GOUTTE CHRONIQUE. 2A
elle est à 1 air libre, comme dans la douche en arrosoir ou dans le bain de pied. Son application ne peut être prolongée que lorsque « l'entourant de tissus secs , on facilite Télévation de température qu'elle acquiert au contact du corps.
C'est cette pratique, réunie aux enveloppements dans le drap mouillé y qui est suivie lorsque Ton traite la goutte aiguë solvant les procédés hydrothérapiques.
Art. II. ^* GoiTTTB cbkohique.
La goutte chronique, comme laccès de goutte aiguë, exige constamment un traitement général, quelquefois un traitement
local.
$ 1. Traitement général.
Le traitement de la goutte chronique consiste essentiellement à soustraire le malade à laction des causes productrices de cette affection. Ainsi il doit s'abstenir de repas copieux , d'aliments épicés , se priver de liqueurs , de vin pur, de café , et) en général , de tous les excitants.
S'il est admis par tous les médecins que les goutteux doivent s'abstenir de substances excitantes, le genre d'aliments dont ils doivent faire usage n est pas aussi rigoureusement déterininé. Suivant les uns, leur alimentation doit être exclusivement végétale; suivant les autres, la nourriture animale ou la nourriture mixte doivent être préférées. L'analyse des causes sous l'influence desquelles se produit spécialement la goutte avec sécrétion d*urate de soude, et les connaissances que nous possédons sur lorigine de cette matière azotée, me conduisent ^ penser avec plusieurs auteurs , M. Magendie entre autres , que lalimentation végétale est spécialement indiquée; il est probable que les auteurs qui ont blâmé ce genre de nourriture, et qui disent en avoir observé de fâcheux effets, ont confondu sous le nom de goutte toutes les maladies des articulations avec nodosités; or, comme dans ce nombre se trouvent beaucoup d'hydarthroses , de tumeurs fibreuses, fibro-cartilagineuses, à la production desquelles une alimentation trop exclusivement animale est complètement étrangère, il n'est
pas étonnant que la privation de ce genre d'alimentation ne soit pas indispensable. Mais dans la goutte proprement dite, celle qui nous occupe, et qui se développe habituellement sous l'influence d'une nourriture trop substantielle ou trop exclusivement animale, la oessati^ n de ce mode d*alimentation est incontestablement indiquée; il ne peut y avoir d exception que pour les cas où les végétaux ne pourraient être supportéSi et ceux où TafFaiblissement de la santé générale réclamerait impérieusement Tusage des toniques.
Les goutteux doivent éviter la vie sédentaire ; tous les auteurs sont d accord sur ce point ; mats souvent le mouvement est contraire à leurs goûts, a leurs habitudes, et l'état des articulations ne le permet pas toujours. Aussil 'exercice doitil être combiné avec l'emploi des moyens qui diminuent les douleurs et facilitent le jeu des articulations. Il en est de même du régime végétal; il importe de le rendre supportable en relevant les forces de l'économie et en rendant plus actives les fonctions de l'estomac.
Quant aux vêtements^ la plupart des auteurs veulent qu ils soient chauds et souvent renouvelés. M. Turck insiste pour que les malades portent des chaussures larges et cooduisaDt mal le calorique; il regarde les vêtements de flanelle comme indispensables. Je ne puis que m associer à lopicioD de ces auteurs dans le cas où ces malades ne font pas des lotions froides ou ne prennent pas des bains froids ; maissils suivent l'une ou l'autre de ces pratiques, une fois rendus insensibles aux transitions de température, ils doivent porter des vêtements légers, et qui permettent à lair d être en cootact avec la peau.
Les agents hygiéniques , choisis surtout d'après cette iiét qu'il faut placer les malades dans des conditions opposées â celles au milieu desquelles la goutte s'est produite, sont de la plus haute importance; ils sont toutefois impuissants à guérifi et toujours on doit leur associer des moyens thérapeutiques. D'après quels principes ces moyens doivent-ils être administrés?
Incontestablement on doit avoir pour but d'exciter, autant que possible, les sécrétions cutanées et urinaires. Quand ofl
réfléchit que, dans la goutte chronique, toutes ces sécrétions paraissent moins acides que dans Tétat normal , qu'elles sont iosufBsantes pour réiimination des matières qui, normalemeot, devraient être rejeiées, on conçoit la nécessité de les rendre plus actives; cette nécessité est mise hors de doute par cette observation que, dans 1 accès de goutte aiguë, toutes ces sécrétions, quelque temps ralenties, prennent une activité eitréme, comme pour réparer en quelques jours finertie trop longtemps prolongée de la peau et des reins.
i' Remèdes pharmaceutiques, — Ce serait une longue énumération que celle de tous les remèdes qui ont été vantés contre la goutte. Elle serait malheureusement aussi inutile que fastidieuse, tant les drogues diverses employées contre cette maladie sont d'une utilité douteuse, et tant sont graves les accidents qu*elles peuvent entraîner lorsqu'on en abuse, comme on l'a fait si souvent des purgatifs et des éméto-purgatifs.
Je me contenterai de dire que, parmi ces remèdes, les uns lui sont communs avec le rhumatisme chronique, les autres loi sont, en quelque sorte, spéciaux.
Les premiers ont été indiqués page 17 1 et suivantes. Je n'ai à revenir ni sur leur mode d'administration, ni sur le jugement sévère que j'en ai porté.
Les remèdes plus spécialement indiqués dans la goutte chronique sont les amers et les substances qui, telles que les alcalis et le phosphate d'ammoniaque, paraissent spécialement propres à dissoudre les concrétions goutteuses, formées d'urate de soude.
Les amers sont indiqués par la débilité que les fonctions digestives ont, en général, chez les goutteux ; et s*ils sont loin de guérir la goutte même, il est incontestable qu'ils remplis- •"^ent une indication utile, surtout lorsque la constitution est débilitée, et qu'il existe cet état auquel on a donné le nom de cachexie goutteuse.
On peut employer le quina, le Colombo, le quassia amaf a. Oq a surtout vanté la poudre du duc de Portiand , dont voici la composition :
7L Petite centaurée. . .
Germandri^e. • . • .
Gentiane ^ aâ parties égales.
Aristoloche ronde. .
Mêlez. Dose : deux grammes tous les matins.
Pour que cette poudre agisse , suivant ceux qui ont vanté son efficacité y il faut en continuer l'usage pendant très longtemps. Seulement, lorsque 1 amélioration devient très évidente, on peut en diminuer la dose.
M. le docteur Buckler (1), se fondant sur ce que lacide urique prédomine dans le rhumatisme et dans la goutte, et sur ce que des concrétions dWate de soude et de chaux se forment dans les tissus blancs , a traité ces deux maladies par le phosphate d ammoniaque , qui , avec les urates , produit de Turate d ammoniaque et du phosphate de soude facilement soluble. li assure que par ce moyen les malades sont soulagés et guéris en peu de jours , et qu*un phénomène qui se produit très prompiement est la limpidité de Turine succédant aux urines briquetées. Attendons, malgré la théorie, des feits nombreux et détaillés avant de nous prononcer sur la valeur de ce traitement. Le phosphate d'ammoniaque est donné à la dose de 50 à 60 centigrammes, trois fois par jour.
M. le docteur Edwards a employé , comme M. Buckler, le phosphate d'ammoniaque contre la goutte, et il est arrivé au même résultat.
2® Méthode fonctionnelle par t intermédiaire de la peau, — On peut appliquer à la goutte chronique toutes les méthodes dont il a été question dans le chapitre où nous avons examiné les moyens d'activer la calorification et la transpiration des rhumatisants. Il faut le remarquer toutefois, lefFet de ces me* thodes est plus limité dans la goutte que dans le rhumatisme. Les goutteux n'éprouvent pas, dans les parties souffrantes, la sensation de froid qui est si commune dans le rhumatisme chronique; la mauvaise saison ne produit pas sur eux une ^nfluence aussi défavorable ; en un mot ils n'ont point
(i) Union médicale^ x847*
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dans la calorification ce trouble profond qui donne nne grande importance aux méthodes thérapeutiques qui peuvent la régulariser.
Les fonctions de la peau sont bien altérées; maie ce n*est point la suppression de la sueur qui a été la cause primitive des accidents.
Enfin les congestions à la tète, que produisent les vapeurs , et, eo général , tous les moyens qui communiquent une vive chaleur, sont plus à craindre chez les goutteux que chez les rhumatisants.
Toutes ces considérations démontrent que le traitement fonctionnel du rhumatisme chronique n'est pas applicable de tout point à la goutte. Cependant si Ton fait des modifications en rapport avec le tempérament des goutteux , si Ton choisit les pratiques qui activent les fonctions cutanées sans exposer 'à des congestions sanguines, on peut en obtenir des améliora* tions notables. On peut surtout attendre de bons résultats de l'emploi de Teau froide, sur laquelle je vais ajouter à ce que j'en ai déjà dit, page 162 et suiv., quelques développements spéciaux.
J'emprunte à Bai*thez (1) le passage suivant :
« L'application de Teau froide et des bains froids peut être dune utilité plus commune, sans comparaison, que ne seraient les bains chauds pour la préservation des retours des attaques de goutte.
> Ainsi, StoU conseille de faire, tous les matins, des frictions sur le corps, qui ne soit pas chaud ou en moiteur, avec une éponge imbibée d*eau froide; après quoi le malade, bien essuyé et bien couvert, doit faire de l'exercice.
> Grant dit que le marcher à gué dans une eau claire , comme pour la pèche, est le plus avantageux de tous les exercices, et le seul spécifique qu'il connaisse pour prévenir le retour des accès de goutte et pour rétablir les goutteux.
» Williams conseille, pour la cure radicale de la goutte, les l»ins froids, pris chaque jour par immersion , la tête la première, où Ton ne reste qu'une demi-minute ou un quart de
(i) Traité d€t mûiadUs goutteuses^ X» I, p. 196.
250 GOUTTK.
minute après avoir plongé; il veut que, lorsque le malade sort de ce bain, il soir bien frotté avec des linges chauds et rudes, et qu* il fasse de Texercice ensuite. »
A propos du conseil donné par Grant de marcher à gué dans une eau claire, Barthez écrit en note : Ceci me rapi^elle ce que dit Strabon du fleuve Cydnus, que leau en est firoideet le courant rapide, et, par cette raison, il est utile de s'y mouiller, tant aux bestiaux qui ont les ligaments des articulations épaissis, qu'aux hommes qui sont attaqués de podagre. * Pline a cité aussi une lettre de Tassius de Parme à Marc-Ântoine, qui atteste aussi l'utilité des eaux duCydnus pendant la goutte.
