LUXATIONS SPONTANÉES
Les luxations spontanées sont l'effet d'altérations organiques qui ramollissent et ulcèrent les liens d'union des os, et d'actions mécaniques qui tendent à changer les rapports articulaires de ces derniers entre eux.
Pour en prévenir la formation, il faut, non seulement combattre par les médications locales et générales les lésions qui les préparent et sans lesquelles elles sont impossibles, mais éloigner toutes leurs causes mécaniques. Comme je l'ai démontré depuis longtemps, celles-ci sont, d'une part, les directions vicieuses des os; de l'autre, les points d'appui mal choisis. Le fémur ne se luxe pas sur la fosse iliaque externe sans que la cuisse soit fléchie, portée dans l'adduction et la rotation en dedans; et toutes les fois qu'au genou le tibia se porte en dehors et en arrière du fémur, la jambe a été fléchie et enu^tnée dans l'abduction. Rétablir la rectitude des membres
s 09 ABGÈ$ DES ABTICUUTtONS.
qui doivent en faire rejeter Femploi. Si une grande opération permet seule de guérir le nmlade, cest à 1 amputation, et non pas à la résection , qu*il faut se décider.
Le nombre des cas qui réclament Xamputation a diminué et diminuera avec les progrès de la thérapeutique. Et, sans doute, si les traitements perfectionnés étaient toujours employés dès le début , il n'y aurait aucun cas d'amputation ; car, avec une bonne santé, la guérison pourrait avoir lieu sans opération ; et, avec une santé trop profondément altérée pour être rétablie y toute opération grave ne pourrait que hâter la mort«
Les amputations ne doivent être pratiquées que lorsque les maladies articulaires qui paraissent les exiger sont vraiment incurables. Il faut être très réservé dans 1 affirmation de cette incurabilité. Cependant , lorsque des ulcérations se sont formées , qu elles existent en grand nombre , communiquent de toutes parts avec des abcès de l'articulaiion ou avec des masses considérables d'os cariés, qu'à ces lésions se joignent des luxations spontanées, des ramollissements dans les ligaments, des ulcérations dans les cartilages, et qu'après une attente prolongée lankyiose ne se fait point, que la suppuration est dboodante et augmente graduellement, Ton a tout lieu de penser que le mal est incurable, et dès lors qu'il existe une des conditions qui rendent l'amputation praticable.
Mais il est évident qu'il ne suffit pas que la maladie articulaire soit incurable pour que l'on se décide à l'amputation ; il faut, de plus , que le malade en puisse supporter les suites, et qu'il ne soit pas exposé, après être guéri , à une réapparition du mal dans d'autres parties du corps.
La guérison peut être espérée lorsque la tiuneur est fongueuse. Les fongosités sont formées par une matière organisable arrêtée à Tune des périodes de son organisation, et leur sécrétion suppose des forces générales assez grandes pour opérer la cure.
On peut encore espérer la guérison lorsque la constitution n'est point altérée, ou qu'elle n'a subi que les altératioos qui peuvent être la conséquence de la lésion articulaire. L'expérience démontre tous les jours que, lorsque la fièvre ou la
ANKTL08E INCOMPLÈTE. SOI
diarrhée sont les suites d*une lésion locoie, elles se dissipent aussitôt que la plaie laissée par son extirpation commence à guérir.
Lorsque la tumeur est essentieliernent purulente, je porte 00 pronostic extrêmement fâcheux, soit parce que lexpérienoe prouve que ces tumeurs coexistent toujours avec des constitutions profondément altérées, soit parce que les liquides contenus dans ces tumeurs n'étant point organisabies, les individus chez lesquels ils sont sécrétés ne peuvent avoir les forces nécessaires à la guérison. Enfin , lorsqu'il existe intérieurement des lésions graves , telles que des itd>ereules pulmonaires, des tubercules intestinaux, lorsque ceux«ci se sont développés dans les os, dans les articulations, ou enfin dans une partie quelconque du corps , évidemment Ton ne doit pas amputer.
CHAFITBE Dn-SEFTlAmB.
ANKTJXKE.
Aat. I**. — - AmnrLosi mcoxPLÈn.
Lorsque l'ankylose est incomplète, la difficulté des mouvements est due à Tinégalité des surfoces articulaires, à la roideur des ligaments et des tendons , et à des productions accidentelles de tissus fibreux doués d'une certaine laxité.
Les traitements que Ton peut instituer, dans ces cas , ont pour but de rendre aux articulations leur mobilité , ou ds les ramener à une bonne direction.
De tous les moyens qui permettent d'atteindre le premier but, les plus utiles sont les mouvements artificiels, exécutés avec les précautions décrites page 18 et page 18/i. Je crois inutile d*y revenir.
Les douches de vapeur, les douches d'eau chaude ou d'eau froide peuvent concourir au résultat, et former une combinaison plus puissante que l'emploi des mouvements sans aucun auxiliaire.
J'ai constaté plus d'une fois l'utilité de l'association des
312 TBUTEMEMT GEVEftAL.
Ait. I**. — MoTBM m ibhmb ao gbhou ia ucmuDi.
Le genou perd 5a rectilude, soit lorsqu'il est maintenu dans la flexion directe , soit lorsqu'à cette flexion se joint Tabduction de la jambe seule ou combinée avec la rotation eu dehors.
Chacun sait que la flexion de la jambe devenue permanente n'est autre chose que la fixité d'une position que le genou peut prendre dans Fétat normal , et que les muscles du jarret et les muscles jumeaux sont les agents naturels de cette flexion. On est loin d'apprécier aussi bien la nature de Tabduction seule ou combinée avec la supination de la jambe , et Ioq ignore , en général , quels sont les agents de ces mouvements. Quelques considérations physiologiques sont donc nécessaires pour préparer à Tintelligence des moyens thérapeutiques que Ton peut opposer à l'abduction et à la supination combinées de la jambe.
On croit généralement que le tibia est privé de la pronaùou et de la supination que peut exécuter Tavant-bras , son analogue dans le membre supérieur. L'examen attentif des fonctions du genou ne confirme pas cette opinion, encore très répandue malgré les indications données par Bichat, et maigre les travaux étendus et précis des frères Weber (1).
Lorsque la jambe est étendue sur la cuisse, elle ne peut, il est vrai, tourner en aucun sens; mais, dès qu'elje est fléchie sur le fémur, elle peut exécuter avec une extrême facilité des mouvements de rotation. Chacun peut reconnaître l'existence de ces mouvements , lorsque, plaçant les doigts sur la tête du péroné, il tourne alternativement la pointe du pied en dedans ou en dehors. Dans cette expérience, la tête du péroné ne reste pas immobile ; elle devient plus antérieure lorsque la pointe du pied se porte en dedans, plus postérieure lorsque la pointe du pied se porte en dehors. Les frères Weber ont déterminé avec précision l'étendue de ces mouvements. Après avoir
(i) Mécanique des organes de la locomotion chez l'homme, dans Eneyclopêdie anaîomiquef trad, par Â. J.-L. Joardan. Paris, |843, t. H, paç. 336 ri suivantes.