

Cependant, de tous les moyens de produire du calorique, sans que le malade y concoure d'une manière active , les plus puissants sont le massage et la douche.

On sait que le massage consiste à exercer sur la peau et sortes tissus sous-jacents des pressions énergiques, courtes, successives, saccadées, et à faire glisser avec force, les uns sur les autres, par une sorte de mouvement de pétrissage, la peau, les aponévroses et les muscles. Etendu à tout le corps et asso« ciéanx mouvements artificiels des jointures, ainsi qu'on le &it dans les bains russes et les bains orientaux , le massage peut étre^d'une puissante action.

Nous avons déjà dit, pag. 55, combien la douche est efficace : l'on ne saurait trop s'appliquer a en propager l'emploi.

k^ Soustraction de la chaleur suivie des moyens qui en activenl la production,'^ La soustraction du calorique peut être opérée pur les aliments et les boissons d'une basse température, par lair froid que Ton respire ou qui agit sur la peau, par les bains , les douches , par les vêtements , et par les applications froides. Elle a des effets très différents , suivant qu^elle est prolongée ou passagère , suivie de Tinaction ou de Texercice. Dans le premier cas, elle produit un refroidissement qui peut êti*e funeste; dans le second, elle est suivie d'une activité plus grande donnée à la chaleur animale.

Quoi qu'il en soit , Hippocrate, Celse, Avicenne, et, à leur imitaiion , Monro , Biancbelii , ont préconisé l'emploi de Feau froide dans les affections rhumatismales. Floyer, vers la fin du XVI^ siècle, le recommanda contre le rhumatisine chronique. Des médecins distingués, contemporains de Floyer, tels (|ue Baynard et Pitcairn , adoptèrent ses opinions. Fréd. Hoffmann et beaucoup d autres médecins du XVIII* siècle mentionnèrent aussi le rhumatisme chronique parmi les maladies qu'on traite avec le plus de succès par Teau iroide.

Cette méthode employée de la manière la plus simple, c'est-à-dire en se contentant de prendre dans une rivière des bains de quelques minutes, précédés et suivis d'exercice, a été souvent utile dans le rhumatisme chronique. Pouteau cite un exemple assez remarquable de ce genre , d'après Maret , de Dijon , et Ton en trouve un grand nombre d analogues dans le mémoire de M. Herpin sur les bains de i'Arve (i).

Cependant leau froide n'a toute sa puissance que lorsqu'elle est administrée suivant la méthode de Priessnitz ; associée alors à des transpirations dépuratives, et administrée sons les formes les plus diverses » elle rétablit les fonctions de la peau, porte le sang aux parties externes, et augmente la force de résistance au froid . Sans doute aussi , par les grandes quantités que les malades en boivent et qui sont réjetées fàv les urines, les sueurs , elle facilite réiiminaiion des principes morbides.

Dans les établissements d'hydrothérapie , la durée et locti*

(i) Gatette nMiùate de Parii^ 1849*

TEAITEMSNT OÉWAAAL. 4M

vite de son action sont proportionnées à l'intensité et à Tan** cieoneté Je la inaladie, et les traitements , au lieu d'avoir une durée courte et déterminée comme eeux par les eaux minéraies, peuvent être continués pendant un temps illimité ; et même, pour rendre la cure durable, il est bon, en général, de conserver la pratique des lotions froides chaque matin , lor$« que Ton est rentré dans les habitudes ordinaires de la vie.

Tandis que, soumis à 1 action des eaux minérales ou des bains de vapeur, les malades sont obligés de se couvrir cbau^ dément et de conserver après la cure les vêtements dont iift faisaient usage pendant leur maladie, ceux qui suivent le traitement bydrothérapique changent complètement d'hy giène : ils quittent impunément la flanelle, et cette facilité de suspendre sans inconvénient les précautions auxquelles ils étaient assujettis n'est |)as le résultat qui les frappe le moins. Il n^est personne qui , ayant visité un établissement bydrothérapique, n y ait vu des exemples de guérison de rhumatisme chronique; tous les auteurs spéciaux en citent un grand nombre. Je rappellerai surtout à ce sujet les traités de MM. Scoutetten, Schedel, Lubanski et les mémoires de M. Guettet, directeur de rétablissement bydrothérapique de Saint-Seine.

La vigueur de constitution , qui rend quelquefois nuisible lexcitation provoquée par les eaux sulfureuses ou salines , est une des conditions les plus favorables au succès de Thydrothérapie. La réaction qui suit alors les bains froids ou les douches froides est énergique, la rougeur comme la chaleur de la peau se rétablissent avec promptitude et persistent d'une manière durable. Oo a peu d espérance à avoir, lorsque la constitution des malades a été profondément altérée . lors* qu'ils sont pâles, faibles, et qu'ils ont ressenti, par exemple, cette profonde détérioration que produit un long séjour dans des habitations humides.

^hydrothérapie est surtout indiquée pour les malades qui ressentent un froid glacial autour des articulations , qui transpirent difficilement et qui sont sujets à des frissons passagers. Lorsque les douleurs et la gène des mouvements augmentent pendant l'hiver et Fautomne , et en général dans les temps

16& BHUMATI811B CHRONIQUE,

froids et humides » lorsqu elles diminuent au printemps et surtout en été , et , en général , dans les temps secs et chauds, on a lieu d'espérer aussi le succès de la méthode.

