ACCÈS DE GOUTTE AIGUË. Î
CHAFimfi gVATOtimÈMB.
L^affection générale qui fait le sujet de ce chapitre a pour caractère essentiel la tendance à des sécrétions d'urate de soude dans diverses parties de Téconomie , et en particulier dans les articulations et les reins; elle est complètement distincte da rhumatisme, même de celui que Ton désigne sous le nom de rhumatisme goutteux. Dans ce dernier, il y a bien, comme dans la goutte, gonflement des jointures; mais ce gonflement n'est pas dû au même ordre de lésion.
La goutte peut s'observer, à Tétat aigu, sous forme d'accès, et à l'état chronique. Son traitement doit être étudié dans ces deux conditions , et dans l'un et l'autre cas, il faut rechercher les modificateurs de la constitution encore plus que ceux des jointures elles-mêmes ; car l'affection constitutionnelle domine par son importance toutes les lésions locales.
Art. I*^ — Accès de goutte aiguë.
Lorsque Taccès de goutte a peu d^intensité , qu'il n^est pas accompagné de fièvre, et que l'inflammation et la douleur locale ne sont pas vives, aucun traitement énergique ne doit être employé. Tous les auteurs sont d'avis qu'il faut se contenter alors de la diète , du repos, et même négliger de faire des applications quelconques sur les parties affectées. L'accès suit son cours régulier, et disparaît au bout de quelques jours.
Mais si les articulations sont le siège d'une fluxion doulou* reuse, accompagnée de gonflement inflammatoire, la méthode expectante peut-elle suffire?
Quelques auteurs répondent à cette question par laffirmative. Considérant les attaques de goutte comme une sorte de maladie critique , nécessaire, disent-ils, pour corriger la crase vicieuse du sang y ils conseillent d'éviter tout ce qui pourrait en entraver la marche naturelle et régulière; cette opinion T^'a jamais pu prévaloir dans la pratique. Dans le cas que nous
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examinons, les souffrances des malades sont trop vives pour qu'ils ne roclttipeni pas éntrgiquement l'emploi de moyens propres à les soulager. Une saine théorie conduit aussi à rejeter cette doctrine de Texpectution inactive. Quand on sait que chaque attaque nouvelle de goutte laisse les articulations plus altérées quelles ne Tétaient auparavant, qu'il reste à sa suite des épanchements plus considérables, des ulcérations de cartilages plus étendues ; quand on sait que cette a{;gravation des lésions locales est proportionnée à Tintensite de Tattaque, on comprend le nécessité de modérer celle-ci autant que possible. Sans doute, aucune méthode ne permet de la faire avorter, et si cette méthode existait, probablement il ne faudrait point y avoir recours, mais on peut modérer Imflammatiouy ramener une attaque forte au degré des attaques faibles. Ce but peut être atteint, et Ton doit s appliquer à y parvenir.
Le traitement qui se présente naturellement à l'esprit est celui du rhumatisme articulaire aigu. C'est en effet celui (|ui est habituellement conseillé dans l'accès de goutte , et lorsqu'on parcourt les nombreux remèdes préconisés contre cet état morbide, on trouve tous ceux dont il a été question dans le cbap. VIII, page 115et suiv.; je me contente de les rappeler ici pour éviter des répétitions inutiles. Cependant ce serait une grande erreur de calquer le traitement de la goutte sur celui du rhumatisme.
Les émissions sanguines ^ assez souvent indiquées chez les rhumatisants , quand ils sont jeunes et d*une forte constitution, sont bien plus rarement applicables aux goutteux. Ceux-ci sont arrivés, en général, à un âge plus ou moins avancé; ils ont une sauté altérée par des souffrances antérieures, par finaction et la bonne chère, et la nature de la goutte semble admettre les saignées encore moins que celle du rhumatisme.
Des réflexions analogues s'appliquent aux sudonfiques. Si un dérangement dans les fonctions cutanées est la cause babi* tuelle du rhumatisme, cet ordre de trouble fonctionnel ne
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joue qu un rôle acftessoire dans la goutte. Sans doute, rinerde de la peau favorise le développement de cette afFection ; sans liouie, des refroidissements peuvent déterminer un accès ugu;aiaisceseausesn'oot jamais qu'une importance secondsire, et dès lors les sudorifiques sont moins utiles que dans le rhumatisme» s|)écialement dans la période initiale qui précède les douleurs aiguës.
