‹ Traité de thérapeutique des maladies articulairesChapitre 88 sur 101 · CHAPITRE QIJATOBZIÊIIIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE QIJATOBZIÊIIIE

Il en des maladiei de celte région comme de celles de la colonne cervicale. Les connaissances que nous possédons sur leur traitement sont encore trop incomplètes pour que nous puissions en faire une exposition générale. Je me contenterai de traiter : i*' des entorses ; 2^ des fractures et des luxations; 3^ du mal vertébral de Pott; &'' des déviations de la taille. L'histoire du mal vertébral comprendra celle des gibbosités et des abcès par congestion.

Ait. I*'. — BnTOBSES de la KÉGIOR BORSO-LOUBAItR Dt LA COLONNE

VERTiBEALB.

Weber a démontré que dans le tronc, les mouvements les plus étendus de la colonne vertébrale se passaient dans les articulations des dernières dorsales et des premières lombaires. Ces régions les plus mobiles sont les plus exposées aux conséquences des mouvements forcés, et c'est à Tunion dii dos et des lombes qu'on observe le plus souvent les douleurs et la gène des mouvements qu'occasionnent les entorses. Cellesci sont de deux ordres : les unes, en quelque sorte passives, produites sur les liens fibreux et musculaires par les impulsions extérieures; les autres actives, succédante des contractions irrégulières des muscles , dans les efforts que Ton désigne sous le nom de tours de rein.

% 1. Xnlorset produites par «ne împiilfSoii extérieure.

Tous les mouvements forcés de la colonne en avant, en arrière ou sur les côtés, peuvent produire des distensions ou des déchirures des muscles et des ligaments du côté distendu par l'inflexion forcée. Les expériences nombreuses que nous avons faites, M. Pomiès et moi (1), ont démontré que les

(i) Traité des maladies des articulations^ t. II, p. 4S5,

6S6 RÉGION CRRVICALE I>E LA COLONNE VEnTÉBRALC.

Cet appareil ëtaît arrêté fur une tra%'crse placée à 65 oentimèlref aa-dedsui de U tête.

L'appareil à glissant, desiiiié à la pression, se composait d'une tige en Lois terminée par un croissant de même substance, matelassé; cette tige traversait la mortaise d*im support fixé sur le montant du fauteuil, et était arrêtée par «ne clavette; les courroies venaient prendre leur insertion sur ce tnpport. Plus tard on ajouta deux petits points d'appui pour la partie supértenre dm U tête, aKn d'en empêcher le balancement.

L'action de ces divers appareils a été, comme on le voit, de rontre-balancer l'action des fléchisseurs en soulevant la tête, de produire une extension (];ra* duée et une légère pression sur la saillie formée en arrière par Taxis.

Le premier jour, |8 décembre, les appareils furent appliqués pendant quelques minutes seulement, à divers intervalles; en augmentant successive' ment la durée chaque jour, on parvint, au bout de huit jours, à pouvoir le laisser en pince une demi-heure. Un mieux très remarquable se fit sentir à cette époque, et le malade put imprimer quelques mouvements aux doigts du bras paralysé. Après deux mois de l'asage des moyens mécaniques, ceux-ci pouvaient être gardés deux ou trois heures sans trop fatiguer l'enfant.

Au bout de six mois leur emploi ne produisit plus aucune douleur» Les phénomènes les plus remarquables qui ont eu lieu pendant les diffcrentei périodes de traitement sont les suivants : la main commença d'abord à reprendre quelques mouvements, ceux de l'avant bras ne furent possibles qu'au bout de six semaines; il a fallu trois mois pour que tout le membre thoraciquc i éprit sa liberté. A la même époque, la sensibilité revint dans le membre abdominal. Quant aux accidents de la vissie, ils disparurent au bout d'un mois; la paralysie du rectum ne cessa complètement qu'au mois d*avril« La saillie formée en arrière par l'apophyse épineuse de l'axis avait diminué sen-iblemcnt au bout d'un mois de traitement, et aprcs huit mois elle a presque complètement disparu. Enfin, pru à peu les fonctions digestives se sont rétablies, les forces corroborées, la nutrition est devenue plus active. Ces changements ont été lents, mais réguliers dans leurs progrès. Le jeune Emile n'éprouve plus aujourd'hui aucun des accidents qui ont existe; sa santé est très bonne ; lu roideur seule du cou persiste.

11 y a près de quatre ans que le traitement est terminé, la guérison s*e^t parfaitement maintenue.

On pourrait recourir à d'autres mccanismes que ceux dont on a fait usage dans le cas précédent; se servir, par exemple, de lappareil de MM. Drulel et Blanc, qui peut satisfaire à toutes les indications; mais la méthode qu a suivie M. MilUet et qu'il a mise en pratique avec le concours éclairé de notre vénérable maître, M. le docteur Viriceli roéritç s<iirçment d'être imitée.

cultivateur pendant ])rès d'une année, et malgré les avertissements que lui donnait la continuité des douleurs, il eût gardé le lit dès \e principe et n'eût marché plus tard qu'avec un tuteur de la colonne, les accidents qui doivent le faire périr auraient été prévenus.