L'hydrothérapie à domicile peut-elle être également mise à profit dans le rhumatisme chronique? Administrée alors, dans des conditions désavantageuses sous le rapport de Fair, da mouvement et de la qualité des eaux, cette médication est loin , sans doute , d'être aussi puissante qu'au milieu de conditions hygiéniques plus favorables; on peut cependant encore en obtenir de bons résultats. Les faits que j*ai recueillis dansThiver de 18&2 prouvent l'incontestable utilité de Tbydrothérapie à domicile (1), et ceux que je recueille dans ma pratique particulière , où j'associe fréquemment le traitement général par Thydrothérapie à l'emploi des appareils et des opérations, viennent tous les jours confirmer ces avantages.

5° Excitation de la peau par des substances médicamenteuses. — Nous n'avons parlé jusqu'à présent que des méthodes qui agissent sur les fonctions sans que Ton ait recours à aucune substance médicamenteuse. Il en est plusieurs cependant qui, mises en rapport avec la peau et dans des conditions déterminées, peuvent y exciter la chaleur, la circulation et la production de sueurs utiles. De ce nombre sont les alcalis et eu pardculier l'ammoniaque, les sels alcalins, les préparations sulfureuses, les huiles essentielles, les éthers, etc.

Ces substances sont surtout employées dissoutes dans leau ou dans des vapeurs aqueuses. Elles sont associées alors aux moyens qui agissent par la communication, la production, oa la soustraction de la chaleur. J'étudierai surtout les effets de ces combinaisons en traitant des eaux minérales qui offrent l'association la plus acdve et la mieux étudiée de l'eau et des vapeurs avec des principes médicamenteux. J'insisterai seulement ici sur les fumigations de substances volatiles et excitantes.

Des fumigations. — Elles peuvent être faites avec toutes les substances volatiles; on a particulièrement employé le camphre, les fleurs et les fruits qui contiennent des huiles essen-

(i) Traité de$ tnatadies dts âriiculationSy 1. 1, p. 997 et 5 a 3.

tielles, telles que les baies de genièvre et les plantes aromatiques. On est loin, toutefois, d avoir épuisé la liste des substances que Ion peut utiliser dans ces fumigations. Indépendamment de Téther sulfiiriqnedont j ai déjà parlé page 11 8, jVi cherché à tirer parti des vapeurs de chloroforme, d amp iDoniaque, d'iode et d'hydrogène sulfuré.

Les procédés à suivre dans ces fumigations sont très variés. Si le malade peut se tenir assis, on Tentoure de couvertures de laine que l'on fixe soigneusement autour de son cou, et que Ton fiait descendre jusque sur le sol ; sous le siège, qui doit être non en paille mais en bois, afin d'être moins combustible, on place l'appareil de fumigation , et il est bon de le mettre quelque temps d'avance afin que le malade trouve immédiatement sous les couvertures un air chaud. 11 importe aussi de ne pas élever la température de l'air au-dessus de AO** centigrades, pour éviter la fatigue qui suit toujours une grande chaleur.

Lappareil fumigatoirc est un simple réchaud rempli de cendres brûlantes et de quelques charbons incandescents sur lesquels on projette par pincées les substances à vaporiser, le camphre, par exemple, qui a été vanté surtout par M. Dupasquier, ou un mélange par parties égales de camphre, de tabac et de fleurs de camomille, combinaison dont les effets me paraissent favorables, d'après les observations assez nom* breuses qui m'ont été citées.

Si le malade est au lit, on obtient le dégagement des vapeurs en projetant les substances qui les produisent, les baies de genièvre, por exemple, dans un chauffe-lit, ou bien en plaçant les substances vaporisables entre des cruches remplies d'eau bouillante, ainsi que je lai fait pour l'éther, le chloroforme, la térébenthine, Tammoniaque, Tiode, etc. Toutes ces substances déterminent la sueur par leur vaporisation; mais dans les essais que j'en ai faits, je n'ai rien observé qui me les fit préférer au camphre ou au mélange de camphre, de tabac et de fleurs aromatiques que j'ai indiqué plus haut.

6* Combinaison des méthodes fonctionnelles avec t action de prin* cipes médicamenteux. — Eaux minérales. — L'association de toas les modes dagir, dont il a été question jusqu'à présent.

tM RHUMATISME CHB0N1QUB.

se trouve dans les eaux minérales convenablement administrées, et ce n'est même qu'à la condition d*agir par tous les modes qu'elles peuvent avoir toute leur puissance salutaire.

Les eaux minérales se combinent avec la conservation de la chaleur par la saison chaude pendant laquelle on les administre, et par Tusage de couvrir convenablement les malades. Elles communiquent une chaleur plus ou moins élevée par les bains, les vapeurs et les boissons dont elles forment la base. Enfin la calortfication trouve un excitant actif dans les frictions générales , les percussions au moyen de la douche, Texercice au grand air, ralimentatton substantielle, en un mot, dans toutes les influences qui accompagnent leur emploi, el qui ne doivent jamais être négligées. Il n'est pas jusqu'à la soustraction momentanée de la chaleur, comme dans la douche écossaise, qui ne puisse aider leur action.