Qoant aux narcotiques, ils sont indiqués dans Tune et lautre affection. Aussi , lorsqu'on examine les formules nombreuses vantées dans I4 goutte aiguë, Ion y trouve fréquemment lopiuiQ, la morphine, et surtout 1 aconit. Telles sont, en p9rtir4ilier, la poudre de Dower, les gouttes noires. Ces moyens doivent être prescrits lorsque les douleurs sont très ioteoses.
Si dans le rhumatisme aigu Tindication des purgatifs n'est qu'accessoire , il n'en est plus de même dans la goutte aiguë. Soit que celle-ci reconnaisse habituellenirent pour cause un écart de régime, soit que des évacuations soient indiquées par lanatore habituelle de lalimentation des malades, il est certain que les purgatifs sont le moyen Je plus direct et le moins ioceriain de combattre les douleurs qui accompagnent les accès,
Le chois à faire n'est pas indifférent. Ceux qui peuvent èti*e administrés en pilules sont préférables aux autres* Les plus usités aujourd'hui sont cet|x qui portent le nom de pilules de Urtigue. Leur composition est encore secrète; cependant un goutteux qui en a (ait très fréquemment usage m'a assuré qui! avait obtenu des effets complètement identiques des pilules suivantes, qu'on lui avait indiquées comme en étant une exacte reproduction :
Exirail de colociniote compose. • 3o grammes. Bsirah de aeroeoce de colchique. i gramme. Escrail alcoolique de digiuilf. • . 1 gramme.
Faites des pilules de 15 centigrammes.
Quoi qu'il en soit de cette composition, les pilules de Lartigue doivent être administrées, suivant l'auteur, de six heures en six heures, jusqu'à ce qu'une purgation abondante en soit
le résultat. Après deux ou trois prises , elles produisent habituellemeut une suspension presque complète des douleurs, et il suffit souvent d'en (aire usage pendant un ou deux jours pour que des malades auparavant très souffrants puissent se lever et marcher. Cette efficacité des pilules de Liartigue pour suspendre les accès de goutte aiguë a été constatée par plusieurs médecins de Bordeaux, et entre autres par MM. Pereyra et Casenave, et par MM. Miquel, Amédée Latour, Fuster. Les observations de ces auteurs m'ont été confirmées par plusieurs goutteuxque j ai interrogés, et entre autres par M. le professeur Estor et M. le docteur Gaillardet. Je dois foire observer, toutefois, que, suivant M. Estor^ les accès de goulie, après avoir cessé sous Tinfluence des pilules de Lartigue avec autant de sûreté que de promptitude, reviennent plus fréquents et plus intenses, comme si une crise n'avait pu s'accomplir, et que les matériaux qui devaient être éliminés manifestassent plus tard leur existence en se portant sur les articulations ou sur d'autres organes.
Nous avons vu que l'eau froide ^ surtout appliquée de ma* nière à produire une réfrigération, devait être proscrite du traitement du rhumatisme aigu. La crainte d*arréter les transpirations est la cause de cette proscription justement motivée.
Le même jugement ne peut être porté sur Femploi des boissons froides dans la goutte aiguë.
a La boisson de Teau froide, dit Barthez (1), est d*une effi* cacité reconnue pour calmer les douleurs violentes d'une attaque de goutte, aussi bien que pour tempérer la soif et l'ardeur, qui sont quelquefois insupportables.
» Rondelet me parait être le premier qui ait regardé la boiS' son d'eau froide comme spécifiquement utile dans la goutte. Vanderheyde dit qu'il n^est point de remède plus puissant pour prévenir laccès de goutte, et pour le guérir lorsqu'il a déjà commence. Quoique cet éloge soit exagéré, Vogel a recommandé ce remède avec juste raison , et j'en ai vu souvent les meilleurs effets
» Cependant Feau froide ne doit pas être employée lorsque
(i) Traité des maladies goutteuses, Montpellier, t8a9«
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la soif et la fièvre sont fortes , et Ton doit en éviter Texcès , de peur de fatiguer restomac. «
Peut-être serait-il utile de faire dissoudre dans Feau du nitrate de potasse , et de profiter ainsi de Teffet tempérant qui est propre à cette substance.
