CHAPITRE DEUXIÈME
La plupart des maladies organiques des articulations se développent sons l'influence d'affections générales, telles que les scrofules, le rhumatisme, la goutte. Aussi, L'un des problèmes les plus importants à résoudre dans leur traitement est celui de la guérison de ces états constitutionnels, dont la connaissance et le traitement dominent, au reste, la pathologie tout entière.
Les méthodes anatomiques, celles qui agissent sur la forme, la direction, le volume des parties, sont accessoires ; c'est à peine s'il se rencontre quelques cas où Ton ait à les mettre en usage. Nous mentionnerons, pour mémoire, l'excision des amygdales, le développement et la rectitude rendus à la poitrine, comme moyens anatomiques de rétablir la santé affaiblie par la gêne que certains obstacles entraînent dans la respiration.
Les méthodes véritables de traitement général sont les méthodes physiologiques et médicales, en d'autres termes celles qui agissent par l'exercice des fonctions ou par les remèdes empruntés à la pharmacie.
Les mélliodes physiologiques sont celles qui tendent à modifier la santé par l'exercice des fonctions normales, la nutrition et la respiration par exemple, et elles ne peuvent être négligées, comme le sont les remèdes, car elles s'accomplissent toujours quel que soit l'oubli dans lequel on laisse leur direction.
L'hygiène fournit des éléments précieux pour l'emploi de ces méthodes; elle nous fait connaître les effets de l'air, de la nourriture, de l'habitation dans les conditions ordinaires de la vie. Mais en dehors des agents qu'elle met à notre disposition, il en est qui, tout aussi naturels que ceux que je viens d'énumérer, rentrent cependant dans le domaine de la thérapeutique. Ce sont les bains d'air comprimé, ceux d'air chaud, les bains et les douches d'eau chaude ou froide, les vapeurs aqueuses, etc. La température, la densité, le mode d'admi-
nistration de Pair et de l'eau dans ces conditions spéciales, leur donnent une grande puissance curative.
Lorsqu'on réfléchit à l'action de ces diverses méthodes physiologiques, on est frappé de voir qu'elles ont toutes pour caractère commun d'activer le mouvement fonctionnel des organes, d'augmenter l'élimination ou la combustion des matériaux dont se compose l'économie et par suite de rendre la rénovation organique plus rapide.
C'est ce côté de la question physiologique qui a surtout préoccupé M. Pravaz (1), et ses vues à cet égard me paraissent d'une grande justesse.
Mais si les méthodes physiologiques accroissent l'activité vitale de nos organes, une conséquence nécessaire de la loi d'harmonie qui doit présider à tous les actes de la vie, c'est que la nourriture soit plus abondante et plus forte pour répondre aux besoins de cette surexcitation artificielle et pour que la réparation de la substance soit toujours proportionnée à sa déperdition. Une conséquence non moins évidente c'est que les moyens qui ont ainsi pour but de porter les mouvements vitaux à un plus haut degré d'activité, ne soient employés que momentanément et à intervalles plus ou moins éloignés, car l'économie sollicitée incessamment ne pourrait pas toujours répondre à l'appel qui lui serait fait et s'épuiserait par l'excitation même qu'on voudrait lui communiquer.
Les méthodes pharmaceutiques ont leurs lois générales et leurs modes communs, comme les méthodes physiologiques.
Les effets communs à plusieurs d'entre elles sont l'absorption suivie de l'élimination. L'iode absorbé sur une surface quelconque ne tarde pas à être rejeté de l'économie; on le retrouve dans la salive, dans les urines, dans les sueurs, et il ne tarde pas en disparaître , si la source n'en est pas renouvelée. Les mêmes phénomènes d'absorption et d'élimination se constatent pour le soufre, pour les sels terreux ou alcalins, pour la térébenthine.
Cette absorption et cette élimination peuvent être prolongées pendant plusieurs semaines et même pendant plusieurs
(i) Essai médical sur l'emploi Je l'air comprimé, Paris, i85o.
mois. Probablement, comme je l'ai développé ailleurs (1), des principes morbides inconnus peuvent être éliminés dans ce mouvement d'expulsion qui agit sur des substances inassimilables et étrangères à l'organisme ; sans doute aussi, par un acte similaire, le renouvellement des matériaux organiques en est rendu plus prompt.