A tontes ces vertus , dépendantes de la température et du mode d'administration, viennent se joindre celles qui sont propres aux principes minéralisateurs. Ceux«ci peuvent être des substances alcalines, des combinaisons de soufre ou des sels divers, etc., mais tous ont cela de commun qu'ils sont absorbés par l'organisme et ensuite rejetés au dehors; phénomène dont l'accomplissement préside sans doute à l'élimination du principe inconnu du rhumatisme, lequel est entraîné dans les mêmes voies d'excrétion que les substances médicamenteuses.

A. Eaux minérales sulfureuses, — J'ai décrit, page 156, le mode d'administration et les effets immédiats de ces eaux , je dois les étudier ici seulement dans leurs rapports avec le rhumatisme chronique.

Les eaux sulfureuses ne sont administrées que dans la belle saison. Les malades ont coutume d'y rester trois semaines à un mois, et si un plus long traitement est nécessaire, ils se reposent quatre ou cinq semaines , et se soumettent ensuite à une nouvelle médication de vingt à trente jours. Le plus souvent l'époque avancée de la saison oblige de renvoyer le complément de la cure à l'année suivante.

La médication de chaque jour consiste , en général , en un baiu et une douche, et dans les lieux où, comme à Aix en

TBAITSMEIIT GÉMÉBAL. 161

Savoie, de bonnes traditions sont conservées, les articulations douloureuses sont soumises au massage et aux mouvements artificiels pendant qu'elles sont frappées par Teau. Des bains de vapeur, des douches écossaises et un peu d'eau à l'intérieur complètent le traitement.

Les faits les plus nombreux » et qui se reproduisent chaque jour y démontrent que les eaux sulfureuses produisent des guérisons ou des améliorations notables dans le rhumatisme chronique, et qu'elles constituent une des ressources des plus efficaces contre cette maladie. Mais dans certains cas, elles sont impuissantes et même dangereuses. Quelles sont les conditions qui peuvent les rendre ainsi tantôt utiles, tantôt insuffisantes et même funestes? Je crois que Ton peut faire à ces questions les réponses suivantes.

Les eaux sulfureuses donnent des guérisons complètes dans les rhumatismes qui ne sont accompagnés d'aucune lésion matérielle, ou dans lesquels il y a seulement une légère inflammation chronique des parties molles. Ces avantages s'observent surtout chez les malades jeunes, d'un tempérament lymphatique, et qui ne sont disposés ni aux congestions cérébrales, ni à la fièvre.

Si le rhumatisme chronique se combine avec des lésions matérielles , si les articulations sont déformées , si , par suite de l'absorption des cartilages, il s'y fait entendre de rudes craquements; s'il y existe des bydarthroses anciennes, les eaux ne produisent qu'une amélioration plus ou moins bornée. Elles peuvent modifier puissamment la disposition générale de l'organisme, elles ne peuvent rendre aux jointures leui*s formes, aux surfaces articulaires leur poli, aux synoviales leur sérosité ordinaire. Ces modifications physiques ou physiologiques réclament des traitements locaux qui viennent en aide aux eaux minérales. Je signalerai surtout, à ce sujet, l'usage des appareils de mouvement. Il est vivement à désirer que ces appareils s'introduisent dans les établissements d'eaux minérales, ils en agrandiraient la sphère d action, et, à l'aide de ces deux ordres de moyens réunis, on obtiendrait des résultats impossibles par leur emploi isolé.

Certaines conditions générales de Torganisme sont, indé*

166 RHUMATISMB CHRONIQUE.

pendamnient des lésions locales, une cause d'insuffisance du traitement par les eaux sulfureuses. On sait que beaucoup de rhumatisants ont des sueurs abondantes dès qu'ils font quelques pas. Ces sueurs contribuent à fectliter chez eux les refroidissements, et à augmenter leur impressionnabilité au froid et à Thumidité. Les eaux sulfureuses ne remédient ni à ces sueurs faciles, ni à cette impressionnabilité ; elles laissent, par conséquent, les malades sous l'empire des causes qui réveillent sans cesse leurs douleurs.

Ces eaux sont nuisibles lorsque les inflammations aiguës qui ont précédé ou qui accompagnent le rhumatisme chro* nique persistent encore. Elles réveillent alors les douleurs et tous les autres accidents.

Les personnes d'un tempérament nerveux en sont, eu général, fatiguées. L'excitation qu'elles produisent leur donne de l'insomnie et de la fièvre; souvent aussi Texaspération de leurs souffrances se prolonge après l'usage des eaux.

Les tempéraments sanguins, et particulièrement la disposition aux congestions cérébrales, disposition commune chez les rhumatisants et dans l'âge avancé, ne repoussent pas moins énergiquement que la susceptibilité nerveuse le traitement sulfureux. On peut voir des malades uinsi prédisposés être frappés d'apoplexie pendant le cours du traitement.