En terminant, Barthes ajoute . « En général , on ne |i«ut contester l'utilité que les bains froids (dont chacun est pris pendant peu de temps, et est suivi d'un exercice modérp)ont pour exciter les forces de la constitution chee plusieurs hommes sujets à la goutte , pourvu que ces bains soient employés dans des circonstances favorables, et combinés avec nn régime fortiBant approprié. •
Les simples frictions avec le drap mouillé, répétées chaque jour, peuvent être d'une grande utilité. J'ai pu en apprécier les effets favorables chez un ancien militaire, â{;é de soixaote-sept ans. Ce malade était sujet à la goutte depuis trente-quatre ans. Les accès se reproduisaient chez lui plusieurs fois par au, et, depuis quelques années, des intervalles de trois ou quatre semaines seulement les séparaient. Son dernier accès avait duré six mois , pendant lesquels il n'était pas sorti du lit, et il souffrait encore de cette longue et douloureuse épreuve lorsque je commençai son traitement, dans le moisd avril 1865.
Dès les premiers jours , une amélioration sensible se manifesta dans sa santé; il reprit de la gaieté, de l'appétit et des forces, et, pendant deux ans, cette amélioration ne se démentit point. A part quelques douleurs qui ne le retinrent jamais au lit, et qui se dissipèrent après un ou deux jours, il n eut qu'un seul accès de goutte; celui-ci se manifesta au huitième mois du traitement, et dura seulement quinze jours; il fut l'effet d'un refroidissement par imprudence.
Au milieu de cette amélioration si remarquable soas le rapport de l'état général , les pieds, depuis longtemps gonflés et
GOUTTB GHHONIQUË. 251
eoroidis, reprir€tu eu partie leur souplesse; mais une marche de demi-heure fut la limite extrême à laquelle M. R. put atteindre.
On ne saurait trop insister, dans le traitement de la goutte» sur l'emploi des moyens qui, sans produire aucune excitation générale, activent les fonctions de la peau , y portent le sang , et en diminuent rimpre3sionnabilité au froid ; laction momentanée de leaii froide, réunie à des frictions énergiques, est merveilleusement propre à atteindre ce but. En remployant avec toutes les précautions usitées dans les établissements bydroihérapiques , ouen mettant, comme M. R., une persévérance inébranlable dans son emploi , on peut en obtenir les résultats les plus avantageux.
y Jicaiù^ et en particulier eaux de Vichy, — Le traitement par les alcalis, déjà conseillé par Boerhaave et par Clarke, na été vraiment étudié, et n a produit des effets incontestables, que depuis quil a été employé aux eaux minérales de Vichy. Les observations qui ont été recueillies à cette source , et qui sont devenues extrêmement nombreuses depuis que M. C. Petit (i) en a conseillé l'emploi , permettent d apprécier ia méthode à suivre dans ce genre de traitement, et les résultats quon doit en espérer. Les travaux de M. Petit, ceux de M. Prunelle, médecin* inspecteur de Vichy, de MM. Rilliet et Durand-Fa rdel, nous serviront de guides dans ce Utivail.
Hlide (f administration. — Le traitement auquel les goutteux sont soumis à Vichy est uniforme; leur régime est, en géi>éral, sévère. Ils s'abstiennent d'excitants, de vin pur, de café, de viandes noires. Le matin, de bonne heure, ils prennent, de quart d'heure en quart d'heure, un grand verre de table d'eau de Vichy, ordinairement de celle des Célestins; puis ils se promènent pendant quelques instants. A dix heures, ou dans laprès-midi, ils prennent, pendant une heure, un bain d'eau minéraJe pure ou coupée avec un tiers d'eau commune à 27
(i) Voyez Rapport et discussions h l'Académie de médecine (Bulletin de Il Académie de médecine, Pans, i84«>, *• IV, p. 60 et suiv.]. — Du mode (Taction des eaux minérales de f^ichy et de leurs applications thérapeutiques^ ^irii, iBSo, tii«8.
OU 28 degrés. A deux heures , ils recommencent à prendre de Feau en boisson. La dose prescrite est de huit, douze et vingt verres. Quelques malades outrepassent de beaucoup ces doses.
Les effets immédiats de ce traitement sont d abord uae augmentation dans la quantité des urines, qui deviennent plus claires, dont 1 acidité diminue, et qui peuvent devenir momentanément alcalines. La plupart des malades éprouvent de l'amélioration dans leurs fonctions digestives, leur appétit est plus vif, leur digestion se fait plus régulièrement. On nobserve chez eux ni les étourdissements ^ ni les douleurs de tête qu'on pourrait craindre si Ion jugeait des effets de lacide carbonique en boisson par ceux qu il produit en vapeur. Eo un mot, on n observe chez eux aucun accident immédiat ni consécutif.
Effets curatifi. — Suivant M. Petit, un certain nombre de goutteux guérissent entièrement, et ne voient plus reparaître pendant une longue série d'années les accès de leur maladie; mais la plupart éprouvent seulement une diminution notable dans tous les symptômes morbides; les gonflements articulaires diminuent, les mouvements deviennent plus libres, les accès sont moins nombreux, plus courts et moins douloureux. Ce n'est que dans des cas assez rares qu'il n'y a aucune amélioration , et jamais il ne survient d'accident.
Pour que ces résultats favorables soient obtenus et se maintiennent, il faut non seulement que les malades suivent un régime sévère ,. mais qu'ils continuent chez eux l'uiage habituel de l'eau de Vichy , et qu'ils y reviennent chaque année un nombre de fois plus ou moins considérable, suivant Tancienneté et la gravité de leur maladie.
M. Billiet, qui a profité de son séjour à Vichy pour s'euquérir de l'effet du traitement auprès d'un grand nombre de goutteux, a recueilli des renseignements qui confirment ceux de M. Petit. « Dans nos interrogations, dit*il, nous avons été frappé de l'uniformité des réponses des malades. Presque tous ont affirmé que depuis qu'ils prenaient les eaux, les accès de goutte avaient beaucoup diminué de fréquence, de durée et d'intensité. Chez quelques uns ils avaient été suspendus
complètement pendant un ou deux ans , rarement plus ; chez d'aotres, les accès, qui étaient à peu près périodiques, avaient eu de la tendance à reparaître à Tépoque ordinaire, mais ils avaient été à peine sensibles. Nous avons cru voir aussi , d'après Tensemble des renseignements fournis par les malades, que c était principalement après la première saison que la diminution lapins marquée dans le nombre des accès avait lieu, tandis que c'était sur leur intensité que les saisons subséquentes semblaient surtout agir. »
M. Durand-Fardel, qui a publié un mémoire remarquable (1), dans lequel il s'est inspiré en partie des idées de M. Prunelle, combat M. Petit sur un grand nombre de questions théoriques; mais en fait, il confirme ses observations sur Tinnocuité deseao^de Vichy dans la goutte chronique, et sur Tamélioration habituelle que les malades en éprouvent.
En 1845, dans un voyage que je fis à Vichy , j ai eu Thonoew*dy voir M. Estor, qui y passait une seconde saison pour s*y ^re traiter de la goutte. Ce savant professeur de Montpellier, tout en conservant des doutes sur la possibilité de détruire par les alcalis l'affection générale goutteuse , considérait les eaux de Vichy comme très efficaces pour faire cesser le gonflement , la douleur et la roideur des jointures , et pour rendre les accès moins longs et plus rares. La plupart des malades qu il avait observés , étaient dans un état meilleur, aacnn n'avait éprouvé d'accident; la guérison avait été très rare. A ces témoignages j'ajouterai ceux de M. Gaillardet , chirurgien-major, qui achevait, en 1845, une seconde saison des eaux de Vichy pour la goutte dont il était affecté, et ceux d'un grand nombre de gens du monde qui connaissaient des {joutteux dont Tétat s'était sensiblement amélioré aux eaux de Vichy, de telle sorte que la science possède aujourd'hui un grand nombre de preuves en faveur de ces eaux, appliquées au traitement de la goutte.
Quels sont les cas dans lesquels les goutteux doivent s'abstenir des eaux de Vichy ? Suivant M. Prunelle , il y aurait dan-
(i) Des eaux de Fichy^ considérées sous les rapports clinique et tftérapeu^ N'^ue, spécialement dans les maladies des organes de la digestion et dans le truitemtnt de la goutte» Paris, i85r«
256 GOOTTfi.
ger à en feire usage pendant le cours d'un accès aigu, lorsque les malades sont disposés aux congestions cérébrales, et que la goutte a de la tendance à se porter sur les organes internes. Ces sages conseils du médecin inspecteur des eaux de Vichy, nous paraissent devoir être suivis. Mais de quelques restrictions dans remploi d'une méthode, il y a une grande distance à Tabandon de cette méthode elle-même.
Mode d'action, — Commeut agissent les eaux de Vichy dans le traitement de la goutte? Cette question vivement délKitiue, divise encore la plupart des auteurs qui se sont occupés de la résoudre. M. Petit Ta envisagée surtout au point de vue clii* mique, et il a pensé (|uc c était eu iaiduut pusser laciJe urique insoluble à 1 etut d urate de soude dissous qu agissaient le^; eaux de Vichy. Suivant lui, sous Tinfluence de ces eaqx, prises en boissons et en bains, falcalinité des sueurs et des urines, qui sont naturellement acides , ne permet pas de douter que le sang ne devienne plus alcalin que dans 1 elat normal.
Dès lors, les concrétions d'urate calcaire peuvent être dissoutes, résorbées, et, une fois entrées dans le torrent de la circulation, elles doivent être éliminées parles reins» dont lactivité est singulièrement accrue par Teffet du traitement.
Si M. Petit borne là rinterj)rétation des effets des eaux de Vichy, sans aucun doute le point de vue auquel il envisage la question est trop borné; mais je ne vois aucun motif pour rejeter, comme élément de la question, laction dissohanie chimique que les eaux de Vichy peuvent exercer.
