U8 RÉGION DORSO-LOMBAIP.K DE LA COLONNE VI-.RTÉBRALE
stilution herculéenne, entre à l'Hôtel-Dieu île Lyon, dans mon service salle Saint-Louis, n° 35, le 22 octobre i85i, pour un accident survenu dans les circonstances suivantes.
Fège amenait, à la manufacture des Tabacs, une voiture chargée île lourds ballots. Il avait sur les épaules une balle de tabacs pesant onze cents livres. Ses pieds manquèrent .à la fois, il tomba sur ses fesses, le corps plie' en avant et écrasé par ce poids énorme, Apporté immédiatement à l'Hôtel-Dieu, il nous présente l'état suivant : La région lombo-sacrée est le siège de douleurs excessivement vives, qui arrachent des cris au malade; le moindre mouvement les exaspère tellement, que nous renonçons à faire des explorations trop prolongées. Il existe, du reste, une paralysie complète (sentiment et mouvement) des membres inférieurs. La paralysie s'étend aussi à la vessie et au rectum; dans la soirée et les jours suivants, je suis obligé de vider la vessie avec la sonde. Il y en avait assez pour diagnostiquer une fracture de la colonne vertébrale, et sans m'attacher, pour le moment, à la constater directement, ce qui, je le répète, était impossible, vu l'état dans lequel se trouvait le malade, je me mis en devoir de remplir la première indication qui se présente dans les cas de fracture, c'est-à-dire que je cherchai à placer les parties fracturées dans les meilleures conditions possibles de réduction et d'immobilisation. Pour y arriver, je plaçai le malade dansune largegouitière dorsalede M. bonnet, faisant ainsi la double application des principes que j'avais entendus développer par cet excellent maître et des moyens mécaniques qu'il a imaginés pour leur application. L'appareil eut nour effet immédiat de faire ce>ser les douleurs.
LTne large saignée au bras est pratiquée dans la journée. Au bout de quelques jours la paralysie de la vessie et du rectum n'existaient plus, mais les membres inférieurs étaient toujours dans le même état. Cette circonstance rendait pénibles pour le malade les mouvements d'ascension, parce que le poids des jambes l'entraînait en bas, et déterminait des secousses dans la région malade. Je substituai, à l'appareil précédent, la large gouttière double, qui, embrassant les jambes d'une part, remonte presque jusqu'aux aisselles (Voyez, p. -'(44> eM remarquant toutefois que l'appareil représenté ne monte pas assez haut). Trois mois après la sensibilité commence à reparaître dans la jambe et
ans la cuisse, du côté gauche; un peu plus tard, dans le membre du côté droit. Le malade commence à pouvoir se soulever sur son siège. Il est facile de reconnaître, à la partie supérieure de la région lombaire, une gibbosité assez forte. Une apophyse épineuse fait une saillie considérable, et sa base se perd dans une masse osseuse qui me paraît n'être pas autre chose que le cal.
.; fis appliquer sur les côtés de la tumeur et dans les gouttières vertébrales deux larges et profonds cautères, afin de déterminer une révulsion puissante et un travail de suppuration qui devait favoriser la résorption d'une partie du cal. Je fis, en même temps, faire des frictions sur les membres. Je fis imprimer aux jointures qui étaient roides et douloureuses, des mouvements artificiels. Enfin, cinq mois après l'accident, les mouvements commencent à reparaître, le malade peut sortir du lit et se soutenir sur des béquilles. La déformation de la colonne me semble moins apparente, l'amélioration continue, et le 4 septembre 1 852, onze mois par conséquent après son entrée, Fège peut marcher, appuyé sur deux cannes. Cette marche, comme on le pense bien, est
FRACTUI1KS ET LUXATIONS. 6fr9
mnl assurée, le moindre obstacle le fait tréhu. lier. Aussi, afin de compléter l.i guérison, je l'envoie aux eaux sulfureuses d'Aix en Savoie.
J'ai i evu depuis ce malade.
L'amélioration a été toujours croissant ; il avait sans doute perdu considérablement do sa vigueur première, mais enfin il marchait bien et sans appui, et commençait à reprendre quelques-uns de ses travaux. La saillie osseuse dont j'ai parlé m'a paru avoir bien diminué, soit qu'il y ait eu réellement résorption d'une portion notable du cal, soit que l'embonpoint du malade, qui était tout à fait revenu, ait rendu la difformité plus difficile à reconnaître. (Observation communiquée par M. Valette, chinirgieh en chef désigné de la Charité de Lyon.)
