‹ Traité de thérapeutique des maladies articulairesChapitre 80 sur 101 · DU POIGNET · texte numérisé non relu

DU POIGNET

Je m'occuperai successivement ici, comme je lut fait dans les chopitres précédetits : !• du redressetnent ; 2^ de l'inimobilisation ; 3® du mouvement; ft® des tuteurs.

(i) Revue méMeo-ehirurgivah de M. Malgii^ne, août i85o.

Art. 1*'. — Moyens de REDREsstn le poigkct.

Les difTormités que Ton observe an pied se retrouvent à la main; mais, dans cette dernière partiç, leur fréquence est beaucoup moins grande, et les travaux dont ils ont été le sujet, moins importants et moins nombreux. ' SM existe au poignet et aux doigts beaucoup de difTormités, suite de rétractions musculaires et semblables aux pieds bots fixes et ligamenteux ; si les diverses variétés qu'offrent ces vices de conformation ont été décrites et classées, la science ne possède sur leur thérapeutique aucun travail spécial, et Ton ne peut s'occuper de leur traitement que d*après des analogies déduites de la cure des pieds bots. Je me bornerai donc ici à parler des difformités arthralgiques, en d'autres ternies, de celles qui accompagnent les maladies du poignet. Celles-ci consistent tantôt dans la pronation exagérée de Tavant-bras, tantôt dans une inclinaison de la main latéralement en avant ou en arrière.

Chacune de ces directions vicieuses entraîne la distension des parties molles d'un côté et la pression réciproque des os du côté opposé. Il importe de les prévenir et, quand elles existent, de leqr substituer la position dans laquelle In main se continue directement avec Tavant-bras et où celui-ci est place dans une situation intermédiaire à la pronation et A la supination. Notons ici que Taxe de la main ne se continue avec celui de lavant-bi^as que lorsque le carpe est dans la prolongation de la ligne courbe que décrit en avant la partie inférieure du radius. La main parait alors légèrement fléchie, ainsi que le représente la figure 7 5.

Fig. 75.

Pour prévenir les directions vicieuses dont nous venons d'iodi()uer les dangers^ on doit savoir que ce sont les points

MOYENS d'immobiliser LE POIGNET. 580

d*appiii mal choisis qui înfliieat le plus sur leur proditccion. Si dans une échurpe, lavant-bras seul est soutenu, lu main retombe en avant ou sur le côté cubital ; elle se relève, au con* traire, du côté du radius, si son bord inférieur presse seul sur l'anse de 1 echarpe. Dans les cas où le malade garde le lit et où la main repose sur des coussins, ceux-ci mal disposés peuvent la renverser en arrière, la laisser retomber en avant, ou favoriser la pronation exagérée.

Si Ton a négligé les dispositions nécessaires pour que les écharpesou les coussins soutiennent convenablement le mem* bre supérieur, et que l'on ait à combattre des directions vi^ cieuses, quelques tractions suffisent en général pour faire cesser la flexion ou les déviations latérales. Lies sections de tendon et les appareils articulés, comme celui dont on trouve le dessin dans le Manuel d'orthopédie de M. Mellet, sont habi* tuellement inutiles.

Celte facilité de redressement ne s^observe pas en ce qui regarde la pronation ; lorsque pendant longtemps la paume de la mai 11 a été tournée en arrière, on éprouve les plus grandes difficultés à la ramener en avant. Le moyen que je conseille plus spécialement dans ces cas est Faction souvent répétée des mouvements de supination ; lappareil de rotation que je décrirai plus tard donne un moyen aussi puissant que commode de les exécuter. Je le conseille comme préférable à tout autre mécanisme.

Art. II. -^ MoTiNs d'iiiiiobilmbr lc poigrkt.

Comme nous venons de le démontrer, la position la plus favorable pour le poignet est celle où la main se continue directement avec la partie inférieure du radius, et se place dans une situation intermédiaire à la pronation et à la supination. Le moyen qui se présente le plus naturellement pour lassujettir dans celte posiiion consiste dans lemploi d'une écharpe. Celle-ci n'est utile qu'à la condition d'être employée avec toutes les précautions qui préviennent les difFormités de la main; mais lors même qu'elle soutient le membre avec régularité sur son bord cubittl, elle ne procure qu'une immobilité incoin*

i9ù TilAITEUENT GitlI&ilAL.

pièld. De plus, si l'écliarpeest commode, lorsque le malade est <|ebout, lii posilion qu'elle nécessite eit pénible; quand il est cuuclié; la main, reposant alors sur le devant de la poitrine ou ((e l'abdonieo, exerce une compression ratifiante.