Je ne puis parler expérimentalement des effets que l'on peut attendre du traitement sulfureux à domicile, mais ce que Ton peut assurer, c'est qu'il est tellement inférieur au traitement par les eaux minérales, qu'on ne doit y recourir que dans l'impossibilité de mettre celui-ci en pratique.

B. Eaux salines {i), — Les réflexions que nous venons de faire (page 166) sur la durée et la répétition du traitement par les eaux sulfureuses s'appliquent également à la cure par les eaux salines. Les fuits qui démontrent la fréquente efficacité de ces ea^ix contre les rhumatismes chroniques ne sont ni moins nombreux ni moins concluants, et Ton comprend sans peine que leur insuffisance soit la même lorsqu'il existe des

(i) Pour Iq mode d'administration et les effets immédiats des eaui lalioeS) Toyez page 63.

TIAITBIIERT OtoÉftAL. 169

lésions matérielles graves. Mais l'état général des malades en reçoit des effets notablement différents.

Moins utiles que les eaux sulfureuses pour les tempéra* ments lymphatiques et peu impressionnables, les eaux salines Dont pas les mêmes inconvénients que celles-là lorsqu*on les emploie chez des personnes nerveuses ou sanguines.

Pour les tempéraments nerveux, chez les femmes maigres et délicates, elles peuvent être remarquablement utiles» si Ton choisit les sources faiblement minéralisées, comme celles de Néris, de Plombières, de Bourbon-Lancy, etc., etc., et si loQ fait succéder, suivant la méthode écossaise , la douche froide à la douche chaude.

Les eaux salines, même les plus concentrées, comme celles <le Balaruc, peuvent être employées chez les rhumatisants d un tempérament sanguin , lors même qu'ils sont disposés aux congestions cérébrales ; bien plus, en les administrant alors en douches sur les reins et les extrémités inférieures, ainsi qu^en bi>is8ons à doses purgatives, on peut remédier aux prédispositions congés tives de la tête.

Les eaux salines chaudes ne sont pas plus utiles que les eaux sulfureuses pour faire cesser les sueurs passives et Timpressionnabilité au froid et à Thumidité. Mais ce but peut être atteint au moyen des eaux salines froides, et, en particulier, des bains de mer de TOccon , où l'habitude de donner des bains courts et la percussion exercée par la vague contribuent puissamment à la réaction.

La même infériorité que nous signalions entre les traitements sulfureux à domicile se retrouve dans les traitements salins faits dans la même condition. Peut-être serait-il pos- «stble de les rendre plus efficaces en les modiBant comme je l'ai indiqué page 165; mais, tels quon les emploie en général, ils sont sans véritable utilité.

C. Bains térébenthmés. — Les bains de vapeur térébenthines, tels qu'on les emploie à Die, département de la Drôme, s'ad* ministrent en plongeant les malades dans lair chaud des fours où Ion fait brûler des pins pour en retirer la poix •résine. Suivant M. Chevandier, qui a fait connaître ce genre de traite-

170 RUUMATMME CHB08IQDE.

ment en 1851 (1), )«s malades s^ournent dans une température de plus de 60 degrés. La tércbentfatae, qui agit sur leur peau et sur leurs voies respiratoires, est absorbée « puis éliminée par les urines ; les transpirations sont excessives^ et après une exaspéra tiou des douleurs, ijui dure à peine pendant tout le cours de la première semaine , on obtient des soulagements et même des guérisons dont la fréquence et ia promptitude dépassent de beaucoup ce que Ton a coutume d observer à la suite des eaux minérales.

Les faits cités par M. Chevandier m'ont été confirmés par un grand nombre de personnes ; ils sont propres à entraîner toutes les convictions, et Ton hésitera d^autant moins à leur attribuer une grande valeur que , de temps immémorial , la térébeniliine à l'intérieur et en frictious a été utilisée dans le rhumatisme chronique.

Des frictions sur tout le corps avec de Tessence de térébenthine ont lavantage d être à la fois utiles et d'une facile application^

On peut aussi prescrire les bains de térébenthine, qu*un médecin anglais, M. Smith, a préconisés en 1851. La térébenthine est mélangée à Teau du bain , après avoir été préalablement associée à du carbonate de soude et de Tessence de romarin. Quand on commence le traitement, on se contente de 500 grammes de carbonate de soude, de 50 grammes de térébenthine, et de 5 grammes d'huile de romarin; on augmente progressivement la dose de ces substances jusqu'à 1 kilogramme de carbonate de soude et 200 grammes d essence de térébenthine.

« Ces bains , dit M. Smith , peuvent être employés dans les temps les plus froids; les malades y éprouvent du calme et du bien-être; quand ils en sortent, la peau offre un velouté qu'elle n'avait pas auparavant, la respiration est plus facile, et Thaleine est chargée d'une forte odeur de térébenthine. On ne doit pas y séjourner plus de dix à quinze minutes, et ea répéter l'emploi tous les deux ou trois jours. »

(i) fievue m^i/ico-cAînir^îca/e, publiée par M. le doctear Malgaigae,

S 2. Méthode éUnunatriee.