XLVII* Observation. — Fracture de la région dorso-lombaire de la colonne vertébrale; paralysie complète des membres inférieurs au début; emploi du grand appareil de 1\1 . Bonnet, et, plus tard, de moyens variés; rétablissement complet sous le rapport de la liberté de la marche.
Rivière, âgé de ^5 ans environ, commissionnaire au chemin de fer de Saint- Etienne à Lyon, conduisait une voilure à bras lourdement chargée. Les caisses étaient assez mal assujetties, car elles glissaient en arrière, si bien que Rivière fut tout d'un coup enlevé par le poids de la voiture. Il fit un violent ef lort pour la remettre en équilibre; il n'y parvint que trop bien, car la charge mal assujettie se précipita en avant, et Rivière tomba sur les fesses. La secousse et la position de la voilure amenèrent sur son dos un poids énorme; il ne put se relever, et lorsqu'on l'eut lire d'embarras, on fpt obligé de le transporter à l'Hotel- Dieu de Lyon, salle Saint-Louis, n" 23. C'était au mois de février l84{)- " Y avait une paralysie complète des membres inférieurs, et des douleurs atroces, que le moindre mouvement rendait intolérables, se faisaient sentir dans les reins. Le malade fut placé dans le grand appareil pour les fractures du col du fémur, de M. bonnet, et fut maintenu dans l'immobilité pendant deux mois environ. Le tronc peut alors exécuter, sans grande douleur, quelques mouvements, mais la paralysie des membres persiste toujours. Vers le troisième mois, j'applique sur les côtés du point malade des cautères, je fais asseoir Rivière sur son lit; le sentiment commence à revenir, les mouvements sont presque impossibles. Cependant, aidé de béquilles, le malade peut se soutenir peu à peu, et, sous l'influence des cautères, des frictions, des douches et du temps, Rivière peut marcher assez facilement avec ses béquilles. Après dix ou onze mois de séjour, je l'envoie à Aix (Savoie), pour compléter sa guérison. Le malade s'est très bien trouvé des eaux, et il en est revenu marchant librement et sans appui. J'ai revu souvent Rivière depuis, je l'ai rencontré il y a trois mois environ, au village de la Mulalière, près de Lyon. Sa santé est complètement rétablie, seulement il n'a plus la même force, à beaucoup près, pour soulever un fardeau; mais il travaille toute la journée au chemin de fer sans trop de fatigue, et le jour dont je paile, bien qu'il eut rempli sa journée, il n'en a pas moins persisté à vouloir m'accompagner. Il a fait avec moi près de deux kilomètres, et j'ai pu me convaincre que sous le rapport de la marche, Rivière n avait gardé ni la moindre gène ni la moindre difficulté. (Observation eommuniqnée par M- J'alette.)
La première observation «Je M. Valette démontre que la gouttière représentée jàage 6/t6, fig. 90, peut être insuffisante, et que les jambes qui restent libres, peuvent exécuter, lorsque le malade est soulevé, des mouvements qui se communiquent à la colonne vertébrale. Je crois que ces inconvénients seraient prévenus si par sa longueur, par ses rapports avec les dimensions du tronc, et par la manière dont elle est suspendue, la gouttière vertébrale fonctionnait aussi bien que le représente la fig. 90. Cependant j'approuve complètement l'application que M. Valette a faite de mon grand appareil aux fractures de la colonne vertébrale; nul doute que cet appareil n'assure une immobilité beaucoup plus complète que la simple gouttière vertébrale, surtout si Ion a soin de le faire remonter jusqu'audessus de la poitrine : sous ce rapport, celui qui est représenté fig. U\, pag. khk'i serait insuffisant. Il ne se prolonge pas même assez baut pour les fractures du col du fémur.
Comme complément de la cure, je pense que l'on ne doit pas faire lever le malade sans qu'il ne porte un tuteur qui prévienne, pendant la station debout, toute flexion nouvelle de la colonne. Celui qui est représenté, fig. 91, page 656, serait sans doute d'une grande utilité.
Art. III. — Mal vertébral de Pott.
Les recherches d'anatomie pathologique ont démontré que le mai de Pott est dû à une destruction des vertèbres et spécialement de leur corps et des cartilages intervertébral! x par îles tubercules infiltrés ou en masse, par des caries et par des ulcérations. Développé habituellement sous l'influence de causes qui ont modifié l'ensemble de la constitution, il exige, avant tout, un traitement général.
Le traitement général est celui des scrofules ou de la diathèse tuberculeuse : nous n'avons pas à les exposer ici, les questions générales relatives à cet ordre de traitement ayant éîé examinées page 283. Nous devons toutefois insister sur l'importance de la cessation complète et immédiate delà masturbation, qui a une influence tonte spéciale sur la production