C'est avec beaucoup de raison que M. Rilliet a fait jouer ou grand rôle à lamélioration que les eaux de Vichy apportent dans Tétat des fonctions digestives. Les rapports iiitiaies qui lient ces fonctions avec la production et i entretien de la goutte, donnent une grande importance, dans cette maladie, à toutes les méthodes qui permettent de les améliorer.
Mais 1 auteur qui me parait avoir le mieux embrassé toib les éléments de la question est M. Durand-Fardel.
Après avoir établi, |)ar une savante discussion, la nécessité, dans le traitement de la goutte, d'améliorer tout à la fois les fonctions digestives, les sécrétions cutanées et urinniresjl établit que les eaux de Vichy agissent sur toutes cet fonctions
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âla ibis, et que les traiiemenu que Ion ftiit à leur aide constituent uoe méthode naturelle physiologique bien plus que me* (licaroenteuse.
Traitement alcalin à domicile, — Si Ton considère qu'il est impossible de prendre chez soi des quantités de boissons alcalifles semblables à celles dont on fait usage à Vichy, sans fatiguer les voies digestives, on comprendra sans peine que Ion M puisse imiter complètement la méthode que nous venons défaire connaître. Toutefois, si Ton voulait la reproduire , il faudrait remployer tout à la fois en bains et en boissons.
Les bains alcalins habituellement employés contiennent de 100 à 200 grammes de carbonate de soude. Cette dose est inférieure à celle qui résulte de lanalyse des eaux de Vichy , pdfLongcbamp. En e(fot , cette analyse indic|ue en moyenne 5 grammes de carbonate de soude par litre d'eau, et 1 gramme Je âels accessoires, tels que chlorure de sodium, sulfate de soude, etc. Doù il suit que, pour un bain de SOO litres, il faudrait 1500 grammes de carbonate de soude et 300 grammes d'autres sels pour imiter Teau de Vichy. Probablement labseoce d'acide carbonique, qui dans Teau naturelle affaiblit ractioQ des carbonates alcalins , est cause de la faible proportiou à laquelle on s'est arrêté dans la pratique. Mais si la crainte de produire un effet irritant oblige de s en contenter, on voit que, sous le rapport des bains comme sous le rapport de la quantité des boissons , on ne peut faire chez soi un traitement alcalin qui dispense d'aller aux eaux mêmes.
L'insuiBâance des imitations que je viens d'examiner fait comprendre que Ton ne saurait compter sur le savon, conseillé par Boerbaave et par Ciarke. Le premier le conseillait à la dose de h grammes par jour en trois fois , et il en faisait continuer Tusage pendant très longtemps, même pendant une année. Ciarke le donnait à une do^e plus élevée, 15 à )0 grammes par jour pendant un mois.
Peut-être est-il permis d attendre des résultais favorables des lotions alcalines sur toute la surface du corps , telles que lésa conseillées M. Turck. Cet auteur, conduit perdes vues théoriques qu'il n'est pas de notre sujet d'examiner, essaya d abord des solutions de potasse et de soude marquant 10 de*
grés à laréomèlre de Baume ; mais la peau s'irrita promptement sous Fiiifluence de ce remède^ elle se couvrit d*uDe multitude de petits boutons rouges, et devint le siège de démangeaisons et de cuissons douloureuses.
En mélangeant aux dissolutions alcalines des décoctions mucilagineuses, du savon ou de Thuile , en les remplaçant par des bicarbonates alcalins, il ne put réussir. Si la solution gardait une alcalinité suffisante , elle continuait i irriter la peau , et si son alcalinité était très affaiblie , eUe était sans action sur la maladie. Il pensa, pour éviter ces inconvénients, à saturer la potasse ou la soude par Talumine, qui joue le rôle d'acide dans sa combinaison avec les alcalis, mais qui se dégage aisément de cette combinaison.
Pour préparer Taluminate de potasse, M. Turck prend, d'une part, de la potasse àlalcool; de lautre, de 1 alumine précipitée par Tammoniaque d'une solution d'alun, et convenablement lavée et desséchée ; il fait dissoudre Talumine dans la potasse, de manière à obtenir une saturation complète. L'alumiuate de potasse est dissous dans Feau , et Ton prépare ainsi des lessives alcalines qui marquent de 2 à 12 degrés à l'aréomètre de Baume ; on commence par l'emploi des plus faibles, et Ton passe graduellement à lemploi des plus Fortes. L'auteur y ajoute de la gomme arabique, de la térébenthine, de l'alcool.
Les malades doivent se laver le corps deux ou trois fois dans la journée avec celte solution alcaline froide. Voici, suivant l'auteur, les effets immédiats qu'elle produit. Quand on fait, sur toute la surface de la peau , des lotions avec une dissolution alcaline , après le refroidissement léger résultant du contact d'un liquide évaporable , on éprouve une chaleur générale qui indique que lactivité du derme est augmentée. Si les lotions sont réitérées et secondées par Faction de moyens convenables, le corps, au bout de quelque temps, se couvre trune sueur manifestement plus acide que la sueur ordinaire; elle rougit davantage le papier de tournesol ; les urines devien* nent aussi plus acides que d'habitude ; les reins sont iofluen* ces d'une manière directe par la peau , en partageant avec elle la iK>rtion d activité q u elle a acquise.
GOUTTE CHBONIQUE. 257
Les résultats qu on peut obtenir des lotions alcalines daû la goutte chronique sont imparfaitement connus. M. Turk insiste beaucoup sur leur efficacité y sans entrer dans aucun détail sur les faits qui Tont conduit à ladmettre; la seule observation particulière qu'il cite est celle qu'il a recueillie sur lui-même y dans laquelle on voit que l'usage des lotions alcalines a rendu les accès de goutte beaucoup plus rares et beaucoup moins intenses. Il est à regretter que l'auteur, beaucoup plus préoccupé de faire prévaloir certaines théories électro-chimiques que de s'appuyer sur des observations recueillies au lit des malades, ait trop peu insisté sur les preuves auxquelles les cliniciens attachent le plus d'importance.
$ s. Traitement loeal.
Je suis convaincu que les articulations affectées de goutte passée à l'état chronique exigent, suivant les cas, les mêmes méibodes de redressement, et surtout le même emploi des mouvements artificiels que les arthrites chroniques de causes internes. A Fappui de cette opinion, je ne puis citer toutefois quun seul fait« Nous avons vu plus haut que, chez un ancien militaire, les frictions avec le drap mouillé avaient prévenu pendant deux ans les accès de goutte aiguë. Gepen* uant cette amélioration si remarquable n'eut pas pour résultat (le faire disparaître la roideur des articulations qui avaient été tant de fois et pendant si longtemps le siège d'infiamnaa- ^ons goutteuses. Les pieds ne furent plus atteints de souffrances aiguës revenant par accès; mais ils restèrent gonflés etenroidis. Lia douleur qu'y réveillait la marche permettait au plus une progression de300à/i00 mètres ; le malade ne pou* vait parcourir cette distance qu'en se reposant de temps à autre, et en faisant de pénibles efforts pendant une demi-heure.
£n présence de cette impuissauce du traitement général à fiiire disparaître les effets produits par des accès antérieurs, je pensai qu'il serait utile d'employer des appareils de mouvement pour rendre aux pieds une partie de leur souplesse. Ce mode de traitement fut commencé le 15 août I8/18, et appliquée chaque pied deux ou trois fois par jour, pendant vingt-
ISt OOUtTK.
ttnq à trente minâtes chaque fois. Les réau I tats furent sensibles au bout de trois ou quatre jours; la roideur et le gonflement diminuèrent graduellement , et la marche devint moins fati* gante, surtout après ôhaque séance de mouvement artificiel. Trois semaines après le début du traitement, le malade put faire près de trois kilomètres à pied , sans intervalle de repos, ce qui lui était impossible depuis quatre ans. Il est à remarquer, toutefois, que cette amélioration ne put être dépassée.
Si les concrétions goutteuses réclament des remèdes locaux, ce sont les alcalis qui doivent être préférés. L'expérience parait, du reste, avoir confirmé leur supériorité sur les autres moyens; car ils tiennent une large place parmi les topiques recommandés dans la goutte.
a MM. Fournier et Laugier, dit Bartbez, ont proposé, pour résoudre les tufs, divers topiques dont la base est le sel de tartre dissous dans un véhicule approprié. Ou peut préférer des fomentations avec la dissolution du carbonate de soude, qui a été aussi trouvée efficace pour opérer cette résolution, et qui est plus doux que le carbonate de potasse, n
« On a recommandé aussi, pour la même fin, Tapplication de la poudre d'rcailles d*hultres calcinées (que Galien dit des* sécher singulièrement les tumeurs goutteuses) ; le savon combiné avec le beurre de cacao mis en pâte, qu'on peut adapter aux gants et aux bas (Liger); un cataplasme de savon cuit, auquel on ajoute du camphre (Quarin) ; Tapplicaiion du fromage devenu acre et fétide (Galien et Paulmier, qui regarde te remède comme spécifique pour résoudre ces tufs). »
Je ferai observer, en terminant, que les écailles d'huttres produisent de la chaux lorsqu'elles sont calcinées, et que le fromage en putréfaction contient de l'ammoniaque.
Je me borne à mentionner ces médications spéciales. S'il en est d'autres qui soient indiquées par les douleurs ou par tout autre motif, on tâchera d*y satisfaire par les méthodes dont il a été question dans les chapitres précédents, et en particulier à l'article consacré à Tarthrite chronique.
CHAPITBi: QL'IBîZIKlIR.
On sait que rexpression de tumeur blanche comprend des lésions très variées, l^es unes sont formées par des fongosités, les autres par da pus, quelques unes par de la matière tuberculeuse. Ces divei^s éléments morbides peuvent, du reste, être observés isolément ou associés entre eux en diverses proportions.
J ai principalement en vue, dans cet article, le traitement des tumeurs fonguçuses qui sont communes dans Tenfi^nce et la jeunesse, et qui appartiennent surtout au tempérament scrofuleux. Je m'occuperai dans un autre article des tumeurs blanches qui contiennent du pus ou des tubercules.
Ces maladies exigent un traitement général et un traitement local.
AIT. I*'. TaiITIHEHT GÉMiRJkL.
