‹ Traité de thérapeutique des maladies articulaires (volume 2)Chapitre 126 sur 151 · DE LA COLONNE VERTÉBRALE · texte numérisé non relu

DE LA COLONNE VERTÉBRALE

Je réunis ici les fractures et les luxations; car il en est de la région dorso-lombaire comme de l'articulation tibio-tarsienne; les luxations n'y sont qu'accessoires et n'existent jamais sans fractures. Ainsi lorsque, dans des expériences cadavériques, on produit une luxation, toujours incomplète, il est vrai, des apophyses articulaires, on observe à la fois un écrasement du corps des vertèbres et des apophyses articulaires elles-mêmes.

Quoi qu'il en soit de ces combinaisons, que l'on pourra surtout bien apprécier en lisant le détail des expériences que je rappelais plus haut, la science n'est pas riche en moyens applicables aux fractures delà colonne. On n'a guère proposé que des extensions et des contre-extensions, le séjour dans le lit, avec la précaution de maintenir une planche entre les deux matelas, et l'usage des lits mécaniques, pour éviter le dérangement qu'entraîne le soulèvement des malades.

L'extension et la contre-extension, d'abord recommandées par Ambroise Paré, ont reçu des applications utiles entre les

G6ft RÉGION UOHSO LOMUAlllK OL LA COLON Mi VERTÉBRALE.

mains de MM. Malgaigne (l), Tuson (2) et J. Roux, île Toulon, (3). Les uns se sont contentés de tractions, prolongées seulement pendant le temps nécessaire à la réduction ; les autres, comme M. Malgaigne, ont continué ces premiers efforts par àes tractions persistantes et en sens inverse sur les aisselles et sur le bassin.

Il y a sans doute dans la pratique des auteurs que je viens de citer une méthode bien supérieure à l'expeetation déplorable à laquelle on a coutume d'abandonner, dans les hôpitaux, les fractures de la colonne vertébrale. Les succès qu'ont obtenus MM. Muigaigne et Tuson , succès remarquables , puisque la paraplégie, suite du déplacement , s est dissipée avec celui-ci, démontrent combien il importe d'appliquer à la colonne vertébrale les principes généraux du traitement des fractures. Cependant, la méthode de réduction qu'ils ont suivie me paraît insuffisante, parce qu'elle n'est pas déduite de l'étiologie véritable, et que le lit, même avec des tractions en sens inverse, ne suffit pas pour produire l'immobilité des fragments.

Que l'on tienne compte des causes, des symptômes, ou de l'anatomie pathologique des fractures de la région dorsolombaire, on sera toujours conduit à cette conclusion : que, pour réduire les déplacements, il s'agit moins de tirer sur les aisselles et sur le bassin, que de faire cesser la flexion de la colonne.

Ce sont, en effet, les efforts par lesquels celle-ci est violemment pliée, qui produisent les fractures du corps des vertèbres à l'union de la région dorsale et de la région lombaire. Ce sont ces efforts qui, après avoir brisé les os, font glisser le fragment supérieur au-devant de l'inférieur, ce qui entraîne tout à la fois la gibbosité et la compression de la moelle; c'est enfin par suite de la flexion devenue permanente que l'on observe en avant de l'abdomen un pli transversal qui répond à l'angle rentrant de la colonne.

La réduction exige donc le redressement du rachis ;

(i) Traité des fractura, Paris, 1847, P' 433.

(2) Médical Times, iS\b.

(3) Gazelle des hôpitaux, 1849.

FRACTIUtKS KT LUXATIONS. 6A5

des extensions et des contre-extensions peuvent aider à ce redressement; mais on agit dune manière plus conforme à la nature des causes et de la déformation en portant en arrière le tronçon qui s'infléchit en avant. Ce renversement en sens inverse peut éire combiné dans les efforts de réduction avec la contre-extension sur le bassin et l'extension sur les aisselles. L'éthérisation diminuerait sans doute les difficultés que présente cette opération, et il serait utile, pendant qu'on l'accomplît, que la partie du rachis inférieure à la fracture fût soutenue par un corps résistant, une planche matelassée, par exemple. Quoi qu'il en soit, si la réduction restait incomplète, le décubitus sur le dos tendrait sans doute à la compléter;. yçn citerai plus loin un exemple.

