TORTICOLIS CHRONIQUE
dent l*opëration comme terroinée. C'est une erreur; il faut encore saisir lu léte entre tes mains, I*incliner du côte opposé Il la section, assez complètement pour que la dislance qui sépare Toreille de la clavicule suit é{}ale à droite et à gauche, et lui imprimer, un certain nombre de fois, des mouvements de rotation en sens inverse de la difformité, jusqu'à ce que le menton regarde le moignon de Tautre épaule.
Ces manoeuvres achèvent de déchirer les iibres qui peuvent avoir échappé au ténolome, et quand elleà ont été faites avec Ténergie nécessaire, un succès aussi prompt qu assuré en est la conséquence. Depuis que je les mets rigoureusement en pratique après la division des deux faisceaux musculaires, les résultats de mes opérations sont sans compai^aison supérieurs ù ceux qui suivaient mes premiers essais.
On remarquera que je suis une conduite analogue après toutes les sections sous-cutanécs.
S 2. Appareils.
Parmi les appareils, les uns peuvent être créés sur-lechamp; les autres sont plus compliqués et nécessitent l'emploi d'un artiste. Les premiers, tels que la cravate, haute du côté où se penche le cou, basse du côté opposé, tels que les liens qui delà tête se rendent sous faisselle, sont d'une grande insuffisance.
La cravate ne fait rien pour donnera la tête un mouvement de rotation convenable; elle ne produit le renversement qu'avec peu de puissance et elle agit sur un bras de levier trop court. Les cravates qui entourent la tête, et de là vont se ren* dresous l'aisselle, à la manière de M. Mayor, ne produisent pas le mouvement de rotation nécessaire; elles déterminent simplement Tinchuaison de la tête, et cette inclinaison est mal maintenue, tant est grande la facilité avec laquelle les mouchoirs se dérangent.
On peut cependant, par un moyen analogue à celui de M. Mayor, produire le irouvement de rotation; il suffit pour cela d'entourer In tête avec une bande dont le chef, devenant libre eu arrière du cl-âne, du côté oti Ton veut rentraîner, va
622 RÉGION CKIIMCALE DU L\ COLU^NK VKP.TKBnAl.E.
s*as.sujcttir nn-(1essoiis de raissello ci iléicnniiic muta la fois l'inclinaison hitcnilc et la rotation île la tôto.
Les appareils qui ne peiivonl èii'e consirnits cxieniporanément, et tpic Ton doit confier à nu ariisle, ofFrent de grandes diriét^ences entre eux. Les uns remplissent tout Tensemble des indications; les autres ne satisfont qu'à quelques unes.
Appareils qui ne remplissent que quelques indications, — Parmi ces appareils, je citerai le collier de M. Giiérin et celui que j*ai Fait construire.
Le collier de M. Guérin est formé de deux parties dont Tune presse sur le haut de la poitrine et Tautre sur le bas de la mâchoire inférieure. On écarte verticalement ces deux parties à volonté.
Cet appareil se borne à produire des tractions sur la région cervicale; il na aucune influence sur la rotation, et il ne tend pas stilTisaminent à détruire Tinclinaison du cou, puisqu^il ne lui substitue pas une inclinaison inverse. C'est sans doute à ces inconvénients qti'obvie la ceinture à flexion verticale; mais fauteur ne fa pas décrite avec détail.
Le collier que j'ai fait construire est fondé sur cette idée, qu'il faut a<;ir spécialement sur l'inclinaison et sur la rotation, si Ton veut faire cesser la difibrmité.
Une enveloppe solide et matelassée entoure la partie stipérieure de la poiti^ne et sert à soutenir deux montants de fer mou munis de pelotes (|ue fon peut faire avancer ou reculer à volonté. S'il s'oyit d'ime rétraction du sterno-mastoïdien gauche, f une de ces pelotes presse sur le côté droit du menton, f autre au-dessus de fapophyse mastoïde gauche; on les place de manière (|ue le menton regarde à gauche et que la tête soit renversée à droite, ainsi que le représente la figure 86.
On voit par cette fiyure que la léte placée dans fappareil est maintenue dans une inclinaison et une rotation inverses à celles où f entraîne la réti^action du sterno-mastoïdien.