Le traitement général de Taifection scrofuleuse se rapproche par tant de points de celui du rhumatisme chronique , les indications et les moyens thérapeutiques ont tant de rapports dans Tun et Tautre de ces états morbides, que ce que nous avons dit au^ujet de Tun rétrécit beaucoup le cadre des développements que nous avous à donner sur le traitement de lautra*
Et d abiurd , en ce qui regarde la soustraction des causes , OQ, en d autres termes, le traitement éiiologique, nous n'avons qu'à répéter ce que nous avons déjà dit sur la nécessité de taure sortir le malade des habitations humides, mal aérées, sans aoldl, si c'est là qu'il a contracté sa maladie, ou de lui recommander l'exercice au grand air si l'inaction a été dans es habitudes de sa vie.
Uti trouve, il est vrai, dans Tétiologie des scrofules quelques causes spéciales ou, pour mieux dire, rarement observées dans ta production du rhumatisme chronique ; telles sont la suppression des croûtes laiteuses dans les évacuations critiques qui suivent les Sèvres éruptives ; mais il est à noter que ces
260 TOMEURS BLANCHES OU FONGUEUSES.
éruptions sont propres à Tenfancn, c est-à-dire à Tépoque de la vie où une cause morbide générale tend à produire les accidents divers de la maladie scrofuleuse, tandis que les mêmes causes, dans un âge plus avancé, ne déterminent que les douleurs vagues et mobiles du rhumatisme.
Le traitement curatif, qu'une bonne hygiène ne rend inutile que dans un bien petit nombre de cas , est variable ; comme celui du rhumatisme, il peut être emprunté à lune des méthodes que j'ai déjà décrites en les signalant comme fonctionnelles, éliminatrices, spécifiques ou basées sur les indications.
S 1, Méllioda fonetâoniielle à l'aide des moycni qui agiafent •vrloat par l'interoiédiaire de la peao.
Cette méthode est indiquée dans les scrofules : 1^ par la nature même de leur cause, qui ont le plus souvent pour effet le trouble des sécrétions normales ou morbides de la peau ; 2^ par la susceptibilité des malades à contracter des affections plus ou moins graves sous l'influence de Thumidité ou des refroidissements, preuve évidente d'une caloricité insuffisante; 30 par la pâleur du derme , surtout dans le tronc et les extrémités inférieures ; U"* enfin par la sécheresse de la peau on Texistence de transpirations anormales.
Les moyens extérieurs qui appartiennent à cette méthode peuvent être divisés en ceux qui conservent la chaleur, ceux qui la communiquent, ceux qui en activent la production, et ceux qui la soustraient momentanément. J ai fait connaître les uns et les autres avec trop de développements à Tartideda rhumatisme chronique pour avoir besoin d en parler de nouveau avec détail. Il me suffira de dire qu'il n'est pas un seul de ces moyens qui ne puisse être utilisé dans les scroAiles.
Il faut remarquer toutefois que la simple conservation de la chaleur par des vêtements chauds, et sà communication j^v des bains de vapeur ou d'eau chaude, sont loin d'être sofS* sants. Il faut que les bains soient rendus plus actifs par des substances spéciales , comme le soufre et les sels alcalins , oa par certaines conditions de température et de précautions hygiéniques semblables a celles qu'on emploie dans l'hydro-
thérapie. Ainsi, parmi les méthodes qui excitent la sueur normale, la calorification et la circulation capillaire, ce sont les plus actives qui conviennent le mieux aux malades atteints (le scrofules. L'inertie que leur constitution oppose à toutes les médications indique dès lors le choix des eaux sulfureuses parmi les eaux thermales , et celles des eaux les plus salines parmi celles de ce dernier ordre. De là la préférence donnée aux eaux de Baréges, d'Allevard , de Bourbonne-les-Bains, de là Futilité des eaux très froides lorsqu'on emploie Thydrothérapie, sur laquelle je vais ajouter ici quelques développements particuliers aux scrafuleux.
Les médecins qui ont visité les établissements hydriatiques de GraefFeuberg et des autres villes d*Allemagne(i);ceux qui, en France, ont publié quelques travaux sur Fhydrothérapie » sont unanimes pour accorder à cette médication une grande puissance dans la cure des scrofules. On trouve cette maladie assez souvent mentionnée parmi les cas de guérison ou d'amélioration rassemblés et présentés, sous la forme de tableaux, par M. Bachelier (2). Les observations 21 et 22, racontées par M.Scoutetten (3) ; celles, beaucoup plus nombreuses, que Ton doit à M. Gilbert , directeur de rétablissement hydrothérapeutique de Serin (4), enfin celles de M. Fleury (5) démontrent aussi la possibilité d'obtenir des résultats favorables.
Si ces exemples pouvaient laisser des doutes sur l'efficacité de l'hydrothérapie contre la diathèse scrofuleuse, l'observaùon de ses effets immédiats dans le traitement de cette maladie entraînerait toute conviction. Lorsque Ton découvre les scrofuleux que Ton a &it suer dans la couverture de laine, il se dégage une odeur si nauséabonde qu'il est impossible de la supporter, et si caractéristique qu'elle ferait connaître à elle seule le genre de maladie pour lequel le traitement est employé. Cette odeur est semblable à celle qui s'exhale de la tête <les enfants lorsque celle-ci est couverte de croûtes et qu'on
(i) Hjrdroihérapeuîitfue^ par le docteur Ch. Munde, Paris, i842«
(a) Exposé critique et méthodique Je r/i/*(/n>tAr/ra;>ie,Pont-à-Mousson, i843*
(3) De l'eau soui le rapport hygiénique et médical^ Strasbourg, iS43, in-8.
(4) Observations sur lliydrothérapie^ Paris, i845.
{S) Traité pratique et raisonné d^hydrothérapiey Paris, i852.
s 02 TUMEURS BLANCHES OU FONGUEUSES.
eolàve le taffelas ciré qui a servi à l'envelopper. Évidemment il y a là un principe particulier qui entretient la maladie générale» et ce principe est rejeté au dehors.
J ai soumis un grand nombre de scrofuleux à cette méthode de traitement, et je tie crains point de la recommander comme très avantageuse. Non seulement je Tai vue réussir sans aucun traitement local dans un grand nombre d'ophthalmies scrofiileuses rebelles, mais elle a été tout aussi efficace dans des cas où l'affection constitutionnelle se manifestait par de graves lésions dans la continuité des membres et dans les jointures. Il est inutile de dire que ces résultats ont été surtout observés dans les établissements spéciaux , et qu'ils ont toujours exigé une grande persévérance.
J 2. Kéthoda élûmnatriM.
Plusieurs conditions indiquent ici Timportance de la méthode éliminatrice. Ainsi, le ralentissement ou la suppression d'un flux quelconque , trouble qui joue un si grand r6le dans la production de la maladie , la facilité avec laquelle supparent, chez les scrofuleux^ toutes les solutions de continuité, et enfin les résultats heureux de toute évacuation artificielle par le peau^ par les voies digestives ou par les voies uriuaires.
Nous avons déjà énuméré tous les moyens qui rentrent dans cet ordre de médications (voyez p. 171). Qu'il nous suffise de dire ici que s'ils sont impuissants à produire la guéridon , il ne fout point les négliger dans le cours d'un long traitement, et qu'en particulier les sudorifiques, les purgatifs et les exutoires à la peau peuvent venir en aide aux actions plus puissantes que fournissent les méthodes fonctionnelle et spécifique.
S S. Méthode dtN tpéfrifiqne.
Je comprends sous ce nom l'emploi des substances qui semblent agir spécialement contre l'affection scrofiileuse, et qui n'appartiennent à aucun des modes exposés dans les autres chapitres de ce travail.
Je signalerai surtout l'huile de foie de morue et les préparations iodées.
TRAITEMENT GÉNÉRAL. lAS
L'huile de foie de morue est du petit nombre des médica*» menis qui, après avoir été vantés dans quelques mémoires, reçuiveot chaque jour dans la pratique la confirmation des propriétés curatives qu'on leur avait assignées. Elle est, en général, insuffisante, surtout dans les hôpitaux, lorsqu^il existe des lésions matérielles; mais quand celles-»ci necom« pliquent point Taffiection scrofuleuse , elle est d^une remaiv quable et évidente utilité.
On la donne ordinairement à la dose d*une cuillerée à bouche, le matin à jeun, pendant une ou deux semaines; on en élève ensuite la dose à deux cuillerées à bouche, lune le matin et lautre le soir ; on peut arriver à une dose plus fbrt^ encore; mais en général il vaut mieux en continuer Temploi pendant un temps fort long , trois ou quatre mois , par exemple, que d en augmenter beaucoup 'a cjuantité. Aussitôt apfès Tavoiriait prendre pure ou mélangée avec quelque sirop, on donne une demi* tasse d*une infusion amère, celle de glands de chêne, par exemple.
L*huile de foie de morue doit probablement ses propriétés , d une part à sa qualité de substance bydrocarbonée, ce qui là rend éminemment respiratoire, de Fautre à Tiode que Ton y trouve en moyenne à la dose de vingt-cim] centigrammes par litre; mais elle a probablement aussi quelques modes spéciaux dagir; car il est loin detre prouvé que Ton puisse réussir aussi bien avec les imitations que Ton en a faites eu ajotltant à une huile végétale certaines proportions d'iode.
Préparations iodées. — Ces préparations peuvent être employées en boissons, en bains, ou en applications sur des Burfoces dénudées. Je ne parle pas de la respiration des va- |>eurs d*iode, que doit faire rejeter leur action irritante sur les voies respiratoires.
Boissons, — Lorsque M. Coindet introduisit Tîode dans la pratique médicale, il l'employa pur et dissous dans Teau. M. Lugol y ajouta Tiodure de potassium , et prescrivit surtout des liquides contenant de Fiodo induré. Depuis quelques années, la plupart des praticiens ont supprimé Tiodepur, et prescrivent seulement de Fiodure de potassium. Les maux (Vcstomac et Fexcitatiou très vive tjue produit fréquemment
Tiode, méœe h la dose de 2 à 5 centigrammes dans un véhicule de 250 à 500 grammes, ainsi que le faisaient habituellement Coindet et Lugol, ont conduit à lui substituer Tiodure de potassium à la dose de 25 centigrammes à 2 grammes dans 500 grammes d'eau. Les raisons de cette substitution sont excellentes; mais il est permis de douter que^ dans le traitement des scrofules y Tiodure de potassium ait autant d'énergie queTiode lui-même. Si cette infériorité thérapeutique n'était pas admise, on aurait peine à comprendre les résultats obtenus par MM. Coindet et Lugol ; car, dans les symptômes scrofîileux , Tiodure de potassium administré en boisson laisse le plus souvent la maladie languir dans un état stationnaire, et ne produit que des effets insuffisants.
