FRACTURES ET LUXATIONS DES VERTÈBRES DU COU
désordre ait été porté jusqu a la fracture ou à la luxation. Ces lésions ont peu fixé rattenlion des auteurs; j ai lieu de soupçonner qu^elles sont plus fréquentes qu*on ne le croit, et qu elles ont une granile part aux douleurs et aux étourdissements qui suivent les chutes sur la tète. Si cette présomption se confirmait, des bandages propres à immobiliser le cou et semblables à ceux (|ue nous décrirons à propos des tumeurs blanches seraient indiqués.
Art. III. •— Fractures rr luiationb dis vbrtèbres du cou.
Les expériences cadavériques démontrent que les /raclures des vertèbres du cou sont spécialement produites par la flexion forcée de la tète en avant ou en arrière, et qu'elles sobservent constamment dans le corps de la dernière vertèbre cervicale ou dans celui des vertèbres voisines. Reconnues seulement quand le déplacement a été porté assez loin pour contondre la moelle et eutratner une paralysie qui est souvent mortelle, elles n'ont été lobjet d'aucun travail thérapeutique. Si on les reconnaissait dans des cas où Ion pût garder quelque espérance de sauver la vie des ma« lades, je conseillerais de faire cesser la flexion du cou, dont lexagération a été la cause de la fracture, et de maintenir la léle dans Timmobilité et la rectitude, avec Tun des appareils dont il sera question à l'article tumeur blanche.
Les luxations des vertèbres du cou ont été mieux étudiées au point de vue du traitement que les fractures. A en juger par les expériences que nous avons faites, M. Poraiès et moi, leur cause physique est uniquement la rotation forcée (1), et tandis que les fractures, conséquence de Tinclinaison de la tète en avant ou en arrière, siègent au bas du cou, elles s'observent constamment vers le milieu de cette région. Ainsi placées, elles sont faciles à reconnaître, et leur cause montre que c'est surtout par la rotation que l'on peut espérer de les réduire.
La question de savoir si cette réduction doit être tentée me
(i) Traité des maladies des articulations^ u II) p* 4^^*
§S0 JIÉGION CËRViCiLC DE LA COLOaiNB VEBTÉBBALE«
paraît aujourd'hui résolue. Qu on lise i'analyse'de touteslesob* servations publiées jusqu a présent (1 )»et Ton verra une bogue série de réductions qui ont été opérées avec succès par Rost, Desault, Newcnann, Harisson, Ellis, Seuch et Mignonaeaa. Aucune de ces observations ne justifie les craintes que Im avait conçues de léser la moelle dans les tentatives de rédoction. Gelies-ci ont toutes été faites avec les mains, et suivant la méthode généralement suivie dans les luxations desmeabres. Si ce procédé était insuffisant, comme j'en ai vu un exemple dans le déplacement d'une seule apophyse articulaire, il faudrait recourir aux moyens orthopédiques. Dans le cas dont je parle, le malade, confié aux soins de M. Pravaz, guérit parfaitement en un mois et demi.
Si les observations connues encouragent à tenter la rédaction des déplacements récents, le fait cité par M. Joies Goérin (3) autorise également à ne pas abandonner les Inxations qui datent de plusieurs semaines.
Ait. IV. •— Rhumatisme aigu bt cheoriqui.
Parmi les affections très diverses que Ton confond sous le nom de torticolis , il en est , sans aucun doute, qui consistent dans un rhumatisme aigu ou chronique des articulations du cou, et spécialement de celles qui existent entre les ver< tèbres supérieures. Lorsque le rhumatisme aigu se localise dans ces jointures, il peut y produire pendant plusieurs mois les douleurs les plus vives; et comme les malades, pour trouver du repos, placent la tête dans la situation représentée p. 6 là, fig. %h^ ils restent horriblement déformés, lorsque Tinfiammation passe à Tétat chronique et que la guérîson s^accomplit avec ankylose. Ces lésions ont été décrites par M. Bouvier sous le nom de torticolis articulaire (S).
Dans la période aiguë, Timmobilisation de la tète constitue une indication essentielle à remplir; on pourrait l'obtenir par des moyens divers, mais surtout par le grillage en fil de fier mou que je décrirai à Tarticle tumeurs blanches,
(i) Denonvilliers ei Gossclin , Compendium de chirurgie prati<fue,
(3) GazeUe médicale, iB^o,
(3) Bulletin de l* Académie de médecine, t. IV, p. 5t8i t. Vit p. 176.
KHUMATtôME AIGU ET CUftONIQUE. 631
Si le rhumatisme est passé à Vétai chronique^ et qui! se complique d'une déformation maintenue par des adhérences entre les surfaces articulaires, la première indication, après avoir combattu laffection rhumatismale^ est de rendre à la tête une bonne direction. Tous les moyens déjà décrits à Farticle torticolis chronique peuvent être employés dans ce but. JMais, tandis que dans le torticolis produit par la rétraction du sterno-cléido-mastoïdien, la section de ce muscle, toujours indispensable, est quelquefois suffisante, dans la déformation rhumatismale elle n'est qu'accessoire, et les appareils à pression continue sont les agents sur lesquels il faut le plus compter.