Cependant, quelle que soit l'utilité du redressement, l'immobilisation est bien plus importante encore; on ne peut l'obtenir en faisant coucher le malade sur un lit; rien n'empêche alors le tronc de s'incliner à droite ou à gauche et ne prévient la flexion de la colonne, lorsque le malade se soulève pour satisfaire à ses besoins ou pour qu'on change les draps sur lesquels il repose.

Les lits mécaniques dans lesquels le plan de support peut être soulevé à volonté, suppléent en partie à l'insuffisance des lits ordinaires; mais ils ne soutiennent pas le tronc sur les côtés et ils n'empêchent pas les efforts de flexion.

Des gouttières convenablement disposées permettentseules

d'immobiliser les fragments ; mais comme aucun auteur ne

s'est occupé de ce sujet, j'en ai fait construire une que j'ai

léjà fait connaître dans mon Traité dés maladies des articula?

,nns, et que représente la figure 89.

Cette gouttière embrasse le corps depuis la partie moyenne c3 cuisses jusqu'au milieu du cou, et ne laisse libre que la face antérieure du tronc ; sa charpente est en fil de fer comme celle du grand appareil représenté figures 30, 31 et 32, page M8 ; elle est soigneusement matelassée et ne fait éprouver aucune pression douloureuse. Lorsque la gibbosité, suite de l'inflexion de la colonne, est trop saillante pour être comprimée immédiatement, on place à droite et à gauche, vis-à-vis les muscles des gouttières vertébrales, deux coussins longitudinaux, se-

parés par un vide entre lequel se placent les apophyses épi-

neuses.

Fig. 89.

Cette gouttière peut suffire aux enfants ou aux personnes qu'il est aisé de soulever avec les mains ; mais si Ion a affaire à des adultes ou à des vieillards d'un poids considérable, il est utile de faciliter le soulèvement de la totalité du corps en fixant une moufle au ciel de lit et en permettant au malade d'exercer lui-même des tractions sur l'appareil par le système de cordes que représente la figure 90.

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l'UACTTJHF.S ET LUXATIONS. fi/|7

Quand on adopte cette disposition, la gouttière doit offrir une échancrure en bas et en arrière pour faciliter les excrétions, et les boucles auxquelles on attache les cordes doivent être placées, comme dans le grand appareil fig. 32, pag. M 8, à l'extrémité de deux arcs de fer assez solides pour ne pas fléchir quand le malade se soulève.

Je n'ai eu l'occasion d'appliquer ce système de traitement qu'à une fracture au niveau de la dernière dorsale, datant de cinq semaines, et accompagnée d'une flexion avec gibbosité en arrière et à gauche ; il y avait paralysie complète de la vessie et des membres inférieurs, douleurs très vives dans ces derniers. La gouttière fig. 89 fut laissée en place pendant cinq semaines ; au bout de ce temps, l'inflexion latérale avait disparu, la gibbosité était diminuée des deux tiers, et la consolidation paraissait complète, car la difformité ne tendait plus à se reproduire; la paralysie et les douleurs n'avaient éprouvé aucun amendement ; le malade demanda à se faire transporter dans sa famille.

Cette imperfection des résultats ne prouve rien contre la méthode. Tontes les fois que la moelle a été contuse par le déplacement d'une vertèbre, on ne doit pas espérer qu'elle reprenne son influence, lorsque l'on agit, comme dans le cas précédent, plusieurs semaines après la fracture et qu'un ramollissement de la moelle est venu se joindre à la contusion. Mais que l'on opère dans les cas où la lésion est récente, qu'on agisse surtout dans ces fractures dont nos expériences ont démontré la fréquence et qui ne laissent à leur suite aucune difformité apparente, et Ton aura toute chance de succès.

Ces lignes étaient écrites loi sque j'ai appris que M. Valette, chirurgien en chef désigné de la Charité de Lyon, avait fait deux fois usage de mes gouttières dans le traitement, des fractures de la colonne vertébrale. Je m'empresse de citer les faits importants qu'il a bien voulu me communiquer.

XLV1C Observation . — Fracture de la région darso-Iombaire île la colonne vertébrale. Paralysie immédiate de la vessie et des membres inférieurs. Emploi des appareils de I\I. Bonnet. Guérison presque complète.

Kiienne Fèfje, à jjé de quarante ans environ, exerçant la profession île voitnrier dans mie maison de roulage; d'une liante Staline, et d*nne ron-

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