Cette insuffisance de Tiodure de potassium et le danger d'employer l'iode en nature ont conduit à l'emploi d'autres préparations naturelles ou artificielles d'iode. Les plus répandues dans la pratique sont :
L'iodure de fer neutre , préparé suivant les procédés de M. Dupasquier, et les eaux naturelles, comme celles ile Ghalles, en Savoie, qui doivent la plupart de leurs propriétés aux iodures.
Ces préparations sont quelquefois supportées par restomac, lorsque les solutions d'iode et d'iodure ne le sont pas ellesmêmes; mais comme souvent ni les unes ni les autres ne peuvent être continuées aux doses convenables pendant le temps très long qu'exige tout traitement complet, on a lieu d'examiner avec soin quels sont les modes extérieurs d administi^ation de l'iode.
administration de Ciode par la peau, — Ex téri eu renient, l'iode peut être administré en bains, en frictions, par la méthode endermique, ou en applications sur les surfaces ulcérées.
Les bains iodés prescrits par M. Lugol mériteraient d'être conservés. Leur prix élevé les a sans doute empêchés de se maintenir dans la pratique. Ils exigent, suivant Inuteur, 8 grammes d'iode et 16 grammes d'iodure de potassium pur les adultes ; chez les enfants, les doses sont diminuées proportionnellement à leur âge.
Frictions iiodwre de potassium. — C'est à Naples seulement que j ai vu iaîre des traitements généraux par Tiodure de potassium en frictions sur la plante des pieds. Si Ton détermU Dait par là une absorption de Fiode , ce qui serait (acile de constater par l'examen des urines, ce mode de traitement devrait être propagé ; car il n*cxpose pas à la fatigue de lestomac et n est pas douloureux. L'absence d'infirmiers spécialement destinés à faire des frictions, ainsi qu'on le voit à Naples, empêchera toujours ce mode d'administration de se répandre dans la pratique.
L'affplication de Piode par la méthode endermique date seulement des essais que jen ai faits en 1851. On avait craint, sans doute, les vives douleurs que devait entraîner son application sur des vésicatoires. L'expérience m'a prouvé que, lorsqu'on se sert d'une pommade qui contient 1 gramme dWe et 2 grammes d'iodure de potassium pour t^O grammes dnxonge, ces douleurs, quoique assez vives pendant une il trois heures , sont supportables. Dès le jour même où l'on met riodeen contact avec la peuu dénudée, on le retrouve en abondance dans les urines; on ne peut douter, dès lors, quon ne produise ainsi un effet général. Par l'emploi d'une succession de vésicatoires pansés avec la pommade iodée , on peot entretenir la présence de l'iode dans les urines, et surtout dans le sang. Des améliorations très promptes obtenues par ce seul moyen, dans un grand nombre d'ophtbalraies scrofuleuses, en ont démontré toute la puissance.
V absorption par les surfaces ulcérées n'est ni moins prompte ni moins évidente que par les vésicatoires.
Si Ton panse des ulcères ou des fistules scrofuleuses avec la P'^romade ci-dessus indi([uée, l'iode se retrouve dès le jour même dans les urines. Ou peut même le rencontrer dans d autres produits d'excrétion. Ainsi j'en ai constaté la présence dans la salive, la sueur et l'urine d'un jeune bomme qui avait des ulcérations scrofuleuses autour du jarret , et dont le traitement par Tiode était borné à ces surfaces ulcérées.
Des syniptômes généraux démontrent également l'action qu exerce sur toute l'économie l'iode applique de lu sorte. Indépendamment de l'excitation fébrile qu'il produit tnomen-
tanément au début » on remarque quelques joui*s après ces |)anseiDents une augmentation Je Tappétil, une coloration plus satisfaisante de la face , et d*autre$ signes d^une amélioration dans la santé.
Il est donc impossible de séparer le traitement général du traitement local; les applications laites directement sur les parties malades réagissent sur toute 1 économie.
S 4. T^aiUoMBt bM4 tnr lot îndiêa
En tenant compte des indications sp^ales , on est conduit à prescrire les ferrugineux : 1** dans le cas où il y a complication de chlorose; 2° les amers dans ceux où les malades sont faibles et amaigris.
Le fer est, dans les cas ordinaires» de la plus complète inutilité. C^est une iausse analogie qui a conduit à admettre qu'un remède efficace dans la chlorose devait 1 être dans les scrofules. Dans la chlorose , il y a diminution du fer et de la fibrine du sang, il n'y a aucune tendance à des sécrétions fongueuses et purulentes ; dans les scrofules, au contraire, rien ne prouve qu'il y ait altération dans les éléments du sang; il y a tendance, au contraire, à la production des fongosités ou du pus. En réfléchissant à ces différences fondamentales, on conçoit très bien qu on ne puisse conclure de ce qui se passe dans la chlorose à ce qui doit arriver dans les scrofules, et Texpérience, d'accord en ceci avec les prévisions de la théorie, montre, coromeje le disais plus haut, que dans la diathèse fongueuse les feiTugineux ne sont efficaces qu accidentellement, et lorsqu'il y a complication de chlorose.
Jmers. — Lorsque les scrofuleux sont faibles et amaigris un traitement tonique leur convient sans aucun doute, et c est probablement chez eux que les tonic|ues, tels que le quinquina , le quassia^-amara , tant vanté par Hufeland , ont produit des résultats avantageux. Peut-être aussi c'est cheseui que lor, substance très excitante , a pu amener des résultats plus favorables que d'autres moyens; mais, dans les castes plus ordinaires, les toniques sont loin d'avoir une efficacité réelle, et c'est à peine s'ils sont indiqués. Souvent les scrofii'
leax offrent les apparences de ta santé et du tempérament saoguin ; ils ont de Tappétit , et leur nutrition semble s'accom«^ plir normalement. Dès lors, on n'a pas à s'occuper de relê^ ver leurs forces diçestives ni de les fortifier.
Réflexions çén&ales. — Les diverses méthodes qui viennent detre examinées sont loin de s'exclure les unes les autres; quoique différentes sous plusieurs rapports, elles ont des points de coDiact nombreux, et elles peuvent se seconder ré« ciproquemeot. I^es substances pharmaceuti(|ues, comme Tiode, rhuile de foie de morue, sont éliminatrices et activent la réno« vation organique tout aussi bien que les eaux minérales^ les bains de vapeur, et, en général, toutes les méthodes qui exci* teni les fonctions cutanées.
Il est donc utile d associer ces diverses médications, et comme la puissance de Tune s'épuise au bout d'un certain temps, il faut la remplacer par une autre, et faire ainsi succë*der divers modes de traitement auxquels on est du reste iné** vitablement conduit par l'impatience des malades, toujours mécontents de la lenteur et de l'imperfection des résultats.
Ait. II. — TaiinniiT local.
Les tumeurs blanches offrent tant de variétés et présentent des indications si diverses qu'il est impossible d'exposer leur traitement comme on le ferait pour une lésion toujours identique. Tantôt les fongosités articulaires constituent, avec les ramollissements et les ulcérations de cartilages qui en sont la conséquence inévitable, la totalité des lésions ; tantôt diverses complications viennent se surajouter à ces lésions essentielles.
11 semble logique d'exposer d'abord le traitement du premier de ces états , c'est-à-dire de celui où la maladie est aussi simple que possible. Je préfère cependant m'occuper d'abord des complications; le problème, dégagé de ses éléments secondaires , pourra être résolu avec plus de rigueur.
J 1. OompHoftlions.
Les complications principales sont : l'' les directions vi*cieuses des membres, les luxations spontanées et les anky*
268 TOMEURS BLANCHES OU FONGUEUSES.
loses, lésions spécialement mécaniques; 2» les inflammations aiguës; Z^ les abcès; U^ les douleurs très vives avec altéraiion des surfiEices articulaires.
V Directions vicieuses^ luxations spontanées eiankylùses* — ^Une direction vicieuse des membres accompagne fréquemment les tumeurs fongueuses. Il importe, au plus haut degré, de la faire disparaître. En effet , si on la laisse persister, si Ton ne remédie pas, par exemple, h la flexion du genou, à rextension du pied, au raccourcissement de la hanche, le malade, une fois guéri, restera pour toujours infirme et diflorme, triste résultat qu on observe tous les jours , et qui fait regretter une temporisation impossible à réparer quand une fois Tankylose est solidement accomplie.
Bien plus, la mauvaise direction des membres entretient des distensions funestes , et s'oppose à la guérison. Ainsi Fabduc* tion de la jambe , dans les maladies du genou, entraîne la distension des tissus articulaires en dedans de la jointure, et, par suite, entretient les douleurs et les lésions. Mêmes observations pour la hanche lorsque la cuisse est trop éloignée on trop rapprochée de Taxe du corps.
Les obstacles qui s opposent au redressement ont cela de commun qu'ils existent surtout entre les surfaces articulaires. De là l'importance des traitements mécaniques, et surtout de la rupture des adhérences. La section des tendons na ici qu'une utilité accessoire.
Cependant les obstacles augmentant toujours avec les progrès de la maladie, soit que les ulcérations articulaires deviennent plus profondes, soit que les adhérences qui se forment dans les cas favorables prennent de plus en plus de la solidité, il importe de s'occu[)er des redressements dès qu'on est appelé auprès des malades. Les contre-indications peuvent venir des inflammations aiguës ou des vives douleurs qui heureusement peuvent être passagères, ou de la solidiié des adhérences et de la profondeur des ulcérations.
Les luxations spontanées et les ankyloses forment une complication si grave et si fréquente des tumeurs fongueuses, que nous consacrerons un chapitre spécial à chacune de ces lésions. Qu il nous suffise de les indiquer ici afin qu'il soilbien enteodn
TBAITEMENT LOCAL. 260
que ce que nous dirons plus tard du traitement des tumeurs blanches à Tétat de simplicité ne s'applique point au cas où les os ont changé de rapports, ni à ceux où ils sont unis par de solides adhérences.