Sll est fiicile de démontrer combien la méthode fonctionnelle ou physiologique est rigoureusement indiquée dans le rhumatisme chronique, il n*est pas moins aisé de comprendre nmportance qui a toujours été attachée aux méthodes qui tendent à éliminer un principe morbide.

En voyant le rhumatisme succéder à la suppression d^une sécrétion normale, comme la sueur, les règles, etc., ou d'une sécrétion morbide, comme celle de la scarlatine, de la roui;eole, d*un ulcère habituel, il est naturel de présumer qu*an principe morbide est resté dans le sang, et la facilité avec laquelle les douleurs se font sentir successivement sur diverses parties du corps confirme pleinement cette supposition.

Pour éliminer le principe inconnu, mais ainsi probable, du rhumatisme, on a tenté d'abord l'emploi de tous les moyens évacuants. De là Futilité très graude attribuée par un grand nombre d*auteurs aux sudorifiques, aux diurétiques, aux purgatifs, aux vésicatoires et aux cautères.

Avant de parler des effets produits par ces divers agents, remarquons que la méthode fonctionnelle par l'intermédiaire de la peau, (]ue nous recommandons par dessus toutes les autres, est également éliminatrice. Elle Test par les sueurs spéciales que produisent les bains administrés avec les prâcautions qui activent la circulation capillaire et la production de la chaleur. Elle Test aussi par les principes médicamenteux , actifs , surtout dans les eaux minérales , qui sont absorbées et puis rejetées au dehors.

Cependant I si les circonstances ne permettent point de faire usage de ces méthodes puissantes, mais souvent difficiles à réaliser, on peut recourir aux remèdes évacuants. Parmi ces derniers « on peut signaler les diurétiques, tels que la scille et la digitale; les substances qui, comme le calomélas à doses fractionnées, produisent une salivation abondante^ moyens surtout efficaces lorsque le rhumatisme agit sur les yeux : mais ceux qui ont la plus grande importance sont les sudorifiques, les purgatifs, les vésicatoires et les cautères.

A. Les sudorijiques sont plus indiqués qu'aucune autre sub*

172 RHUMATISME CflUONlQDE.

stance, puisque c est la suppression de la transpiratiou qui est la cause ordinaire du rhumatisme. Parmi eux, le gaïac et la salsepareille ont surtout joui d'une grande réputation. Plenck, qui avait une très grande confiance dans le gaïac, le prescrivait ainsi qu'il suit :

^ Rffsine de (jaïac, . i5 gram.

SiiTon amyçdalin. • i5 çraro.

Faites dissoudre dans :

Alcool rectifié. • • i ao gram.

Mêles. Dose : & grammes par jour dans une infusion de bourrache ou de sureau.

On donne encore la tisane de gaïac ordinaire, ou bien on associe cette substance à d autres espèces sudorifiques, comme dans la formule suivante, préconisée par le docteur Smith :

If Sabepareille, Squine. . . .

Réglisse. , ,^aa. . . parties égales. Gaïac. . . .

Sassafras. . .

Incisez également toutes les substances, et mêlez exacte ment.

Prenex de ces substances. 3o gram. Eau commune. ..... iSoo gram.

Faites bouillir et réduire à 1,000 grammes , à prendre par tasses dans la journée.

Rationnels en principe, et recommandés par un grand nombre d auteurs , les sudorifiques ne doivent pas être négligés; mais, qu'on le remanjue bien, il est impossible d^en tirer aucun parti si , par la température élevée à laquelle on les administre et par celle dont on entoure le malade, on ne fa* vorise point leur action sur la peau ; si des frictions sur cette membrane ne tendent point à y produire de la chaleur « de la rubéfaction, et des sueurs qui ne soient pas simplement aqueuses ; enfin si leur usage (précaution indispensable pour le succès d'un traitement antirhumatismal quelconque) n est

TRAITEMENT GÉNÉRAL. i7S

pas prolongé pendant plusieurs semaines , et même pendant plusieurs mois*

B. Les purgatifs et les vomi-purgatifs n'ont pas été moins recommandés que les sudorifiques. De tous, le remède de Leroy est celui qui a été le plus répandu dans ces derniers temps; 00 sait quelle a été la persévérance de certains malades dans son emploi.

Ces remèdes, continués longtemps, pendant des semaines et même pendant des mois, comptent quelques succès. Soit par rélimlDation d'un principe morbide, soit par la puissante dérivation intestinale qu'ils exercent, ils apportent assez souvent une diminution dans les symptômes; mais comme pour être efficaces ils doivent être continués pendant longtemps, ils donnent des maux d'estomac, altèrent les digestions, et ils peuvent causer des lésions permanentes dans les voies digestives. De plus, ils s'opposent aux évacuations par la peau, c^est-à-dire celles qui doivent surtout être favorisées , et par lesquelles les dépurations les plus utiles peuvent être obtenues.