Appareils complets, — Parmi ces appareils, les lits orthopédiques à extension ont été adoptés par Delpech, MM. Guério
TOKT.COLTS ClIKOMQtiE.
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MM. Drulelet Bhnc,
de Lyon.
L'appareil de M. Bouvier est Rguré dans le Traùdde la ténotomie (le M. i'liilli|)S. Comme celui que l'un voit figure 87, il se compose : l" d'une plaque destinée a être îwée en arrii^re de la poitrine et du bassin; 2° d'embrasses circulaires et verticales pour saisir lu tête; 3" d'une tifjc postérieure qui s'étend de la plaque du dos aux envelopi^es rrâuiennes. Celte lige postérieure s'arréie au niveau de V\ bosse occipitale ; elle peut s'allonger, ce qui permet des tractions, et elle offre trois brisures, munies chacune de vis sans fin et de roues déniées aiintogiics à celles que représente la figure 8, page 521. La premièrede ces articulations, en allant de bas en haut, permet lin cl i liaison latérale; la seconde, le mouvement d'avant en arrière; ta troisième, In relation. Tout cet ensemble est bien conçu et permet de satisfiiire ù des indications multiples.
Cc|>eudant, dans cet appareil, la télé est soumise à une rompiessîoii circulaire qu'il est ulile d'éviter; l'extension ne s'y fuit point directement, et le mécanisme, élaat en arriére de la tête, n'en suit pas assez bien la rotation normale.
M. Drulel, médecin, e< M. Blanc, mécanicien à Lyon, o»(
62A RÉGION CERVICALE DE LA COLONNE VEBTÉBtALE.
fiiit dispaniiiie ces inconvciiienls par les conslruciions que
représentent les figures 87 et 88.
Fig. 87. F,e- 88.
In dépend animent des parties (|ui existent déjà dans Vapparcil (le M. Bouvier, telles que la plarjiie du dos, l'embrasse pour la léte, et, au niveau de la niKjiie, les deux articulations avec vis sansfin, mordant sur une loue déniée, avec lesquelles on produit, d'une part la flexiun en avant et en arrière, de l'uuire Id flexion latérale, on y remarquera plusieurs dispositi :iis Spéciales. La léte est saisie |)uruue pres&iun latérale qui évite les iueonvénients de la conslrii'iîon circulaire; les mécanismes qui produisent l'ex tension et lu rotation sont placés andessus de la téic, ainsi qu'un le voit bien, surtout dons la fleure 88. La iiiiction est des lors beaucoup plus direclr, et l'axe de rotation de l'appareil se trouve exactement dans I:i Itjjne de celui autour duqiii.>l la léte toiirne elle-même.
Quoi qu'il en soit, cet appareil fonciioniie adinirablemeni bien et mérite d'être généralement ndojité. Si l'on ne trouvait pas des ariisles capables de le construire, on pourrait se contenter de celui que représente la figure 86, page 033 .
TOATICOUS CHRONIQUE. 625
Quel que soit lappareil que Ton adopte, il ne Faut pas rappliquer immédiatement après la section du muscle rétracte. La plaie étant bouchée avec un linge enduit de collodion, on laisse la tête revenir à sa position primitive, et ce n*cst que trois ou quatre jours après Topéiation quon a recours aux moyens mécaniques pour opérer le redressement graduel.
fiésultats. — Il n*est plus nécessaire de citer des faits pour démontrer que chez les enfants et même chez les adolescents on peut guérir le torticolis chronique en quelques mois, et que TinsuFfisance des résultats ne tient qu a l'imperfection des pro* cédés employés. Des observations de ce genre sont répandues dans les mémoires d'Ammon, de DiefFenbach, de MM. Jules Guérin, Phillips, Duval; j'en pourrais moi-même citer un grand nombre ; car, depuis que j*ai fait toutes les réflexions que contient cet article, surtout depuis qu'après une section complète des deux Faisceaux du sterno-mastoîdien, j*ai rompu les adhérences dans les articulations du cou enroidies, et que j ai foit usage d'appareils bien conçus, j ai obtenu des résultats qni ne laissaient rien à désirer, dans l'espace d'un mois et demi à deux mois, chez des enFants en bas âge.