Lorsque par lemploi de ces appareils, seuls ou associés h des sections sous -cutanées , on a redressé partiellement le cou et que toutes les douleurs sont calmées, il faut passer aux mouvements artificiels. Les épaules étant fixées par un aide, on saisit la tête avec les deux mains, et ou lui imprime des mouvements alternatifs de rotation et d'inclinaison, en ayant soin d'insister spécialement sur ceux qui tendent à rétablir la rectitude ; des pressions exercées sur la partie saillante de la colonne ajoutent à l'influence de ces manipulations, que Ton répète chaque jour, en augmentant graduellement le nombre et la durée des séances. C'est d'après ces principes qu'a été traitée la jeune fille dont je vais rapporter l'observation.
XLIV* OBSBRVATIOlf.
Une jeooe fille do département du Jura, bien constituée et âgée de que* torze ans, eut en 1848 un rhumatisme articulaire aigu fiaé dans les articula* lions sopërieures de la colonne Tertëhrale. Pendant trois mois, elle éprouya des douleurs qui la privèrent de tout sommeil, et qu*aucune des médications employées ne réoisit à eonlager ; on avait négligé l'immobilisation du coo, sans Uquelle tous les aotiphlogiatiquet devaient rester impuissants. Cependant la tète s'était penchée sur l'épaule gauche, dans l'attitude qu'aurait produite la rétrac«* tion du stemo-cléido-mastoïdien; et quand l'état aigu fut dissipé, la malade était dans Timpossibilité de la redresser.
Un an après l'invasion de la maladie, elle vint se confier k mes soins. Let déformations que représente la figure 84* étaient portées au plus haut degré; roreille ne pouvait être éloignée de plus de 6 centimètres de la clavicule. La section du sterno» mastoïdien, qui était, du reste, médiocrement contracté, fat suivie d'un redressement de peu d'importance ; il fîit aisé de reconnaître» après qu'elle «ut été faite, que la rciiaUnce eiMntieUe était daot les artiea«
632 nÉGlON CEUVICALE DE LA COLONNE VERTÉBRALE.
lations tupcrieares de la colonne. Pendant le premier mois, oo le servit ATec un avantage médiocre du collier décrit et hQurê page 623 ; ce fut alors que MH. Diutel et Blanc réunirent leurs efforts pour remplir les indications complexes que présentait ce cas difficile, et qutls construisirent l'appareil que Ton ▼oit représenté page 624a (igares 87 et 88. Pendant le second et le troisième mois, on fie alterner l'emploi de cet appareil avec celui des mouvements artificieb de rotation et de redressement ; on porta progressivement le nombre de ces mouvements *k plus de deux ou trois cents dans la journée. Tout ce système de moyens fut continué à la campagne pendant près d*one année. Au bout de ce temps, l'amélioration, qui était déjà très avancée vers la fin dn troisième mois, époque du de'part de la malade, devint telle, qu'il fallait un examen attentif pour en reconnaître les restes. Mademoiselle X..., habillée, paraissait se tenir aussi droite et remuer la tête avec autaut de facilité que si elle n*eût pas été antérieurement malade*
Art. V. ~ TUHBDWI blanches et LDXATIOIIS SFORTAIVÉES DBS AtTICULATIOHB
8UPÉ1IEUBES DD COU.
On sait que des lésions très graves, analogues à celles des tumeurs blanches du* genou et de la hanche, s oh* servent entre loccipital, Tadas et Taxis. La paralysie générale, et quelquefois la mort instantanée, sont la suite des luxations spontanées de ces vertèbres. L'anatomie patholo* gique et le diagnostic de ce genre de tumeurs blanches sont très avancés; il nen est pas de mécne de leur thérapeutique; celle-ci mérite encore un grand nombre de recherches.
En ce qui regarde le traitement général et les applications locales, nous n'avons rieu à dire de spécial, et nous devons nous borner ici au traitement mécanique : 1* avant que tout symplôme de paralysie se soit montré; 2* lorsque la paralysie des membres et la gène de la respiration démontrent que la moelle est comprimée.
Même avant lapparition de tout symptôme nerveux» il est de la plus haute importance de maintenir la tète immobile et d en prévenir la flexion, surtout en avant, où elle est entraînée par son poids. L'immobilité est nécessaire d'une part, pour calmer les douleurs qui existent fréquemment; de Tautre, parce que la flexion, en un sens quelconque, peut être suivie, eu égard au ramollissement et à Tulcération des liens fibreux, d'une compression de la moelle plus funeste à sa partie stipérieure qu en aucune autre région*