Clfis vésicatoires multipliés que nous avons déjà vus conseillés dans le rhumatisme aigu , et les cautères, que l'on réserve toujours pour les états chroniques , peuvent trouver ici leur place. Je ne parle pas de ceux que l'on applique sur les articulations malades, mais des vésicatoires et des cautères placés dans les lieux d'élection, et comme moyens d agir sur l'état général. Leur emploi n'est point d rejeter pour les vieillards surtout, chez lesquels des médications actives par la peau sont inapplicables. Ils n'ont pas l'inconvénient des remèdes administrés par les voies digestives, et ils peuvent être continués assez longtemps pour produire un changement durable.

Il est douteux qu'il existe des médications spécifiques du rhumatisme capables d'agir indépendamment de l'excitation ronctionnelle et de l'élimination d'un principe morbide. Ces caractères ont été cependant assignés à un certain nombre de remèdes. De ce nombre sont les pré])nititions de mercure.

ilk RHCMATISMB CHRONIQUE.

irantimoine, de soufre, et surtout de colchique, administrés j Tintérieur et sous des formes telles quaiicune évacuatioi spéciale n'en soit la suite nécessaire.

Parmi les préparations de colchique, la plus usitée est h teiuture de cette plante. M. Cocheux (de Montluel) eu a iaii une préparation aujourd'hui répandue dans le commerce, ei qui enlève au colchique une grande partie de ses propriété irritantes.

Cette teinture est prise chaque matin à jeun, à la dose d*uD( cuillerée à café dans une tasse de thé. On èh continue remploi pendant quinze jours. On la suspend alors pour le mèmi temps, et ou la reprend ainsi de quinze jours en quinze jours, pendant un temps plus ou moins long, suivant la toléroDce (les voies digestives et la résistance du mal.

Des auteurs nombreux ont préconisé ce remède ; parmi eux nous trouvons Everard Home, les docteurs Williams, Copland, Chelius, Reynolds, etc. Quelques succès dans des cas simples ont sans doute été obtenus; mais, comme tous les moyens empiriques, les préparations de colchique ne doivent être employées qu'à défaut des mesures rationnelles et d'une utilité généralement constatée.

A côté des spécifiques dont il vient d'être question, op peut placer certains dissolvants de la fibrine, tels que le nitrate de potasse, le chlorhydrate d'ammoniaque, Tiodure de potassium. Barthès a surtout insisté sur l'emploi des remèdes de cet ordre, qu'il considère comme dissolvants de Tétat rhumatique des humeurs , et il vante spécialement le chlorhydrate d ammoniaque, tandis que les modernes insistent sur Tiodurede potassium.

J*évitcrai de me prononcer sur la valeur de ces spécifiques. et je me bornerai à dire que leur action est aussi infidèle que les raisons théoriques qui président à leur emploi sont vagueSi mal fondées, et de peu de liaison avec nos connaissances sur la nature du mal.

Tous ces remèdes ne tarderaient pas à être oubliés si ^^ eaux minérales et les méthodes analogues qui agissent par Tintermédiaire de la peau et qui en excitent les fooctioos étaient d*un emploi plus commode et moins dispendieux.

TRAITBIIEIIT GÉNÉRAL. 175

Malheureusemeot il est des cas nombreux où l'on n*en peut meure aucune en usage. Les eaux minérales , ainsi que Thydrothérapie dans les établissements, ne sont applicables que dans certaines saisons ; elles exigent des déplacements incommodes pour tous, et aU-dessusdes ressources du plus grand nombre. Les bains russes ou les bains de vapeur n'existent que dans un petit nombre de villes. Toutes les imitations des traitements sulfureux et salins sont restées jusqu'à présent iosuffisantes, et Thydrothérapic à domicile est souvent inapplicable, soit par fedroi qu'elle inspire, soit ])arce qu'elle ne convient pas aux malades chez lesquels l'impression du froid n'est pas suivie de réaction.

Que faire dans l'embarras que créent d'une part la difficulté dapplication des méthodes efficaces, et de l'autre l'impuisnnce de celles qui sont commodes? La solution de ce problème me paratt surtout se trouver dans l'étude des fumigatioDsetdesfrictionsfaitesavecdes substances médicamenteuses que Ton a partout à sa disposition, et qui ont l'avantage d'agir directement sur la peau. On a vu , dans ce chapitre et dans plusieurs autres, quelle large place j'ai donnée à cet ordre de remèdes, à la fois utiles, commodes, et facilement acceptés.

S 4. Méthodes btttéet iiir des îndieetîonf fpéoialef .

Tout en combattant le rhumatisme par les méthodes fonctioanelles, éliminairices , et même spécifiques, on peut avoir à remplir certaines indications spéciales, à combattre, par exemple, des symptômes inflammatoires, à calmer des douleurs violeutes; c'est dans ces cas particuliers que les antiphlogisti^|ue8 , les tempérants, les narcotiques, peuvent être indiqués. Mais, à part ces cas spéciaux, Ton doit éviter les émissions sanguines et les applications calmantes. Les unes et les autres, mais surtout les pertes de sang, affaiblissent la calorification et la circulation capillaire, ralentissent les ex-* frétions élimina trices , et, dès lors, s'opposent à laccomplis- ^^ent des fonctions qu'un traitement rationnel a surtout pour but d'exciter.