§ s. Xalonef produites pmt 1a eonlraetioii des muscles.

Je veux parler ici des douleurs qui se font sentir dans la région dorso-Iombaire de la colonne à la suite d'un mouvement de torsion spontané, effort différent de celui qui nous a occupé jusqu'à présent et dans lequel i'im|)ulsion était produite par un corps extérieur. Les coutractions violentes et irrégulières des muscles qui sont ici le point de départ des accidents, laissent à leur suite des douleurs qui ont été très diversement interprétées. Mothe et Sédillot (1) les ont fait dépendre d'une rupture des fibres musculaires; Lieutaud, Pouieau, Portai, etc. (2), les ont attribuées à une luxation des muscles; enfin, Martin aine, ancien chirurgien en chef de l'hospice de la Charité de Lyon, admet dans ces cas l'existence d'un état de contracture douloureuse* Cependant malgré cette diversité dans la manière d'envisager la nature du mal, la plupart des chirurgiens s'accordent à conseiller la même méthode de traitement.

Ou trouve dans Lieutaud (3) le passage suivant : « Il faut encore distinguer de la fausse néphrétique, une douleur lombaire très vive avec impuissance de mouvement qui attaque subitement après un effort violent ou même en se redressant lorsqu'on a été courbé dans une certaine attitude. C'est une vraie entorse qu'on peut guérir sur-le*champ, en rétablissant la partie déplacée ainsi qu'on le pratique pour le pied ; mais je ne sais par quelle fatalité les chirurgiens ne sont pas ordinairement heureux dans cette petite entreprise, que l'on aban-

(i) Mothe, Mélangée de chirurgie et de médecine, Pans, i8i3, t. I, p. 296. — 8édilloC, De ruptura musculari, '79^9 i'>*4*

(3)^Lieuia«d, Précis de médecine pratique. — Ponteaii, Œuvres posthumes^ t. II. — Portai, Précii de la chirurgie pratique ; Anatomie médicale^ Paris, i8o5, t. II.

(3) Lieutaud, loc, citu SSy.

donne à des gens sans expérience et qui s'en acquittent pourtant bien en frottant fortement la partie bien builee avec le pouce seul ou avec toute la main. J'ai fait faire quelquefois cette opération par le premier venu et presque toujours avec succès, n

Au commencement de 1857 , Martin aîné envoya à la Société de médecine de Lyon un mémoire intitulé : Du Traitement de quelques affections musculaires faussement attribuées jusqu'à ce jour au rhumatisme. Conduit par une suite de raisonnements qu'il n'est pas de notre sujet d'indiquer, à penser que les accidents douloureux qui arrivent subitement dans les reins à la suite d'un effort, d'ime fausse position ou de l'action d'un courant d'air fî*oid, peuvent dépendre de la contraction Irrégulière des muscles et qu'on peut foire cesser cet te contraction par un massage prolongé, l'auteur de ce mémoire dit : « Je me proposais de faire des recherches et des expériences dans ce nouveau champ de découvertes à la première occasion ; elle ne tarda pas à se présenter.

» Un mois après, je fus appelé auprès d'un malade affecté d*un violent lumbago ; il était couché dans son lit à la renverse, en proie à une sensation de douleur gravative dans la région lombaire; cette douleur devenait aiguë jusqu*à produire la syncope dès qu'il exécutait les moindres mouvements pour changer de position. Ce ne fut pas sans peine que je pai*vins à le placer à bouchon pour porter mon investigation sur l'état des muscles sacro -lombaires. Je reconnus que ceux qui appar* tenaient au côté gauche du rachis étaient spasmodîquement contractés, et que les faisceaux fibreux désignés sous le nom générique de multifidus d^Albimis formaient autant de petits cordons roides et tendus qui tiraillaient vivement les vertèbres auxquelles ils s'attachent et imprimaient une courbure latérale vicieuse à la colonne lombaire; je n'hésitai pas aies masser fortement avec les doigts dans toute l'étendue de leur tension contractile, et je parvins, en moins de dix minutes, à effacer complètement tous les cordons que j'avais découverts par le tact à plus ou moins de profondeur. Cette opération terminée, les douleurs cessèrent immédiatement. Tous les mouvements du corps s'exécutèrent sans gène. Le malade se leva, s'babilla

sans aille cl re|)ni le cours de ses occii|)atioiis jciurnaiières.

» A (|ueli|iic temps de là, dcvaiil uie réunir, pour consoi* 1er sur un cas (;rave de médecine opératoire, avec quelques confrères du nombre desquels était mon illustre unii Marc- Antoine Petit, il me fit prier par un message de Texcuser auprès de la réunion à laquelle il éuiit empêché d'assister par uu violent lumbago qui le retenait sur sa chaise lonfjue. Je reçus son message sur les neuf heures du matin ; nous devions nous réunir à onze heures; je me rendis aussitôt auprès de lui, et je lui promis une guérison subite s'il voulait se soumettre a une manœuvre dont je lui donnerais TexplicatioD ihéoriqucaprès la réussite. 11 prit de prime-abord ma promesse pour une |)laisanlerie; mais, Tayaot assuré du plus grand sérieux que je pouvais escamoter son lumbago dans moins de dix minutes, il me dit en plaisantant: Allons, mon cher esca* moteur, voyons, mets-toi à Tœuvre. Je le plaçai dims la posi* tiun convenable, er, me mettant à califourchon sur son dos pour donner plus de force et de facilité au massage, je parvins, dans lespace de cinq minutes, à effacer toutes les contractions partielles et irrégulières des taisceaux muscidaires, et à liii rendre la jdeine liberté de tous les mouvements dont il était privé. Il s'habilla et nous nous rendîmes ensemble au domicile du malade pour lequel nous devions consulter.