2* Inflammations aiguës. — Les inflammations aiguës, qui compliquent fréquemment les tumeurs fongueuses, sont quelquefois Teffet de violences extérieures; le plus souvent elles sont produites par la cause interne, dont la maladie principale est Teffet, et qui se manifeste plus énergiquement de distance en distance. Lorsi|u elles surviennent ainsi acciden* tellement, le traitement de la tumeur fongueuse doit être abandonné pour faire place à celui de larthrite aiguë. Le repos de larticulation, les corps gras, et même les sangsues et les émollients , sont alors indiqués.
Ce sont les résultats obtenus par les antiphlogistiques dans ces états intercurrents qui ont pu justifier aux yeux des partisans de la médecine physiologique, le genre de traitement qu ils préconisaient ; mais le succès de ces cas spéciaux ne doit rien faire préjuger pour la méthode à suivre dans le traitement de la maladie principale. Le repos, les émollients et les sangsues peuvent être utiles dans Tarthrite aiguë accidentelle, sans être indiqués pour cela dans Tétat chronique et habituel des tumeurs fongueuses.
Toutes les médications que nous avons fait connaître en parlant de Tarthrite aiguë sont applicables à la complication que nous avons ici en vue. Remarquons toutefois que les émollients gagnent à être associés à des substances toniques , et que les cataplasmes les plus avantageux sont ceux qui réunissent ces deux ordres d éléments (voyez p. 150 et 151).
Les substances altérantes, telles que les frictions mercurielles, et surtout la pommade au nitrate d argent, peuvent donner de bons résultats. Enfin les douches de vapeur au déclin de Tétat aigu sont spécialement indiquées.
3" Abcès. — Des abcès viennent tôt ou tard compliquer en général les Fongosités et les ulcérations des cartilages. Si Ion a lieu de soupçonner cette fâcheuse coexistence, et qu^on ne puisse cependant la reconnaître avec certitude, le traitement que nous condeillerons, pour les cas où les fongosités existent
S70 TUMEURS BLAMCHB8 OU rOWCUEUSES.
seules, sera encore mis en usage. Il faudra seulement s'at« tendre alors à n obtenir que de médiocres résultats, ou même à voir la maladie suivre une progression croissante.
Si la suppuration est évidemment formée, on lui opposera les médications qui seront exposées dans le chapitre suivant. Pour éviter des répétitions je n*en parlerai point ici , et je me oouteuterai de faire remar(|uer que louverture de dépôts tapissés de couches épaisses de fongosités expose peut->étre à moins d accidents que celle des abcès froids. Cette différence doit dépendre de ce que la <:avité articulaire, plus ou moins remplie par les fongosités, soblitère plus aisément après l'évacuation du pus.
Je serais disposé à m'expliquer ainsi pourquoi certains auteurs ont considéré comme très grave l'ouverture des abcès articulaires, tandis que suivant d autres elle a peu de danger. L assertion des premiers s applique aux abcès froids, celle des seconds aux abcès formés dans des tumeurs fongueuses.
k^ DouUun viv^s avec ulcération des surfaces articulaires. -^ Les vives douleurs qui compliquent les tumeurs fongueuses peuvent être la suite d'une mflammation aiguë, d'un état névralgique ou rhumatismal; mais ordinairement quand elles sont portées au point d'enlever tout repos , et qu elles se pro* longent avec obstination pendant longtemps, elles tiennent au ramollissement des ligaments et à l'ulcération des burfaces articulaires. Les moindres mouvements sont douloureux parce qu ils déterminent des frottements anormaux entre les os.
La plupart des praticiens, B. Bell et Boyer entre autres, prescrivent dans ces cas les applications narcotiques. Mais soit quon se contente de lopium, de la belladone, etc., on qu on ait recom*s aux préparations plus modernes déther et de chloroforme, le résultat est le même, Timpuissance est complète. On ne peut réussir qu en obtenant Timmobilité, en fai* sant un seul tout des divers os qui composent la jointure, et, par exemple, dans les maladies du genou, en unissant le tibia et le fémur si solidement qu aucun frottement ni aucun dépla* cernent ne puissent avoir lieu.
Une compression circulaire , bornée à la jointure malade ou s'étendant au*dessus et au*dessous, ne saurait assurer la
fiilt* de ces rapports; il faut des appareils solides, qui embrassent une grande partie des membres , et qui préviennent tous les mouvements et toutes les impressions douloureuses que des points d appui mal choisis peuvent engendrer. Ainsi, dans les maladies du pied ou du genou , il faut empêcher la pression sur le côté externe et postérieur du talon; dans celles de la hanche avec raccourcissement, c'est la chute du genou en dedans qu'où doit prévenir.
Ces indications bien saisies, si l'on emploie des moyens mécaniques qui y satisfassent, on obtient des soulagements aussi remarquables par la promptitude que par la sûreté du résultat. Les bandages amidonnés tels que les applique M.Seutin, et mieux encore les gouttières que J ai fait construire, atteignent parfaitement ce but.
Il va sans dire que dans les cas difficiles auxquels nous faisons allusion, il est impossible d obtenir le rétablissement des fonctions du membre. On doit s'estimer heureux si Ion guérit par ankylose. De là l'inutilité des mouvements qui seront conseillés plus loin comme méthode générale, de là aussi l'avantage de maintenir les os dans des rapports fixes pendant plusieurs mois, et de prolonger longtemps ensuite lemploi des tuteurs.
Grâce à ces tuteurs, les malades peuvent se lever et même $e promener, avantage important, car s il est indispensable d'assurer l'immobilité complète des os qu'on veut réunir par ankylose, il ne Test pas moins d améliorer la santé générale, et dès lors de faire exécuter des mouvements d'ensemble, lors même que Ton s oppose aux mouvements partiels.
S 3. Tumeur fongneoM timple.
La tumeur fongueuse est à l'état de simplicité, lorsqu'elle existe sans déformation, sans luxation spontanée, sans ankylose, sans inflammation aiguë, sans ulcération profonde des surfaces articulaires, sans suppuration, sans tubercule. La maladie se réduit alors à des fongosités dans la synoviale et les ^us environnants, avec ulcération superficielle des carti- 'figes. Les douleurs sont médiocres; quelquefois même il Q en existe pas, et le toucher ne fait reconnaître qu'une masse
272 TUBIEURS BLANCHES OU POffGUCUSES.
molle, pâteuse» dans laquelle on ne reconnail qu une flnctna* tîon trompeuse.
Les indications à remplir ne se bornent'pas, comme on le croit généralement, à obtenir la résolution delà tumeur. Une résolutîon est nécessaire, il est vrai : c*est celle de la sérosité infiltrée dans les tissus et qui forme une partie du gonflement. Mais il est un autre phénomène non moins important à réaliser : c*est l'organisation complète de la lymphe plastique qui forme la base des fongosités. Cette lymphe est organisée, puisqu elle est pénétrée de vaisseaux ; mais elle est arrêtée dans son organisation. Il faudrait quelle passât à 1 état fibreux, subissant ainsi, dans la profondeur des tissus, les transformations que nous observons tous les jours dans les bourgeons charnus des plaies qui se cicatrisent.
Par quels moyens locaux obtenir ce double phénomène : la résolution des liquides séreux, et l'organisation de la lymphe plastique? C'est ce que je vais exposer.
A. Moyens propres à maintenir P articulation dans des conditions anatomigues favorables. — Lorsque les membres ont la direction la plus convenable à Texercice de leurs fonctions, soit qu'ils l'aient toujours eue ou qu'ils y aient été ramenés, il importe de prévenir les directions vicieuses qui pourraient se produire, au lit comme pendant la marche, et d'éviter les pressions d'où pourraient résulter, avec le temps, des luxations spontanées. Dans ce but, des appareils, de jour et de nuit, sont indispensables, du moins lorsque les lésions ont acquis une certaine gravité. Ceux dont je fais usage n'ont rien de spécial aux tumeurs blanches; ils ont été décrits d'une manière générale page 12, et leur description sera complétée plus tard. Qu'il me suffise de dire qu'il est peu de lésions ariiculaires où leur importance soit plus grande que dans celle qui nous occupe ; car il n'en est pas où le ramollissement des ligaments et celui des surfaces articulaires exposent à des déplacements plus faciles et plus irrémédiables.
13. Exercice des fonctions. — 1® Mouvement de la totalité du co9j)s, — L'articulaiion ramenée ou maintenue dans les meilleures conditions anatomiques, le malade doit-il éire condamné au repos? Faut-il, à l'exemple de la plupart des chirurgiens,
TRAITEMENT UXML. 273
1 assujettir au lit? Non, (sans aucun doute. L exercice et le grand air sont trop fevorables à la santé générale, et ramélioration qui en résulte influe trop puissamment sur la core, pour qu'on prescrive le repos énervant du lit aux malbenreux qui doivent séjourner dans les hôpitaux, et qu on les oblige à respirer constamment lair vicié des salles. Ces vérités ont été comprises par un certain nombre de praticiens. M. LuffAy dont le nom est resté attaché au traitement des scrofules par les préparations iodées, recommandait à ses malades la promenade dans les cours de l'hôpital Saint-Louis, et il les faisait marcher avec des béquilles, si leurs articulations étaient trop &ibles pour supporter le poids du corps. La même recommandation est suivie habituellement par lee malades qui appartiennent à la pratique civile, et la fréquence relative des gaérisons chez ces malades est, sans doute, en partie le fruit de cet exercice salutaire et de la respiration d*un air plus favorable. Enfin, M. Seutin, qui a tant fait pour rendre la marche facile dans les tumeurs blanches par le tuteur solide que fournit aux membres le bandage amidonné, insiste avec toute Tautorité de l'expérience et de la raison sur une pratique analogue à celle de M. Lugol.