S 3. Inflaenee da tortîeolif ehroniqae rar Ui prodaetion det dévîatioiu àê la taille et rar le guérison de eelles-oi par celle du torlîoolii Itti-même.
L'influence que le torticolis chronique exerce sur les dévia* tions de la colonne a été bien observée par M. Jules Guérin. Il l'a signalée dans son mémoire de 1858 et dans les observations que contient le Rapport sur ses travaux ; il démontre les propositions suivantes : 1^ les quatre premières vertèbres cervicales ofFrent. une concavité correspondant au muscle rétracté \ 2<> les deux tiers supérieurs de la région dorsale Forment avec la moitié inférieure de la région cervicale une courbe inverse à celle qui termine en haut la colonne, et dont la convexité regarde en arrière du côté malade; 3" le tiers inférieur de la région dorsale et la région lombaire ofFrent une convexité qui regarde en avant et du côté sain. Ainsi trois courbures, l'une primitive, supérieure, à courte flexion ; deux autres secondaires et à flexion étendue. Ces dernières sont
626 BÊGION CEaVlCALC DS LA COLONNE VEBTÉBRALB.
dautant plus prononcées quon examine des sujets plus avancés en âge.
La poitrine et Tépaule correspondante sont élevées du côté de la rétraction, abaissées du côté opposé, et lensemble de la cavité thoracique offre une torsion telle qu'elle bombe en arrière du côté malade et en avant du côté sain.
La guérison du torticolis tend-elle à guérir la déformation .consécutive de la colonne et de la poitrine ? Cette influence parait assez bornée, si Ton en juge par les observations de M. Jules Guérin. Toute trace de difformité n*a disparu, après la guérison du torticolis, que chez une petite fille de six ans dont Fépaule gauche était un peu plus élevée que la droite. Chez elle la colonne vertébrale et la poitrine n*ofFraient aucune déformation.
Chez un enfant de sept ans et demi, le dos offrait des déformations en rapport avec les courbures du cou ; il revint à très peu de chose près à Tétat normal. Son état n^éprouva donc qu'une grande amélioration.
Chez un jeune hotnme de dix-neuf ans, la déviation de Tépine qui coïncidait avec le torticolis ne fut que légèrement amendée, etchez un jeune homme de vingt-six ans, il est dit que les inflexions de balancement de la colonne diminuèrent un peu.
Ainsi, guérison à six ans; grande amélioration à sept ans et demi; amendement médiocre à dix-neuf ans; changement peu sensible à vingt-six ans : tels sont les résultats obtenus par M. Guérin.
J'ai fait une observation qui démontre que Ton peut aller au delà. M"' Palisse, âgée de treize ans, avait un torticolis chronique tel que loreille gauche n'était qu'à 9 centimètres de la clavicule, tandis que cette distance était de 18 centimètres du côté sain; sa colonne vertébrale et sa poitrine offraient toutes )es déformations consécutives au torticolis chronique portées au plus haut degré.
J'opérai par la méthode de M. Gensoul, et j'appliquai le collier représenté page 623. A partir du cinquième mois après l'opération, la difformité avait disparu, et, depuis plusieurs années, la colonne et la poitrine sont parfaitement
ENTORSES DU COÛ. Il21
redressées; il ne reste aucune trace de la déviation pnu)ilive.
Cette guérison complète des déformations consécutives de la colonne et de la poitrine me parait tenir : !<* à ce que la section faite sur la clavicule et le sternum n*avait laissé échapper aucune fibre; 2^ à ce que le collier d*incIinaison et de rotation portant la tête, pendant une grande partie du jour, dans une direction et une rotation inverses à celles produites par la maladie, les efforts d'équilibre tendaient constamment à opérer le redressement. Ces efforts n'avaient pas lieu dans le traitement de M. Guérin^ pendant les cinq heures que les malades restaient sur le lit, ni lorsqu'ils portaient le collier à extension verticale, ni même lorsqu'ils portaient la ceinture à flexion cervicale qui n'influe pas sur la rotation.