176 RHUMATISME CHBONIQOe.

Ait. III. — TftAiTEVBiiT local.

Le IraiteiDent local , iudispensable quand les douleurs sont localisées et intenses, offre les mêmes variétés et les roémes indications que le traitement général.

Il peut être fonctionnel si Ton exerce les mouvements de la jointure malade , si Ton conserve la chaleur produite par des corps mauvais conducteurs du calorique , si l'on commttnic]ue ou si Ton soustrait celui-ci par des agents locaux , si Ton excite enfin la calorification et la circulation cutanée par les frictions, le massage, les douches, les substances excitantes, et la combmaison de ces divers agents entre eux.

Ce traitement local peut être éliminatew, si Ion insiste sur les vésicatoires , les cautères, etc. Enfin il peut, suivant les indications spéciales, être antiphlogistique, narcotique et calmant.

S:ins entrer dans l'examen de toutes les questions que soulève ce programme, je me bornerai à parler des mouvements, des substances excitantes , et des révulsifs.

A. Mouvements, — Souvent, dans les rhumatismes clironi* ques, les mouvements de l'articulation sont bornés, et Ton observe Y inaptitude à l'exercice prolongé de la fonction^ par exemple, si larthrite est aux membres inférieurs, la station ou la marche ne peuvent être longtemps soutenues sans douleur et sans fatigue. Enfin la peau qui recouvre les parties malades est le siège d'un sentiment de froid et d'une gronde iropressionnabilité aux abaissements de la température.

Dans ces cas, le mouvement est indispensable, non pas , il est vrai , celui qui s'accomplit dans la marche, mais celui que produisent les impulsions alternatives dans un sens et dans 1 autre. Leur premier effet est une augmentation momentanée des douleurs et du gonflement; mais ces symptômes durent à peine quelques instants, et lorsque les mouvements passifs sont continuées avec les ménagements et la persévérance nécessaires, ils produisent des résultats définitifs les plus satisfaisants. Sous leur influence, les mouvements spontanés deviennent graduellement plus étendus ; la marche peut étiv

TRAITEMENT LOÊAL. 177

prolongée sans fatigue pendant un temps de plus en plus long, et le sentiment de froid qu'éprouvaient les malades tend à disparaître.

Les faits qui seront cités dans le chapitre suivant serviront (i ' preuves h ces assertions.

B. Exciianls, — Les excitants sont indiqués toutes les fois que la circulation et la calorification locales sont affaiblies ; en •i autres termes, lorsque la peau est pâle , quelle est le siège (iuD seoiiment habituel de froid, et qu elle a besoin d être ilmudement recouverte.

Nous avons vu que la loi du repos était celle de Finaction iles mouvements volontaires, de l'uniformité et des qualités douces des modificateurs. Les lois de l'activité sont complète- 2iu-Dt ÏQverses ; elles se résumeut par l'action des parties , lu variété et les qualités extrêmes des agents extérieurs. C'est '^ ce point de vue , qui permet d'embrasser l'ensemble des détails , que j^envisagerai la question des excitants locaux.

Pour produire un effet excitant, il n'est pas nécessaire de choisir des substances qui aient en elles-mêmes la propriété (l'irriter les tissus qu'elles touchent, d'y appeler la congestion sanguine, et d'y produire une certaine douleur. Les substances les plus douces en elles-mêmes, l'eau tiède, par exemple, peuvent produire une excitation plus ou moins puissante, si elles sont employées en douches qui frappent la peau avec énergie. Gn efFet excitant peut être obtenu : i^ toutes les fois <p]'un mouvement plus ou moins énergique est imprimé aux tissus; 2<^lorsque les agents extérieurs sont froids ou chauds, et surtout lorsque ces températures extrêmes se succèdent rapidement les unes aux autres; 5* enfin, lorsqu on a recours à des substances excitantes par elles-mêmes.

1^ L excitation qui dépend du mouvement peut être obte- Qoe non seulement par les impulsions communiquées aux jointures ,mais par les frictions ^ le massage ^. et les douches* Quelle que soit la substance dont on se serve pour faire des frictions; si celles-ci sont énergiques et prolongées, elle9 feront rougir la peau et y appelleront , par conséquent, le »D({ ; elles en éveilleront la sensibilité. Ces réflexions s'appliquent surtout au massage, (|ui agit profondément sur les

tissus, et aux douches en colonne d'un jet puissant et rapide.

Que Ton ait recours successivement ou simultanément aux mouvements artificiels, aux frictions, au massage, et aux douches, combinaison qui est surtout bien connue aux eaux d'Aix en Savoie et aux eaux de Bourbon-Lancv, il faut toujours les proportionner au degré d'inertie des parties malades. Après en avoir suspendu l'emploi , il ne faut y revenir que lorsque la rougeur ou le gonflement momentanés qu*ils produisent se sont dissipés; et par conséquent , suivaift les cas , on doit laisser entre leurs diverses applications une ou deux journées d'intervalle.

2* Les températures extrêmes, seules ou alternées entre elles, sont un mode très actif et très usité d excitation. Tels sont : la chaleur sèche et élevée, le froid intense, et In succession du chaud au froid comme on l'applique à tout le corps dans le bain russe et la douche écossaise.

