‹ Traité de thérapeutique des maladies articulairesChapitre 87 sur 101 · TUMEURS BLANCHES ET LUXATIONS SPONTANÉES. 63 S · texte numérisé non relu

TUMEURS BLANCHES ET LUXATIONS SPONTANÉES. 63 S

L'importance du traitement mécanique qui est propre a remplir ces indications a élc sijjnuloe par Uicliter, Rust, Bdrard, Ollivter d*Angers, et surtout par M. Teissicr. Ces auteurs ont proposé de taire porter un collier solide qui embrasse le cou.

Je ne me contenterai point de faire remarquer, avec M. Teissier, qu*il est à regretter que ce conseil ne soit jamais suivi dans les hôpitaux ; je dirai quun simple collier est insuffisant pour atteindre le but qu on se propose. Il pourrait obliger la tête à conserver des rapports fixes avec le tronc, si le malade se tenait toujours debout ; mais il n*a pas assez d'action quand celui«ci se penche en avant ou qu'il se couche: les mouvements de la tête peuvent être alors indépendants de ceux du tronc. Pour établir une complète solidarité entre ces deux parties, il faut un appareil qui les embrasse Tune et lautre.

Pourvu que Ion agisse ainsi simultanément sur le torse, la tête et le cou, on peut adopter les formes les plus variées. Dans un cas qui, à la longue, s est terminé par la guérison, je me suis servi d*un collier solide placé sur les deux plaques recouvrant les épaules et qui font partie de Tappareil représenté figure 86, page 623. Je me servirais aujourdluii d'un grillage en fil de fer mou embrassant la tête (h Texception de la face), le cou et la moitié supérieure de la poitrine. Ce grillage, que jVi fait exécuter récemment avec une charnière postérieure qui permet d en écarter les deux moitiés^ n'a pas reçu d'application aussi. Quoiqu'il me paraisse digne d'être adopté, eu égard à la facilité de son exécution, je lui préférerais encore l'appareil de MM. Blanc et Drutel représenté page 624, figures 87 et 88, soit parce que, ayant prise sur toute l'étendue du tronc, il assure mieux l'immobilité, que le malade se couche ou se tienne debout, soit parce qu'il permet un redressement graduel.

Ce redressement est toujours indiqué par la direction vi« cieuse de la tête, qui penche toujours en avant, en même temps quelle s'incline un peu de côteet tourne commedans le torticolis chronique. Or cette direction doit être corrigée non seulement parce qu'elle constitue une difformité en cas de guérisoDi mais parce qu'elle est une prédisposition incessante à

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lu luxation de 1 allas eu avani de Taxis. Cette luxation u*est, en effet, que le degré extrême de la flexion directe ou de la flexion latérale combinée avec la rotation ; semblable à celles du genou et de la hanche, elle ne s'opère qu'après avoir été préparée par de mauvaises positions.

Les moyens mécaniques qui permettent de rendre au cou sa rectitude sont ceux que nous avons décrits en parlant du torticolis par rétraction musculaire ; je recommanderai sur* tout à ce sujet Tappareil de MM. Drutel et Blanc.

Lorsque les symptômes de paralysie commencent à se mani/esfei-, peut-on tenter encore le redressement et chercher à ré* duire la luxation commencée? Je ne puis mieux faire, pour traiter cette question,que de citer la thèse de mon ami Teissier, actuellement médecin de THôtel-Dieu de Lyon :

a Schupke et Bérard jeune, dit cet honorable praticien, qui a si bien justifié les espérances que faisaient concevoir ses premiers travaux, proscrivent toute espèce de moyens mécaniques propres à tenter la réduction des vertèbres luxées. Suivant eux, de pareilles manœuvres sont imprudentes, blà* niables, et peuvent amener instantanément la mort; les ligaments étant ramollis et détruits en partie, les moindres tractions peuvent les déchirer complètement et par suite produire un chevauchement de Tatlas ou de Taxis qui anéantisse brusquement les fonctions de la moelle épinière.

» Sans doute si Ton agissait sans aucune connaissance de la variété des déplacements à laquelle on a affaire, et si Ton tirait sur la tète avec peu de ménagement, on pourrait déterminer d aussi graves désordres ; mais si, d'une part, le redressement ne se fait qu avec une extrême douceur et par degrés, et si, d'une autre part, après avoir reconnu la variété du dë* placement, on n'imprime aux vertèbres luxées que des mouvements qui tendent à les ramener dans le sens de Taxe qu'elles ont abandonné, il devient alors difficile, je crois, de courir des dangers aussi grands que ceux qui ont été signalés par Schupke et A. Bérard. »

M. Teissier, après avoir dit qu'on peut ainsi prévenir les blessures de la moelle, arrive à cette conclusion, que dans les cas où l'atlas est luxé en avant et où la tête est fléchie» on

TUMEURS BLAMCHES ET ^UXA^O^S SIO^TA^ÉE$. 6SS

doil teuter le redressement, parce qu'alors le canal rachidien ne peut que regagner sa capacité ordinaire par le rétablisse^ ment des rapports normaux; à lappui de son opinion, il cite une observation remarquable de luxation spontanée de ladas guérie par un traitement mécanique qu a dirigé M. Miiliet (de Lyon). Je vais reproduire cette observation.

XLV* Obseavatiok. <— Luxation spontanée de Vaxis sur tatlas, guérie par u%

traitement mécanique.