Les préjugés que conservent un grand nombre de praticiens contre la marche dans les tumeurs blanches, proviennent des douleurs et des déplacements qui sont la suite fréquente des mouvements de totalité. Mais, qu'on le remarque bien, ces inconvénients n'ont lieu que lorsque le malade porte son membre sans appui. Qu'on lui donne un tuteur convenable et il profitera de tous les avantages de l'air et de l'exercice, sans douleur ni déformation locale. (Voyez genou^ pied,)
V Mouvements de C articulation malade elle-même. — Les mouvements de l'articulation malade elle-même ne sont pas moins utiles que ceux de la totalité du corps, et les préjugés contraires à leur emploi, en général si répandus, ont trouvé quelques auteurs pour les combattre. Parmi ceux qui ont reconnu les avantages du mouvement, 'je citerai d'abord M.Teissier, de Lyon, praticien distingué, qui, après avoir démontré la gravité des lésions que le repos prolongé cause dans les jointures, en tire cette conséquence que dans les tumeurs
376 TUMBUftS BLANGRB8 OU FONGUEUSES.
blanches ce repos doit êm évité , et je oe saurai» oublier M. Mellet, élève de Venel et de Jaccard ^ qui , ayant recoonu par des observations nombreuses à quel point les manipulations sont utiles dans le traitement des pied»-bots, les a appliquées à celui des tumeurs blanches. Voici oe qu il dit (1) :
« Les chirurgiens , en général , recommandent le plue par- ËEiit repos , et ont grande peur dlmprimer aucun moaipeaient, pour ne pas y augmenter Finflammation; mais respèca parti- Gulière d^inflammation qui se manifeste dans les tumeurs blanches est, d'après mes expériences , d'une nature différente des autres inflammations. Plusieurs observations m^oat engagé I au contraire, à fioûre exécuter chaque jour aux ardcttlations qui en sont le siège de légers mouvements de flexion et d'extension qu on augmente ensuite par degrés; et, loin d'accroître la douleur et de voir le mal empirer» 1 expérience de six cas de ce genre , guéris depuis quelques années » ma démontré quon avance plus par ce seol moyen que par le repos , et tous les agents qu on met ordinairement eu uaage.
« En effet , j ai vu sous l'influence de ces mouvements le genou se dégonfler; les abcès fistuleux (|ui s'y étaient formés en grand nombre chez quelques uns se vider» et la plaie se cicatriser bientôt ; le genou , qui avait dans les premiers temps une sensibilité extrêmement vive» la perdre peu à peu , et me permettre de faire, non seulement des mouvements très étendus , mais encore d y appliquer un appareil mécanique avec lequel j^aidais et je maintenais l'extension obtenue avec les mains. Je regarde donc ces mouvements comme extrêmement utiles dans le traitement des tumeurs blanches des articulations , soit pour y introduire une irritation franche , qui finit par dénaturer Firritation morbide , soit pour prévenir ou remédier à la flexion de la jambe. »
Je n'ajouterai qu'un mot aux préceptes que vient de formuler M. Mellet : si les manipulations doivent être utiles , on réussira beaucoup mieux» et beaucoup plus sûrement en communiquant les mouvements aux jointures avec les appareils spéciaux que j'ai imaginés» et qui donnent à la ma-
(i) Manuel pratique (torthopédie, page 336.
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Dœttvi-e une facilité, une douceur et une uniformité qu on chercherait vainement par tout autre procédé. A moins de lésions trop graves , telles que l'ulcération profonde des surfaces articulaires, Tusage de ces appareils donne de la soi;^plesse aux jointures, produit une résolution lente, il est vrai, mais pi*ogressive, et diminue la sensibilité du malade aux pressions, aux secousses et aux mouvements spontanés. Des exemples qui seront cités aux articles Genou ^ Hanche ^ etc.^ en démontreront toute Tutilité.
Mais ces mouvements artificiels ne doivent pas seuls être employés; des mouvements spontanés seront aussi exécutés parle malade pendant une durée graduellement croissante, mais sans être portés jamais jusqu'à la Aitigue, et le patient s'aidera, s il est nécessaire, de béquilles ou de tout autre moyen propre à gorantirdes pressions dangereuses.
C. Rfsohtti/s mécaniques, compression f massage ^ percussion, douches. — Après les médications qui agissent sur la direction, les rapports et les fonctions des jointures» en d autres termes sur leurs conditions anatomiques et physiologiques, se placent celles qui s adressent plus spécialement à la vitalité. Je comprendrai dans un groupe commun celles dont l'actioQ est surtont mécanique. Ce sont : la compression y qui exprime les liquides infiltrés dans les tissus; le massage j qui &it succéder des alternatives do relâchement et de constrictJoo, et qui ajoute à cesiictes mrcnniqnes des mouvements artificiels de la peau sur les parties profondes et des os les uns sur les autres; enfin les douches en colonne^ qui exercent une véritable percussion , dont Tcbranlement se foit sentir à une profondeur plus ou moins grande, suivant le volume et la force du jet.
Compression, — Parmi les agents de compression , les uns se bornent simplement à comprimer ; ce sont : les bandelettes de diachylon et Tappareil de Scott; les autres, comme les bandages amidonnés, les gouttières en cuir solide, compriment et assurent Fimmobilité.
La compression est utile, sans doute, puisqu elle chasse delà jointure malade une partie des liquides qui infiltrent les tissus, et surtout puisqu'elle prévient, quand le 4nalado se
lève, rengorgeaient passif dont ces mêmes tissus sont babî' tueliement le siège. Mais là se bornent ses avantages , et prétendre, comme M. Lavacherie, qu'elle peut à elle seule procurer la guérison des tumeurs fongueuses , c'est se laisser aller à la plus étrange illusion. Non seulement à Taide des bandages de diacfaylon, de Scott, etc., on n*agit ni sur la direction, ni sur les points d'appui, ni sur les fonctions des oi^anes malades; mais, par leur emploi prolongé, on s'opposerait ù l'organisation de la lymphe plastique. Ce travail organisatetir est, en effet, le but essentiel qu'on doit se proposer dans le traitement des tumeurs fongueuses; et les moyens de compression laissent la vie trop languissante pour ne point mettre obstacle à cette opération salutaire de la nature.
Le massage fiicilite l'absorption des liquides en les exprimant des cellules où ils sont contenus; il rétablit le glissement de la peau sur les parties profondes, et amortit, comme on le voit surtout dans les entorses, la sensibilité des parties douloureuses. Il est enfin un adjuvant utile des douches; mais il n'a qu'une importance secondaire, et jamais je ne l'ai vu produire des résultats qui en laissassent l'efficacité incontestable.
Les douches de vapeur ou les douches et eau tiède à percussion légère, comme celle de la douche en arrosoir, n'ont aucune action sur les tumeurs indolentes et qui ont besoin d'être stimulées. On ne trouve leur emploi utile que dans les arthrites douloureuses et qui sont le siège d'un certain degré d'inflammation.
Il n'en est plus de même des douches en colonne, surtout lorsqu'elles exercent un choc énergique : ces douches écliuuf* fent les tumeurs indolentes et produisent des effets variés sur i les parties qu'elles percutent. Si la résolution des liquides et l'organisation delà lymphe plastique sont encore possibles, nul doute que ces phénomènes n'en soient favorisés ; si , au contraire, la suppuration est inévitable, elles donnent au nvA une marche aiguë , et le font sortir de cet état stationnait^ dans lequel il languit souvent pendant de longues années. Cest à ces douches que les établissements d'eaux minérales doivent en grande partie leur supériorité. Je suis convaincti
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qn a domicile, en combinant leur action avec celle des moyens de redressement et l'emploi régulier des appareils de mouve* mm, on pourra obtenir des guérisons que Ton a en vain cherchées jusqu'à présent dans la compression , les pommades et les cautères.
D. Chaleur^ firoid^ électricité. *^ Ces moyens divers sont tous empruntés aux agents dont s'occupe la physique. Ce caractère commun m engage à les rapprocher les uns des autres.
L'excitation que peut produire Xélectricité a conduit quel* <|aes praticiens à en faire usage dans les tumeurs blanches ; on peut en espérer des résultats; mais aucune observation pratique ne permet encore d'en apprécier la valeur.
La crainte de produire par le froid une répercussion funeste doit (aire repousser cet agent physique. S'il peut rendre quelques services, ce n'est que dans les cas ou on l'administre de nianiëre à produire de la chaleur par réaction, et lorsqu'on associe les douches froides ou les compresses réchauffantes avec un traitement général, ainsi qu'on le fait dans les établisseroents hydrothérapiques.
La chaûur sèche semble, au premier abord, devoir être plus laile par suite du dessèchement que l'on en peut espérer. Une élude attentive de la question, et le résultat d'essais nombreux, ne justifient pas ces préventions favorables.
La chaleur sèche s'obtient en entourant les articulations de poudres telles que le plâtre, le sable ou les cendres de bois, f|u on chauffe préalablement , et dont on remplit des sachets piqués qu'on change sitôt quMIs deviennent froids ou humides. M. Viricel (de Lyon) conseille fréquemment cet ordre de woyens.
L'a bain local d'air chaud et sec peut donner le même résultat , et la méthode de M. Jules Guyot et celle de M. An- <)rieux (de Brioude) fournissent les moyens de l'employer.
Dans la méthode de M. Jules Guyot, on place l'articulation daus une boite fermée ; un tube recourbé qui y aboutit conduit autour de la partie malade la chaleur d'une lampe. L'auteur s'applique & maintenir la température à trente*huit degrés centigrades, qui est la chaleur normale du corps. L'étuve dure phisonmmns longtemps : dans les tumeurs blanches, M. Jules
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Guyot prolonge cette incubation artificielle pendant quatre â cinq semaines et même davontage.
On a vu 9 page 53, que M. Andrieux réchaufFait les malades en les recouvrant d'une vaste carapace à double paroi, qu'il remplissait d*eau chaude. J'ai pensé à étendre cette construction au traitement local des maladies du genou et du pied , et j*ai fait construire pour ces deux articulations des demi-cylindres à doubles parois , éloignées Tune de Fautre de deux centimètres.
Des faits nombreux et bien observés manquent encore dans la science pour constater les résultats thérapeutiques de ces divers modes d application de la chaleur sèche au traitement des lésions articulaires. Ainsi , la méthode de M. Jules Guyot n*a été employée que dans sept cas de tumeur blanche. Quatre des malades traités avaient des abcès ou des fistules ; un seul a été guéri. Chez les trois autres , où il n'y avait pas de trace de suppuration, les résultats ont été nuls deux fois, et dans le cas où la guérison a été obtenue, les conditions étaient très favorables sous le rapport de Tétat général.
Quant au procédé de M. Andrieux (de Brioude), je puis dire seulement que dans les essais que j^en ai faits , la persistance ou laugmentation des douleurs, et la fatigue générale » m^ont empêché de poursuivre le traitement.
Ces résultats , imparfaits et décourageants , peuyent tenir aux vices des procédés , et Timperfection est évidente lorsqu'à l'exemple de M. Jules Guyot on plonge le membre dans un air profondément altéré par la combustion, et que Ion manqi^e de régulateurs pour maintenir une température convenable.