Ainsi, dans l'accès de goutte , les purgatifs, et au besoin les narcotiques et les boissons tempérantes, forment la base du traitement général.
Quand les douleurs aiguës ont cessé , et que laccès touche à son déclin , des méthodes différentes sont indiquées. Ce sont surtout celles qui relèvent les forces digestives , comme les amers, par exemple , ou qui excitent les fonctions de la peau : tels sont, en particulier, les bains de vapeur et les traitements bydrothérapiques. Mais il suffit, pour le moment, d*indiquer cette partie de la thérapeutique. Nous y reviendrons en parlant de la goutte chronique.
$ 3. Traitement loeal.
Laccès de goutte aiguë n^étant qu'une inflammation plus ou moins intense, de cause spécifique il est vrai, exige, en tant qa inflammation aiguë , les mêmes traitements que l'arthrite de cause interne. Je pense donc que Ton peut appliquer û Tinflammation goutteuse des articulations les mêmes méthodes de redressement et d'immobilisation qu'aux rhumatismes localisés. Toutefois, les conseils qui résultent de ces considérations n'étant appuyés que sur une analogie plus ou moins contestable, et n'ayant pas reçu d'application , je dois me borner à les indiquer.
Les applications locales que l'on a conseillées, sont les mêmes que pour l'arthrite aiguë. Les longs développement» que nous avons donnés à ce point de thérapeutique me dispensent d'y revenir ici d'une manière générale. Je me borne" rai à signaler ce qui est propre à l'accès de goutte aiguë , et ce qui en différencie le traitement local de celui de l'arthrite
ordinaire.
Les applications de sangsues conseillées- déjà par Baillou y
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fréqueœuieDt employées par* Pauloiier, ont été ]a base du traitement lorsque lecole de Brotis^ais était dans toute sa puissance. L'expérience ne parait démontrer ni les avantages que leur assignait cette école , ni les dangers qu ont vus dans leur emploi beaucoup d'auteurs , et entre autres Scudamore. Tout fait penser qu'on doit les réserver pour les cas exceptionnels où les symptômes inflammatoires ont une très grande intensité.
Les cataplasmes chauds ne paraissent point utiles, soit qu'ils contiennent seulement des substances éniollientes et narcotiques, telles que la graine de lin, la tête de pavot» le lait mélangé avec la mie de pain, soit qu'ils renFerment des substances excitantes, comme ceux de Pradier, ou ceux que délaie lalcool camphré, (jeur poids est incommode et, comme l'observe Scudamore, ils entretiennent autour des parties malades , une chaleur fatigante et favorisent le gonflement œdémateux.
Des objections analogues, et plus fondées encore, peuvent être faites à la chaleur sèche , telle , par exemple, qu'elle est produite par une lampe à l'alcool.
Les applications locales qui semblent le mieux convenir, sont celles dont la température est douce , uniforme , et qui ne fatiguent ni par leur poids ni par leur composition. Telle est la lotion évaporante conseillée par Scudamore.
Cette lotion eut composée d'une partie d'alcool et de trois parties d'une mixture camphrée (lauteur ne dit pas quelle est cette mixture) ; il applique la lotion sur l'endroit «flecté , au moyen de compresses, rendues d abord agréablement tièdes par laddition d'une quantité suffisante d'eau chaude. Il a observé que lorsqu'on appliquait ce i emède à une trop haute température , son action était plus nuisible qu'utile; la lotion doit avoir une tiédeur agréable; une compresse de linge, composée de six ou huit doubles, doit en être constamment humectée, et l'on doit recouvrir ces compresses d'une enveloppe aussi légère et aussi fraîche qu'il sera possible ; jamais Scudamore n'a vu la rétropulsion être la conséquence de l'emploi de ce remède.