» Il s'est écoulé plus de trente ans depuis cette observation, aussi présente a ma mémoire que si elle était d'hier. Je vois encore la figure étonnée de mou excellent ami, ThéAitation avec laquelle il s aventurait à se mouvoir en tout sens; je cnrois sentir encore l'impression de Tembrassade qu'il me donna dans relfufkion de sa reconnaissance.

n J'ai recueilli plus de cent ohservations du même genre; je me dispense de les présenter ici; elles u'oifriraieni qu'une répétition fastidieuse des mêmes tableaux et des mêmes succès; je n'en excepte qu'une seule: elle a un côté plai^^ant qui lui permettrait de figurer dans uu feuilleton de gazette médicale.

w La femme d'un honnête ouvrier du pays que j'habite vint un jour me prier de visiter son mari ; d était, me dit-elle, re« tenu dans son lit depuis huit jours par un rhumatisu;c qui

Ui

GA2 RÉGION DOttSO-LOMBAIRIS DE LA COLOMNIi VKIlTÉBHALE.

réflislaii à tous les moyens de soulagement mis en usage par l'ofBcter de santé qui le soignait. Je me rendis auprès de lui au moment où Fou se disposait à placer sur les régions lombaires deux emplàtres'vésicatoires. Après un court examen, je tirai à part l'officier de santé, et je fis de vains efforts pour lui foire comprendre la cause véritable des douleurs et le genre de manœuvre au moyen de laquelle je les ferais cesser en peu de temps. Il voulut entrer en discussion, je m'y refusai; il prit deThumeur etse retira en haussant les épaules. Aussttôtaprès son départ, je uie mis à Tœuvre. Le massage produisit en moins de dix minutes son effet ordinaire; le malade se leva et s'habilla sans aide. J'avais sur le cœur Tirrévérence du pli d^épaules ; j'imaginai d'en tirer une vengeance innocente en faisant reporter immédiatement les emplâtrcs-vésicaioires à lofficier de santé par le prétendu rhumatisé, afin fie lui prouver que j'étais fondée en pareil cas, à dire au malade : Surgt et ambuta, »

J'ai cité textuellement un long passage du mémoire de Martin aine, afin de ne rien enlever au charme de son récit. J'ajouterai que sou frère, Martin jeune, après avoir été témoin de plusieurs guérisons opérées par le massage, y a eu recours lui-même nombre de fois avec un plein succès. Il recommande de presser fortement sur te muscle rétracté avec les deux pouces auxquels on imprime de légers mouvements de va-et-vient d'un ou deux centimètres. Ou masse ainsi et successivement le muscle dans chacune des parties de sa longueur, et l'on prolonge l'opération pendant 10 à 15 minutes. C'est surtout dans les accidents de l'ordre de ceux dont il est question , c est-à-dire dans les lumbago, suites d'efforts , qu'il a eu l'occasion d'observer les résultats les plus prompts et 1rs plus cotnplets.

Pour moi, j'ai employé un grand nombre de fois le massage sur la région lombaire. Si j'ai obtenu des résultats moins satisfaisants que MM. Martin, je l'attribue à ce que je u'ai pas opéré avec toutes les précautions qu'ils ont mises constamment en pratique. Peut-être, au lieu de pétrir, de coolondi*e en quelque sorte les muscles par une forie pression, faisais-je des mouvements trop semblables à ceux que l'on emploie dans

PHACrUltES KT LUXATIONS. 663

les Frictions; peut-être me siiis-je orrété trop tôt, n'ayant pas prolongé les frictions au delà de 5 à 6 minutes. Je crois devoir aussi tenir compte de ce que la plupart des tours de reins que j ai traités dans les hôpitaux étaient consécutifs à des efforts dans lesquels les malades, après avoir essayé de soulever un lourd fardeau, avaient eu le tronc fléchi en avant par ce fardeau trop pesant pour leurs forces : il y avait, dans ces cas, indépendamment d'une énergique contraction des muscles, les déchirures en arrière et les écrasements en avant, qui sont dus à lu flexion forcée de la colonne, et contre lesquels le massage est évidemment inutile. Quoi qu'il en soit, nous avons toujours vu ce moyen produire une amélioration au moins momentanée, et nous n hésitons pas à le recommander surtout lorsqu'on ne peut supposer aucun écrasement de la colonne vertébrale, et où tout le mal dépend d'un mouvement vicieux ou exagéré.

Ait. II. *- FiACTURES et lcxations de la bIgion dobso-lombaibk

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