A ce dernier point de vue, on doit remarquer que certains remèdes agissent sur l'économie à la manière des agents physiologiques qui activent, ou la respiration, ou la production de la chaleur ou la transpiration : de là lavantage d'associer les uns et les autres. Cette désirable association se trouve réalisée dans les eaux minérales , salines, sulfureuses, alcalines, etc., qui réunissent tout à la fois l'action physiologique et l'action médicamenteuse.
La règle commune à l'emploi des préparations pharmaceutiques, qui agissent surtout par l'absorption et par l'élimination, est la nécessité de leur combinaison avec les méthodes physiologiques qui activent la rénovation organique. Donner de l'iode ou du soufre à un malade qui languit immobile dans un hôpital, c'est faire une médication souvent impuissante, ou même intempestive ; lui donner ces substances lorsqu'il estait grand air et qu'il fait de l'exercice, c'est agir suivant une combinaison dont la raison indique et dont l'expérience démontre l'utilité.
De tous les modes si nombreux suivant lesquels peuvent être employées les médications physiologiques et pharmaceutiques , il n'en est pas qui soient préférables à ceux qui portent surtout leur influence sur l'enveloppe cutanée. En agissant sur la peau, ces médications ne troublent point les voies digestives, elles activent la circulation capillaire, la transpiration et la production de la chaleur, et l'on peut les prolonger autant que l'exigent les maladies rélractaires. Ce sont ces considérations qui m'engagent à décrire dans ce chapitre les médications physiologiques et pharmaceutiques qui agissent surtout par l'iutermédiaire de la peau : tels sont les bains et les douches d'eau, les bains et les douches de vapeur, l'hydro-
(i) Gazette médicale de Paris, l8/>2.
thérapie, les eaux minérales sulfureuses cl salines, la médication iodée.
L'étude de ces traitements fait partie essentielle d'un traité thérapeutique des maladies articulaires, et il ne saurait trouver sa place que dans ce chapitre général.
Art. I" . — Bains et douches d'eau.
Le bain tiède dans une baignoire, oh le malade reste immobile, est le mode le plus ordinaire de l'administration de l'eau sur toute la surface du corps; il réunit toutes les conditions du repos; l'agent extérieur qui agit sur la peau a des qualités douces et uniformes, il est immobile ; et celui qui est soumis à son action n'exécute aucun acte volontaire.
Si une ou plusieurs de ces conditions sont changées; si l'eau s'éloigne en plus ou en moins de la température moyenne; si elle varie de chaleur et qu'elle soit alternativement chaude ou froide; si elle est animée d'un mouvement plus ou moins rapide, ou si le malade s'y meut, le bain devient plus ou moins excitant, car il réunit quelques unes des conditions de l'activité, savoir : qualités extrêmes et mouvement de l'agent extérieur, actes volontaires de la part de celui qui est soumis à l'influence de cet agent.
La pratique fournit des exemples de toutes ces variétés : les bains de piscine, où l'eau immobile est en assez grande abondance pour que le malade puisse y nager; les bains de mer, où la lame en mouvement vient frapper le corps que nous supposerons immobile; les bains dans la mer ou dans un courant rapide, pendant que l'on y exécute les mouvements de la natation, offrent pratiquement des exemples des diverses variétés de bains qui peuvent exciter la circulation, la calorificatiou cutanée, et, par suite, les autres fonctions de l'économie.
La douche d'eau en colonne, agissant sur le corps pendant que le malade se meut et se frotte dans tous les sens, chaude ou froide, et surtout alternativement chaude et froide, réunit aussi à un haut degré toutes les conditions excitantes de l'enveloppe extérieure. Elle est l'un des modes les plus puissants
BAINS ET DOUCHÉS I)'eau. 3 5
sous lesquels l'eau puisse; ëlre administrée. El le exerce nue percussion (pii peut se faire sentir, non seulement sur la peau, mais sur le tissu cellulaire et les muscles sous-jacents. Elle agit plus profondément (pie les frictions ; aussi profondément cpie le massage. Mais à la différence de ce dernier, elle peut être graduée avec précision, étendue à de larges surfaces, et être administrée pendant le temps que l'on juge convenable, sans qu'on soit arrêté, comme dans le massage, par la fatigue de l'opérateur.