Il Faut recourir à des appareils plus solides, comme ceux des fractiiie» de rexirémîlé inFérieure dti radius. Parmi ces derniers, les plus usités sont les iittelles de bois ou les gouttières qui s'appliquent sur la bce palmaire de l'avant^brat ei de la main. L'expérience m'udémonlré qu'ils ne produiseal pas de souInQemeni dans les inâaniiaations aiguës du poigoei. j'iii été longtemps étonne de ce résultat qui contraste nvcc l'efFet des gouttières dans les uriliriles du genou et du pied ; j'ai Sni par me rendre compte de celle anomalie apparenlr, en remarquant que Tavant-brae est maintenu en pronation, ce q^i tend à luxer le cubitus, et que le plan sur lequel la maio rc|>ose étant ilroli, celle-ci est légèrement renversée en arrii-re. Pour obvier à ces inconvénients, il (iaut que le poignet soit maintenu au léger degré de flexion que représenie la figure 75, et, de plus, dans la {Hisition intermédiaire à la pronaiion ei i la supination.

. Cette direciion préférable à toute autre peut être maioleaue Bxeinent par des appareils variés. On peut se servir du bandage amidonné dont MM. Seutin et Vidal (de L'assis) ont vu de honselfels, de l:i gonilière de fil de Fer qu'avait inin{;inée M. Mayor et qui recouvrait le bord radial et les deux faces de lavant-bras; entîn, de la gouttière représentée figure 76, qui n'est que Ja gouttière de Mayor, uiatelassée et prolongée jusqu'au mélac-irpc.

MOYENS OE nENORR AU POir.NET SA MOBILITÉ. 59 i

Le choix à faire enire ces divers bandages peut varier suivant les circonstances. Si aucun pansement n est nécessaire et que le malade puisse se lever et porter le bras en écharpe, lappareil amidonné ou la gouttière Mayor me semblent pré* férables; si le malade doit garder le lit et qu'il soit obligé de tenir sa main à côté du tronc, peut-être font-ii adopter la gouttière représentée figure 76 , à laquelle on pourrait pratiquer un volet vis-à-vis des fistules. Cependant celle-ci pourrait être insuffisante à son tour dans les cas qui exigent Fimmobilité complète; il estlou jours incommode de tenir la main dans une antre position que celle où elle se trouve nalu« rellement dans Técharpe, et Ton n'immobilisera jamais corn* plétement le poignet, tant que les mouvements du coude ei de Tëpaule s'exécuteront avec liberté. Il peut donc se présent* ter des cas où Ton ait besoin de recourir à la double gouttière représentée figures 67 et 68, et page 559; utile dans lea lésions graves de Tépaule, du coude, elle pourrait létre également dans celles du poignet.

ÂKT. m. UOTEHS DE RBNDRE AU POIGNET SA MOBILITE.

Le poignet peut exécuter des mouvements de flexion et d'extension, d adduction et d abduction, ainsi que des mou-* vements intermédiaires; il peut, en outre, passer de la prona* tien à la supination, et réciproquement. Ces divers mouvements doivent être successivement exercés. Il est à remarquer aussi (juCi lorsqu'il y a eu longtemps fixité de rapports entre la main et Tavant-bras, lors même cpie les altérations ont été bornées au poignet, les doigts deviennent toujours roides, roideur qui peut être attribuée, d'une part, aux altérations que riramobilité produit dans les jointures; de lautre, aux adhérences des tendons avec leurs gaines.

Pour rétablir la mobilité du poignet, les manipulations sont plus faciles et peuvent rendre plus de services qu au coude on au genou ; un aide, aprèg avoir fixé lavant-bras, imprime à la main et aux doigts les u:ouvements nécessaires, ou bien le malade se rend à lui-même ce service.

592 TRAITEMENT GKKÉRAL.

La fixité (lu radius, indispensable dans loii;cs ces roanipulaitons, peut cire ohienue soil en suspendtini favani-bras dans une éciiurpe fixée au ciel de lit, soii en le )duçant dans la gouttière représentée figure 76, clouée à une planche et que Ton ne faîl pas descendre alors jusqu^à la main ; soit enfin en adoptant le procédé de M. Desgrunges , qui consiste à lier lavant-bras à une attelle placée de champ et assujettie aux montants d'un lit.

Cependant, quelle que soit Tutilité des manipulations, j*ai cru devoir suivre dans toutes ses conséquences le principe des appareils de mouvement et appliquer ceux-ci au poignet et aux doigts. Deux ordres d'appareils ont été la consécjuence de cette recherche : le premier, de flexion et d'extension ; le second, de rotation.

Appareils de flexion et d'extension, — Dans Tun des appareils que j'ai déjà décrits*et dessinés ailleurs (i), la main était en-» tourée d'un gant dont chaque digitation se terminait par des rubans de fil ; des tractions exercées sur ceux-ci dans deux sens opposés produisaient la flexion et l'extension des doigts ou du poignet, suivant la partie du membre qui était immobilisée. M. Desgranges, chirurgien en chef désigné de TMôtel- Dieu de Lyon, a repris cette idée, et, par quelques additions heureuses , a fait un appareil qui fonctionne admii^ablement et qui est préférable à celui (|ue j'avais piîmitiveroeiit itiiagîné. Le dos de lavant-bras et le carpe étant fixés à une attelle immobile placée de champ, et la main engagée dans le gant, le malade produit lextension en tirant avec la main saine sur une corde dont l'extrémité s'attache aux doigts du gant, et dont le milieu se réfléchit sur une poulie. La flexion est produite par une sorte de ressort en tissu de caoutchouc vulcanisé dont im bout s'attache aux rubans de fil, et l'autre est assujetti derrière le malade. Je regrette d'avoir conuu cet appareil trop tard pour en donner ici la figure.