Le procédé de M. Andrieux a sana doute moins d'inconvénients ; mais à l'un comme à l'autre on peut Caire le même reproche, celui de manquer de précision ; car» de deux choses l'une : ou la chaleur sera plus élevée que celle du corps , et je n'hésite pas à dire qu'elle sera nuisible, ou elle sera de même température , ou au-dessous , et alors pourquoi recourir à des moyens compliqués et d'un emploi difficile , pour obtenir des résiiihats auxquels on arrive sam peine par descoi|»s mauvais
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rotiduc(e;irs du calorir|i>e, comme la flanelle, ou par les' poudres chaucies dont nous avons parlé plus haut.
E. Médications qui laissent la peau intacte^ applications ^ frictions, fumigations, *^ L'insuffisance des résolutifs mécaniqaes, Tinutilitë de la plupart des n)édications que nous venons d'exposer, et Ia| difficulté de se procurer des douches à domicile, conduisent à rechercher des médications tout à la fois praticables et utiles, qui, s*ajcutant'aux moyens mécaniques et fonctionnels, favorisent la résolution de la sérosité , etuctivent lorganisation de la lymphe plastique*
applications , frictions, — Parmi les substances que Ton feui employer, celles qui ont des propriétés excitantes et résolutives sont surtout indiquées. Je n en ferai pas de nouveau rénumération, et je me borneraiâ dire qu'il n est aucune de celles dont j ai parlé )iage 177 et suivantes qui naît été proposée contre les tumeui*s blanches. Les plus usitées sont : les baumes Nerval , opodeldoch , de Fioraventi , lalcool camphré, et, plus encore, les apphcations de nitrate d argent et d'iode.
Les résultats si remarquables que les cautérisations avec le nitrate d'argent^ ou Temploi des pommades dont ce sel fuit la base, produisent dans les ophthalmies scrofuleuses avec gon- Bernent des paupières, devaient conduire à en faire usage ^'omme topique dans les tumeurs fongueuses. G est ce qu a ^it le premier ML. Jobert de Lamballe. « Par une série d observations bien faites et tout à fait concluantes, dit le rédac« (^urda Bulletin thérapeutique^ ce chirurgien veut établir que le meilleur et le plus prompt moyen de triompher des douleurs articulaires dans les cas de tumeurs blanches, comme aossi de iaire disparaître le gonflement des tissus , consiste dans remploi extérieur d'une pommade de nitrate d'argent, dont il varie l'activité, dont il multiplie ou diminue les applications suivant les cas. Nous avons suivi , sur une quinxaine de malades des salies de M. Jobert, laction de ce remède, et nous avons été étonné de ses prompts effets dans les maladies longues et rebelles auxquelles il était appliqué. Le traitement consiste en frictions sur rarticufation malade avec une poui- Hiade composée daxonge, 50 graiiinjes, et nitrate d'argent.
U grammes. Si laction n'est pas suffisante, M. Joberi en Ëiit composer une seconde où il entre 8 grammes de nitrate d argent par 30 grammes d*axonge, ou même une troisième avec 12 grammes de nitrate d argent. Ces pommades, désignées sous les numéros i , 2 et 3 , constituent tout le traitement. Douze ou quinze heures après le premier emploi de la pommade, et généralement après la friction, il survient une éruption de petites pustules acuminées , présentant un seul point noir à leur centre , et environnées à leur circonférence d*une petite auréole rosée, de quelques millimètres d'étendue. Le liquide contenu dans la vésicule ressemble à du petit lait trouble, et prend rapidement l'aspect blanc jaunâtre mat, puis celui du véritable pus. Chaque friction s accompagne de douleurs qui durent trois ou quatre heures. Au bout d un certain temps, le second ou le troisième jour, la peau prend une coloration violacée ; il y a des cuissons très fortes. Il faut suspendre les frictions et laisser calmer la douleur avant de les reprendre. »
Il y a sans doute un grand optimisme dans cette appréciation des effets de la pommade au nitrate d'argent; on ne peut nier cependant que celle-ci ne puisse être un adjuvant utile dans le traitement local, suitout si Ton prend les précautions conseillées par M. Biesky (voyez page 153), et que Ton prévienne par là.toute production de pustules.
Les applications iodées se font avec la teinture ou avec la pommade d'iode.
Si Ton se sert de la teinture, on en frotte deux ou trois fois par jour la peau ; celle-ci devient jaune, et, après un certain temps, elle se détache sous forme d'écaillcs: cette desqua* mation paraît nécessaire pour obtenir un effet résolutif ^nssi puissant que possible.
Les pommades iodées, comme la teinture d'iode, doivent être assez fortes pour déterminer au bout de quelques jours la desquamation de la peau. Celle que je préfère est ainsi composée :
Axoo0e 3o Q^rammM.
Iode. I id.
lodure de potastiofii. . ^ id.
Les frictions doivent être iailes deux fois par jour; la pommade laissée en place après chaque friction doit être employée même après que la peau est complètement écaillée.
On peut ajouter aux frictions iodées des bains locaux dans une solution fortement iodurée, composée comme il suit :
Eau. .•••.••••• a litres.
Iode I gramme.
lodure de potassium. • 3 grammes.
Ces bains peuvent servir dans les maladies de la main ou dans celles du pied.
Fumigations. — J*ai déjà parlé des fumigations générales en traitant dn rhumatisme chronique, pagei6&. Les procédés que Ton peut suivre pour les fumigations locales ont beaucoup de rapport avec ceux que nous avons déjà décrits. Leur emploi est très facile : il suffit de placer sous larticulation un réchaud avec les substances qu'on veut soumettre à son action, et de prévenir le dégagement des vapeurs par une couverture de laine enveloppant le touL
Ces fumigations peuvent être sèches ou humides. Les fumigations sèches pourraient être feites avec du camphre, des poudres aromatiques, de Tiode, etc.
Parmi les fumigations humides, j ai employé surtout avec avantage le vin, dans lequel on fait infuser des plantes aromatiques. J'ai été témoin d'un cas inespéré de guérison de tumeur fougueuse du genou sans suppuration et sans roideur, sous Tinfluence de ces fumigations faites demi-heure chaque jour, pendant deux mois à peu près. C'est un mode de traitement qui mérite d*être conservé. En ajoutant de Fiode au vin, on pourrait arriver à des résultats peut-être plus remarquables encore.
Potir être efficaces, les résolutifs et les excitants doivent être administrés sous une forme telle, que le mouvement ajoute à leur puissance, comme dans les frictions ou les douches. Avec ces précautions elles-mêmes, ils contribuent à faire résoudre Tengorgeroent , mais ils ne remplissent pas d autre indication. On ne doit en attendre des résultats marqués que dans les cas malheureusement trop rares où les fongosités sont
infiltrées simplement de sérosité; ils peuvent alot^s provoquer Tabsorption des liquides purement séreux, et la tumeur, réduite à la fibrine dont la proportion est toujours très peu considérable, diminue considérablement de volume.
F. Médications qui intéressent la peau , vésication , cautérnaiion , méthode endemnque. — Si Ton considère que la plupart des tumeurs fongueuses sont le té^hât d'une jetée humorale, on sera conduit à attacher une grande importance à toutes les applications qui déterminent à Textérieur une sécrétion de sérosité et de pus. L'expérienœ paraissant confirmer ces tncluo tions de la théorie, les révulsifs ont pris une grande plaoe dans la pratique.
Tantôt on les applique à une certaine distance du mal, tantôt on les place sur le mal même.
Les révulsifs éloignés , les vésicatoires et les cautères ont été surtout recommandés par Pott et par Bust. Les fonticnles permanents que I on obtient au moyen de ces derniers ont des avantages bornés ; mais aucune raison ne conduit à en rejeter remploi.
Parmi les révulsifs directement appliqués sur le siège du mal, les vésicatoires multipliés et étendus peuvent rendre quelques services; il en est de même des nlcératious qui envahissent une partie de la peau.
Cautérisation. -» C'est surtout dans les tumeurs fongueuses que la cautérisation a été employée avec le plus d énei^gieet suivant les procédés les plus divers (voyez page 26). Ce serait s abuser toutefois que d en attendre des résultats très iavorâbles. Si Tinflamuiation existe dans la jointure, les cautérisations énergiques lexaspèrent ; et si la tumeur est indolente, le résultat définitif est d ordinaire très imparfait. Le séjour aa lit, que la cautérisation rend inévitable, laisse même souvent à sa suite une plus grande difficulté dans la marche.
Les tumeurs fongueuses qui ont été guéries par 1 emploi do fer rouge, et surtout des moxas multipliés , devaient être sans complication ; et il n'est pas prouvé que des moyens plus rationncis et plus doux, tels que les douches, les funiigations toniques , les mouvements artificiels , n eussent eu plus de succès.
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Lliésitation que j'éprouve à recommander le fer rouge lorsqu'il n*y a ni ubcès, ni trajet fistuleux, fait place à une affirmation positive lorsqu'il s agit, au contraire» de tumears fongueuses compliquées de suppurations et de fis* tuies. Souvent, dans ces cas, la cautérisation avec le feu, porté non sur la peau , mais dans l'intérieur des abcès et des fistules , peut donner à ces parties la vitalité nécessaire à la guérisoti. Je reviendrai sur ce sujet dans le chapitre suivant.
Méthode endermique ou combinaison des vésicatoires et des ulcérations afiîfidêlles avec f absorption de divers résolutifs. — L'insuffisance trop souvent constatée de ces divers moyens employés isolément m'a conduit à les combiner entre eux. Après avoir rendu la peau plus absorbante par des véeicatoired ou des moxas , des raies de fer rouge , qui ont l'avantage de se doatriser moins rapidement, je pansci chaque jour, les parties dénudées avec une pommade contenant un cinquantième à un vingt-cinquième de nitrate de potasse, de sel ammoniac ou d'iode ioduré; des douleurs vives sont la suite de ces pansements pendant deux ou trois heures ; mais il me paraît incon • tes table que Faction des remèdes en est remarquablement favorisée. Beaucoup de tentatives ne produisent que des résuU tats insignifiants; pinceurs cependant sont asseï efficaces pour que cette manière d^agir ait paru digne d'être imitée : il n'est pas de service, à THôtel-Dieu de Lyon , ott elle lie soit aujourd'hui mise en pratique.