Le froid peut être utilisé à la condition d'être rapide dans son application et accompagné ou suivi de frictions et d'exercices propres à rappeler la chaleur. Il est à remarquer toutefois que, même à ces conditions, il est dangereux s^il n*est combiné avec un traitement général qui développe la puissance de calorification , ainsi qu'on le fait par la méthode hyxlrothérapique dans les établissements spéciaux.

Les alternatives de froid et de chaud pourraient être obtenues en faisant succéder une douche froide à une douche chaude , ou en appliquant des compresses froides avec les précautions qui leur permettent de se réchauffer rapidement (voyez page A9); mais il en est de ces transitions de température comme des applications locales du froid : elles ne peuvent être séparées d'un traitement général.

B^ Quant aux substances qui jouissent par elles-mêmes de propriétés excitantes , ce sont surtout les huiles essentielles et Tammoniaque. Parmi ces huiles, les unes sont concrètes, comme le camphre, l'huile de noix muscade; les autres sont jiquidesy comme les essences de térébenthine, de lavande, de thym, de sauge, de romarin, etc. C'est en combinant ces diverses substances entre elles , en les associant à des huiles, des graisses, des savons , etc., que Ion obtient cette multitude

de mélanges si souvent employés dans le traitement du rhumatisme chronique.

Les liquides les plus en usage sont : le baume de Fioraventi, dont lessence de térébenthine et Talcool concentré font la base; lalcool camphré ; la teinture de noix vomique; le baume opodeldoch noir, qui est formé par le mélange des huiles essentielles de thym, de sauge, etc. ;.la teinture de cautharides mélaDgée à parties égales avec Thuile de pétrole et Thuile d olives (Batremux); le baume acétique camphré de Pelletier, qui contient partie égale de savon animal et de camphre dissous dans quatre parties d'éther acétique, etc. Ces liquides doivent être employés en frictions énergiques répétées plusieurs fois par jour, et prolongées pendant cinq à dix minutes.

Il m'a paru que Taugmentation de chaleur à la peau était plus sûrement obtenue par des compresses imbibées de ces liquides excitants. Après avoir frotté la partie malade avec de Talcool camphré ou avec jtoute autre solution réchauffante, on imbibe un mouchoir de ce liquide , on le tord comme un iioge qu'on voudrait faire sécher, et on lapplique exactement autour de la jointure malade ; par*des$us ce mouchoir humide on en place un autre parfaitement sec , et Ton maintient le tout par quelques tours de bande. Ces applications, répétées deux fois par jour, rétablissent promptement le sentiment de la chaleur, et lorsqu'elles sont indiquées elles soulagent remarquablement les malades.

Les huiles et pommades excitantes ont les mêmes bases que les liquides dont il vient d'être question. Ce sont : les pommades camphrées; le Uniment ammoniacal camphré, dont le nom indique la composition ; le baume nerval, qui doit surtout son activité à Thuile de muscade; et le baume opodeldoch, combinaison de savon animal, de camphre, d'ammoniaque et des huiles volatiles de thym et de romarin. On les emploie en frictions et dans les mêmes cas que les liquides précédemment examinés.

Les emplâtres simples ou composés par leur association avec des huiles essentielles , sont moins utiles que les excitants employés en frictions ou en appUcations momentanées. Comme ils restent en permanence pendant plusieiu^s jours

i80 ARTHRITE CHRONIQUE.

de suite, que leur emploi n'est accompagné ni de frictions ni de massage, et qu'ils maintiennent un état uniforme de température et de contact, leur effet excitant est en partie neutralisé par les conditions de repos qu'entraîne la manière dont ils sont appliqués. Sous ce rapport, ils méritent de tenir dans la pratique moins de place que les frictions avec les substances excitantes.

C. ^applications révulsives. — Nous avons déjà vu que, parmi ces révulsifs, ceux qui ne produisent pas d'escarre, tels que les vésicatoires et la pommade stibiée, pouvaient trouver leur application dans Tinflammation aiguë, surtout à la période* décroissante. Il n'en est pas de même des caustiques et des agents dont la température est assez élevée pour cautériser lu peau : ceux-là ne s'emploient que dans les états chroniques. Parmi eux , c'est le cautère actuel et le nioxa qui comptent le plus de succès ; ils réunissent la propriété excitante, qui résulte de la pénétration profonde du calorique , à l'effet révulsif qui résulte de la suppui-ation.

Les faits les plus nombreux et les observations consignées dans les auteurs ne laissent aucun doute sur le parti qu'on peut tirer des vésicatoires, des cautères, et de tous les moyens qui produisent, au voisinage des parties sonfFrantes, une sécrétion séreuse ou purulente. Il m'a paru, dans ces derniers temps, que Teffet de tous ces révulsifs pouvait être puissamment augmenté si l'on pansait les vésicatoires, nou pas avec des narcotiques, mais avec des substances irritantes, telles que les pommades contenant un dixième de nitrate de potasse, du sel ammoniac, ou un cinq-centième de deuto-chlorure de mercure.

Page 1