Appareil de roiaiion, — Cet appareil est destiné à produire des mouvements alternatifs de pronatiou et de supination. Comme ceux-ci s'exécutent autour d'un axcqiii est le proton-

(i) Gazette tnétiicale <h Paii$, iS^jJ.

UOVCNS DK nENDRF. AU POIGNET SA MOBILITÉ. 593

{{ement de celui de l'oviiiit- brus, il a siij>i, pom- [ea produii-e comniodcRient, de tisci' le coude el de saisir la m^iiii nvec un gantelet duquel part une tige de fer nrroiidic qui peut tourner horizontulement dans uu clieviilet i|u elle traverse; un munclie fi:ié à cet axe et saisi avec la main saine, connue on le voit duiisla figure 77, peut décrire un mouvenicnt en urcdecei'cle (|iii se IrnnsDietà la (itje liorizonlale, et |»r suite,' à la luaio. f'{!' 77--

Uue description ne peut donner qu'une idée imparfaite de la régulariiéaveclaquelle fonctionne celappDreîljmais, je ne crains pas de le dire, ceux qui l'ont vu mettre en jeu et qui ont été également témoins de In souplesse que le mécanisme de M. Desgranges donne ii lu flexion du poignet et des doigts, considèrent comme très iivimcée la solution du problème important, qui se présenifî si sonveni ii rt-snudre, de rendre a la main loiiie sa inoliilitû.

$9k TRAITEUliNT CÉMËRAL.

Je teniiinerni par une dcinière réflexion. Lorsque je vois qite mes collt'Qiies de l-jon ont non seulement adoplé niei idécK sur les appareils de mouvcinent, mais les ont perFec* tionnés en quelques points, comme l'a fiiit M. Desgrangesj lorsque je vois M. Ilérolle, médecin des eaux Je Bourbon' Lnncy, s'applaudir depuis trois ans de la combinaison qu'il a liiiiie di) traitement thermal et des mouvements artificiels, je ne puis m'empécher d'exprimer le regret que mes travaux à cet égard se soient aussi peu répandus au debors; mais, je n'en doute pas, le jour où on les jugera, non par une prévenliun injuste, mais par l'expénence, ils eotnront dans la pratique générale.

Art. IV. — MoTGNS de ficilitei U« fomcTIiw* de i* ■ain

Lorsque le poignet est le siège d'une lésion quelconque, les doigts ont des mouvements plus ou moins dilGciles; ils eut peine à saisir les objets, et l'action d'écrire est impossible ou ne peut être longtemps prolongée. Cependant, sans guérir lu

lésion articulaire, il est possi' ble de rendre en partie à la maint'exercicedesesfbDcUons; il suffit, dans quelques cafl, tic suppléer par des Bf;enti de compression au relàcbametit des liens qui unissent les os entre eux, et de doaner une certaine Fermeté à la base de la inain. Ce but peut être atteint au moyen de tuteurs que représentent les figures 7 Set79.

Deux gouttières se monlaut sur les fermes de l'avant-bras et du poignet

BfVTORSES DtJ POIGflET. MSf

embrassent ces parties^ Tuae en avant et Tautre en arrière ; elles sont de bois rlur, de 2 à 3 millimètres d'épaisseur, sur lequel on a collé une peau de chamois. La figure 7 S représente Tappareit ouvert et montre les deux parties dont il se compose ; ta figure 79 montre Tapparell en place.

J*ai appliqué ce tuteur à des tumeurs blanches du poignet, ainsi qu'on en venrd un exemple lorsque je traiterai de cet ordre de lésions. Mais le cas où j'en ai (ait l'usage le plus fréquent eC le plus utile, est celui de malades qui, sans lésion évidente, se plaignaient de ne pouvoir écrire pendant un quart d*heure ou une demi-heure, par exemple, sans que leur main devint pesante, douloureuse, et qu'ils fussent obligés de suspendre leur travail. Remarquant que chez eux la tète du radius faisait saillie en arrière, que cette saillie augtnentait dans la pro* nation et disparaissait souâ l'influence d'une pression, je pensai que les tuteurs qui viennent d'être décrits pourraient leur être utiles. L'expérience a confirmé ces présomptions, et j'en ai vu plusieurs dont l'inaptitude â lexercice prolongé des doigts cessait dès que la tète du Cubitus était ainsi comprimée et que lavant-bras était empêché de se porter daiis la pronation extrême.

CBAPITRE llMjaiEllIK.

TftAITEMEMT SPÉCIAL OES MALADIES DE L'aRTICULATIOM

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