Ce résultat m'a engagé à traiter les déviations ordinaires de la colonne par de certaines inchnaisons du cou rendues permanentes au moyen d'un appareil; il y a là un élément thérapeutique à joindre aux méthodes insuffisantes que l'on possède contre ce genre de difformité.
AtT. II. — EirroRaBi du cou.
A la suite des mouvements violents imprimés au cou, il se produit dans cette région de véritables entorses. Pouteau est le premier qui ait appelé l'attention sur ce genre d'affection, et qui en ait fait connattre le traitement. Voici l'analyse de l'observation qu'il a publiée (i).
XLU* OMBBTATlOtl.
Une d«mois€tle, Agée de qaatcA^e ans, regardait par une fenêtre; elle tourna Cartement U léte de gauche à droite, eu la renvertanl, pour parler à une per^ sonne qui était à un étage supe'rieur, précisëmeot au-dessus d'elle. Elle sentit dans le moment une vive douleur a la partie moyenne, supérieure et latérale droite du cou, a^ec une espèce d'éclat violent et bruyant, La tète était alors penchée et renversée sur l'épaule gauche, et elle fut subitement renversée et inclinée sur 1 épaule d roi le, circonstance singulière et qui mérite beaucoup d*attention. La tôte ainsi inclinée à droite ne put pas être redressée par la tnaL^de ; elle souffrit dès ce moment des douleurs si vives et si continues
(i) Métanyts, t. If, p. iSij.
qu'elle demeura peudant di\-buit heures sans prendre le moindre repos. Poutcau crut reconnaître dans ce cas une luxation musculaire, et fit sur les parties douloureuses de fortes frictions avec la main armt'e d'un bout de linge. Ces frictions suffirent pour amener une ^lérison presque înstanlande, et pour tout remède, Pouteau conseilla Tapplication de la laine gérasse autour du cou.
En reproduisant les massages et les mouvements conseillés par Pouteau, j'ai obtenu des résultats également prompts et satisfaisants. Voici Tune des observations que j'ai recueillies:
XLIII* Observation.
Un boulan(>er, âgé de vingt et un ans, se présenta à moi avec les douleurs les plus vives dans la partie postérieure gauche du cou, et Timpossibilitë de tourner la face de ce côté. La veille, ayant la tète chargée d*une balle de pains, il avait rapidement tourne la face du côté gauclie; immédiatement il avait ressenti une très vive douleur en arrière et à gauche ; la face s'était retournée du côté droit, et il ne pouvait plus la ramener à gauche. Les douleurs qu'il éprouvait depuis ce moment étaient exaspérées par le plus l^er mouvement, et il était dans l'impossibilité de se livrer aux travaux de sa profession.
Ayant fait déshabiller le malade, je reconnus que la tête était léçèrement penchée sur l'épaule gauche, que le muscle trapèze du côté gauche formait une corde dure et tendue , et que le malade ne pouvait porter la face de ce côté.
Après avoir huilé la partie du cou qui était rétractée, je fis sur elle, de haut en bas et avec les deux pouces, des frictions rudes et prolongées pendant cinq minutes. J'engageai ensuite le malade à tourner la tête du côté {^auche, ce qu'il fit avec une f^tcilité qui l'étonna et qui étonna tous les assistante. Comme le résultat me semblait un peu incomplet, j'exerçai les tractions sar la tête et la renversai du côté droit en faisant continuer le massage. Quand ces manœuvres furent terminées le malade n'éprouvait plus que quelques douleurs, et les mouvements s'exécutaient aussi bien qu'à l'état normal.
On remarquera que dans tous ees cas, il s agit seulement d entorses musculaires, semblables aux tours de rein dont nous parlerons plus tard. Il peut sans doute s'en faire qui agissent sur les articulations mêmes de la colonne. La possi* bilité de ce genre de lésion est prouvée par les expériences cadavériques. Qu'on incline la tête violemment dans un sens ou dans lautrCi ou qu'on lui fasse éprouver un mouvement de rotation , on produit des déchirures des muscles et des ligaments, ainsi que des épanchements de sang, sans que le