M. Emile de Saint-G..., d'un tempérament lymphatique, fut atteint d'un torticolis k Tâge de treize ans et demi, dans Tétabliâsement où il faisait ses études. Cette affection fut occasionuce par des courants d'air froid, et^ sii mois après le début des accidents qui s'étaient a(^gravés à travers les internait- Cences habituelles de bien et de mal, on observait Tétat suivant : La tête était Be'chie, portée plus fortement sur lepaule droite ; le menton était dirigé à Çauche. On s'aperçut que les mouvements du bras gauche étaient moins libres, et bientôt ceux du membre abdominal correspondant devinrent aussi plus difficiles. La vessie et le rectum se paralysèrent; alorx les évacuations alvinet et rémission de l'urine cessèrent de s'accomplir sous l'influence de la volonté. Des douleurs violentes se firent sentir sur le sommet de la tête, et Ton ne parvînt à les calmer qu'au moyen de linges très chauds. L'enfant fut amené à Lyon le la décembre. M. Viricel reconnut qu'il existait une luxation de U première sur la deuxième vertèbre cervicale, laquelle produisait, par la diminution du canal vertébral, la compression de la moelle et la paralysie secon* daire. Cette luxation était caractérisée par un enfoncement sensible au-dessus de l'apophyse épineuse de l'axis, et par une saillie très prononcée de celle^i en arrière. Le cas étant de la plus haute gravité, M. Gensoul fut appelé en consultation; et les médecins réunis décidèrent qu'un traitement mécanique sagement dirigé était seul capable de faire cesser les accidents.

Traitement mécanique, — Emile de Saint-G... entra dans l'établissement orthopédique de M. Miiliet le 17 décembre. Le 18 commença l'application des moyens mécaniques tendant a ramener les parties dans leur état normal.

Les moyens employés furent les suivants : Un collier matelassé avec soin dIoDt l'action avait Heu sur 1 extrémité du menton, k l'aide d'un coussin épais, taodant à faire basculer la tête d'avant en arrière; un appareil à glissant dont l'extrémité, en forme de croissant, a appuyait sur la partie supérieure du coa ; deux courroies embrassant le front, de manière à le porter en arrière et à le fixer dans cette position. Ces divers appareils prenaient leur point d'appui •or no fauteuil, oh le malade était placé et soutenu au moyen de support t pour let bras et de coussins pour le corps. Le coHier recevait son action extensive d'un ressort à doubles lames cintrées et articulées par leur extrémité ; ces lames étaient traversées en outre par une tige métallique graduer, assujettie du côté supérieur par un écrou, et terminée en bas par un treuil avectaponlie^sur laquelle s'enronlait la corde destinée à produire Textension.

•36 BÉUiOlf CRBVICALE UE LA C0L055E TESriBftALC.

Cet apparril était amlé sur uoe Irarcne pla«iée â 65 er de b lé(e.

L'appaieil à çlUsant, destine à la pression, se conpoiait f aoe ti^e es Lois terminée par un croissai nC de même substance, malelasié; cvtie tige traversait b mortaise «Tun support fisé sur le montant dn fanteni!, et âait arrêtée par uue clavette; les courroies Tenaient prendre lenr ioscrtâoo sm- ce snppoit. Plus tard on ajouta deux petits points d'appui poor la partie snpmeore de la léie, afin d>n empêcher le balancement.

L'action de ces divers appareils a été, comme on le voit, de rontre-balaiicer Faction des flécbisseurt en soulevant la léte , de produire une exteosioo graduée et une légère pression sur la saillie formée en arrière par Taxis.

Le premier jour, i8 décembre, les appareils furent appfiqnés pendant quelques minutes seulement, a divers intervalles ; en aoçmcntani soccesstvement la durée cbaque jour, on parrint, au bout de huit jours, à pouvoir le laisser en place une dcmi-beure. Un mieux très remarquable se fit sentir à celte époque, et le malade put imprimer quelques mouvements aux doigts da bras paralysé. Après deux mois de Tnsage des mojens mécaniques, ccnx-ct pouvaient être {gardés deux ou trois heures sans trop fatiguer Tenant.

Au bout de six mois leur emploi ne produisit plus aucune douleur. î.4es phénomènes les plus remarquables qui ont eu lien pendant les différentes périodes de traitement sont les suivants : la main commença d*abord à reprendre quelques mouvenirnls, ceux de favant bras ne furent possibles qu'au bout de six semaines; il a fallu trois mois pour que tout le membre thoracique i éprit sa liberté. A la même époque, la sensibilité revint dans le membre abdominal. Quant aux accidents de la vissie, ils disparurent au bout d'un mois; la paralysie du rectum ne cessa complètement c|u*au mois d'arrtU La saillie formée en arriÎTt par Tapopliyse épineuse de Taxis avait diminué sen-iblemcnt au bout d'un mois de traitement, et après huit mois elle a presque complètement disparu. Enfin, pru à peu les fonctions digestives se sont rétablies, les forces corroborées, la nutrition est devenue plus active. Ces changements ont été lents, mais réguliers dans leurs progrès. Le jeune Emile uVprouve plus aujourd'hui aucun des accidents qui ont existé; sa santé est très bonne ; la roideur seule du cou persiste.

11 y a près de quatre ans que le traitement est terminé, la guérison s*est parfailemeut maintenue.

On pourrait recourir à d*autres mccanismes que ceux dont on a fait usage dans ie cas précédent; se servir, par exemple, de lappareil de MM. Drulel et Blanc, qui peut satisfaire à toutes les indications; mais la méthode qu'a suivie M. Milliet et quil a mise en pratique avec le concours éclairé de notre vénérable maître, M. le docteur Viriceli raéritç sûrçment d*étre imitée.

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