La percussion exercée par la douche excite la circulation capillaire de la peau et des tissus sous-jacents, ce que démontrent une rougeur et un gonflement plus ou moins durables. Elle développe aussi la calorification ; les parties frappées deviennent le siège d'une chaleur plus ou moins considérable et résistent plus énergiquement à limpression du froid.
Ces avantages ne se trouvent point dans les douches de vapeur, même lorsque celles-ci sont animées d'un certain mouvement; et ils démontrent toute la puissance thérapeutique de la douche d'eau dans les maladies chroniques, où il faut exciter la circulation et la caloricité languissantes, donner la souplesse aux parties enroidies.
Le type des douches chaudes se trouve dans les établissements d'eaux minérales, et surtout dans celles d'Aix en Savoie; le type des douches froides dans les établissements hydrothérapiques.
Dans les lieux où des conditions naturelles en favorisent l'établissement, on rassemble l'eau dans un réservoir placé à une hauteur variable, mais qui doit être au moins de cinq mètres au-dessus de la place qu'occupera le malade, une hauteur de dix à quinze mètres est préférable à toutes les autres, elle permet seule d'obtenir une percussion suffisante. Un tuvau descend du réservoir, et se termine par des embouts à une seule ou plusieurs ouvertures. Les premiers, d'un demi-centimètre à deux centimètres de diamètre, permettent de donner la douche en colonne; à travers les seconds s'échappe la douche en arrosoir. Celle-ci produit une percussion bien moins puissante que la première.
Cependant, comme les douches que l'on tïouve dans les
?»6 TRAITEMENT GENERAI.
établissements d'eaux minérales ou dans ceux d'hydrothérapie ne peuvent s'appliquer que dans des conditions de déplacement en général difficiles à réaliser, on a dû chercher des procédés qui permissent de les établir, soit dans les hôpitaux, soit dans les maisons particulières. Dans ce but, on a placé des réservoirs à la hauteur d'un premier, d'un second, ou d'un troisième étage, et l'on en a fait partir rdes tuyaux de descente, terminés par des embouts convenables. Les difficultés et les dépenses d'un premier établissement ont moins contribué à limiter la construction de ce genre de douche que tous les embarras et les frais qu'entraîne leur emploi. On prévoit sans peine tout ce qu'il y a d'incommode et de dispendieux à faire transporter à une grande hauteur plusieurs mètres cubes d'eau, et toutes les difficultés de trouver un appartement où l'eau puisse s'écouler librement et ne pas produire des dommages fâcheux.
L'emploi d'une pompe qui projette directement l'eau contre le malade obvie à l'inconvénient d'avoir plusieurs étages à sa disposition, à celui de percer des planchers, et de faire transporter l'eau à une grande hauteur pour chacune des douches que l'on doit donner. Mais avec une pompe qui puise l'eau dans un réservoir et la rejette dans un autre espace, il faut encore un appartement spécial dont les murs puissent être impunément mouillés. M. Pravaz, qui dans son établissement jouit de ces avantages, donne ainsi des douches dans lesquelles l'eau est directement lancée par une pompe puissante.
Tous ces obstacles à l'emploi des douches d'eau m'ont fait chercher un appareil à l'aide duquel on pût les administrer avec toute la force désirable, dans un appartement quelconque, et avec une très petite quantité d'eau, cinquante litres, par exemple.
J'ai réussi à résoudre ce problème en me servant d'une pompe qui s'alimente dans un réservoir où va retomber l'eau qui sert à la douche, et en entourant le malade d'une sorte de guérite en tissu de caoutchouc. Il suffit de jeter un coup d'œil sur la figure ci-jointe, pour se faire une idée de ce système.